mercredi 7 janvier 2009

Sarkozy inutile au Proche Orient

Les 5 et 6 janvier, Nicolas Sarkozy s'est donc rendu en Égypte, puis dans les territoires palestiniens, en Israël, en Syrie, au Liban puis à nouveau en Egypte. Un voyage qui avait soulevé des espoirs, et qui s'est terminé comme une farce narcissique de plus. Mardi soir, le président français a terminé son périple par une seconde rencontre avec Hosni Moubarak, avec lequel il a annoncé un projet de plan de paix.

Comme un pied de nez, Israël a déclenché son offensive terrestre quelques heures avant l'arrivée du président français dans la région. Cette attaque est devenue, au fil des heures, lisible: débusquer les combattants du Hamas, et casser tous ses tunnels d'approvisionnement avec l'Egypte.

Le désarroi, le refus de choisir un camp contre un autre, et l'opposition aux présentations caricaturales de la situation qui en fait des deux côtés sont devenues des positions difficiles, intenables. L'ampleur des pertes civiles a jeté un discrédit évident sur l'opération.

En revanche, la visite de Nicolas Sarkozy a-t-elle servie à quelque chose ?

La mollesse française
La position française vis-à-vis de l'offensive israélienne n'était pas lisible. Elle comportait l'évidente bonne conscience humanitaire ("et oui, la guerre, c'est sale"), et restait mollement équilibrée dans les reproches. On crie contre les saletés de la guerre, l'intervention israélienne ou les tirs de roquette du Hamas, et c'est tout.

Contre le Hamas, la France aurait pu s'interroger sur la porosité de ses propres barrages sur place à l'égard des trafics d'armes de l'organisation palestinienne. Elle aurait pu aussi s'interroger sur le rôle de l'Iran. Ce dernier a misé sur le blocus israélien de Gaza pour isoler Israël dans la région. Le conflit actuel lui donne raison.

Nicolas Sarkozy avait reçu en grande pompe le président syrien le 14 juillet dernier, pour l'inauguration de son "Union de la Méditerranée." A ceux qui critiquaient ce rapprochement avec un tyran, il avait argué qu'il avait besoin de l'appui syrien pour faire la paix au Liban et avec Israël. Le président Hassad lui avait promis d'échanger un amabassadeur avec le Liban. L'échange n'a toujours pas eu lieu. Sarkozy lui a-t-il demandé des comptes lors de son entretien mardi 6 janvier? "Le président Assad peut jouer un rôle. Il doit convaincre le Hamas de faire le choix de la raison, de la paix et de la réconciliation" a expliqué le président français. Mais Bachar al-Assad a lui comparé Gaza à "un camp de concentration"...

Contre Israël, la France aurait pu condamner plus durement les dérapages humanitaires de Tsahal. Quelques semaines avant cette offensive, le 8 décembre, le Conseil Européen avait réitéré sa détermination à « rehausser le niveau et l’intensité de sa relation bilatérale avec Israël », c'est-à-dire lui accorder dès avril 2009 un statut privilégié. Bernard Kouchner, en déplacement à Tel-aviv, avait assuré la Ministre Tipi Livni que l’issue du processus de paix serait sans conséquence sur le rehaussement des relations UE-Israël. Pourtant, le Parlement européen s'est opposé à ce rehaussement des relations Israël-UE en repoussant le vote proposé sur les programmes communautaires. Pire, Nicolas Sarkozy a finalement commis une boulette : stigmatiser le Hamas au moment même où les chars israéliens entraient dans la bande de Gaza. Depuis lundi, l'escalade de la violence a visiblement précipité la totalité des opinions publiques arabes contre Israël. Le président français aurait pu choisir un meilleur moment pour cette nouvelle déclaration.

Le manque de stature
Bref, la France participe, involontairement sans doute, à caricaturer le conflit à Gaza. Nicolas Sarkozy aime pourtant bien la politique internationale. La présidence française de l'Union européenne lui a donné le goût. Et il a compris qu'on se rachète plus rapidement une popularité en matière de politique étrangère qu'à l'intérieur. Il s'est gardé la co-présidence de l'Union pour la Méditerranée, un "machin" comme aurait dit le Général de Gaulle, qu'il a créé le 14 juillet dernier. Mais la situation au Proche Orient est trop grave pour que l'on se satisfasse d'un Monarque en mal de reconnaissance universelle. Il n'est pas sûr que cette visite ait une vertue apaisante en France entre les communautés juive et musulmane.

Il faut aussi avouer qu'il n'est pas aidé par son ministre français des Affaires étrangères. Il y a deux mois, Bernard Kouchner était en visite dans la région. Lors de son point avec la presse française le 5 octobre à Jérusalem, le voici qui déclarait :
"De loin, on pense que le Processus d’Annapolis, la tentative de faire la paix et de construire un Etat palestinien solide à côté de l’Etat d’Israël, est terminé. Cette fois, pourtant, je trouve qu’il y a un changement. Ayant été durant plusieurs heures à Jénine, je sens que quelque chose se passe, que quelque chose a rétabli la confiance chez les Palestiniens, en parlant avec les Israéliens, y compris avec les plus hauts responsables."

Plan de paix ou plan de communication ?
Mardi 6 janvier dans la soirée, Nicolas Sarkozy et Hosni Moubarak ont fait une déclaration commune. Ils ont proposé un plan de paix: retrait israélien de Gaza contre ouverture égyptienne pour sécuriser ses frontières et arrêt des tirs de roquette du Hamas. Pourquoi Israël l'accepterait ? L'Egypte ne s'engage qu'à discuter, sans obligation de résultat, et le Hamas a tout à gagner à accepter une trêve.

Pourquoi donc Israël l'accepterait ? Nicolas Sarkozy était confiant devant les journalistes et les caméras... évidemment.
"Le président Moubarak invite sans délai, notamment la partie israélienne, à venir discuter de la question de la sécurité des frontières, peut-être dans les heures qui viennent" (...) "J'ai des éléments très précis qui me permettent de dire qu'une délégation israélienne rencontrera une délégation égyptienne sans délai pour parler de cette question de sécurité" (...) "J'ai bon espoir que la réaction des autorités israéliennes permettra d'envisager de mettre un terme à l'opération qu'ils ont engagée sur Gaza, c'est-à-dire pas simplement le cessez-le-feu, mais un retrait" (...) "La proposition égyptienne a ceci d'important que personne n'est humilié, personne ne perd la face, que ce n'est pas un retour au statu quo ante, puisque les Egyptiens sont prêts à travailler sur la sécurité aux frontières, puisqu'une pression est faite pour qu'il n'y ait plus de roquettes qui partent de Gaza" (source)
Israël a engagé son attaque, aérienne puis terrestre, avec un double objectif: affaiblir le Hamas et détruire les tunnels de contrebandes d'armes entre la bande de Gaza et l'Egypte. Tsahal cherche à agir vite et éviter l'enlisement. Le Monarque était-il le seul à croire qu'Israël souhaitait annexer la bande de Gaza ?

La diplomatie était à l'ONU
Plus globalement, la présidence française, tout occupée à la crise financière mondiale, les JO de Pékin et le conflit en Géorgie, semble avoir négligé la situation au Proche Orient. Sarkozy a voulu profité d'un déplacement prévu au Liban pour les voeux aux forces françaises sur place, mais l'histoire diplomatique aurait dû s'écrire à New York. Après avoir poliment reçu le président Sarkozy lundi 5 janvier, le président de l'Autorité Palestinienne a rejoint une délégation de ministres égyptien, jordanien, libanais, libyen, marocain, qatari, syrien, ainsi que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pour aller mardi, à New York aux Nations Unis.

Dans la nuit de mardi à mercredi, Israël a finalement accepté d'ouvrir un corridor humanitaire "pour approvisionner les habitants de la Bande de Gaza en biens de première nécessité.". Mais l'Etat hébreu ne répondait pas au "plan de paix" du président français en tournée médiatique dans la région. Israël acceptait une proposition du Conseil de Sécurité de l'ONU.
Les services d'Ehoud Olmert ont annoncé dans un communiqué que l'idée d'un corridor humanitaire venait du Conseil de sécurité des Nations unies, et que le Premier ministre l'avait acceptée. Selon ce projet, Israël suspendrait ses attaques dans des zones spécifiques de la Bande de Gaza pour permettre à la population de s'approvisionner. Le communiqué adressé tôt mercredi, heure locale, précise que l'objectif est d'"empêcher une crise humanitaire dans la Bande de Gaza" (source).
Ce n'est pas un retrait, ni un cessez-le-feu, mais un couloir humanitaire. C'est en revanche une fin de non recevoir au "plan de paix" précipitamment annoncé par Nicolas Sarkozy.

Le président français a tenté aussi de récupérer la couverture diplomatique, en vain.

Communiquer à défaut d'agir, tel semble être une fois de plus, une fois de trop le leit-motiv sarkozyen.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?


Crédit photo: Figaro

Sarko colombe de la paix ou vautour de la démocratie ?

Pendant que Nicolas Sarkozy faisait sa communication politique au Proche Orient, ses proches nous préparaient (mal) leur rentrée : suppression du juge d'instruction ou cacophonie gouvernementale sur la relance,c'est au choix.

Dati revient à temps pour supprimer le juge d'instruction
A l'ordre du jour du mercredi 7 janvier, les voeux du président Sarkozy lors de la rentrée solennelle de la cour de cassation devraient inclure un nouveau projet : la suppression du juge d'instruction. Les avocats sont hostiles. Certains magistrats aussi. Des recommandations n'étaient attendues que pour la mi-février. Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy fait sembler d'aimer le débat mais annonce le résultat au préalable (cf. la réforme de l'audiovisuel public). L'ensemble des enquêtes judiciaires seraient désormais confiées au parquet, sous le contrôle d'un magistrat du siège, appelé "juge de l'instruction". Rachida Dati vient d'accoucher qu'elle revient bosser. Elle sera là aujourd'hui, a-t-on appris. Elle assistera à la séance des questions d'actualité au Sénat. Guillaume Didier, son porte-parole à la Justice, a même confirmé qu"il n'y aura pas de vacances du pouvoir à la Chancellerie". Triste exemple.

Les ministres multiplient les gaffes sur la relance
Une salve de contradictions a ponctué la communication gouvernementale de ces derniers jours sur le plan de relance et l'économie. Sur CANAL+, Patrick Devedjian a considéré qu'un nouveau plan de relance serait inutile. Eric Woerth a au contraire expliqué que si le premier plan ne marche pas, il faudrait un second: "si ça ne marche pas (...) si le monde s'enfonce dans la crise, il faut rester agile, mobile". Il a aussi justifié que le gouvernement maîtrisait les dépenses de l'Etat, "à l'exception des dépenses de relance" : ces dernières se chiffrent à environ 80 milliards d'euros, comme l'a noté Yann Barthès sur CANAL+, si l'on considère le plan de 26 milliards, le fonds souverain pour les PME innovantes à 22 milliards et les prêts aux banques pour 40 milliards dont 10 déjà débloqués ! Le ministre du Budget a (re)confirmé que le déficit public serait de 3,9% en 2009 "toutes choses égales par ailleurs." La palme revient cependant à Christine Lagarde : elle a réussi à dresser un éloge au froid hivernal qui frappe la France ces derniers jours qui favoriserait ... les soldes (voir la video).
"Du point de vue des soldes, le mauvais temps, c'est une aubaine ! Parce qu'évidemment, quand on a 12° on n'a pas forcément envie de craquer pour un manteau. Si il fait -3°, on se dit que le manteau, ça vaut la peine."

La réforme du travail dominical est encore reportée
 Inialement inscrit à l'ordre du jour de la rentrée parlementaire pour le 15 janvier, cette réforme contestée a été une nouvelle fois reportée sine die, selon l'ordre du jour de l'Assemblée nationale communiqué mardi et fixé par le gouvernement jusqu'au 25 janvier.
"Ce n'est pas une reculade, assure son porte-parole Luc Chatel. Nous savons qu'il va y avoir de nombreux débats" au Parlement sur le plan de relance et le projet de loi organique de révision de la Constitution et "dans les quinze jours qui viennent il ne sera pas matériellement possible d'examiner d'autres textes, dont le travail du dimanche". Cette décision "n'est pas liée" aux divisions qui ont agité la majorité sur cette proposition de loi, ajoute-t-il. Le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, insiste, lui, sur le fait que "la détermination du gouvernement reste entière" et que l'absence du texte "dans l'ordre du jour des trois prochaines semaines est simplement mécanique" (source)
La justice de Sarkofrance s'entête sur l'ultra-gauche
"La cour d'appel de Paris a refusé, mardi 6 janvier, la remise en liberté d'Yldune Lévy, compagne de Julien Coupat, mise en examen dans l'enquête sur les sabotages présumés de lignes ferroviaires à grande vitesse," nous apprend LE MONDE. La justice française, agitée par un gouvernement sous pression persiste et signe. L'enquête n'a pas avancé d'un hiota. Mais qu'importe. Pourquoi reste-t-elle en prison ? parce que le juge d'instruction (encore lui !) ne l'a pas encore interrogé depuis son incarcération le ... 15 novembre dernier.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Crédit photo

mardi 6 janvier 2009

Le point d'étape douloureux de Sarkozy au Proche Orient

L'offensive terrestre israélienne a encore bousculé l'agenda présidentiel. Nicolas Sarkozy ne souhaite pas cautionner l'action d'Israël mais les perspectives de paix sont perturbées par cette nouvelle attaque.

L'Europe, complice d'un dérapage ?
Lundi, Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne, a eu des mots très durs contre l'attentisme européen et français : "si la communauté internationale avait réagi plus fermement à l'offensive aérienne israélienne, qui a duré une semaine, l'État hébreu ne se serait pas permis une offensive terrestre. Par son silence, le monde a sa part de responsabilité dans le carnage." la déléguée palestinienne s'emporte, en accusant Tsahal de viser exprès des cibles civiles : "Comment croire que des hôpitaux, un parlement et une université soient des cibles militaires ?" Son exagération - car c'en est une, quel serait l'intérêt d'Isarël de faire exprès ?? - prouve que l'intervention israélienne a politiquement échoué, pour le moment. D'après Le Monde, 50 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza, lundi, portant le bilan, après dix jours de conflit, à au moins 555 morts et près de 2 700 blessés.

Sarkozy a raison de tenter

En France, la quasi-totalité des partis politiques soutiennent l'action du président. En particulier, Benoît Hamon s'est déclaré lundi totalement favorable à cette intervention française: "Il faut absolument tout tenter parce que cette offensive israélienne, aérienne comme terrestre, est disproportionnée par rapport à ce qu'a été l'attaque du Hamas contre Israël".
Un quotidien espagnol s'est cependant moqué de cette initiative française: Publico a en effet suggéré qu'"en cette veille de jour des Rois, c'est sûrement en "messie salvateur" que Nicolas Sarkozy aimerait se voir négocier une trêve au Proche-Orient" (source). Le même journal est très critique et pessimiste quant aux capacité du président français de parvenir à un cessez-le-feu : n'a-t-il pas reçu le 1er janvier dernier la ministre des affaires étran,gères israélienne au moment même où Israël refusait la proposition européenne de trêve humanitaire et 48 heures avant le déclenchement de l'offensive terrestre ?

Sarkozy affaiblit-il l'Europe ?
Après 6 mois de présidence européenne active, Sarkozy prend le risque de gêner la présidence tchèque.
Cependant, les Tchèques sont réputés atlantistes et pro-israélien, là où Sarkozy est parvenu à se concilier partiellement les faveurs de l'Autorité Palestinienne lors de sa précédente visite en juillet dernier. Le ministre tchèque des affaires étrangères a toutefois déclaré que "le droit à l'autodéfense ne justifie pas des actions infligeant de graves souffrances aux populations civiles". Et les ministres des affaires étrangères tchèque, français et suédois se sont entretenus lundi avec M. Moubarak pour tenter "de parvenir à un cessez-le-feu immédiat, à une réouverture des points de passage et un retour à la trêve"

D'après certaines informations, Nicolas Sarkozy tenterait de placer l'Egypte et la Turquie au centre d'une médiation auprès d'Israël. C'est effectivement le sens du communiqué officiel de l'agence d'information. mais même l'Egypte ne coopère pas: elle a refusé la présence d'observateurs internationaux à sa frontière !

A la fin de la journée de lundi, Sarkozy semblait mesurer son échec. La situation est trop grave, trop désespérée pour qu'une tentative diplomatique aussi rapprochée change quoique ce soit. En présence du président de l'Autorité palestinienne, il a déclaré lundi : "Nous avons condamné sans ambiguté l'offensive terrestre israélienne. (...) L'acheminement de l'aide humanitaire doit être facilité" (...) "Je dirai au président Shimon Peres et au premier ministre Ehud Olmert, en toute franchise, que les violences doivent cesser" (...) "Israël est une grande nation, une grande démocratie : le monde ne comprendrait pas qu'Israël laisse la situation humanitaire à Gaza devenir encore plus dramatique qu'elle ne l'est aujourd'hui". Le Hamas a condamné les propos de Sarkozy, l'accusant d'être partial vis-à-vis d'Israël. Pourquoi ? Parce que le président français a également accusé le Hamas d'avoir agi de façon "irresponsable et impardonnable" (...) "en décidant de mettre fin à la trêve et en reprenant les tirs de roquettes sur des populations civiles d'Israël."

On s'interrogera également sur les raisons qui ont poussé Nicolas Sarkozy à éviter d'aller ... à Gaza. Comment Israël aurait-elle réagi si le président français avait annoncé son intention de se rendre dans la bande de Gaza dès lundi ?


Sarkozy, Don Quichotte ?

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Frédéric Lefebvre, incompétent numérique ?

A croire certains, Frédéric Lefebvre bénéficierait d'une double promotion dans les semaines à venir. Actuellement porte-parole de l'UMP, il rejoindrait la direction de l'UMP, en tant que secrétaire national adjoint, nommé par Nicolas Sarkozy. Egalement député et actionnaire-fondateur de PIC Conseil, une agence de lobbying, il rejoindrait également le gouvernement au poste de secrétaire d'Etat à l'économie numérique, suite à la mutation d'Eric Besson au ministère de l'Identité Nationale.

En quoi Frédéric Lefebvre serait-il compétent ?

Son lobbyisme actif, hier homme de l'ombre de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier était à l'Intérieur, aujourd'hui porte-parole diurne hyper-actif de l'activité présidentielle, lui a fait connaître les rouages de la communication moderne. "Proclamé" le 20 juillet 2007 Député des Hauts-de-Seine en remplacement d'André Santini, il s'est également illustré dans la réforme de l'audiovisuel public en 2008. Ses propositions étaient nombreuses : remplacer la publicité par du placement de produit, réduire les effectifs de France Télévision (car "quand on vient vous interviewer pour le 13 heures puis pour le 20 heures, que France 3 vient vous interviewer pour le 19 heures et que vous dites trois fois la même chose avec trois équipes différentes de quatre personnes, il y a un problème"), instaurer un quota de minorité visible sur les écrans publics, ou créer "un fonds pour la création. En juillet dernier, sa plainte contre l'AFP a été rejetée. Il reprochait à l'agence de ne pas avoir traité des communiqués de son parti sur la condamnation de Ségolène Royal.

Depuis juin 2007, il co-anime également le Club Parlementaire, une réunion périodique qui rassemble quelques parlementaires et des professionnels de l'audiovisuel. Je vous invite à lire quelques-uns des comptes-rendus écrits de ces réunions pour constater le niveau de connaissance du secteur par le député Lefebvre. Quelques exemples ? En juillet, sur la radio numérique, Lefebvre, pourtant puissance invitante, ne s'exprime que deux fois, pour dire combien les Français ne mesurent pas bien l'intérêt de la radio numérique car ils ont depuis longtemps beaucoup de stations FM (hein ?). En juillet toujours, il rappelait son souhait de faire réaliser un audit de France Télévisions car " il y a des tas d’endroits où on pourra faire des économies" (pourquoi un audit ? A-t-il des informations que nous n'avons pas ?).

En juin 2008, Frédéric Lefebvre a pondu une contribution sur les "Les TIC comme levier de croissance", pour le Journal du Net, à l'occasion des Assises du Numérique. Ce texte, d'une platitude hallucinante pour qui prétend ainsi connaître le sujet, contient quelques perles. Le député semble avoir découvert internet il y a peu :
"ce qui fait aussi la force d'Internet, c'est que des individus peuvent créer rapidement beaucoup de valeur, en partant de peu ; il suffit d'avoir un ordinateur à 400 euros et une connexion Internet pour moins de 30 euros par mois."
"je regrette que les nombreuses liquidités présentes sur le marché mondial aillent aujourd'hui vers la spéculation ou sur les matières premières, alors qu'à côté, de nombreux projets du Net attendent des investissements"


En fait, Frédéric Lefebvre ne connaît pas grand chose à l'économie des médias, et de l'Internet en particulier. Il n'y a jamais travaillé, et certaines de ses positions sont sans intérêt autre que polémique.
Par exemple, susciter le placement de produit comme alternative de financement témoigne d'une méconnaissance du marché publicitaire et des pratiques des annonceurs.

Cette video montre aussi à quel point le B-A BA du Web n'est pas connu du futur secrétaire d'Etat à l'Economie numérique (merci à DamDam et CeeCee).



Jean-Jacques Bourdin: "C'est quoi le Web 2.0 ?"
Frédéric Lefebvre : "Bah, le Web 2.0, c'est tout simplement l'internet d'aujourd'hui."

Il s'est aussi permis des diatribes violentes contre "les dérives du Net", et notamment celle-ci qui fait froid dans le dos, lors d'une séance à l'Assemblée Nationale :
"L'absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l'absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d'adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...] La mafia s'est toujours développée là ou l'État était absent ; de même, les trafiquants d'armes, de médicaments ou d'objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid."
En début d'année 2008, il avait suggéré que les frais de téléphone portable et d'internet soient remboursés par les entreprises. L'objectif ? Défiscaliser ces dépenses, puisqu'elles viendraient en déduction du bénéfice imposable des entreprises. Hier, il est allé jusqu'à rappeler sa suggestion d'étendre la redevance aux internautes qui regardent la télévision via Internet.

La vraie bonne nouvelle d'une telle nomination, pour le secteur, est à rechercher du côté de ses positions contre le téléchargement illégal. Alors qu'Eric Besson était plutôt ignorant et peu actif sur le sujet, Lefebvre s'est toujours montré favorable à la loi Hadopi, au grand damn de certains internautes.

Globalement, Lefebvre voit internet comme un média traditionnel : un outil de propagande que l'on peut et doit contrôler sans souci.

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lundi 5 janvier 2009

Santé, chômage, SDF : le gouvernement est-il autiste ?

Suivant les voeux du Chef de l'Etat, ses ministres se sont donnés le mot pour communiquer ce week-end : les temps seront difficiles mais on ne change pas de cap. Sur aucun sujet.

François Fillon a été reconduit d'une phrase, lors des voeux présidentiels le 31 décembre. Visitant des constructions de TGV le 2 janvier, il s'est exclamé "En 2009, nous ne faiblirons pas, nous ferons l'ensemble des réformes (...) "Ce qui compte, c'est d'investir en 2009 le maximum d'argent possible pour que l'activité redémarre (...) Quand l'économie va repartir, tout le monde en profitera".

Hortefeux met les bouchées doubles
Brice Hortefeux doit bientôt changer de ministère. Il se dépêche de finaliser ses derniers accords. Il aimerait beaucoup que le Mali signe le sien. Un traité "de gestion concertée des flux migratoires "qui faciliterait l'expulsion des sans-papiers maliens vers leur pays d'origine, estimés à 50 000 en France («Chaque partie accepte de recevoir sur son territoire, à la demande de l’autre partie et dans le respect de la dignité des droits fondamentaux des personnes, toute personne en situation irrégulière sur le territoire de cette autre partie»). En contrepartie, le Mali pourrait bénéficier de son quota d'immigrés légaux : 1500 en 2009, pour 88 métiers différents... La belle affaire ! Le Mali n'a pas envie de perdre tout ou partie des quelques 221 milliards de dollars que ses ressortissants rapatrient chaque année. Le Ministère de l'Identité Nationale n'a pas encore communiqué le nombre définitif d'expulsions effectuées en 2008. Un problème ?

Christine Boutin est satisfaite. 
A l'instar de son président, elle s'est auto-congratulée dans les colonnes du JDD : "On a fait beaucoup en 18 mois." Et elle rappela que la France comptait 99 600 places pour 100 000 SDF. Ouf ! On avait cru que c'était l'inverse ! Le même jour, à Nice, un homme, d'une quarantaine d'années, sans papiers d'identité, a été retrouvé mort, probablement de froid. Commentaire lucide cependant, quelques lignes plus tard:
Nicolas Sarkozy avait promis en 2006 que dans les deux ans, il n'y aurait plus de SDF dans les rues. Est-ce un objectif réalisable?
C'est une étoile. Une étoile vers laquelle on tend. Lionel Jospin ou Laurent Fabius l'avaient dit avant Nicolas Sarkozy. Mais il faut être réaliste, c'est impossible car tous les SDF ne veulent pas forcément être hébergés dans des centres.

Pour Woerth, "L'hôpital a les moyens de fonctionner"
Dimanche 4 janvier, Eric Woerth a ainsi confirmé le dérapage budgétaire et le maintien des mesures fiscales les plus austères dont la réduction de 30 000 postes de fonctionnaires en 2009 : "Il y a une fonction publique qui est trop nombreuse" (...) "je maintiens l'idée que nous ne remplacerons pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite". L'augmentation du déficit budgétaire est habilement présenté : c'est la faute aux recettes fiscales. Personne ne contredit le ministre. le gouvernement s'emêle les pieds dans ses explications. La récession serait provoquée par la crise financière qui a frappé l'Europe et le resserrement du crédit qui s'en suivit. Le ralentissement a commencé plus tôt en France. Et les moindres recettes fiscales ne sont-elles pas dûes aus défiscalisations en cascade décidées par le gouvernement Sarkozy depuis 18 mois ?

Le ministre a expliqué que "l'hôpital aujourd'hui a les moyens de fonctionner". "C'est un problème de gestion interne".  Pourtant, les suppressions de postes de santé (sans parler de lits) sont nombreuses, comme à l'hôpital du Havre (387 d'ici 2012), au CHU de Nancy (650 postes d'ici 2012). Mais le problème est en fait ailleurs : le gouvernement fait mine d'ignorer que l'hôpital public a pris le relais des défaillances du système de santé : le déremboursement progressif des soins en France, jusqu'aux nouvelles franchises médicales décidées par N. Sarkozy depuis le 1er janvier 2008 et la hausse du tarif des mutuelles de santé (suite à leur taxation par le plan Bachelot), ont précipité des milliers de familles vers l'hôpital public et ses urgences. Ainsi, de 1990 à 2008, le nombre de passage aux 625 unités d'urgences est passé de 7 à 15 millions par an. Sur une période comparable (1981-2006), un lit hospitalier sur quatre a été supprimé dans le public, un sur cinq dans le privé.

Le cercle vicieux est bien rôdé: "L'hôpital public assume des activités qui lui coûtent plus qu'elles ne lui rapportent" comme l'expliquait un spécialiste dans les colonnes du monde le 30 décembre dernier. Déficitaire, l'hôpital est ensuite sommé de  réduire son train de vie... CQFD

Ce soir, les Français sont invités à dîner tôt, pour être prêt à regarder les chaînes de France Télévision dès 20h35. C'est dans la loi. Le "prime time" de France 2, 3 et 4 doit désormais démarrer à 20h35.

Le Monarque l'a décidé.

Bonne rentrée !

Bonne rentrée

dimanche 4 janvier 2009

"L'année 2009 sera difficile."



Il y a quelques jours, le président du Conseil italien faisait preuve d'une grande lucidité en répondant à à des jeunes en difficulté accueillis par une organisation caritative : "Devant moi, j'ai une année terrible". Citant l'aggravation de la crise mondiale et les élections européennes, Silvio Berlusconi ne croit pas si bien dire. Effectivement, l'année 2009 sera difficile. Lors de ses voeux enregistrés le 31 décembre, Nicolas Sarkozy a rejoins le constat. malgré son autosatisfaction presque gênante, le Monarque a prévenu, pour ceux qui l'ignoraient encore, que l'année 2009 sera rude.

Les pouvoirs en place sont inquiets
En France, les proches du président Sarkozy confient depuis des semaines aux "journalistes de confiance" que Nicolas Sarkozy a également conscience des difficultés à venir : crise sociale, jeunesse en ébullition, promesses non tenues, récession économique, tensions internationales, les motifs d'inquiétude ne manquent pas. Le Monarque aurait été impressionné par l'embrasement grec, et craint la contagion en France. Il surveille le front social. "l'Elysée redoute une propagation des violences sur le modèle grec" rapportait l'Express, "Plusieurs conversations, les 13 et 14 décembre, avec Nicolas Sarkozy ont convaincu le ministre, en visite officielle en Israël, de l'importance de la protestation naissante." Dans ses voeux "enregistrés", mercredi 31 décembre, le président français a voulu se montrer serein et volontariste, mais le risque d'embrasement est là. La stupide tradition de l'incendie de voitures lors de la nuit de la Saint Sylvestre a joué à plein : un quart de véhicules incendiés de plus que l'an dernier, "d'après la police."

Le sarkophile Claude Imbert, patron du Point, louait le volontarisme du Monarque :
"A l'intérieur, je me réjouis, quant à moi, de voir confirmées les réformes trop harcelées de l'audiovisuel et du travail dominical. Les 35 heures, non démantelées mais contournées, les régimes de retraite, la durée du travail, le service minimum, une politique d'intégration peu à peu cohérente, la réforme constitutionnelle, celle des armées complètent, avec des fortunes diverses, l'ingrat remue-ménage imposé aux corporatismes judiciaire et enseignant. Les couacs, très audibles depuis que le concert gouvernemental se donne en plein air, ne devraient pas nous rendre sourds à une tonalité retrouvée : celle de la volonté."
Dans ses vœux jeudi 1er janvier, il reconnaissait le risque d'embrasement: "Que la crise et ses détresses sociales ne soumettent pas la nation aux folies de la rue" Ses confrères sont plus inquiets : Alexis Brezet, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, assurait la semaine dernière que "l'année qui vient sera douloureuse pour l'économie en général et pour l'économie française en particulier". Le non moins sarkophile Christophe Barbier, pour l'Express, devient lyrique pour exprimer ses craintes: "Face à la crise, les citoyens doivent suivre le précepte de La Marseillaise et former des bataillons; s'ils s'adonnent aux divisions, la seule guerre qu'ils pourront mener sera civile." Christophe Barbier a raison de souligner que la "rupture" sarkozyste a consisté à cliver le pays.

La crise morale n'a pas débuté
Le moral des ménages est très bas, et les fêtes de fin d'année ont été comme un "baroud d'honneur" de la consommation, d'après certains économistes, avant que la crise ne modifie les habitudes. Il y a peu d'études objectives sur le moral général des Français, leur niveau de "mal-être" ou d'exaspération sociale. Certains résultats paraissent même contradictoires.

Le 19 décembre dernier, l'institut TNS Sofres a publié les résultats de son sondage européen semestriel, réalisé du 6 octobre au 6 novembre 2008 auprès de 30 000 personnes représentant 453 millions d'habitants (Union Européenne, Turquie, Croatie, Macédoine et Chypre côté turc). Les Danois et les Hollandais paraissent les plus optimistes, les Français se situant clairement dans le camp des pessimistes, tant sur la situation de l'économie mondiale que de leur propre pays. Sur un plan personnel, les constats sont différents : les Européens sondés portent un jugement positif sur la situation financière de leur ménage (64%) et sur leur propre situation professionnelle (56%). Si une vraie majorité se déclare pessimiste pour l'année à venir, les Français rejoignent les Danois et les Suédois quant à l'optimisme sur l'évolution de leur situation personnelle en 2009 (cf. page 22 du sondage). Surprise !

Mais les Français n'ont plus confiance
Un Journaliste du Figaro s'étonnait récemment d'un autre sondage, publié par France24 et l'International Herald Tribune : les Français seraient plus pessimistes que les Américains quant à la situation économique de leur pays (83% contre 52%), et et plus inquiets sur leur situation personnelle (64% versus 46%). Il y a pourtant une explication simple : les Américains viennent d'élire Barack Obama. Les Français doivent se contenter de Nicolas Sarkozy.

Bref, on pourrait conclure que nos compatriotes sont encore confiants sur leur situation personnelle, mais très pessimistes pour leur pays...

Surpris ?

samedi 3 janvier 2009

87ème semaine de Sarkofrance : les paris risqués de Sarkozy

Nous sommes en 2009. Voici le temps de vœux. L'omniprésident a délivré les siens. 2008 fut marquée par une avalanche d'évènements que nul n'aurait pu prévoir. L'année qui débute s'annonce périlleuse. Nicolas Sarkozy a fait des paris que d'aucuns jugeront risqués : sur la crise, sur le monde, sur nos enfants.

Un monarque trop narcissique
Nicolas Sarkozy est évidemment très doué. Il a gagné la présidence de l'UMP (2004), puis celle de la France (2007). Pour 2009, son chantier principal n'est pas tant de répondre à la crise que de préparer sa réélection. Il va réorganiser l'UMP, jusqu'à intégrer ses proches rivaux, et reprendre le contrôle de la scène politique nationale. Alors que son opposition reste éparpillée aux quatre coins du puzzle politique, Nicolas Sarkozy est rôdé à la conquête du pouvoir.

Il a aussi cette qualité de savoir communiquer. Moins il agit, plus il parle. Il fallait y penser. Cette semaine, ses vœux furent un modèle du genre : "2008 a été dure pour vous; 2009 le sera également ; mais j'ai bien bossé."  Il prend des vessies pour des lanternes, et confond son narcissisme avec du volontarisme. Chacun de ses discours est inondé de "je".  Même ses vœux du 31 décembre dernier, supposés généreux, furent pollués de quelques 23 "je" (contre à peine une quinzaine de "nous" plus collectifs) : "J’ai promis", "Les initiatives que j’ai prises", "je vous ai toujours dit la vérité et j’ai agi", "Je suis plus décidé que jamais", "j’ai voulu", etc.

Voilà qui pourrait le perdre. Il suffirait d'une chose: un basculement social. Comme l'écrivait un confrère, la "vague est en formation, elle est partie." Le système sarkozyen, qui gravite tout entier et sans fusibles autour du Monarque, pourrait se révéler terriblement contre-productif. En effet, le Monarque est bien peu visionnaire, tout occupé qu'il est à courir après ses propres lubbies.

Un président peu visionnaire
Rappelez-vous il y a un an. Nicolas Sarkozy s'était inventé un dessein pour ses vœux du 31 décembre 2007 : il nous parlait de "politique de civilisation", un concept chipé au sociologue Edgar Morin. A l'époque, Sarkozy avait besoin de nous faire oublier ses agapes à Disneyland et sa conquête express de Carla Bruni. Au plus bas dans les sondages, il nous annonçait presque mystique que le monde (et surtout lui) avait besoin de sens (si possible religieux). Quelques mois plus tôt, alors que la crise des subprimes éclatait aux Etats-Unis, il avait fait voter la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobilier, et souhaitait encore relancer le crédit hypothécaire pour les ménages les plus fragiles. Tous les observateurs économiques prévoyaient un ralentissement de l'économie, et contredisaient jour après jour les prévisions erronées de la ministre Christine Lagarde. Sarkozy défiscalisait quand même les heures supplémentaires, créant un effet d'aubaine pour les entreprises et la ruine de l'intérim.

Puis la "grande" catastrophe arriva. Le système financier américain puis mondial échappa de peu à une faillite générale. Au prix de centaines de milliards d'euros, les Etats le sauvèrent. Sarkozy, immobile pendant 15 jours, suivit Gordon Brown (pour le sauvetage des banques) et Angela Merkel (pour la relance de l'économie).

La relance incertaine
Si le premier eut "la" bonne idée (recapitalisation massive du secteur, injection de liquidités, garanties interbancaires), la seconde fut critiquée pour sa timidité. En France, on crut même que Sarkozy s'opposait à Merkel. Pourtant, le propre plan de relance français a beaucoup de similitudes avec son voisin allemand. Tous les deux parient sur une reprise rapide de l'économie, dès la fin 2009. Tous deux n'ont pas jugé bon de soutenir l'économie à court terme. Sur les 26 milliards d'euros, à peine 4 milliards correspondent véritablement à un soutien rapide de l'activité. Face aux 160 000 destructions d'emplois des 4 derniers mois et la récession qui menace, le Monarque accélère la construction de 2 TGV et le renouvellement de l'équipement des armées. Belle audace !

Nicolas Sarkozy a bien annoncé un renforcement du traitement social du chômage pour quelque 100 000 contrats, un terme élégant pour désigner les subventions accordées aux entreprises pour maintenir les embauches. Mais le plan ne semble pas à la hauteur des enjeux. Même le Figaro s'inquiètait ces derniers jours d'un embrasement social généralisé. On attend près de 10 millions de chômeurs dans les pays développés d'ici 2010, contre 7 actuellement. L'OCDE estimait récemment que «les jeunes, les immigrants les travailleurs peu qualifiés et les seniors souffriront le plus».

Un pays plombé
La France paye aujourd'hui ses erreurs du passé, avant même le déclenchement de la crise : la dette atteint un niveau record. En 1995, Jacques Chirac avait préféré lâcher des baisses d'impôt aux classes supérieures. En 2007, Nicolas Sarkozy préféra dépenser une quinzaine de milliards d'euros d'abattements fiscaux inutiles et contre-productifs. En 2009, le déficit budgétaire frôlera les 80 milliards d'euros, un record historique sous la Vème République. Le slogan anachronique du "Travailler plus pour gagner plus" a un prix que nous payons aujourd'hui : la destruction de l'emploi intérimaire et des CDD, rendus inutiles par la loi TEPA. Voici 64 000 chômeurs de plus en novembre, alors que la récession ne fait que démarrer... L'Insee attend un quatrième trimestre 2008 en récession de -0,8% du PIB français, et 170 000 destructions d'emplois au premier semestre de cette nouvelle année.

Lundi dernier sur France inter, le député-lobbyiste Frédéric Lefebvre répétait encore que ce "paquet fiscal" était en fait le premier plan de relance européen (sic !). Il a tout faux. La loi TEPA a ... accéléré l'effet de la crise mondiale sur l'emploi en France: en période de ralentissement économique, les entreprises suppriment les heures supplémentaires; puis elles coupent l'intérim et les CDD; puis vient le temps des plans sociaux. Grâce à la défiscalisations des heures supplémentaires, elles ont directement rogné sur l'intérim et les CDD dès avril, précipitant des milliers de travailleurs précaires au chômage. Cela fait 7 mois que celui-ci augmente... bien avant l'effondrement des Bourses et le resserrement du crédit en septembre.

L'idéologie contre le pragmatisme
Pourquoi un président qui s'affiche si pragmatique pour justifier ses pirouettes ferait-il autant d'erreurs ? A y regarder de plus près, Nicolas Sarkozy semble bloqué dans un logiciel de pensée peu structuré qui s'est révélé franchement obsolète à l'épreuve des faits : son obsession libérale en faveur d'une déréglementation du travail le conduit aux pires anachronismes. On l'a vu précédemment avec les heures supplémentaires, une mesure inutile et coûteuse. Mais ce n'est pas tout. Au printemps dernier, sous prétexte d'encourager l'emploi des seniors, il a supprimé la dispense de recherche d'emploi pour les plus de 57 ans : l'âge limite de dispense sera relevé de six mois par an, passant dès 2009 de 57,5 à 58 ans. Supprimer les pré-retraites alors que l'emploi se dégrade depuis plus de 7 mois, il fallait y penser !  

Un autre entêtement ? La traque aux sans-papiers. Voici un ministère qui peine chaque année à trouver 26 000 immigrés clandestins à expulser (heureusement que Mayotte lui fournit 17 000 "éloignements" par an !), qui gaspille son temps et notre argent (une expulsion coûte 20 970 euros d'après la commission des finances du Sénat !) pour éloigner du territoire des personnes souvent intégrées, qui travaillent et cotisent, et que mêmes leurs employeurs veulent garder.  

Autre exemple, la "réforme" de l'Education Nationale. Pourquoi s'entêter à réduire l'enseignement et ses moyens ? Au dernier recensement, on apprenait que la France avait gagné 3 millions d'habitants en 7 ans. Notre pays bénéficie de l'une des natalités les plus dynamiques d'Europe. Le ratio si régulièrement affiché d'une douzaine d'élèves par enseignant est l'une des statistiques les plus grossières jamais utilisée que n'importe quel parent conteste avec facilité. Le monarque et son zélé Xavier Darcos ont entrepris de diminuer la durée des enseignements, du primaire au lycée. Il a fallu des émeutes de la jeunesse grecque pour que le pouvoir recule ... en France sur la "réforme" du lycée. Mais Sarkozy s'entête. Il l'a redit lors de ses vœux de l'année.

Code du travail, immigration, éducation, les entêtements sarkozystes ne manquent pas.

La France aborde la crise sans moyens, avec un pouvoir sans idées.

Bonne année.

Un président pas visionnaire pour un sou...

vendredi 2 janvier 2009

Sarkofrance : ce qui change au 1er janvier


Quelques réformes entrent en vigueur au 1er janvier, oubliées par la crise et l'agitation internationale.

L'autonomie des universités
Depuis le 1er janvier, vingt universités deviennent plus autonomes, en application de la loi LRU adoptée en ... juillet 2007: Aix-Marseille 2, Cergy-Pontoise, Clermont-Ferrand 1, Corte, Limoges, Lyon 1, Marne-la-Vallée, Montpellier 1, Mulhouse, Nancy 1, Paris 5, Paris 6, Paris 7, La Rochelle, Saint-Etienne, Toulouse 1 et l’université technologique de Troyes, et l’Université unique de Strasbourg. cette autonomie de gestion concerne la maîtrise de 100% de leur budget (y compris les salaires de leurs équipes), la nomination de leur président par un conseil d'administration resserré (moins de 30 membres contre 60 avant), l'ouverture des financements à des fonds privés, et la possibilité de devenir propriété de leurs bâtiments. Le président de fac pourra désormais embaucher, sans autorisation de l'Etat, des collaborateurs contractuels pour tout type de fonction, y compris d'enseignement.

Les inquiétudes portent notamment sur le développement inégalitaire des facs sur le territoires, et des filières (certaines mieux dotées que d'autres).


Prestations sociales revalorisées a minima
. Augmentation de 3% des prestations familiales (allocations familiales, prestation d'accueil du jeune enfant (Paje), complément familial, majoration d'aide à la famille pour l'emploi d'une assistante maternelle, allocation d'éducation de l'enfant handicapé, de parent isolé). Une famille de deux enfants touchera 3,6 euros d'allocations familiales de plus par mois...
. Les aides au logement (allocations de logement, aide personnalisée au logement, forfait charges) sont revalorisées de 2,95%.
. Le revenu minimum d'insertion est revalorisé de 6,70 euros par mois (soit +1,5% au 1er janvier). Il atteint 454,63 euros (pour une personne seule sans enfant). Il disparaîtra le 1er juillet 2009 au profit du Revenu de Solidarité Active, financé par une taxe de 1,1% sur les revenus du patrimoine incluse dans le bouclier fiscal.


Retraite : travailler plus ... pour survivre
. Les salariés du privé ne voulant pas partir à la retraite à 65 ans pourront prolonger leur activité jusqu'à 70 ans, même sans l'accord de leur employeur.
. L'âge ouvrant droit à une dispense de recherche d'emploi est relevé, de 57 ans et demi à 58 ans
. L'Etat a également gagné 4 mois d'économies : à compter de 2009, les retraites seront revalorisées le 1er avril et plus le 1er janvier.
. les retraités pourront reprendre une activité dès 60 ans s'ils ont eu une carrière complète

Le pôle emploi entre en scène
. Le 5 janvier, est mis en place le nouvel organisme issu de la fusion entre l'ANPE et les Assedic, Pôle Emploi.
. Les conditions d'indemnisation chômage n'ont pas encore été approuvées par les partenaires sociaux. Le compromis négocié avant Noël prévoit une baisse des cotisations sous conditions (à partir du 1er juillet), en contrepartie (notamment) d'un élargissement de l'assurance chômage aux chômeurs ayant travaillé 4 mois (contre 6 auparavant) et d'une revalorisation de l'indemnisation du chômage partiel (sur la base de 60% du salaire horaire brut, au lieu de 50%). En particulier, l'indemnité horaire minimale de chômage partiel passe de 4,42 à 6,84 euros.


Des impôts encore injustes

. Maintien des exonérations votées dans la loi TEPA : bouclier fiscal à 50% (au lieu de 60%), droits de successions, heures supplémentaires, intérêts d'emprunt immobiliers.
. Plafonnement global des niches fiscales à 25.000 euros plus 10% du revenu imposable.
. Limitation de la demi-part fiscale accordée aux foyers mono-parentaux au parents ayant élevés seul un enfant pendant au moins cinq ans, au-delà des 26 ans de l'enfant.
. Augmentation du prix des passeports, qui deviennent biométriques: de 60 à 89 euros pour les adultes, de 30 à 45 euros pour les 15-18 ans. Gratuit jusqu'à présent pour les moins de 15 ans, il coûtera désormais 20 euros.


Epargne, banques et assurances
. Fin du monopole de la Banque Postale et aux Caisses d'Epargne.sur le Livret A au 1er janvier.
. Hausse des tarifs d'assurance habitation comprise entre 2 et 5%
. Hausse des tarifs des mutuelles de 3,5 à 4% pour compenser l'effet d'une nouvelle taxe destinée à financer l'assurance maladie.

Sauve-qui-peut le logement
. Doublement du prêt à taux zéro pour l'achat d'un logement neuf en 2009 (à partir du 15 janvier).
. Réduction d'impôt pour l'achat d'un logement neuf, pour le louer, avant le 31 décembre 2012. La réduction, étalée sur 9 ans, est égale à 20% du prix de revient de l'acquisition.
. Lancement d'un écoprêt à taux zéro pour aider les particuliers à financer des travaux d'isolation thermique ou de rénovation énergétique de leur résidence principale.

Des entreprises soutenues
. A compter du 1er janvier, en cas de difficulté, les entreprises ont neuf mois (et non plus six au maximum) pour payer leurs impôts, taxes et cotisations sociales.
. Relèvement du seuil de mise en concurrence pour les marchés publics.
. Avance systématique de 20% des commandes de l'Etat comprises entre 20 000 euros et 5 millions d'euros en 2009.

Sarkozy contrarié par des Français dès le 1er janvier


Jeudi 1er janvier, le président français travaillait. Après des voeux très narcissiques, il s'est permis son premier discours de la nouvelle année, devant plusieurs centaines de personnes ayant travaillé la nuit du réveillon. Quelques instants plus tard, il recevait la ministre israélienne des Affaires Etrangères, Tzipi Livni.

Sarkozy contrarié en France
Le président n'a pu s'empêcher de donner quelques leçons. D'abord contre les jeunes incendiaires de voitures. Il était visiblement persuadé que l'incendie des 1200 véhicules brûlés pendant la nuit de la Saint Sylvestre était principalement l'œuvre de jeunes délinquants. Sarkozy a ainsi suggéré ce jeudi que «l'on réfléchisse à la possibilité pour les juridictions pénales d'interdire à un mineur condamné pour des faits d'incendie de véhicule de passer un permis de conduire pour des véhicules deux ou quatre roues aussi longtemps que la victime des faits ou le fonds de garantie n'a pas été indemnisé en totalité».

Le président n'a pas apprécié non plus les polémiques récentes sur les moyens hospitaliers, à l'occasion de deux dramatiques faits divers, la mort d'un enfant par erreur médicale puis le décès, dimanche dernier, d'un homme de 57 ans en attente de soins: "Il m'apparaîtrait profondément déplacé que ces drames soient exploités au service de polémiques médiocres qui ne seraient pas à la hauteur des enjeux. L'hôpital et ses personnels méritent mieux que cela".
La belle affaire ! Quel est le président qui saute devant une caméra à chaque fait divers violent impliquant un criminel ou un malade mental ? Rappelez-vous ces polémiques inutiles et indécentes. Nicolas Sarkozy instrumentalise depuis longtemps les victimes en tous genres, quand elles servent sa cause.

Nicolas Sarkozy n'a pas apprécié le décompte morbide des décès de SDF ces jours derniers. Il faut avouer qu'il nous avait promis la disparition des sans-domiciles dans les deux ans. Il a demandé à ce qu'on les emmène de force dans des centres, libre à eux d'en repartir ensuite. "On ne laisse pas mourir en 2009 des femmes et des hommes dans la rue dans un des pays les plus riches du monde", a-t-il dit. "On ne peut accepter que l'on contraigne ces femmes et ces hommes à rester dans un endroit contre leur gré. L'hébergement d'urgence, ce n'est pas la prison. (...) "Il faut donc mettre ces hommes et ces femmes en situation de décider après leur avoir donné à manger un bon repas chaud, leur avoir proposé d'être soigné, leur avoir permis de prendre une douche puis leur avoir montré la chambre ou le lit qu'on leur offre. Si la personne n'en veut pas, alors elle retourne dans la rue, c'est son choix".
Les SDF ne meurent pas de froid. Ils meurent de pauvreté. Ils n'ont pas assez d'argent pour se loger. Point barre. Parler de "liberté" de dormir dehors est un concept à coucher ... dehors. cela frise l'indécence.

Sarkozy la tête ailleurs
Vers 18H45, Sarkozy recevait Livni. La jeune ministre israélienne ne venait pas voir l'ancien président du Conseil Européen avec des bonnes nouvelles. L'offensive contre le Hamas à Gaza se poursuit, et Israël a rejeté la proposition européenne, formulée la veille, d'une trêve humanitaire : "Il n'y a pas de crise humanitaire dans la bande, et par conséquent pas besoin de trêve humanitaire". Et Tzipi Livni d'ajouter que des convois humanitaires circulent déjà en nombre dans la zone. Bizarrement, Sarkozy tout sourire ne paraissait pas affecté par ce refus sec et poli de sa proposition de la veille. On a regretté que Tzipi Livni n'explique pas davantage le rôle de l'Iran dans la pression du Hamas, ni ce qu'Israël comptait faire pour arrêter de tuer autant de civils.

Sarkozy avait prévu de souhaiter la bonne année à quelques soldats français présents au Liban lundi 5 janvier. Son déplacement a été bousculé. Il fera un tour de la région, lundi en Egypte, en Cisjordanie et en Israël, et mardi en Syrie et au Liban.

Nicolas Sarkozy va-t-il dialoguer avec le Hamas ? En avril dernier, le journaliste Georges Malbrunot rapportait pour LE FIGARO qu'une première rencontre officieuse entre un diplomate français, à la retraite et les principaux responsables du Hamas avait eu lieu à Gaza en mars. En août 2007, les missions diplomatiques françaises de Tel-Aviv et Jérusalem recevaient un télégramme les autorisant à renouer avec le Hamas. En avril, Sarkozy avait aussi reconnu qu'un dialogue indirect avec le Hamas était utile, à l'instar des pratiques britanniques et espagnoles: «Qu'il y ait des passerelles pour discuter, après tout, moi je ne me permets pas de juger ce que font les uns et les autres, peut-être que ça sera utile un jour».

Bref, en ce jeudi 1er janvier, le Monarque était le maître d'école des Français, celui qui distribue les bons et les mauvais points avec hauteur et suffisance, tout occupé encore à sa place dans le monde. La guerre à Gaza l'importait plus que quelques SDF ou malades qui décèdent en hopital. On ne cherchera pas ici à comparer les malheurs. Sarkozy, lui, l'a fait pour nous.

jeudi 1 janvier 2009

Les voeux 2009 de Sarkozy

Ceci est une parodie.
Vraiment ?

Bonne année en Sarkofrance

Une page se tourne, que peu d'entre nous regretterons. Je vous présente à tous, très chers lecteurs, confrères, anonymes ou connus, mes voeux les plus sincères pour une excellente année 2009.

Je nous souhaite persévérance, vigilance, indépendance, liberté, bonheur, rêve, dépassement de soi, solidarité, tolérance, succès, lucidité, partage, résistance.