15 novembre 2009

Identité Nationale: un faux débat qui ne fait guère illusion à l'étranger


Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a cru bon relancer le débat sur l'identité nationale, péniblement initié par Eric Besson. Depuis bientôt quinze jours, l'entreprise électorale est raillée et moquée. A l'étranger, cette histoire de petite Sarkofrance ne fait guère illusion.

Courrier international publie une sélection d'articles de la presse étrangère sur le sujet.

Un faux débat
Le quotidien espagnol El Païs s'interroge: "Fixer l’identité est devenu l’idée fixe de Nicolas Sarkozy." Et le journaliste ajoute: "Et nous ne parlons pas là de n’importe quelle identité, question épineuse qui touche au plus profond les individus. Ni de certaines identités collectives, par exemple de ce que signifie être marseillais, breton ou européen. Non, l’identité qui nous intéresse est nationale. En voilà une sacrée question… Et un sacré moment pour se la poser."

Un débat mal parti ?
Stefan Ulrich, dans le Süddeutsche Zeitung, semblait presqu'indulgent, avant d'écrire: "Un débat typiquement français ? Evidemment. En Allemagne, tout gouvernement qui userait de son autorité pour lancer une discussion de cet ordre se couvrirait de ridicule". Le journaliste approuve l'idée, mais met en garde : "La France doit aujourd’hui accepter aussi les immigrés des pays musulmans en son sein. La situation de certaines banlieues défavorisées et les succès ponctuels du Front national montrent à quel point cela est difficile." La Sarkofrance est bien éloignée de cette préoccupation.

Gero Van Randow, rencontré il y a un an à Reims, profite des colonnes de Die Zeit pour fustiger les mauvais principes du débat posé le ministre de l'identité nationale, un contre-exemple absolu à ses yeux : "Le modèle d’assimilation à la française a atteint ses limites. Mais jusqu’à quel point le pays doit-il faire preuve de tolérance au nom de la différence culturelle ? Que faire face à la discrimination dont sont victimes les femmes des banlieues, face au fanatisme religieux, au racisme ? Associer ces problèmes à un débat sur l’idéologie nationale ne peut que mener à faire fausse route. Cela conduit tout droit à l’exclusion de tous ceux qui ne répondent pas à l’image que les personnes implantées depuis longtemps se font de l’essence de la nation. Et c’est ainsi qu’Eric Besson, le ministre de l’Immigration français, peut affirmer que le port du voile intégral est en contradiction avec “l’identité nationale”. Le débat tel qu’il est posé risque donc davantage de diviser les Français que de les rassembler. Les Allemands pourront au moins tirer cette leçon du modèle français : voilà exactement ce qu’il ne faut pas faire."

En France, le site ouvert par le ministère de l'identité nationale a dépassé les 200 000 visites. Eric Besson est content. Même son président a joué les VRP jeudi dernier. Comment Eric Besson va-t-il synthétiser les milliers de contributions, souvent critiques contre la politique d'immigration elle-même ? On est impatient. Une équipe est chargée de filtrer les messages. La charte du site est explicite : seront retirées toutes "les affirmations graves non prouvées ou notoirement inexactes concernant les personnes ou les organisations" ,(...) "toute attaque personnelle à l'égard de responsables publics". 15% des messages auraient été ainsi supprimés. Le ministre Besson se défend: "Accuser Nicolas Sarkozy de népotisme, c'est hors sujet ! (...) toutes les autres critiques, y compris les plus virulentes, sur le principe du débat ou sur les valeurs, sont sur le site".

Jim Hoagland, dans le Washington Post, semble involontairement résumé combien Nicolas Sarkozy est bel et bien Français : "la politique est en France une affaire de personnes, plus encore que dans beaucoup d’autres pays. Les Français, sauf leur respect, ne dépassent jamais vraiment l’envie de démontrer à tout bout de champ qu’ils sont les plus futés, ou du moins les plus intelligents, de la classe, puis du bureau. Contestez ce fait essentiel, et vous voilà bon pour une ambiance crispée, voire pire."

Un constat qui s'applique très bien au Monarque et son double Besson...

2 commentaires:

  1. "Le débat tel qu’il est posé risque donc davantage de diviser les Français que de les rassembler. Les Allemands pourront au moins tirer cette leçon du modèle français : voilà exactement ce qu’il ne faut pas faire."

    Il faut bien se mettre dans l'idée que ce débat prétendument aventureux est avant tout fait pour justement diviser davantage les Français. D'ailleurs, 15% des messages du site du ministre supprimés ? Je suis persuadé que l'on est bien plus proche de 50%, voire bien davantage. Les Français, pour autant que je sache, ont bien compris le piège et ont répondu dans un sens qui ne satisfaisait pas du tout le trublion de la rue de Grenelle.

    Ce ne sera qu'un échec de plus.

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  2. @babelouest : je suis à 200% d'accord

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