2 décembre 2009

Crise: Sarkozy est satisfait... de lui.

Mardi, Nicolas Sarkozy se déplaçait à la Seyne-sur-Mer. En quelques 45 minutes de monologue, dressé sur son habituelle estrade, derrière son habituel pupitre, le Monarque a livré son bilan du plan de relance :

"L'activité en France a reculé moins qu'ailleurs et elle s'est remise à croître dès le deuxième trimestre de cette année. Nous avons moins détruit d'emplois et notre chômage a moins augmenté. Je ne dis pas ça par autosatisfaction, naturellement."

Naturellement ?

Les observateurs étrangers, ou nationaux, ont quelque difficulté à comprendre cet excès d’optimisme présidentiel. La France, selon Sarkozy, est un îlot de bonheur parmi les pays industrialisés. « La France repart plus fort, et avant les autres. » Vraiment ? La timidité et la fragilité de la croissance française ne lassent pas d’inquiéter. "La récession cette année en France sera de -2, -2,1%; elle sera en Allemagne de -5%". Mais en Allemagne, le déficit budgétaire sera de 3% du PIB… contre 8% en France.

La France aurait mieux résisté aux destructions d’emplois. C'est évident, mais Sarkozy n'y est pas pour grand chose : le poids des emplois publics (que Sarkozy entend réduire un peu plus chaque année), et des revenus garantis par l'Etat (comme les retraites) ont permis à la consommation des ménages de résister. Sous la contrainte de manifestations monstres, en janvier dernier, Sarkozy s'est vu imposé un renforcement du traitement social du chômage, quelques mois après la mise en oeuvre des sanctions contre les chômeurs refusant deux offres raisonnables d'emploi. Malgré tout, le chômage explose, comme une bombe à retardement, avec plus de 111 000 personnes supplémentaires inscrites à pôle emploi en octobre, pour atteindre 4,6 millions le mois dernier.

Mardi, Sarkozy a voulu nous convaincre de la différence entre la bonne dette (qui finance l'investissement) de la mauvaise (qui finance les prestations sociales). En Sarkofrance, l’endettement public est massif et sans issu : 84% du PIB en 2010, sans doute 100% d’ici 2 ans. La Sarkofrance, contrairement à ses voisins, n'a plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. Piteuse, la France est enfin parvenue à obtenir une prolongation d'un an, de 2012 à 2013, le délai fixé par la Commission Européenne pour descendre le déficit budgétaire à 3% du PIB. Ce dernier atteint un niveau inégalé depuis l’après-guerre. La politique fiscale du gouvernement paraît dans l’impasse, coincée par l'obstination de Nicolas Sarkozy à préserver quelques niches, tels le bouclier fiscal ou le soutien à la restauration. L’un des plus gros cadeaux fiscaux de l’année, la baisse du taux de TVA sur la restauration, soit 3 milliards d’euros l’an prochain, est un échec. Devant l’impossibilité de conclure un accord d’augmentation des salaires dans leur branche avec le patronat, certains représentants syndicaux ont suggéré à l’Etat de reprendre son cadeau.
Globalement, il faudrait augmenter les prélèvements de 2,5 points, tout en stabilisant le montant des dépenses publiques, pour espérer revenir en-deça des 3% du PIB en 2015. Inquiet par sa réélection de 2012, Nicolas Sarkozy se garde bien d’annoncer l’addition. A droite, les plus inquiets préconisent d’augmenter les prélèvements indirects, comme la CSG ou la TVA. A gauche, on pense plutôt à revoir l’impôt sur le revenu et les niches fiscales.

Mardi, Nicolas Sarkozy a aussi loué son efficacité dans le sauvetage des banques : « Je vous avais donné ma parole que l’Etat ferait son devoir, que l’Etat protégerait vos économies, que l’Etat ne laisserait aucune banque faire faillite. » Le même constat peut être fait chez nos principaux voisins. Le Monarque a choisi de positiver sa pirouette idéologique. Le chantre de la dérégulation a loué le retour de l’interventionnisme public dans l’économie : oubliées, la réduction des prestations sociales, le déplafonnement des heures supplémentaires, ou la privatisation de la Poste ! On aurait aussi beaucoup à dire sur la précarité croissante de nombre de ménages. Chez Sarkozy, le concept n’existe pas, n’émerge dans aucun discours, n’apparaît spontanément dans aucune annonce gouvernementale.

Le Monarque s'est également bien gardé de dresser un bilan de l'une de ses promesses de l'époque : la mise en oeuvre d'une nouvelle régulation de la finance mondiale. On savait que le petit Français ne pouvait rien sans l'accord des grandes puissances. Depuis plus d'un an, Sarkozy revendique des succès qui n'en sont pas. Ainsi va la lutte contre les paradis fiscaux. Ces derniers existent toujours, ils ont simplement changé de nom. Et malgré les « menaces » de l’été, les «évadés fiscaux» sont finalement peu nombreux à régulariser leur situation. En août dernier, Eric Woerth a fait quelque vacarme sur le sujet en brandissant une liste de 3 000 contribuables « évadés », représentant 3 milliards de fortune défiscalisée en Suisse. Le ministre du budget avait été clément : il avait laissé à chacun jusqu’au 31 décembre pour régulariser, sans pénalité majeure, leur situation. A un mois de l’échéance, 2 500 contribuables, seulement, ont pris contact avec le fisc français. Et 800 d’entre eux, seulement, ont réellement franchi le pas. Bercy a fait agréer « EVAFISC » par la CNIL un fichier recensant les contribuables disposant d’avoirs à l’étranger, légaux ou pas.

Fidèle à son habitude, Nicolas Sarkozy a beaucoup crié dans le vide, comme contre la faiblesse du dollar : "Je me reconnais comme un ami des Américains mais enfin on ne peut pas continuer comme ça avec un euro qui a augmenté de 50% de sa valeur par rapport au dollar [...] comment voulez-vous qu'on aille vendre des avions aux Etats-Unis?". Sous-entend-t-il qu'il faudrait réguler autoritairement le cours des devises dollar et euro ? Pour l'un des chantres de l'indépendance des banques centrales... cela ferait désordre.

Mardi, Sarkozy a énuméré les réalisations de son plan de relance : 1000 chantiers ont été lancés. On se souvient de leur liste, en février dernier, un inventaire à la Prévert de dépenses pour l’essentiel indispensable, crise ou pas ; La récession a eu bon dos. On avait ainsi appris que la "rénovation du patrimoine artistique", ou la sécurisation d'installations sanitaires, judiciaires ou de transports faisaient partie de la relance.
Parmi les mesures emblématiques, le gouvernement avait ainsi cité la "mise aux normes de sécurité" de l'Institut de chimie Le Bel, à Strasbourg (3 M€), la "mise en sécurité" des UFR médicales de Paris-V-Faculté de médecine de Cochin et des bâtiments Gustave- Roussy (5,8 M€), celle des sites de l'université de Paris-VI-Pitié- Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris (7M€), la rénovation des voies ferrovières (150M€), ou encore la "sécurisation" du tunnel de Fréjus (35M€) et des travaux d'entretien routier (320 M€). Vous avez bien lu. Sans la crise, la sécurisation du tunnel de Fréjus pouvait attendre...

Mardi, près de Toulon, Nicolas Sarkozy était finalement seul. Il se parlait à lui-même, comme pour se convaincre qu'il avait bien fait, qu'il était le meilleur, et que le reste du monde avait tort contre lui.




3 commentaires:

  1. Remarque, il est toujours content de lui.
    Sauf que tous ces plans n'ont pas sauvé le pays bien au contraire, il va le couler pour les années à venir.

    Si notre pays s'en sort mieux que les autres, c'est tout simplement grâce aux français et leur épargne que le pays ne s'est pas effondré, mais surtout pas grâce à sarko.

    Amitiés

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  2. Il est de bon ton pour une minorité de Français de dénigrer leur président. Il est facile pour ces mêmes personnes de dire qu'il faut régulariser les "sans papiers" et ceci pendant la crise économique. C'est vrai que cela ne les engagent à rien puisqu'ils ne gouvernent rien !
    Nous verrons bien si ces personnes seront élues aux prochaines élections (s'ils arrivent déjà à régler leurs querelles internes)

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  3. Vu le pourcentage d'approbation de Sarkozy, je dirais qu'il est de bon ton pour une majorité de Français de dénigrer leur président (et qu'ils ont quelques bonnes raisons de le faire). Quant à la régularisation des sans papiers, je ne vois pas trop en quoi la crise serait un argument contre, surtout en ce qui concerne ceux qui travaillent.

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