31 décembre 2009

Dette ou Défense, il faut choisir en Sarkofrance

Sans surprise, le montant de l'endettement public français annoncé ce mercredi n'aura choqué personne. On sait, depuis des mois, que la Sarkofrance est dans une impasse fiscale et budgétaire qui ne résoudra qu'après l'élection présidentielle de 2012.

La dette publique française a bondi de 29 milliards d’euros, pour atteindre 1 457 milliards d’euros et 75,8% du PIB (source INSEE). La hausse vient de l’Etat (23 milliards) et, accessoirement, de la Sécurité Sociale (+6 milliards). Les collectivités locales ne pèsent que pour 500 millions dans cette progression. Le déficit budgétaire, de 8,2% du PIB en 2009, est attendu à 8,5% du PIB en 2010. pour rassurer les marchés, le ministre du Budget Eric Woerth a confié en début de semaine que les services fiscaux avaient récolté 2 milliards d’euros de recettes fiscales sur les bénéfices de sociétés de plus que prévu. Une goutte d’eau comparé aux besoins.

La France, tancée par la Commission de Bruxelles, a promis de revenir dans les normes du Pacte de stabilité adopté à Maastricht en 1992 d’ici 2013, soit une dette publique ramenée à 60% du PIB et un déficit budgétaire sous les 3% du PIB. Le gouvernement table sur un hypothétique retour à une croissance forte et se refuse à augmenter les prélèvements obligatoires.

Pourtant, les marges de manœuvre existent : l’impôt sur les sociétés, transpercé par des niches fiscales en tous genres, pèse proportionnellement peu sur les grandes entreprises, habituées à l’optimisation fiscale. Côté ménages, une remise à plat de la fiscalité et des cotisations sociales, vers un rééquilibrage aux détriments des revenus de placements financiers, s’impose. L’Observatoire des inégalités rappelait récemment que les 10% des ménages les plus riches captaient 24% des revenus (travail et capital) du pays (sur la base d’une enquête INSEE sur les revenus fiscaux).

L’incohérence et l’injustice fiscales du gouvernement ne lassent pas de surprendre. Une bonne vingtaine de nouvelle taxes viendront frapper les ménages l’an prochain. En parallèle, les mutuelles de santé ont annoncé qu’elles augmenteraient leur tarifs de 5% (soit 4 fois l’inflation) : elles répercutent la taxe exceptionnelle décidée par le gouvernement l’an dernier, prélevée sur leur chiffre d’affaires, et leur participation à l’acquisition des vaccins contre la grippe A. Moins de 10% des Français ont été vaccinés, et il reste quelques 75 millions de doses à écouler avant leur péremption au printemps. Autres surcoûts à la charge des assurés, le forfait hospitalier passera de 16 à 18 euros la journée, et une centaine de médicaments seront déremboursés de 35% à 15%.

Le SMIC sera symboliquement augmenté : +4 centimes bruts de l’heure (à 8,86 euros, soit 1 343,77 euros par mois). Le RSA bénéficiera d’une hausse de +1,2% au 1er janvier, pour atteindre 460 euros pour une personne seule et sans enfant. Fin octobre, quelques 1,66 millions de personnes en bénéficiaient. Parmi elles, 550 000 avaient une activité professionnelle. Ce sont les seuls véritables bénéficiaires du dispositif. Les 1,1 millions restant correspondent aux anciens bénéficiaires du RMI.

Libération a couronné Nicolas Sarkozy « roi du bobard » en 2009. Le Monarque a subi deux sévères camouflets cette semaine : l’échec du projet nucléaire à convaincre Abu Dhabi pour un marché de 14 milliards d’euros, jette le doute sur le potentiel international de la filière nucléaire française. Depuis son élection, Nicolas Sarkozy parcourt le monde pour promouvoir l’énergie nucléaire « made in France » comme un solution d’avenir contre le réchauffement climatique. Mardi soir, l’annulation de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel présidé par le chiraquien Jean-Louis Debré, au motif de son inégalité de traitement, est un second coup dur. Mercredi, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il restait « déterminé » à faire appliquer ce dispositif, quitte à le modifier pour le rendre constitutionnellement légal. "C'est un engagement du président: il est très déterminé. D'ailleurs, il m'a appelée pour me le dire" a confié Chantal Jouano, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie. "L'écologie, c'est une priorité absolue pour lui, même si c'est difficile et même si on est à trois mois d'un échéance électorale. Sinon il y aura toujours un bon prétexte pour ne pas le faire". Jean-Louis Borloo, terrassé par l’échec de Copenhague, reste muet.

Côté sécurité et défense, Nicolas Sarkozy tient toujours la corde. Ou presque. Le Conseil d'Etat a quand même partiellement invalidé l'un des nouveaux fichiers de Sarkofrance : pour la seconde fois, le Conseil d'Etat a annulé partiellement la création du fichier Eloi qui recense les "données à caractère personnel relatives aux étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement".Le Conseil a refusé que certaines données, celles relatives à l'identification de l'étranger et de ses enfants, puissent être conservées au-delà de 3 mois.

La veille de Noël, un décret a officialisé la création de la NSA à la Française. Le Conseil de Défense et de Sécurité Nationale "définit les orientations en matière de programmation militaire, de dissuasion, de conduite des opérations extérieures, de planification des réponses aux crises majeures, de renseignement, de sécurité économique et énergétique, de programmation de sécurité intérieure concourant à la sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme". Il est présidé par le chef de l'Etat, et comprend le Premier ministre, les ministres de la Défense, de l'Intérieur, de l'Économie, du Budget, des Affaires étrangères et, le cas échéant, d'autres ministres pour les questions relevant de leur responsabilité.

Flanqué de son nouvel Air Franc One, le bel avion tout neuf commandé sur les deniers publics d'un Etat surendetté, Nicolas Sarkozy a désormais tous les attributs d'un président américain.

Y compris les déficits.

Quand la Sécu devient Big Brother


Lire aussi :

Vaccin, Burqa, sondages ou Edvige à la Sécu... C'est Noël en Sarkofrance !

30 décembre 2009

Nucléaire, Chine, absentéisme... et taxe carbone: joyeux Noël, Monsieur le Président !

Mardi 29 décembre, les ondes ont failli être occupées par des louanges en cascade au sujet de l’extension des horaires d’ouvertures des boites de nuit jusqu’à 7H du matin. Certains journalistes s’inquiétaient quand même du revers français à Abou Dhabi, où le consortium français EDF-AREVA-TOTAL s’est fait éjecté d’un marché de 20 milliards de dollars au profit d’un concurrent coréen. Mais en fin de journée, on ne comptait plus les mauvaises nouvelles : l'exécution d'un Occidental en Chine rendait dérisoire le rapprochement français de ces derniers mois; un quotidien révélait l'ampleur de l’absentéisme des cumulards de l'UMP au conseil régional d’Ile de France. Et le Conseil Constitutionnel achevait la taxe carbone.

Joyeux Noël, Monsieur le Président !

En Chine, l’UMP se tait.
Pour la première fois depuis 1951, la Chine a donc exécuté un Occidental, accusé de trafic de drogue. Des proches assurent que ce Britannique de 53 ans, et père de famille, était pourtant malade mental. En France, la députée socialiste Aurélie Filippetti a demandé à l’UMP de renoncer à son accord de partenariat avec le Parti Communiste Chinois. Sur le site de l’UMP, aucun communiqué officiel n’est venu commentée la nouvelle. Frédéric Lefebvre a préféré profiter de son 29 décembre pour célébrer les chiffres de la croissance du 3ème trimestre publiés par l’INSEE. Dans son point de presse du 29 décembre, le ministère des Affaires Étrangères a eu l’indignation très sobre :
''La France condamne l'exécution de M. Shaikh, ressortissant britannique, qui a eu lieu en Chine ce mardi. La France, pleinement solidaire des autorités britanniques, regrette vivement que les appels à la clémence n'aient pas été entendus.
La France, à l'instar de l'Union européenne, rappelle son opposition à l'usage de la peine de mort en toutes circonstances.''

« Aujourd’hui l’amitié franco-chinoise veut vraiment aller de l’avant » déclarait Xavier Bertrand, le 29 octobre dernier, à son retour d’un voyage à Pékin où il signait un partenariat avec le PCC. « Tous les sujets étaient sur la table »… Tous ? Vraiment ?


La semaine dernière, François Fillon s’était déplacé en Chine pour calmer toutes les tensions avec la France. Le 25 décembre, Liu Xiaobo, un dissident chinois, accusé de "subversion", a été condamné à onze ans de prison. Polie, la Chine avait attendu le départ de son hôte Fillon pour procéder au jugement de l'opposant. La Chine se fiche bien des atermoiements européens. Toute puissante, elle peut se payer son intransigeance. Un éditorialiste hongkongais, repris par Courrier International, commentait ainsi cette condamnation, symbolique le jour du Noël occidental : "La Chine d’aujourd’hui a accompli son émergence, elle n’a plus besoin de se conformer aux aspirations occidentales. Pour les personnes qui espèrent l'avènement de la démocratie en Chine, une émergence de ce type est sans nul doute une catastrophe, car elle signifie que Pékin n’autorisera décidément pas le type de démocratie constitutionnelle réclamée par la Charte 08". La France n'a plus qu'à se coucher, tranquilliser son commerce, et oublier ces fâcheux cadeaux de Noël à la Chinoise...

Au Conseil régional, l’UMP est absente
Nicolas Sarkozy avait du cumul des postes et des mandats l’une de ses marques de fabrique politique, modèle pour les siens d’une droite décomplexée. Lors des scrutins législatifs, municipaux et européens de 2007 à 2009, il avait encouragé ses ministres et secrétaires d’Etat à se porter candidats pour défendre les couleurs du camp présidentiel. Au point de tancer publiquement une Rama Yade récalcitrante. On sera curieux de connaître sa position suite aux révélations du quotidien francilien Le Parisien sur l’absentéisme au conseil régional d’Ile de France. C’est est une tare qui fait tâche à l’approche du prochain scrutin. Le Parisien s’est livré à ce exercice douloureux pour la démocratie de relever les élu(e)s les moins assidu(e)s au Conseil Régional d’Ile de France. Aux premières marches du podium, la palme revient à Nathalie Kosciuko-Morizet et Frédéric Lefebvre. La première cumule les fonctions politiques avec une boulimie déconcertante : secrétaire d’Etat, maire adjoint, conseillère régionale, secrétaire nationale adjointe de l’UMP. Le second est un cas plus troublant. Frédéric Lefebvre a été un éphémère député, quand il assura la suppléance d’André Santini pendant 24 mois. Pour le reste, il n’est « que » l’un des porte-parole de l’UMP.
Taux d’absentéisme aux sessions du conseil régional, entre mars 2004 et octobre 2009.
Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) : 75%
Frédéric Lefebvre (UMP) : 60%
Marine Le Pen (FN) : 43%
Valérie Pécresse (UMP) : 36%
Julien Dray (PS) : 35%
Michelle Sabban (PS) : 21 %
Anne Hidalgo (PS) : 20%
Marie-Pierre de la Gontrie (PS): 15 %
Jean-Paul Planchou (PS) : 14 %
Roger Karoutchi (UMP) : 4%
Jean-Paul Huchon (PS) : 0%

Autre surprise de l’ouverture, la Corse. Là-bas, l’ouverture se fait … du centre gauche vers la gauche Longtemps pressenti pour rejoindre le gouvernement Sarkozy, le radical de gauche Paul Giacobbi conduira finalement la liste … socialiste en Corse pour les prochaines élections régionales. Le député PRG faisait figure de proie facile, l’été dernier, quand Nicolas Sarkozy cherchait à poursuivre « l’ouverture » à gauche par quelques débauchages symboliques. Finalement, il préfère s’allier avec le PS contre son parti d’origine, qui devrait présenter sa propre liste.. Comprenne qui pourra…

A J-3, la taxe carbone est annulée.
Dans une décision communiquée mardi 29 décembre, le Conseil Constitutionnel a fait savoir qu'il annulait la taxe carbone. Ce dispositif, forfaitaire et truffé d'exemptions, devait entrer en vigueur dans trois jours, le 1er janvier. Mesure controversée, cette nouvelle taxe avait été annoncée en août dernier par Nicolas Sarkozy. Contrairement aux recommandations de la commission Rocard, le président français avait retenu un prix de 17 euros la tonne de carbone (contre 32 préconisés). De surcroît, le remboursement promis par Nicolas Sarkozy pour les ménages fut finalement prévu de façon forfaitaire, sans tenir compte des revenus de ces derniers. Enfin, nombre de secteurs industriels pourtant fortement pollueurs en furent exonérées. En d'autres termes, les 2,7 milliards d'euros de taxe carbone n'étaient pas remboursés à ceux qui en subissaient le plus lourd prélèvement.
Le Conseil Constitutionnel a jugé en effet que "l'importance des exemptions totales de contribution carbone étaient contraires à l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créaient une rupture d'égalité devant les charges publiques". Pire, le Conseil précise :"étaient totalement exonérées de contribution carbone les émissions des centrales thermiques produisant de l'électricité, les émissions des 1.018 sites industriels les plus polluants, tels que les raffineries, cimenteries, cokeries et verreries", "les émissions du transport aérien et celles du transport public routier de voyageurs" (...) "ces exemptions auraient conduit à ce que 93% des émissions d'origine industrielle, hors carburant, soient exonérées de contribution carbone", et "moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre aurait été soumise à la contribution carbone".
Cécile Duflot, pour les Verts, s'est dite satisfaite.

Pour Nicolas Sarkozy, le revers est cinglant, après l'échec du "volontarisme à la Française" au sommet de Copenhague.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Carla a-t-elle placé un pote à la Culture ?


L'épouse du chef de l'Etat est soupçonnée d'avoir fait nommer l'un de ses proches à la Culture.

Le 9 décembre, Serge Lasvignes, secrétaire général du gouvernement, avait informé le directeur général de l'administration et de la fonction publique du fait que le président de la République et le Premier ministre souhaitait nommer François Baudot, écrivain et journaliste (au magazine ELLE) inspecteur général de l'administration des affaires culturelles (IGAC), "au tour extérieur". Le tour extérieur permet au gouvernement de procéder à de telles nominations sans passer par les procédures habituelles de recrutement.

Le 15 décembre, la"commission chargée d'apprécier l'aptitude à exercer les fonctions d'IGAC" a émis un avis unanime et négatif. Cette commission a jugé que Baudot "n'était pas en mesure d'apporter un concours utile" à l'inspection générale, "en l'absence de toute expérience de l'intéressé dans le domaine des institutions culturelles et de connaissance de leur environnement administratif".

Cet avis n'oblige pas le président ni son premier ministre. Mercredi dernier, François Baudot a donc été nommé.

François Baudot a une qualité.

Début 2009, il a publié un ouvrage intitulé "L'art d'être pauvre", aux éditions Grasset.

Il y remercie Carla Bruni-Sarkozy.
"Mon premier cri fut celui de l’horreur. Comprenez-moi. J’étais le premier mâle de la famille depuis 1908. On répétait, : il sera l’héritier. J’attendais donc la mort de mes parents. Elle ne s’est pas fait attendre. Enfin seul, libre, heureux comme un enfant triste, j’ai constaté que de notre fortune, minée par des placements catastrophiques, il ne restait plus rien. Mais rien, pour un adolescent, c’est déjà quelque chose. Ainsi ai-je commencé à cultiver L’art d’être pauvre. Enfermé au collège à sept ans, relâché à quinze, mon seul projet était d’oublier cette incarcération, en découvrant la grande vie. Préambule à ma course aux plaisirs, j’ai perdu mon pucelage avec une aristochatte. Elle tomba enceinte. J’ai alors essayé les garçons. Et bien, l’un dans l’autre, chaque côté à son charme. A New York j’ai parfait mon éducation de gentleman, en découvrant, dans la mouvance du Pop Art : Iggy Pop, Nico, Lou Reed, le Velvet Underground, les premiers bars cuir et surtout la factory, cœur vivant d’une avant-garde mondiale."
François Baudot, L'Art d'Etre Pauvre.

29 décembre 2009

Le retentissant échec de la diplomatie atomique de Sarkofrance

Dimanche soir, Nicolas et Carla Sarkozy ont dîné avec le roi du Maroc, dont ils sont les invités depuis vendredi. Le dîner a été pollué par une mauvaise nouvelle pour la diplomatie atomique du président français.

Echec nucléaire
L'Elysée avait demandé aux entreprises françaises concernées de rester discrètes. Mais la nouvelle a fuité de Corée du Sud. Malgré les efforts déployés par Nicolas Sarkozy, la France a été recalée pour la construction d'installations nucléaires. C'est un consortium sud-coréen dirigé par le groupe d'électricité Kepco, associé à Hyundai, Samsung et au japonais Toshiba-Westinghouse, qui a emporté " la conception, la construction et l'assistance au fonctionnement " de quatre réacteurs nucléaires de 1400mégawatts chacun, pour un montant total de 20,4 milliards de dollars (14,11milliards d'euros). Les rivaux français EDF, GDF Suez, Areva, Total, Alstom et Vinci, alliés à General Electric-Hitachi, ont perdu la manche. Côté Français, on se console comme on peut, en imaginant que la seconde tranche de travaux reste ouverte. Un second contrat doit en effet porter sur l'exploitation des quatre réacteurs vendus. La France espère aussi que la vente d'une soixantaine d'avions militaires sera toujours possible.

Diplomatie atomique
La promotion de la filière nucléaire française est l'axe dominant de la diplomatie sarkozyenne depuis mai 2007. Il ne s'est pas passé un déplacement, un rapprochement, une rencontre sans que Nicolas Sarkozy ne tente de signer un accord nucléaire, qu'il s'agisse d'assistance ou de construction. En mai dernier, Nicolas Sarkozy s'était déplacé en personne pour l'inauguration d'une base militaire française flambant neuve. Il était accompagné de la moitié des patrons des entreprises du CAC 40. A l'époque, on espérait déjà conclure la vente de 60 Rafales. Neuf mois plus tard, l'affaire traine toujours.

L'EPR en question
Pour expliquer l'échec français à vendre sa technologie nucléaire, on avance deux raisons : un prix était trop élevé; l'engagement d'EDF (45% du consortium), souhaité par l'émirat, fut jugé insuffisant et tardif. Claude Guéant a aussi critiqué l'impréparation du consortium français : "L'équipe de France [a] mis trop de temps à se mettre en ordre de bataille. Mais nous croyons dans l'EPR, qui a le niveau de sûreté le plus important au monde". Le secrétaire général de l'Elysée peut être amer. Il s'est personnellement investi dans l'affaire.

Une dernière explication est évidemment passée sous silence: l'EPR était-il au nucléaire ce que le Rafale est à l'aviation militaire, une technologie coûteuse et invendable ? La faiblesse technologique de l'installation française ne peut être écartée. . Le réseau Sortir du Nucléaire a profité de cet échec commercial pour rappeler les déboires du programme EPR. Dans un communiqué intitulé "le flop monumental du réacteur nucléaire EPR", il a appelé le gouvernement à stopper son programme EPR : "Présenté comme le 'fleuron' de l'industrie nucléaire française, le réacteur nucléaire EPR accumule les plus graves déconvenues, dont la dernière en date est un échec tonitruant à Abou Dhabi".

Finlande :
Commencé fin 2005, dirigé tant bien que mal par Areva, le chantier compte à ce jour (en attendant de probables nouvelles révélations) 44 mois de retard et 3 milliards d'euros de surcoût… qui vont d'ailleurs être payés par les français.
Cf http://bit.ly/2k2gNG
Un comble: Areva attaque en justice internationale son client finlandais TVO. Voilà qui ne risque pas de décider d'autres sociétés d'acheter un EPR !
Cf http://www.romandie.com/infos/news2/091020142942.v6nurzzj.asp

Flamanville :
Commencé fin 2007, dirigé (lui aussi tant bien que mal) par EDF, le chantier compte déjà un an de retard et 1 milliard d'euros de surcoût.
Cf http://www.lemoniteur.fr/137-energie/article/actualite/595692-epr-de-flamanville-un-an-deja
ou http://www.lexpress.fr/actualite/economie/retard-en-vue-pour-l-epr-a-flamanville_648621.html
De toute évidence, ce chantier suit le triste "exemple" de celui de Finlande et va aggraver ses retards et ses surcoûts tant les déboires s'accumulent.
Cf par exemple : http://bit.ly/2joCDs

Autrement dit, personne ne sait vraiment, pas même en France, combien coûte l'installation puis l'exploitation d'un EPR. Même en France, le système n'est pas rôdé. Une seule chose est sûre : il coûte plus cher que les 3,5 milliards d'euros initialement avancés...

Un marché étroit
Contrairement aux espoirs sarkozyens, le marché international du nucléaire reste relativement figé. La technologie française est trop coûteuse pour la quasi-totalité des pays du monde. Toute exportation signifie donc subvention. Là est le dilemme : la Sarkofrance doit se préparer à subventionner sa technologie si elle veut l'exporter.
Les marchés "normaux" sont en effet peu nombreux, et souvent réticents à investir, à l'exception de la Chine, dont le programme nucléaire est "pharaonique" : l'Afrique du Sud a suspendu son programme. La crise a bloqué celui des Etats-Unis. La Russie se réserve à ses industries locales. Restent l'Inde, le Royaume-Uni, l'Italie et la Turquie. Cette dernière entend s'équiper de 4 centrales. Déjà, le vainqueur d'Abou Dhabi, le sud-coréen Kepco, a annoncé qu'il souhaitait se porter candidat.

Dimanche, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire révélait un nouvel incident à la centrale de Fessenheim, en Alsace.

"Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 décembre 2009, le réacteur n°2 de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) était en cours de redémarrage, en état d’arrêt à chaud, après un arrêt de production. La perte du système de refroidissement du réacteur a conduit au déclenchement du plan d’urgence interne (PUI) de la centrale à 05h55, et à la mise en place de l’organisation nationale d’urgence par l’ASN, dont le gréement du Centre technique de crise (CTC) de l’IRSN. Une trentaine d’experts de l’Institut se sont rapidement mobilisés sur le site de Fontenay-aux Roses et au Vésinet."
Tout va bien en Sarkofrance.

Sarkozy et la France qui ne bloque pas les trains

C'était en 2006, autrement dit, au siècle dernier.

28 décembre 2009

Crise: la France s'en sort mal


Le gouvernement Sarkozy répète à l'envie que la France s'en sort mieux que ces voisins occidentaux. Pourtant, à y regarder de plus près, il n'y a pas de quoi pavoiser. Le chômage est bien là, mais s'éparpille dans les statistiques de pôle emploi. Les nouvelles mesures fiscales adoptées par le gouvernement vont appauvrir les ménages, surtout modestes et moyens. Et l'endettement français reste sans solution.

Le chômage éparpillé
Les statistiques du chômage en novembre publiées la semaine dernière peuvent être trompeuses. A lire certains commentaires, le chômage se serait stabilisé : +0,1% de demandeurs d'emploi de catégorie A versus octobre; +8,3% d'offres d'emploi collectées; un chômage des jeunes en recul depuis mai (de 15 000 personnes). Comme souvent, il ne faut pas s'arrêter à ces constatations parcellaires. Les données publiées le 24 décembre ne regroupent que les demandeurs inscrits à pôle emploi.
En 2009, 451 000 emplois du secteur marchand ont été détruits, trois fois plus qu'en 2008. Les différents dispositifs de soutien subventionné à l'apprentissage et à l'activité partielle ont permis d'éparpiller les demandeurs dans toutes les catégories de pôle emploi. Ainsi, en novembre, les catégories B et C progressent respectivement de +1,6% et +2,4%.
Autre signe d'inquiétude, la part de chômeurs indemnisés par pôle emploi est toujours assez faible : 2,1 millions, sur les 4,7 millions d'inscrits. En novembre, le nombre d'inscrits au RSA parmi les inscrits à pôle emploi a cru de 8% (+30 000), pour atteindre 642 000 personnes parmi les catégories A, B et C.

Quelle exception française ?
En France, la consommation des ménages a plutôt bien résisté. le gouvernement se targue d'y voir l'un des effets de son plan de relance. Il a raison sur un point: cette résistance ne tient qu'à un fil, la prime à la casse pour l'automobile.

En fait, l'exception française est à chercher ailleurs. La dette publique française a fortement cru: historiquement élevée, elle a été creusée depuis 2002, aggravée par les défiscalisations sarkozyennes depuis 2007, pour finir plombée par l'effort de relance depuis 12 mois. Comparée à ses voisins, la France est dans l'une des pires situations : en pourcentage du PIB, son endettement est similaire à celui des Etats Unis (mais elle n'est pas la première puissance mondiale), et dépasse allègrement celui du Royaume Uni et de l'Allemagne. Aux Etats Unis, l'administration Obama a engagé des sommes faramineuses pour sauver son système bancaire, ou General Motors. En France, rien de tout de cela: un petit plan de relance, négocié sous la contrainte de la rue; quelques prêts aux banques qu'elles ont bien vite remboursés; une politique fiscale qui épargne le capital aux détriments du salariat. Au final, des comptes plombés avant comme après la crise.

Voici donc l'exception française : un endettement massif ... malgré un faible plan de relance !

Fiscalité: les classes moyennes paieront
Les impôts, eux, baisseront certes, mais pour les entreprises uniquement, à raison d'environ 12 milliards d'euros. A l'inverse, le bilan fiscal pour les ménages français est loin d'être neutre.

1. La taxe carbone (+2,7 milliards d'euros) sera compensée, mais forfaitairement, sans progressivité aucune avec les revenus. Elle renchérira de 4,11 centimes d'euro/litre le prix de l'essence et de 4,52 centimes d'euro/litre celui du gazole.

2. Le plafonnement des niches fiscales, dont Sarkozy s'est félicité lors de sa micro-conférence de presse du 14 décembre dernier, rapportera... 15 petits millions d'euros. En 2010, le montant maximum de réductions d'impôts d'un ménage sera plafonné à 20 000 euros et 8 % du revenu imposable (contre 25 000 euros et 10 % en 2009). Mais à l'inverse, le bouclier fiscal à 50% permettra toujours aux gros détenteurs de capitaux de se faire rembourser le "trop plein" de prélèvements d'impôts et sociaux. Là est l'astuce : le bouclier fiscal ... n'est pas une niche fiscale !

3. Les ménages épargnants seront aussi concernés par les nouveaux prélèvements sur les contrats d'assurance-vie multisupport au décès du souscripteur (273 millions d'euros) et les plus-values boursières, (enfin) taxées au premier euro par la CSG et le CRDS (+113 millions).

4. Côté santé, les ménages subiront la hausse du forfait hospitalier (+ 160 millions), le déremboursement de 110 médicaments (+ 145 millions d'euros), dont le taux de prise en charge par la Sécurité sociale est ramené de 35 % à 15 %, et la fiscalisation partielle des indemnités journalières des accidentés du travail (+ 135 millions). Cette dernière mesure concernera environ 700 000 personnes...

5. Les retraites modestes sont aussi touchées: les indemnités de départ à la retraite volontaire jusquà présent exonérées d'impôt dans la limite de 3 050 euros seront désormais totalement fiscalisées.

27 décembre 2009

Sarkozy défend et recadre Besson

Depuis quelques semaines, Nicolas Sarkozy tente de recadrer le débat sur l'identité nationale conduit par son ministre éponyme Eric Besson. Ce dernier s'est planté. Survalorisé par le président français, Eric Besson s'est révélé provocateur, sanguin, bref, inefficace.

Dérapages en cascade
L'Elysée aurait dû se méfier. Brice Hortefeux avait créer la polémique, en septembre dernier, avec une blague douteuse et filmée sur le "trop-plein" d'Arabes, en marge de l'université d'été de l'UMP. Quand Eric Besson lui a proposé cet opportun débat juste avant les élections régionales, Nicolas Sarkozy s'est réjoui de l'idée. Annoncé dans la précipitation, le débat fut lancé le 2 novembre dernier. Une circulaire, publiée au Journal Officiel, laissait comprendre combien le sinistre ministre était davantage préoccupé par l'immigration que par l'identité française. Le débat version Besson ne cherchait pas, dès son lancement, à redéfinir ce qui constitue l'identité nationale - un sujet qui, à en croire les sondages - ne suscite pas d'interrogations chez nos concitoyens -, mais plutôt à stigmatiser les soitdisants dangers que représentent l'immigration et l'islam. Un référendum suisse sur la place des minarets a achevé de dévoiler l'imposture. Nombre de personnalités à droite ont suivi l'opposition pour critiquer ce débat malsain et opportuniste.

Plus récemment, une secrétaire d'Etat jusque là discrète, Nora Berra, a claqué la porte d'une réunion parlementaire UMP quand un député de son camp, ancien garde des Sceaux de surcroît, s'est lâché en déclarant que "le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France".

Même Copé dérape
Le même jour, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, grillait la politesse à une commission parlementaire constituée sur la Burqa, en déclarant qu'il allait déposer un projet de loi contre le port du voile intégral. Le président de l'Assemblée nationale n'a pas apprécié l'initiative :

« Sur une telle question de société, mettant en jeu les principes fondamentaux de notre République, la recherche prioritaire d'un large consensus s'impose.

Toute initiative législative, avant même l'aboutissement des travaux de la mission, ne manquerait pas d'apparaître prématurée par rapport à la réponse que la représentation nationale pourrait donner à cette pratique, qu'il s'agisse d'une résolution et de la perspective de dispositions règlementaires et/ou législatives. »

Jean-François Copé n'a pas attendu les conclusions de la commission parlementaire. Le lendemain de sa fâcheuse proposition, Copé tente de corriger le tir: « Quand elle aura rendu ses conclusions, s'il y a des éléments qui viennent compléter notre dispositif, je suis évidemment, comme mes amis députés, très ouvert à tout ça. » Il s'est surtout contredit. Lui qui voulait revaloriser le rôle du Parlement, le voilà qui joue cavalier seul, sur le pire des sujets au pire des moments... Bravo !

Sarkozy recadre en vain
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, a tout de suite déploré ces «dérapages». Reçu par Nicolas Sarkozy, il s'est dit "rassuré". Le chef de l'État aurait «également souhaité que, sur les débats actuels sur l'identité nationale, le CFCM soit associé, et qu'il ferait tout pour que ce débat reste serein, paisible et non stigmatisant pour les musulmans».

«C'est au ministre en charge d'expliquer et d'éclairer. Il ne faut plus réagir à chaud aux attaques » a confié un conseiller élyséen au Figaro. Sarkozy recadre Besson.

Pourrait-il enfin réaliser l'incompétence de son ministre favori ?

Copenhague: et pourtant, l'échec était interdit

26 décembre 2009

138ème semaine de Sarkofrance : Le Noël épineux de Sarkozy


Nicolas Sarkozy s'est envolé pour Marrakech avec Carla. Cette dernière semaine, la 138ème depuis son élection, a été agitée. Il fallait gérer la déception de Copenhague, l'incompétence d'Eric Besson, une polémique sur la Burqa et des candidats régionaux UMP démoralisés...

L'échec de Copenhague
Samedi dernier, Nicolas Sarkozy est rentré bredouille à Paris. Le sommet de Copenhague, dans lequel il avait placé tant d'espoirs personnels fut un fiasco. La "mesquinerie des Etats occidentaux" fut manifeste. On attendait un accord contraignant, fixant des objectifs, des engagements, et une aide financière pour les pays les plus pauvres. On hérita d'un accord "politique" minimaliste qui reconnaissait les dangers du réchauffement climatique, mais sans fixer de moyens ni de calendrier d'actions. Pire, les Etats européens furent totalement écartés de sa rédaction dans les dernières heures du sommet. Sarkozy, si aggressif, si offensif, fut grillé par Barack Obama dans la dernière ligne droite.
De l'Elysée à l'UMP, on a essayé de convaincre les médias français que c'était la faute à l'Europe et à l'ONU. Pourtant, la réalité est tout autre. Nicolas Sarkozy a joué sa carte personnelle, court-circuitant l'Union Européenne au profit de la position française. Le monarque a besoin de se placer en permanence au premier rang. Son narcissisme est son problème. Il fait échouer ses initiatives internationales, brusque ses partenaires, ruine les démarches multilatérales. Relisez donc ce commentaire de l'envoyé spécial du Monde à Pékin, qui suivait le déplacement de François Fillon en Chine: "nul doute que pour les Chinois, la personnalité de ce dernier "passe" mieux que celle de M. Sarkozy, dont le caractère imprévisible, prompt à la familiarité, lui a valu la méfiance durable des maîtres de la Chine." Imprévisible et familier, voici l'image que Nicolas Sarkozy traine jusqu'en Chine !
Mardi, Nicolas Sarkozy a tenté de reprendre la main. Il a promis à des ONG environnementales qu'il organiserait fin janvier un sommet sur la déforestation, puis qu'il créerait un "groupe Copenhague" rassemblant les 28 Etats signataires de l'accord, exception faite de la Chine et de l'Arabie Saoudite. Qui l'entendra ?

Les silences français en Chine
Le premier ministre a clos l'année par un déplacement remarqué, mais express, en Chine. Depuis son élection en 2007, Nicolas Sarkozy avait largement oeuvré au rapprochement avec la Chine, au risque de passer sous silence les exactions du régime en matière de droits de l'homme. La venue du Daïla Lama en France, fin juillet 2008, avait été l'occasion de frictions avec la Chine, sur fonds de malentendus. Sarkozy fut l'un des rares chefs d'Etat européens à se rendre à l'inauguration honteuse des Jeux Olympiques de Pékin, le 8 août 2008. Mais les dirigeants chinois lui en voulaient toujours d'avoir tenté de ménager la chèvre et le chou. Depuis, la Sarkofrance n'a pas ménagé ses efforts d'apaisement. La Chine est le premier pays du monde, un vaste marché pour les enreprises françaises et, surtout, le premier créancier des Etats occidentaux surendettés. En octobre dernier, l'UMP signait un protocole d'accord avec le Parti Communiste Chinois. Xavier Bertrand faisait mine d'oublier quelques instants les droits de l'homme. Fillon est venu cette semaine parachever la réconciliation. En Sarkofrance, le commerce définit l'amitié, et François Fillon a bien "vendu": sur place, il a officialisé la création d'une coentreprise créée par EDF et le chinois CGNPC pour construire et exploiter deux réacteurs nucléaires de technologie EPR à Taishan. Les deux seuls EPR en construction (en France et en Finlande), sont deux gouffres financiers, dont la sécurité a été critiquée par les autorités de sureté nucléaire française et finlandaise. Qu'importe ! Fillon veut aider la Chine à "décarboner son économie".

A peine le premier ministre français était reparti que Liu Xiaobo, un intellectuel chinois et opposant au régime, pouvait être jugé ce mercredi 23 décembre. Il encourt quinze ans de prison pour "subversion du pouvoir de l'Etat". Son crime ? Avoir signé une charte réclamant le respect des droits fondamentaux. Fillon n'a pas abordé son cas, lors de son déplacement. Qu'en pense Xavier Bertrand ?

L'épineux débat identitaire
Après l'environnement, le débat identitaire fut la seconde plaie à panser. Eric Besson avait confié, à demi-mot, ses blessures devant les attaques "ad nominem" dont il a fait l'objet. A force de défier en permanence ses anciens "camarades" et de s'afficher comme le plus sarkozyste des ministres de Sarkofrance, le ministre de l'identité nationale est devenu, en quelques mois, l'icône la plus détestée du régime. Depuis septembre, Eric Besson a multiplié les provocations: salves contre les "mariages gris", expulsions controversées d'Afghans sans-papiers vers leur pays en guerre, déclarations douteuses sur sa "hiérarchie des appartenances", et, last but not least, organisation d'un débat qui tourne au cauchemar pour la majorité présidentielle. Ces derniers jours, les socialistes Cambadélis et Huchon ont tour à tour comparé Besson aux collabos Pierre Laval et Marcel Déat. Qu'il est dur d'être provocateur ! Pire, le Monde révélait cette semaine que le pauvre ministre n'est qu'un "faux dur": plus de 20 000 sans-papiers ont été régularisés cette année. Cruelle déception ! Eric Besson ne serait-il qu'un tartuffe maladroit et inefficace ?
En milieu de semaine, les esprits se sont encore échauffés: une secrétaire d'Etat s'est affrontée à un député UMP, et Jean-François Copé a profité du débat identitaire pour promettre une loi contre la Burqa. Mercredi 23 décembre, Nicolas Sarkozy a voulu, une "nouvelle fois", recadrer le débat. Sa tribune dans le quotidien Le Monde, il y a 15 jours, n'a pas suffit. Mercredi, le président a reçu le Conseil du Culte Musulman, pour rassurer la communauté musulmane, heurtée par un débat qui vire à l'islamophobie. Sarkozy a demandé à son ministre de faire preuve de davantage de "pédagogie".

Diversions contre diversions
A peine de retour à Paris, Nicolas Sarkozy s'est saisi d'un sujet comme il les affectionne : les difficultés techniques de l'Eurostar, dont quelques trains ont été bloqués puis annulés pour cause de "rupture de température". Depuis 15 jours, les franciliens souffrent d'un mouvement de grève du RER A, l'une des lignes les plus fréquentées d'Europe... mais le Monarque préfère convoquer le patron de la SNCF à l'Elysée pour le tancer sur les pannes d'Eurostar... Cette indignation "bling bling" et médiatisée permet au gouvernement de faire oublier l'un de ses premiers échecs: le controversé "service minimum" n'existe qu'à l'Elysée. Sarkozy excelle dans le rôle du maître d'école et donneur de leçon. Il se murmure qu'il a ainsi sur-réagi car son ami Dominique Baudis s'est retrouvé coincé dans l'un des Eurostars en panne dans le tunnel sous la Manche.
Sarkozy a assumé son rôle de monarque "proche du peuple" jusqu'au bout de la semaine : un coup de fil à Clotilde Reiss, une visite, avec Carla, d'un hôpital d'enfants malades, des voeux sur Facebook, une décoration des 4 conducteurs du RER C qui dérailla dimanche soir, et une vaccination médiatisée contre la grippe A. A peine 7% de la population a été (tardivement) vaccinée. Le gouvernement a encore quelques 89 millions de doses à écouler d'ici quelques mois.

Le Monarque souhaitait peut-être oublier la constitution prochaine d'une commission d’enquête parlementaire sur les dépenses de sondages engagées par le gouvernement. Il y a 10 jours déjà, le Parisien relevait qu'en 2009, "plus de 7,5 millions d’euros d’argent public ont été déboursés pour valoriser la seule image de Sarkozy." Pourquoi ces dépenses ont elles été payées sur fonds publics ?

Le moral en berne de l'UMP
Autre confusion des genres, mardi 22 décembre. Nicolas Sarkozy recevait les têtes de liste de l'UMP à l'Elysée, pour un cocktail déjeunatoire aux frais des contribuables. Il leur a demandé d'assumer le bilan national du gouvernement, notamment en matière de lutte contre la crise. Il a aussi élargi les thèmes de campagne à « l'emploi, la sécurité dans les transports, la vidéoprotection, la réforme territoriale ».

Certains candidats UMP aimeraient que le Monarque ne se mêle pas trop de leur campagne. "On ne m'enfermera pas" a-t-il répondu. A l'issue de cette réunion, un ministre-candidat a confié qu'il préférerait que Sarkozy reste discret. Il craint "le mauvais buzz". Il faut dire que le bilan du gouvernement est difficile à défendre. La France serait-elle mieux lotie que ses voisins européens ? Pas vraiment, elle a moins de marges de manoeuvres budgétaires, et davantage endettée, et son chômage dépasse la moyenne de la zone euro. Jeudi, le gouvernement a d'ailleurs discrètement annoncé, à quelques heures du réveillon, que le chômage n'avait que "faiblement" augmenté en novembre. C'est le seizième mois consécutif de hausse pour la catégorie A, celle des demandeurs sans aucun emploi. Surtout, le chômage de longue durée continue de grimper...

En matière de lutte contre l'insécurité, les candidats UMP devront parler de "video-protection", un sujet qui rassurera leur socle électoral. Faute de policiers, Sarko veut déployer des caméras. La réduction - idéologique - du nombre de fonctionnaires frappe aussi les effectifs de police et de gendarmerie. Brice Hortefeux a beau dénoncer les braquages à répétition cette semaine dans le Val de Marne, il a dû mal à masquer la réalité : les fameuses "UTEQ" (Unités Territoriales de Quartier) ne seront que 35, au lieu des 100 annoncées en grande pompe il y a 18 mois à peine.

Pour cette fin d'année, Nicolas et Carla se reposent donc au Maroc, invités par le roi Mohamed VI. Le Monarque français a de la chance. Pour chacune de ses vacances, il se déniche une destination prestigieuse... et gratuite. Les Français se consoleront sans lui. Le SMIC augmentera de 0,5% le 1er janvier prochain, soit 6 euros bruts par mois, "un gain net de pouvoir d'achat de + 1,3 %" précise, sans rire, le ministère du travail.

"Ensemble, tout est possible".

Benoist Apparu et ses promesses tenues, ou pas.

25 décembre 2009

Un Noël sécuritaire, précaire et sectaire.

Noël est une distraction comme une autre, plus forte car plus ancienne. A quelques heures de la dinde aux marrons et des cadeaux pour enfants méritants, on n'oubliera pas la Sarkofrance sécuritaire et, surtout, les faibles moyens que le gouvernement Sarkozy lui consacre.

Noël sécuritaire ?
Dimanche dernier dans les colonnes du JDD, le contrôleur général des lieux de privation de liberté a révélé les premières conclusions de son rapport d'activité pour l'année 2009: "le nombre de gardes à vue est minoré. Les 578 000 gardes à vue de 2008 ne comptabilisent pas la plupart des infractions liées au code de la route". Fichtre, le nombre de gardes à vue recensées n'étaient que de 300 000 il y a 7 ans...

Il y a quelques jours, le ministre de l'Intérieur avait dû avouer que la "police de proximité" version Sarkozy ne serait pas déployée comme prévu... faute de budget. En Sarkofrance, on trouve sans mal quelques centaines de millions d'euros pour les dépenses de l'Elysée, nouvel avion en prime (285 millions d'euros), mais pas pour équiper des policiers de proximité. Les fameuses "UTEQ" (Unités Territoriales de Quartier) ne seront que 35, au lieu des 100 annoncées en grande pompe il y a 18 mois à peine.

En avril 2008, la ministre de l'Intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie, avait promis, lors d'un déplacement à Bobigny, la création d'une centaine d'unités de policiers de quartiers en France "dans les trois ans". "Nous avons énormément de demandes pour créer des Uteq" avait elle expliqué, à juste titre. La police de proximité avait été supprimée par Nicolas Sarkozy en 2002, à son arrivée au Ministère de l'Intérieur. Il n'a pas fallu attendre deux ans pour que la promesse d'Alliot-marie soit enterrée par son successeur Brice Hortefeux. Lequel a déclaré, en privé : "Je n'ai pas les moyens de les développer". En cause, la révision générale des politiques publiques (RGPP), cette fameuse politique de rigueur sélective. En décidant de ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux parmi les fonctionnaires, le gouvernement Sarkozy "économise" environ 500 millions d'euros par an.

Pour palier à ce manque d'argent, Hortefeux réfléchit réfléchit à rendre ses UTEQ "mobiles". Des sortes de commandos d'urgence, un concept bien éloigné de la proximité de terrain envisagée initialement. La Sarkofrance, fauchée pour ses policiers ? C'est un comble pour un Monarque qui a fait de la sécurité son ADN politique...

La blogueuse et flic Bénédicte Desforges s'est récemment fendu d'un billet qui résume bien la situation : "Pour Noël, le flic, c'est chic !". "C'est bientôt Noël et bien sûr, vous êtes raides comme des flics sous-payés." écrivait-elle.

Noël précaire
Dans les Hauts-de-Seine, le département clé de la Sarkozie, la prime de Noël sera supprimée pour les RMistes. Le président du conseil général du département, Patrick Devedjian, a justifié la décision par le fait que le RSA avait remplacé le RMI... "Son existence est rendue caduque par la refonte des aides sociales effectuée par l'État autour du revenu de solidarité active (RSA)" explique le Conseil Général sur son site.

Le 1er janvier prochain, le SMIC n'augmentera que de 0,5%, soit 6 euros bruts par mois, "un gain net de pouvoir d'achat de + 1,3 %" précise le ministère du travail. Quelle générosité ! Quelques heures plus tard, le Point rappelait que "les exonérations de cotisations de sécurité sociale, qui bénéficient principalement aux employeurs, ont encore augmenté en 2008 à 30,7 milliards d'euros". Le gouvernement Sarkozy a largement alourdit la facture de quelques milliards, avec, depuis octobre 2007, celles sur les heures supplémentaires, puis, en 2008, celles sur le rachat de jours RTT et enfin, en 2009, le dispositif "zéro charge" pour les entreprises de moins de 10 salariés.

Noël sectaire
Le camp UMP a visiblement du mal avec Internet. Un député a surpris tout le monde en proposant, le 18 décembre dernier sur Radio Courtoisie, de "nationaliser ce réseau". Cet espace sans contrôle fait peur. «La vérité est qu'aujourd’hui le réseau Internet est totalement pourri. Et quand je dis pourri, c’est que peut-être nous avons tous dans notre réseau Internet des chevaux de Troie qui vont se réveiller peut-être demain matin. C’est un réel problème» a expliqué Jacques Myard. Et il ajoute : «C'est un réseau qui n'est absolument pas sécurisé».

Nadine Morano, déjà, s'était indignée des mauvais buzz sur Internet : « Ah, Internet, je déteste, c'est le temple des rumeurs et de la caricature » déclarait la ministre à la vue d'une caméra de Rue89 lors de ce fameux débat où, répondant à un jeune sans-emploi qui exprimait calmement son islamophobie, elle répondit de cette citation désormais célèbre : « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il neparle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers. »

Chambord, les coulisses de Françafrique

La nouvelle serait passée inaperçue si Raphaelle Bacqué n'avait signé un long article dans le Monde: Pierre Charon, conseiller de Nicolas Sarkozy a été nommé président de l'Etablissement Public de Chambord.

A Chambord, la Présidence de la République entretient un chateau et une forêt, qu'elle se réserve pour organiser des chasses de toutes natures, avec des hôtes prestigieux : chefs d'Etat étrangers, industriels de l'armement et d'ailleurs, parlementaires et fidèles du pouvoir. Des hôtes aussi prestigieux que discrets - point de photos sur le perron du chateau, fusil en main - qui se défoulent en tirant sangliers et biches. François Mitterrand puis Jacques Chirac, qui n'étaient pas chasseurs, avaient un temps caressé l'idée de fermer ce symbole de la monarchie républicaine. En vain...

Ces invitations permettent d'entretenir les meilleurs réseaux politico-industriels, et en particulier au service de la Françafrique.
"Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, qui n'est pas chasseur, on y croise Martin Bouygues et Albert Frère, accompagnés d'une grande partie des patrons du CAC 40, l'ancien procureur général près la cour d'appel de Paris Yves Bot, le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard, le socialiste Michel Charasse, et Pierre Charon."
Raphaelle Bacqué, Le Monde du 18 décembre 2009.
Pierre Charon remplace désormais Emmanuelle Mignon, ex-chef de cabinet de Nicolas Sarkozy. Au Conseil d'administration de l'établissement, il retrouvera des élus locaux, dont Maurice Leroy, un fidèle d'Hervé Morin et président (Nouveau Centre) du Conseil général du Loir et Cher, mais aussi Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la culture, proche de Nicolas Sarkozy (et récemment cité dans l'affaire du Karachigate). L'Etablissement dispose également d'un "conseil d'orientation", où l'on retrouve François Barouin, Pierre Mongin (président de la RATP), Ladislas Poniatowski (Président du groupe chasse au Sénat), et Michel Charasse (sénateur socialiste).

24 décembre 2009

Régionales : qui a encore envie de Sarkozy ... à l'UMP ?


Mardi, Nicolas Sarkozy recevait (presque) toutes les têtes de liste UMP aux prochaines élections régionales. "Il a remonté les troupes et nous a dit qu'il fallait avoir envie" a déclaré un des participants. Mais, à l'UMP, qui a encore envie de Sarkozy ?

«Chez moi, Fillon est très bien adapté pour ma campagne. Avec Sarkozy, je redoute un mauvais buzz.» Cette confession anonyme d'un ministre, rapportée par le Figaro il y a quelques jours, a de quoi surprendre. Nicolas Sarkozy fait peur. Non pas qu'il inspire une quelconque crainte parmi les responsables de son camp. On craint plutôt qu'il ne porte la poisse. Un comble pour le président qui ne ménage pas son soutien à l'UMP... en vue de la prochaine élection présidentielle.

La mauvaise campagne
La réunion des têtes de listes UMP aux prochaines élections régionales mardi 22 décembre à l’Elysée a été l’occasion d’un retournement politique. Il y a quelques semaines, Nicolas Sarkozy avait fixé quatre thèmes de campagne à son clan : la fiscalité, où il fallait opposer la soit-disante mauvaise gestion des régions socialistes à la modération (inconséquente) du gouvernement, l’insécurité – l’ADN politique du Monarque -, l’identité nationale – ou plutôt l’immigration, afin de raviver la flamme frontiste qui sommeille dans le programme sarkozyen. Et enfin l’environnement, assumé sous le curieux vocable d’écologie populaire. Aujourd’hui, le président a dû changer son fusil d’épaule. Des quatre thèmes retenus par l'UMP pour faire campagne - fiscalité, insécurité, identité, environnement - deux sont tombés à l'eau. Le fiasco du sommet de Copenhague a plombé l'argument écolo du Monarque. Mercredi, le Monarque a annoncé vouloir réunir les pays des grands bassins forestiers pour discuter réchauffement climatique. Il faut faire oublier l'échec.
Le débat identitaire d’Eris Besson suscite lui des inquiétudes au sujet d'une résurgence du FN, et rebute largement à droite, y compris chez des ministres-candidats. L'un d'entre eux, toujours anonyme, a confié son pessimisme au Figaro: «Je n'ai pas beaucoup de chances de gagner, mais je pensais que d'autres y arriveraient beaucoup plus facilement. J'ai maintenant l'intuition que rien ne pourra renverser la tendance, ni pour moi, ni pour mes collègues.»
En matière d'insécurité, Brice Hortefeux a quelques difficultés à promouvoir son action, statistiques floues à l’appui. Reste la fiscalité, où Nicolas Sarkozy a mardi encore fustigé la « folie fiscale » des régions de gauche.

Cacher Sarkozy du terrain
Le Monarque a donc élargi le spectre des thèmes de campagne qu’il suggère son camp :
- assumer le bilan national du gouvernement, notamment en matière de lutte contre la crise.
- élargir les sujets à « l'emploi, la sécurité dans les transports, la vidéoprotection, la réforme territoriale »

Surtout, l'Elysée cherche à préparer son camp au succès modeste : «Chaque région gagnée sera une victoire» affirmait Xavier Bertrand. La droite rêve de l'emporter en Champagne-Ardenne (Jean-Luc Warsmann), en Franche Comté (Alain Joyandet), dans la région Centre (Hervé Novelli) et en Picardie (Caroline Cayeux). Sur ces 4 régions, il y aurait fort à dire sur les candidats présidentiels. Warsmann est ce curieux député qui, à la présidence de la commission des lois, "sauva" la Scientologie de la dissolution par un amendement bien trouvé en septembre dernier. Alain Joyandet est l'actif et discret secrétaire d'Etat à la Françafrique - pardon, la Coopération. Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au commerce et aux PME, est empêtré dans la niche fiscale inefficace accordée à la restauration en juillet dernier.

Sarkozy devrait-il intervenir sur le terrain ? "On ne m'enfermera pas" a-t-il prévenu mardi. Mais qui veut l'enfermer ? Les candidats UMP ?

Le président français n'aurait pas "arrêté" sa décision de participer, "sur le terrain" à des meetings de campagnes. Fillon, lui, ira au front. Mardi dernier, le chef de l'Etat a reçu à l'Élysée les vingt-deux têtes de la liste de l'UMP. Les moyens du Palais sont ainsi régulièrement privatisés pour le compte du parti présidentiel. On s'interroge: Eric Woerth, ministre du budget, refacturera-t-il les boissons et viennoiseries à Eric Woerth, trésorier de l'UMP ?

Un peu plus tôt dans la journée, Nicolas Sarkozy et son épouse Carla étaient allés jouer au couple royal et charitable auprès d'enfants malades dans un service pédiatrique à Créteil.

Il faut soigner l'image.

Jusqu'au bout.

23 décembre 2009

Vaccin, Burqa, sondages ou Edvige à la Sécu... C'est Noël en Sarkofrance !

A Noël, point de trève. les polémiques reprennent et se succèdent. Copenhague oublié, voici le retour d'une loi contre la Burqa, l'indignation Bling Bling de Nicolas Sarkozy contre les retards d'Eurostar, une enquête sur les sondages élyséens ou ... un fichier géant contre les fraudeurs à la Sécu. Joyeux Noël !

Un vaccin présidentiel contre la burqa ?
Sarko est vacciné. Le président a laissé quelques millions de Français se faire vacciner avant de procéder lui-même à l’injection du vaccin anti-grippe A, mardi 22 décembre. Sans rire, ni gêne aucune, il s’est écrié : "Je ne peux pas dire aux gens vaccinez-vous et ne pas le faire moi-même !" Hasard ou coïncidence, Nicolas Sarkozy a fait cette annonce le jour même où Barack Obama publiait une photo se faisant lui-même vacciné, déclaration à l'appui ("Les gens doivent compendre que le vaccin est sécurisé"). En France, la grippe A n'a pas fait le plein. Le gouvernement a encore quelques 88 millions de doses sur les bras, sur les 94 millions commandés l'été dernier.

La majorité n'est en revanche pas vaccinée contre les couacs. Le débat sur l'identité nationale n'en finit pas de faire des dommages collatéraux: après les dissidents Raffarin et Juppé, voici que la secrétaire d'Etat aux Aînés claque la porte d'une réunion des députés UMP qui planchait sur le projet de loi contre la Burqa. Nora Berra n'a pas supporté les propos de Pascal Clément, député UMP et ancien garde des Sceaux, qui s'insurgeait contre les minarets : "Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France". L'ancien Garde des Sceaux est très fin...
Cette semaine, Eric Besson n'a pas rejeté l'idée d'un appel FN à voter UMP au second tour des prochaines élections régionales au cas où le parti frontiste serait en situation de se maintenir: « Je ne sais pas, nous n'en sommes pas là. » Et le ministre d'ajouter, à propos du regain de popularité du FN dans les sondages: « Je ne vais pas commenter ce que dit le Front national. (…) Il y a une part des Français qui s'interroge effectivement, il ne faut pas tourner autour du pot, sur la capacité qu'a la France de rester une terre d'immigration réussie, d'intégration, d'assimilation comme disaient les vieux républicains, et qui s'interroge aussi, sur la place de l'Islam dans la république française. Cette question-là il faut la traiter froidement, sereinement, de façon républicaine. » Comme le note Julien Martin sur Rue89, même les sondages Opinionway relèvent une remontée du FN (de 6% des intentions de vote en octobre, à 10% en décembre), parallèle à une baisse de l'UMP (de 36 à 30%).

Une enquête sur les sondages
Nicolas Sarkozy voulait l’éviter. Il y aura droit. Sauf coup de théâtre, une commission d’enquête parlementaire sur les dépenses de sondages engagées par le gouvernement sera constituée. Elle pourra enquêter, par ricochet, sur la boulimie sondagière de Nicolas Sarkozy. Le terrain d'investigation est suffisamment large: "les dépenses d'études d'opinion relevant des crédits budgétaires votés par le Parlement depuis 2007". L’Elysée a-t-elle fait financé des enquêtes d’opinion de l’UMP avec l’argent des contribuables ? la question dérange, tant on devine la réponse.

Le 14 décembre dernier, un article du Parisien/Aujourd'hui en France s'inquiétait de l'explosive facture des dépenses de communication de l'Elysée. " Selon nos calculs, confirmés par l’Elysée, en 2009, plus de 7,5 millions d’euros d’argent public ont été déboursés pour valoriser la seule image de Sarkozy." Le quotidien publiait quelques détails, que la commission appréciera:
: 7 515 000 €
Equipe : 51 personnes (7 départs non remplacés depuis 2007) Fonctionnement : 960 000 €
: 570 000 € (surtout )
Salaires : 2 878 000 €. Soit un salaire moyen de 4 700 €
Déplacements : 935 000 € (préparatifs des voyages du président)
Sondages : 1 989 000 € (3 millions d'euros en 2008)
Abonnements presse : 181 000 €
Autre affaire de gros sous, le futur "Pentagone à la Française" coûtera ... 2 milliards d'euros. Rien que ça. La rigueur n'est-elle pas pour tout le monde en Sarkofrance ? Le ministère de la Défense va regrouper tous ses services dans le 15ème arrondissement de Paris d'ici 2014. Ce sera un "grand geste architectural", a expliqué Hervé Morin.

Une polémique chasserait-elle l'autre ? Après les sondages, voici le retour des fichiers...

Big Brother à la Sécu
La Sécurité Sociale s’est offerte cette semaine un fichier géant de lutte contre les fraudes. Un frère jumeau du controversé Edvige, en quelque sorte, créé par un décret publié au Journal Officiel vendredi 18 décembre 2009. A partir du numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques (NIR) d'un assuré, les agents habilités pourront accéder aux données et informations en provenance de la Sécurité sociale (maladie, vieillesse, famille et Urssaf), des caisses de congés payés et du Pôle emploi.

Les finalités de ce futur Répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS) sont explicites :
1° Simplifier les démarches des bénéficiaires de droits et prestations par la mise en commun, entre les organismes, d’informations dont la fiabilité est garantie par les organismes qui les fournissent ;

2° Améliorer l’appréciation des conditions d’ouverture, la gestion et le contrôle des droits et prestations des bénéficiaires de la protection sociale, par l’identification des bénéficiaires et ressortissants, par l’information des organismes habilités sur l’ensemble des rattachements, droits et prestations de leurs ressortissants et par l’aide apportée à ces organismes pour la détection de droits et prestations manquants ainsi que des anomalies et des fraudes ;

3° Rationaliser et fiabiliser, par l’utilisation des données d’identification du système national de gestion des identifiants géré par la Caisse nationale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés, les échanges de données entre les organismes de protection sociale, mentionnés notamment à l’article L. 114-12 du code de la sécurité sociale ainsi que les échanges entre ces organismes et les administrations fiscales prévus par le présent code ;

4° Produire des statistiques anonymes à des fins de contrôle de la qualité des procédures ou de dénombrements relatifs à l’ensemble des informations contenues dans le RNCPS.
La liste des informations recensées par le RNPCS est très exhaustive : NIR, nom, prénom, coordonnées, sexe, date et lieu de naissance, famille, historique des prestations sur 5 ans, adresse physique et électronique, et surtout tous les « incidents s’étant éventuellement produits avec cette adresse si l’organisme en a connaissance ». Ce fichier sera créé par les services de Xavier Darcos, au ministère du Travail. On ne sait pas si la CNIL a été d'ores et déjà saisie du projet devenu loi.

22 décembre 2009

Comment oublier Copenhague ?


Lundi 21 décembre, premier jour "officiel" de l'hiver, la Sarkofrance encore enneigée et troublée par des grèves de transports (et le transport minimum ?) et des blocages d'Eurostar tentait de reprendre l'initiative. Nicolas Sarkozy, au repos depuis samedi, a fait savoir qu'il convoquait le président de la SNCF pour lui demander «une reprise effective du trafic dès mardi 22 décembre». Cruelle situation ! Le Monarque voulait faire croire, ces jours derniers, qu'il allait sauver la planète du réchauffement climatique. Le voici transformé en chef de gare sur le Paris-Londres !

Parler d'Eurostar
Les transports publics d'Ile de France souffrent encore de grève. certains médias tentent bien de mobiliser les "usagers" contre des cheminots stressés. Rien n'y fait. Le mouvement se poursuit sans soulever de polémique. On entrevoit une sortie, après près de deux semaines de blocage et 5 millions d'euros de pertes pour la RATP. Le gouvernement essaie de faire oublier l'un de ses premiers échecs. le controversé "service minimum" n'existe qu'à l'Elysée.

L'Eurostar lui aussi fut bloqué, mais cause de quelques flocons. Le sang de Sarkozy n'a fait qu'un tour. Lundi, il a convoqué Guillaume Pépy, le patron de la SNCF, pour avoir quelques explications. Sarkozy, chef de gare ? Le communiqué de lundi 13h58 est ... lunaire :
"Dans l’attente de la remise des conclusions de l’enquête indépendante menée par deux personnalités, française et anglaise, le Président de la République a demandé que :
- une reprise des trafics soit effective dès demain mardi 22 décembre ;
- soit réunie d’urgence la commission franco-britannique compétente pour les circulations dans le Tunnel sous la Manche.
- un dispositif d’information des voyageurs soit immédiatement mis en place."
Sarkozy est déçu. On pouvait lire sa déception sur son visage, vendredi soir dernier, lors de sa "conférence de presse" à l'issue du sommet raté de Copenhague. "Nous avons un accord" déclarait il avant de laisser échapper une mine tendue (cf. la photo). Dès le lendemain, les communicants de l'Elysée cherchaient divers prétextes pour éteindre la déception dans les médias français.

Recadrer le débat
A droite, on aimerait que Nicolas Sarkozy "recadre" le débat sur l'identité nationale. Alain Juppé s'est fendu d'une large critique contre l'initiative d'Eric Besson dans les colonnes du Parisien dimanche dernier. Les critiques risquent d'être déçues : Eric Besson a au contraire annoncé que le débat se prolongerait jusqu'à la fin de l'année 2010. Les couacs et bourdes n'ont pas suffit. Le ministre de l'identité nationale persiste à croire que le débat passionne les Français. Il n'en est rien.
Les études d'opinion disent le contraire. Selon un sondage CSA pour le Parisien, 29% des sondés veulent l'arrêt du débat sur l'identité nationale, 21% sa suspension. Seuls 25% des sondés se disent satisifaits par la tenue d'un débat.
Source : L'Express
Les rencontres locales sont affligeantes, à en croire tous les témoignages. Quand elles ne sont pas quasi-vides, les salles, animées par des préfets désemparés, sont remplies de militants droitistes qui vident leur sac xénophobe. Les pétitions contre ce débat se multiplient. Les échanges entre majorité et opposition se tendent. Des responsables socialistes ont sonné la charge contre Eric Besson. Ce dernier s'est dit "endurci" mais "blessé", au micro de RMC la semaine dernière.

Oublier Copenhague
François Fillon s'est envolé pour la Chine. Il va essayer de vendre quelques EPR à l'encombrant allié de l'UMP. En Chine, Fillon a un objectif: faire oublier Copenhague. Copenhague a fait deux victimes: Sarkozy et Fillon. Mais les relations franco-chinoises, réchauffées depuis mai 2007, n'ont pas été d'une grande utilité. La Chine s'y est montrée franchement timide. Elle a notamment refusé toute transparence sur la vérification de ses propres engagements en matières de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A tel point que Nicolas Sarkozy a failli se fâcher. Et la secrétaire d'Etat à l'écologie a commis une bévue diplomatique en déclarant, à l'issue de Copenhague, que l'attitude chinoise était "totalement fermée". La Chine se fiche éperdument des rotomontades sarkozyennes. "Bien sûr, la France, comme l'ensemble de l'Union européenne, aurait souhaité que l'accord de Copenhague aille plus loin. Mais il y a un accord" a expliqué Fillon. Le ministre britannique de l'Ecologie, Ed Miliband, a été très clair, en accusant la Chine d'avoir «détourné» la conférence.

Calmer les Suisses
L'énervement suisse fait désordre. Le voisin helvétique a peu apprécié que la liste de 3000 noms de contribuables français réfugiés en Suisse brandie comme un trophée par Eric Woerth en août dernier ait été en fait volée par un ancien informaticien de la banque HSBC. On pourrait de surcroît critiquer l'efficacité des services de Bercy: l'informaticien avait 130 000 noms en sa possession. Tout ça pour ça ? Eric Woerth a commis une belle bavure. Il a tellement énervé les Suisses que ces derniers ont menacé de ne pas ratifier la convention d'échange d'informations fiscales franco-suisse. Patatras ! Le discours sarkozyen sur la "disparition" des paradis fiscaux aurait pris en coup.
Lundi, la Sarkofrance s'est donc couchée : elle rendra les listings à la Suisse; "le parquet général en liaison avec le ministère de la Justice a analysé les éléments de la demande d'entraide suisse. Il n'y a pas d'élément particulier qui conduirait à une absence de transmission" a expliqué le procureur général d'Aix-en-Provence François Falletti, saisi de l'affaire.

Les profiteurs de la crise

21 décembre 2009

Copenhague : échec et mat


Le sommet de Copenhague était "LA" rencontre attendue par le monde. Des dizaines de pays, associatifs et scientifiques se retrouvaient pour définir un triple cadre à la lutte mondiale contre le réchauffement climatique : des objectifs, des engagements, et une aide financière pour les pays les plus pauvres. En Sarkofrance, Nicolas Sarkozy s'était saisi du sujet avec délectation, dès les premiers jours de la présidence française de l'Union Européenne en 2008. 18 mois plus tard, le sommet est un fiasco. Nicolas Sarkozy n'est pas le seul responsable de cet échec, mais la France a mal joué.

Les raisons de l'échec
A Copenhague, si la prise de conscience des problèmes était partagée, les obstacles étaient nombreux. Barack Obama ne voulait (pouvait ?) pas engager son pays trop fermement. La Chine était prêt à quelques efforts mais, dictature oblige, il lui était hors de question de laisser qui que soit vérifier la réalité de ces efforts. L'Union Européenne s'est révélée incapable de parvenir à une position commune et forte, secouée par les initiatives nationales de certains, la France en tête. Les pays en développement attendaient des efforts financiers lourds. Le Brésil voulait comptabiliser ses désastreuses dépenses en carburant "vert" au crédit de ses efforts contre le réchauffement climatique. L'Europe du Nord ne voulait pas entendre parler de déforestation.
Sur place, les pays en développement accusèrent le Danemark de comploter sur leur dos avec la Chine et les Etats-Unis. Last but not least, toute décision à Copenhague devait passer par un consensus des Etats participants. Autrement dit, une mission impossible.

Un argument électoral.
A l'issue des élections européennes de juin dernier, Sarkozy avait joué de l'écologie comme un nouvel argument électoral pour les prochains scrutins. Les caméras de télévision suivaient Jean-Louis Borloo dans ses nombreux déplacements aux quatre coins de la planète pour convaincre les chefs d'Etat de cautionner une proposition française. Pour valoriser son argument électoral, Nicolas Sarkozy a joué les Etats contre l'Europe, les convergences bilatérales contre les positions collectives. C'est sans doute le plus frappant de cet échec. La Sarkofrance a cherché l'appui de la Chine, du Brésil, de l'Afrique, avant de solidifier - quitte à s'effacer - une position européenne commune et forte. Sarkozy valorisa Lula davantage que Barroso, Merkel ou Brown. Quelques jours avant le sommet de Copenhague, il s'affichait avec Brown. Quelques jours après la timidite recommandation européenne, il surprenait tout le monde en proposant un projet franco-africain...

La France s'est agitée ... pour rien
"Il n'est pas trop tard pour agir. on a une base pour aller plus loin. On a un accord politique. Certes, c'est 28 pays, mais c'est 90% des émissions de gaz à effet de serre." a tenté d'expliquer Chantal Jouanneau, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie du gouvernement Sarkozy. L'AFP constate que Sarkozy a échoué. Le site de l'Elysée, si prompt à célébrer le moindre battement de cils du Monarque, est curieusement discret sur les résultats du sommet. Samedi 19 décembre en soirée, aucune publication n'encombrait la page d'actualités du site présidentiel. Tout juste comprend-t-on que Nicolas Sarkozy ne travaillera que mardi et mercredi prochain.
Depuis samedi, l'Elysée a chargé la diplomatie onusienne: « Ce sommet a révélé néanmoins les problèmes du processus décisionnel onusien qui a montré toutes ses limites et qui semble en bout de course. » a critiqué l'UMP. Comme le rappelle Rue89, le problème était ailleurs, dans l'incapacité des grands pays à vendre leurs positions, par ailleurs disparates.

L'Amérique... absente ?
La presse américaine n'est pas dupe. Les conseillers de Barack Obama ont tenté de valoriser leur champion. Mais Barack Obama pensait à autre chose. Son agenda est national (avec la réforme du système de santé), et, comme l'a rappelé Daniel Cohn Bendit, il ne pouvait pas rattraper 8 années perdues de bushisme. D'autres expliquent au contraire qu'Obama a sauvé le sommet du fiasco complet. Sans son intervention, aucun accord politique, même minimaliste, n'aurait été signé.

Des réactions négatives
La reculade des pays les plus riches est "historique" estiment les écologistes. La déclaration de Copenhague laisse les pays fragiles sur le bord de la route. Pour le délégué soudanais, tête de file de nombreux Etats africains, C'est «le pire de l'histoire». Pour Nicolas Hulot, "Nous avons bradé l'avenir de nos enfants". Sans blague ? Pour Attac, ce sommet est une "honte morale". Martine Aubry, pour le Parti Socialiste, rappelle que "Conclure le sommet sur une déclaration d'intention de contenir à 2° le réchauffement d'ici 2050 sans dire comment, ne peut être considéré comme un résultat : c'était le point de départ du sommet!" Les Verts résument le problème: "Le résultat est aussi désespérant que les enjeux étaient d'importance. La Chine et Obama sont les coupables numéro un, mais l'Europe a péché par sa désunion et son absence de leadership", a expliqué la porte-parole du parti écologiste.

En Franc, Copenhague a fait deux victimes : Nicolas Sarkozy a perdu de sa crédibilité internationale. Et Jean-Louis Borloo est handicapé dans sa route vers Matignon. Mardi, François Fillon essaiera quand même de vendre quelques centrales nucléaires à la Chine. Le rapprochement avec la grande dictature servira bien à cela...