8 décembre 2009

La crise est pour demain

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a livré l'un de ses discours auto-satisfaits dont il a le secret. Les propos ont été largement commentés. Sa charge contre la responsabilité "anglo-saxone" de la crise a failli le brouiller avec son (deuxième) meilleur ami travailliste Gordon Brown.

Christine Lagarde est inquiète. La ministre des Finances est plutôt connue pour son optimisme. Pourtant, ces derniers jours, elle a affiché une grande prudence quant à l'évolution de l'emploi en France: «En terme d'emplois, ça (le quatrième trimestre, ndlr) ne sera certainement pas aussi bon que le troisième trimestre» a-t-elle déclaré le 3 décembre dernier. «On va avoir des petits soubresauts et de toute façon on n'est pas sorti de la crise. L'économie est encore en train de détruire des emplois». La ministre de l'Economie ne croit pas si bien dire. Ses propos ne visaient qu'à exonérer le gouvernement de toute responsabilité quant aux prochains mauvais résultats sur le front du chômage. Mais la situation du pouvoir d'achat, et, plus généralement, de la précarité, risque fort d'être détestable dans la Sarkofrance de 2010.

L'hebdomadaire Marianne, dans sa livraison de samedi dernier, rappelait que la vraie crise serait pour 2010. Jeudi 3 décembre, Claire Guélaud, journaliste au Monde, ne disait pas autre chose: "C'est à partir de maintenant que la crise va se faire sentir". L'inflation, stoppée par la crise, est attendue à la hausse l'an prochain. Les revenus des ménages vont en parallèle souffrir. Primo, les dispositifs d'aide ponctuelle, lâchés par le pouvoir souvent la double contrainte de manifestations en janvier puis de la pression du chômage, vont s'éteindre peu à peu. Les entreprises resteront prudentes sur les augmentations salariales. Et les "revenus de remplacement" (prestations sociales, etc) augmenteront faiblement, à cause d'une indexation sur l'inflation quasi-inexistante en 2009.

On pourrait également citer d'autres indicateurs d'une fragilité sociale sans précédent : la hausse du nombre de ménages surendettés, ou le creusement des inégalités. La Croix Rouge se plaint, à juste titre, d'accueillir depuis 18 mois 20% de demandeurs supplémentaires à l'aide alimentaire. "Nous nous attendons à une année 2010 difficile pour les personnes que nous accueillons et difficile pour nous sur le plan financier", témoignait Bernard Schricke du Secours catholique dans les colonnes du Monde. "On ne prévoit pas de coup de pouce au smic. Les salaires augmentent peu. Les dépenses préengagées s'alourdissent." Quasiment toutes les catégories sociales sont concernées par cette précarité croissante. Même les cadres ont du souci à se faire.

Il y a près d'une semaine, Nicolas Sarkozy prononçait 44 fois le mot "crise" dans un discours d'à peine 45 minutes, comme l'a relevé le tenace Politistution. Il dressait son bilan de la "sortie de crise" version Sarkofrance.



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