10 novembre 2009

Outre-Mer : Sarkozy recycle la crise identitaire pour cacher la misère

Vendredi 6 novembre 2009, Nicolas Sarkozy a annoncé un plan de modernisation de l'outre-mer, avec quelques 137 mesures en faveur de ces départements. L'outre-mer a-t-elle besoin de modernisation ? Dans un discours retransmis sur les chaînes d'information, le président Français a loué l'apport des "outre-mers" à l'histoire de France, citant nombre de personnages ultra-marins qui ont marqué leur siècle. Il s'est même risqué à un peu de repentance (en louant les combats pour les droits de l'homme, contre l'esclavage, parfois à contre-courant de la métropole).

Par ce biais, Sarkozy tentait aussi d'alimenter son débat sur l'identité nationale. Cocasse, Sarkozy a même remercié les DOM pour avoir permis à la France de faire ses essais nucléaires !
"La France sans l'outre-mer ne serait plus la France."
Passées les louanges, Sarkozy a haussé le ton contre les "méthodes employées": "je n'accepterai jamais que la légitimité de la République soit remise ailleurs que dans les urnes." Il reconnaît - comment faire autrement - l'ampleur des difficultés, parlant d'une crise identitaire.

"Très vite, nous avons souhaité qu'on ne se contente pas d'accumuler des annonces techniques, mais qu'on aille plus loin."

Le Monarque s'est d'abord félicité de la tenue des Etats Généraux, "la plus grande concertation jamais organisée par un gouvernement." Les résultats sont considérables. Il salue notamment Richard Samuel, le coordinateur de ces Etats Généraux, pour ses contributions. 100 000 participants, 130 000 contributeurs au site internet dédié.

Quelques enseignements ? Ils sont contradictoires, selon Sarkozy. Il mélange surtout inégalités sociales et économiques avec une crise identitaire. A en croire les révoltes de janvier dernier, la contestation était sociale, et non identitaire. Mais l'identité est un sujet qui sied au Monarque de l'Elysée.

Première mesure, Marie-Luce Penchard, la secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, devient ministre de l'Outre-Mer et des collectivités locales. Pour le reste, Sarkozy annonce, en vrac, qu'il veut lutter contre la vie chère et encourager le développement économique local.
  • Le seuil à partir duquel les entreprises devront signifier à l'Etat une opération de concentration sera abaisser pour les territoires et départements d'Outre-Mer. Il s'agit de favoriser la concurrence.
  • Une personnalité indépendante présidera les observatoires des prix à la consommation. Elle devra demander des comptes aux distributeurs. Par ailleurs, des «GIR de la concurrence» regroupant douaniers, services fiscaux, vétérinaires et inspecteurs du travail seront envoyés en Outre-Mer pour vérifier la "vérité des prix", en contrôlant fournisseurs, grossistes et distributeurs.
  • Des commissaires locaux seront nommés pour développer les relations commerciales avec les zones limitrophes.
  • Sarkozy souhaite aussi qu'un "Small Business Act ultra-marin" soit prochainement voté, pour favoriser le développement d'entreprises locales, et avec, notamment la création d'uun fonds de garantie, et la défiscalisation à 50% de toutes les prises de participations dans des entreprises locales.
  • Principale mesure "immédiate", Sarkozy prononce un moratoire pendant un an sur les dettes fiscales et sociales pendant un an pour les professionnels du tourisme.
  • En janvier, un référendum sera organisé en Guadeloupe et en Martinique, non pas au sujet de l'indépendance ("que cela soit bien clair"), mais sur l'autonomie des territoires.
  • Pour faciliter le transport aérien vers les Antilles, le Monarque a annoncé vouloir l'ouverture de lignes Air Caraïbes à Orly; et la constitution d'un groupe de travail pour réfléchir aux conditions de création d'une nouvelle ligne à Roissy à compter de 2011.
  • Enfin, le monarque s'offre une année "coloniale", pour reprendre les termes du leader syndicaliste Elie Domotta: 2011 sera "l'Année de l’Outre-mer".
Sarkozy voulait donc faire grand: 137 mesures. Vous avez bien lu. Le président s'était saisi du problème, tant symbolique que réel: "Par son ampleur et sa profondeur, la crise commandait d'aller plus loin ensemble, dans le diagnostic, dans l'analyse, et dans les propositions ". Mais pourtant, quels sont donc les moyens supplémentaires dégagés pour ces "137 mesures" ? Ils sont nuls. C'est la nouvelle ministre de plein exercice pour l'outre-mer qui l'a avoué le lendemain sur France info: "Nous sommes dans une démarche qui consiste à prendre des mesures qui aujourd'hui peuvent être mises dans le cadre du budget actuel"

Un peu plus tôt le même jour, Nicolas Sarkozy s'était affiché à une remise de prix à la Fondation Chirac. Il voulait sans doute calmer les déchirements à droite, ravivés par le procès Clearstream.

Il se voulait p-r-é-s-i-d-e-n-t-i-e-l.





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