dimanche 7 juin 2009

Elections européennes: baffes en cascade

Le vainqueur du scrutin européen en France n'est pas l'UMP mais l'abstention (59%). Le camp "majoritaire" pèse moins de 30% des suffrages. Rachida Dati, dimanche soir, avait oublié la date du référendum européen de 2005. Daniel Cohn-Bendit s'est amusé par avance: "on va pouvoir enfin débattre avec elle, on va s'amuser." Europe Ecologie (16%) tutoie le PS (16,8%), tandis que le Modem s'est effondré (moins de 7%). Le Front de gauche dépasse de peu le Front National et le NPA.

Les représentants du Parti Socialiste ont ressorti les vieux arguments des soirs de déconvenues électorales: Pierre Moscovici a dit qu'il fallait se mettre au travail sur le front des idées. Jean-Luc Mélenchon a joué le mauvais rôle : "c'est un désastre". Il a également refusé l'alliance européenne proposé par Cohn-Bendit pour voter contre la réélection de José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Arnaud Montebourg a essayé de masquer sa déception. En île de France, la liste Europe Ecologie (20%)  écrabouille le Parti Socialiste (14%), derrière l'UMP à 30%. Mêmes scores dans le Sud-est. Vers 21H10, Martine Aubry s'exprime, déçue et modeste. Elle parle avec "lucidité", de l'abstention, des 70% des voix qui se sont portés contre Nicolas Sarkozy, et de l'instrumentalisationd de l'insécurité dans la campagne UMP, mais aussi (et surtout) de l'échec deu Parti Socialiste: "nous ne sommes pas crédibles". Quelques instants plus tard, Xavier Bertrand s'exprime à une tribune, entouré d'Eric Besson, Jean-Marie Bockel, Bruno Le Maire, Hervé Morin et Christine Albanel. Bertrand s'est félicité d'un score au-delà de "nos espérances." Sans rire, il a ajouté : "ce soir, il y a eu une prime à ceux qui ont parlé d'Europe...." Parlait-il de l'UMP ? "Le vote sanction a été sanctionné par les Français". L'UMP ne progresse pas en nombre de voix. Xavier Bertrand s'en soucie peu. Les apparences sont sauves.


Brice Hortefeux se réjouit du score de l'UMP, il adoube "Méluch" en déclarant qu'il a dit quelque chose de très juste en déclarant que Nicolas Sarkozy tenait ses engagements... François Fillon évite de parler du taux d'absention. Vincent Peillon rétorque que l'union des droites pèse donc ... 28% (+ ou - Libertas)... Michel Barnier reste lucide. Prépare-t-il sa nomination à la Commission européenne ? "Je ne peux pas vous dire que c'est un succès de la majorité présidentielle"...

Côté Modem, on attend la réaction de Bayrou. Corinne Lepage, sur France 2, semblait défendre ... Europe Ecologie. "Dans la démarche du parti démocrate et du camp écologiste, il y a des points d'extrême convergence."

UMP autiste, Ecolos en pleine forme, Socialistes en questions, Modem sonné.

Mais surtout, in fine, les Français n'étaient pas là.

Obama, Sarkozy et le narcissisme

Les médias en font-il trop ? La visite éclair de Barack Obama en Europe a suscité nombre de commentaires ironiques, y compris sur ce blog, sur l'agenda français du président américain.

Obama s'en fiche
Arrivé vendredi soir sur le sol français, Obama a préféré passer la soirée à l'ambassade américaine, place de la Concorde à Paris, à quelques mètres du Palais de l'Elysée, plutôt que de dîner avec son homologue français. Le lendemain soir, même topo. La famille Obama est sortie dîner "en privé" dans le 7ème arrondissement de Paris, après une visite de la cathédrale Notre Dame vers 19H30. Le couple Sarkozy pouvait disposer.
Samedi midi, devant les journalistes, Nicolas Sarkozy a montré un agacement certain. Un journaliste français demanda à Barack Obama les raisons d'une visite aussi brève. Le président américain répondit que son planning était trop serré (ce qui ne l'empêche pas plusieurs heures en famille lors de son séjour à Paris), que Nicolas Sarkozy était un "ami" qu'il pouvait appeler à tout moment («Je crois que vous prêtez trop de signification à mon emploi du temps»), et, last but not least,que Sarkozy parlait si vite que leurs rencontres n'avaient pas besoin d'être longue. Ouch ! Avec un ami pareil, Nicolas Sarkozy n'a qu'à bien se tenir...
Alors que la question ne s'adressait pas à lui, Nicolas Sarkozy embraya avec hargne et agacement:
«Vous croyez qu'on n'a pas autre chose à faire que de faire des belles photos en papier glacé?  Vous pensez qu'avec la crise économique internationale, le chômage aux Etats-Unis, le chômage en France, le chômage en Europe, le problème de l'Iran, on a que ça à faire de calculer, est-ce qu'on va prendre un bon restaurant ensemble ou est-ce qu'il va passer une nuit de plus ici ? Vous croyez que les gens attendent simplement qu'on soit là tous les deux en se tenant la main? Ils veulent des résultats, que sur des dossiers comme l'Iran ou la Corée du Nord, on soit en harmonie globale»

Les deux chefs d'Etat ont masqué autant que possible leurs divergences. Et Sarkozy sa jalousie ou sa rancune.... "l’illusion aura été parfaite" a commenté un journaliste de 20minutes. En France, tout le monde a bien sûr remarqué que le Monarque se cherchait une belle page de pub pour le scrutin du lendemain.

L'important était ailleurs
Aux Etats Unis, la presse s'intéresse peu à ses enjeux egotiques. L'essentiel du déplacement de Barack Obama était son discours du Caire. Barack Obama est un "visiteur qui embarrasse" le monde musulman, rapporte le rédacteur en chef d’Al-Hayat: "Notre célèbre visiteur en a visiblement embarrassé plus d’un. Il a démontré que le Grand Satan [nom donné aux Etats-Unis, notamment par l’Iran] demeure toujours séduisant." Effectivement, le positionnement politique de nombre d'intervenants sur la scène politique proche et moyen-orientales était plus aisé quand le locataire de la Maison Blanche s'appelait George W Bush et appelait à la guerre des civilisations...
"Le message est clair. Il n’y a pas de place pour le terrorisme, quel que soit le prétexte. Il faut un Etat palestinien, mais sa création présuppose une reconnaissance du droit à l’existence de l’autre Etat [Israël]. La création d’un Etat palestinien est dans l’intérêt des Palestiniens, des Israéliens et des Américains. On ne peut pas accepter une extension des colonies israéliennes. L’Iran a le droit à l’énergie nucléaire civile, mais pas à la bombe. Le respect des convictions [religieuses] et des droits des minorités et des femmes ainsi que la liberté d’expression sont des demandes qui doivent être satisfaites. Le profond respect dont Obama a fait preuve vis-à-vis du monde musulman met celui-ci au défi de créer, lui aussi, les conditions d’un partenariat. Il faudra patienter avant de savoir si le monde musulman a vraiment le désir et la capacité de s’insérer dans un partenariat d’intérêts communs, de dialogue et de solutions négociées." (Source : Courrier International)

Est-ce donc la guerre à Nouméa ?

Aujourd'hui, votez !

Même si la campagne a été décevante, il y a du choix, et le vote est proportionnel. Alors, votez !

samedi 6 juin 2009

109ème semaine de Sarkofrance : une France exaspérée mais un président serein

On a cru un instant que le crash de l'Airbus A330 du vol AF 447 Rio-Paris lundi soir serait cette trêve qui manque à une France exaspérée. Malgré un battage médiatique souvent assourdissant, parfois écoeurant, la trève fut de courte durée. Dimanche, les Français voteront peut-être peu. Mais les tensions sont palpables Cette exaspération frappe aussi le personnel politique. Certains s'énervent de ne parvenir à fédérer autour d'eux l'opinion médiatique ou publique, alors que l'échec du sarkozysme au pouvoir est patent. D'autres s'agacent de l'acharnement médiatique mérité qu'ils attirent. Les Français, eux, fulminent en silence dans une Sarkofrance incapable de répondre à leurs attentes. La crise est là, les crises de nerfs aussi.
Seul Nicolas Sarkozy reste serein. La remise d'un rapport "consensuel" sur la réforme des lycées, des meetings à répétition, une belle division de l'opposition, et une visite d'Obama pour booster sa stature de chef d'Etat européen la veille du scrutin lui donnent quelques motifs de satisfaction: le scrutin de dimanche a été "neutralisé" comme prévu.

Descoings présente bien
Difficile de critiquer la démarche de Richard Descoings, le directeur de Sciences Po mandaté par Sarkozy pour proposer une nouvelle réforme du lycée. Ses recommandations, rendues mardi, ont suscité une approbation polie. Après tout, la tournée de près de 80 lycées depuis 5 mois lui ont donné une vision assez claire de la situation. Xavier Darcos souhaitait simplement réduire les cours obligatoires. Richard Descoings arrive avec d'autres conclusions : un catalogue à la Prévert, souvent très juste, qui propose de favoriser l'autonomie des élèves, d'accompagner leur orientation en intégrant davantage le monde professionnel, de rééquilibrer les filières, et de rénover les enseignements en revalorisant notamment les activités extra-scolaires, le dialogue sur les programmes ou développer de nouveaux apprentissages comme la prise de parole ou la rédactiuon de CV. Qui est contre ? Les plus dubitatifs jugeront que ces belles intentions sont très éloignées des préoccupations gouvernementales; que ce n'est pas le premier "Grenelle" qui ne déboucherait sur ... rien. Richard Descoings valide partiellement les intentions initiales de Nicolas Sarkozy (réduire la "charge de travail", et donc les moyens, par la réduction des cours communs, ou l'allègement du nombre d'heures hebdomadaires en classe). Mais il argumente, en contre-partie, pour davantage d'activités extra-scolaires ou culturelles et sportives, de stages, d'information, de césures, etc. Avec quels moyens ? On ne sait pas. On sait simplement que Nicolas Sarkozy a promis d'appliquer "tout ou partie" de ses recommandations dès la rentrée de septembre 2010. "Tout ou partie"...


Sarkozy disperse l'opposition
Le président français a bien préparé son coup. Sylvie Pierre-Brossolette, dans le Point, juge qu'il est parvenu à neutraliser l'élection européenne. Le scrutin de dimanche aurait pu se transformer en un référendum contre ses échecs, à l'instar des désastreuses élections municipales de mars 2008. L'UMP a tardé à dévoiler ses listes, et donc soigneusement évité de plonger dans le débat de fonds. Elle a aussi solidifié son camp, en récompensant d'une place ici ou là les différentes composantes de ses maigres légions, et surtout en remettant la lutte contre l'insécurité et l'immigration sur le devant de la scène, deux sujets qui ont peu à voir avec les urgences européennes du moment. Du côté de l'opposition, la division fut de mise. L'UMP semble assurée d'arriver en tête, même si les trois quarts des suffrages lui seront défavorables. Tandis qu'elle prenait le chef de l'Etat comme tête de gondole de sa campagne, ce dernier s'est bien gardé d'évoquer les sujets européens (crise écologique, protection sociale, investissements publics, défense européenne). Dimanche avec Angela Merkel, mercredi contre l'Iran, jeudi à Bordeaux, samedi avec Obama, Nicolas Sarkozy a préféré intervenir sur des sujets internationaux, ou appeler à voter. Il reste serein. Ce n'est pas grave si la campagne est ratée.

Mardi soir, 5 ministres s'affichaient en campagne à Clermont-Ferrand, devant 1800 militants UMP, dans une salle à demi-vide. L'abstention est déjà au rendez-vous du parti majoritaire. Jusqu'au bout, la Sarkofrance au pouvoir tente de faire illusion: Nicolas 1er serait celui qui a sauvé l'Europe de la crise. Pourtant, même le très modéré quotidien Le Monde confirmait ces derniers jours notre analyse:  l'action présidentielle en Europe a produit des résultats... inattendus: son action sur l'invasion russe de l'imprudente Géorgie en août dernier a consisté à faire accepter l'irrémédiable en prétendant le contraire. Quand la crise financière frappa les esprits en septembre, Nicolas Sarkozy resta coi, puis tenta "d'organiser la cohue". Chacun des pays européens alla de son plan de relance. Voici "l'Europe retrouvée" que défend le président... Plus tard, il tenta même de nous faire croire que le G20 de Londres, en avril dernier, avait supprimé les paradis fiscaux et moralisé le capitalisme. Faut-il prendre des vessies pour des lanternes ?

Tout le monde n'est pas resté aussi serein. Rachida Dati, puis François Bayrou ont dérapé cette semaine. L'exaspération frappe donc aussi nos politiques. La première s'est lâchée contre un journaliste de RTL dimanche dernier. Ce dernier insistait sur son probable absentéisme à la mairie du 7ème arrondissement de Paris, quand elle serait élue à Strasbourg. La Garde des Sceaux sort de ses gonds: "Allez-vous faire foutre". Comme le journaliste insistait une troisième fois, la voici qui ajoute: "Et ta mère, elle s'intéresse au VIIème arrondissement ?" Bel exemple ! Il paraît qu'elle plaisantait... La justice a deux visages que la Justice ne comprend pas. Jeudi prochain, une landaise, mère de famille, est convoquée au commissariat de Dax. Son crime ? Elle a commenté une video sur Dailymotion figurant Nadine Morano de la remarque suivante: "Hou la menteuse". Nadine Morano a déposé plainte début février. "Insultes publiques" est la qualification judiciaire qu'il convient donc d'accabler la citoyenne énervée...

François Bayrou, lui, a glissé sur la pente dangereuse de la calomnie à l'encontre de Dany Cohn Bendit. Jeudi soir sur France 2, il n'a pas supporté le mauvais sondage du jour (qui donnait Europe Ecologie devant le Modem). Exaspéré lui aussi, ou victime du virus de l'Elysée ? Le soir même, sur le plateau de France 2, Xavier Bertrand se frottait les mains, tranquille et heureux de ces chamailleries.

Sarkozy convie Obama à un meeting de l'UMP
De son côté, le président français a tout fait pour préserver sa photo avec Obama sur les plages de Normandie samedi 6 juin. Il a insisté pour un dîner, un repas, un tête à tête, une rencontre informelle avec épouses et bien sûr photographes. Obama hésite. Il fait remarquer que le Monarque a oublié d'inviter la Reine d'Angleterre aux cérémonies du 65ème anniversaire du débarquement allié en Normandie. Il reste discret sur son séjour à Paris. Le Figaro nous explique: «Pour l'instant, on n'a pas de programme», s'agace-t-on au palais. Finalement, Obama n'a rien concédé, et limité sa présence française au strict minimum . Pour ses soirées de vendredi et samedi, il est resté en famille. Affront suprême, il a même passé sa soirée à quelques mètres de l'Elysée, à l'ambassade américaine. Pire, il a fait savoir qu'il espérait rencontrer ... Jacques Chirac !
Mais Nicolas tient à sa photo. Samedi matin, Barack et Michèle Obama ont retrouvé le couple Sarkozy à Caen. Devant la préfecture du Calvados, la foule était composée de quelques 300 militants UMP triés sur le volet. Sarkozy a eu sa photo, une micro-conférence de presse (une dizaine de minutes), et un "déjeuner de travail". Lors de sa courte "conférence de presse", Obama s'est excusé de son planning trop chargé pour rester avec Sarkozy: "de bons amis ne se préoccupent pas des symboles, des conventions et des protocoles".  Visiblement énervé par une polémique grandissante, Sarkozy a cru bon de rajouter : "Vous croyez qu'on n'a pas autre chose à faire que de belles photos sur papier glacé ?" Non, nous sommes même assez sûrs que tu ne penses qu'à ça depuis des semaines, Cher Président...   Sarkozy cherche surtout à masquer les désaccords qui se multiplient avec son homologue américain : après l'adhésion de la Turquie à l'Europe et la relance mondiale, voici qu'Obama a provoqué la France sur deux sujets bien précis lors de son discours au Caire, jeudi 4 juin: le port du voile, qu'il légitime, et la "diplomatie nucléaire". Sarkozy a étouffé le premier point en expliquant que "en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire",  "hors dess guichets de l'administration" sans évoquer son interdiction dans les écoles publiques. Sur le second point, Barack Obama avait été très explicite en prenant l'"engagement à ce (...) qu'aucun pays n'ait la bombe atomique." Depuis 2007, Nicolas Sarkozy est allé vendre notre technologie nucléaire à une belle brochette de pays plus ou moins politiquement stables et démocratiques (Libye, Syrie, Gabon, Algérie, etc). A Caen, Nicolas Sarkozy a botté en touche en expliquant que la France et les Etats Unis ne voulaient pas que l'Iran dispose de l'arme nucléaire, mais que l'Iran pouvait développer son nucléaire civil sous contrôle de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique.
L'avant-veille du 6 juin, le dernier meeting de l'UMP fut l'occasion de diffuser un joli clip à la gloire du Monarque. Quelques images d'un Nicolas Sarkozy au côté de son homologue américain Barack Obama, filmée lors du 60ème anniversaire de l’Otan.

Récupération, quand tu nous tiens...

Mais la France reste exaspérée...
En fin de semaine, Nicolas Sarkozy a failli dérapé. Mais les médias, trop occupés à la polémique Bayrou/Cohn-Bendit, n'ont qu'à peine relever ses deux dernières provocations sociales. Jeudi, il s'est d'abord permis de louer sa réforme de la recherche. Intervenant au 39ème Congrès de la Mutualité Française à Bordeaux, il a aussi annoncé la couleur d'une nouvelle "rupture" : "la croissance de notre économie, même quand nous serons sortis de la crise, ne permettra sans doute pas aux régimes de protection sociale de base de couvrir l'intégralité des nouveaux besoins". Le voici qui suggère que les mutuelles prennent le relais de l'assurance maladie pour l'indemnisation des longues maladies. Et pour les 5 millions de Français qui n'ont pas de mutuelles ?
Sans rire, on murmure également que Nicolas Sarkozy voudrait proposer un "pacte mondial pour l'emploi" au prochain sommet du G20 programmé le 24 septembre prochain à Pittsburgh, aux Etats-Unis. Pourrait-il déjà s'occuper du chômage en France et en Europe ? Lundi, les RMIstes ont disparu, remplacés aussitôt par les RSAistes. Le Revenu de Solidarité Active, l'unique mesure sociale d'envergure de la mandature sarkozyenne, entrait en vigueur. Il était temps. Quelques 183000 personnes ont été précipitées au chômage partiel au cours du premier trimestre. Le taux de chômage s'est établi à 9,1% de la population active. Le pôle emploi est débordé. Laurent Wauquiez demande une trêve dans les critiques, à la faveur du crash de l'Airbus d'Air France. S'est-il trompé de poste ? Le Secrétaire d'Etat à la Compassion devrait se tourner vers les ordres. On craint 3 millions de chômeurs dans la seule catégorie A à la fin de l'année...

Une élection manipulée, une France exaspérée, un Président serein.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

La CIMADE se défend

Ecoutez donc ces reportages et prises de position des journalistes : "monopole", "trop politique"... La représentante de la Cimade reste calme.

vendredi 5 juin 2009

Comment Sarkozy a planté les cérémonies du 6 juin...

Bien sûr.

Qui en douterait ?

Nicolas Sarkozy a invité, puis insisté auprès de Barack Obama afin qu'il vienne se montrer sur les plages de Normandie la veille du scrutin européen. Le monarque Français en a même oublié d'inviter la Reine d'Angleterre, pourtant seul témoin européen de cette importance statutaire du second conflit mondial à être encore en vie... Un comble !

Sarkozy pense à lui
François Bayrou a fustigé la démarche: "C'est une mise en scène pour que les élections du 7 juin apportent quelques voix de plus sur des thèmes qui sont censés mobiliser  l'électorat de l'UMP". Eva Joly (Europe Ecologie) a estimé qu'il "privatise notre mémoire collective, il privatise cet événement".

L'affaire normande est aussi un boomerang pour Sarkozy. Comme le note Cédric Omert (Marianne2), : "Oublier d'inviter la Reine Elisabeth II. S'obstiner dans son oubli en le justifiant étrangement. Et finir par changer d'avis sous la pression du Président américain. Une chose sûre, s'il ne s'est pas fait humilier, Nicolas Sarkozy s'est ridiculisé tout seul. " Lait d'Beu renchérit : "Le Président tenait à un tête à tête avec Obama, ce qui l'a conduit à écarter de fait la reine Elisabeth. Mauvaise pioche. Finalement, c'est le Prince Charles qui accompagnera Gordon Brown".

Obama pense à autre chose
Barack Obama semble prendre son déplacement français avec lucidité et recul. le clou de son voyage n'est pas la promenade-hommage sur les plages normandes. Il a  pour l'instant décliné tout dîner officiel avec le Monarque français. En revanche, sa courte visite de 48 heures en Arabie Saoudite puis en Egypte était autrement plus attendue : dans une interview diffusée mardi sur Canal+, il a ainsi et surtout déclaré : «les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l'islam. D'ailleurs, si l'on compte le nombre d'Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans de la planète» (...) «Ce que j'essaye de faire, c'est de créer un meilleur dialogue pour que le monde musulman puisse mieux comprendre comment les Etats-Unis, mais plus généralement le monde occidental, conçoivent certains problèmes difficiles, tels que le terrorisme ou la démocratie».
Mercredi, Obama était à Ryad. Les attentes du monde musulman sont immenses. Huit années de Bushisme ont laissé des séquelles. Vis-à-vis de Sarkozy, l'attitude était inverse. François Mitterrand ou Jacques Chirac jouissaient d'une belle cote auprès du monde musulman. Nicolas Sarkozy avait tenté, de façon curieuse, un rapprochement avec l'Amérique dans les derniers jours de l'administration Bush. Quel intérêt pouvait-il avoir à se rapprocher ainsi de l'épouvantail du monde ?

Jeudi, Barack Obama avait autre chose en tête que les gesticulations narcissiques de NicolasSarkozy. Il s'adressait au monde musulman, au Caire. Là-bas, il a expliqué que l'Amérique n'avait aucune vélléité de s'installer en Irak; qu'Israël devait cesser ses colonisations ; que "Le Coran dit que quiconque tue une personne, tue l'humanité entière"; que la situation des Palestiniens était "intolérable". Obama a rappelé que «L'Amérique ne sera jamais en guerre contre l'Islam, néanmoins nous lutterons contre les extrémistes qui sont une menace pour la sécurité».

De belles paroles, dont on attend les actes, évidemment.

Mais, quelle importance pouvait revêtir un dîner avec Carla et Nicolas à coté de ces enjeux ?

Aucune.

L'Europe, les lois françaises

80% des lois françaises seraient des transcriptions des directives européennes. Qui dit mieux ?

jeudi 4 juin 2009

Pas de minute de silence en Sarkofrance

Malgré un battage médiatique exaspérant, empêtrant et  ravageur sur le crash du vol Air France 447 Rio-Paris, plusieurs moments bienvenus de recueillement se déroulèrent mercredi 3 juin en France. A Paris notamment, Nicolas Sarkozy a pris temps d'une cérémonie religieuse oecuménique à la cathédrale Notre Dame de Paris.
Pourtant, sur le front de l'actualité politique, le début de semaine fut riche. Après le rapport tant attendu de Richard Descoings sur la réforme du lycée (remis mardi), la campagne abstentionniste des élections européennes se poursuit, et Eric Besson sourit.

Elections européennes, l'absention aux meetings...
L'intox sondagière continue. L'élection se déroule au niveau de grandes régions. Les sondages nationaux traduisent un rapoort de force imparfaitement évalué où l'on ne peut retenir qu'une chose: trois quarts du corps électoral semble désavouer l'UMP. Mardi, l'UMP tenait son dernier grand meeting "privé" à Clermont Ferrand, dans une salle à moitié vide et 2000 invités.  Pour éviter que cette faible mobilisation se voit trop, l'UMP avait dressé d'immenses rideaux pour réduire la taille de la salle à 1200 places... Jolie ambiance ! Quelques heures avant, Brice Hortefeux justifiait l'absence de certains membres du gouvernement par la tenue, le lendemain matin, du Conseil des Ministres. François Fillon, présent, appréciera. Effectivement, seuls 5 ministres, sur les 9 annoncés, étaient de la partie. Eric Woerth (Budget), Bruno Le Maire (Affaires européennes), Alain Marleix (Intérieur) et Nathalie Kosciusko-Morizet (Economie numérique) ont séché.
François Fillon fut lyrique: "Face à la crise financière, au réchauffement climatique, à la crise russo-géorgienne, nous avons fait nos preuves." Côté environnement, on rappelera que la France a planté l'aménagement de la filière bois au Conseil Européen, et n'a pas proposé, ni encouragé l'attribution de moyens financiers au plan Energie Climat voté en décembre dernier. Sur la crise russo-géorgienne, Nicolas Sarkozy a fait croire à un accord quelques jours après l'invasion, alors qu'il n'en était rien. Quant à la crise financière, l'Union Européenne a été ... absente. Les solutions et plans de relance nationaux ont prévalu.
En île-de-France, Michel Barnier a quelques soucis. Non pas pour son élection personnelle (il est tête de liste et l'UMP est créditée de 30% des suffrages). Mais il est encore et toujours ministre de l'Agriculture. Or les négociations sur le prix du lait (-30% en un an pour les producteurs, alors les prix aux consommateurs sont restés stables) patinaient. parvenu à un accord dans la soirée de mercredi : 280 euros les 1000 litres de lait. Les producteurs partaient de 305 euros. Barnier leur aurait promis un "accompagnement de trésorerie".

Rachida Dati débloque ?
Le Canard Enchaîné rapporte que la Garde des Sceaux, invitée du "Grand Jury RTL" dimanche dernier, a piqué une colère contre un journaliste de la station qui lui demandait comment elle parviendrait à concilier son mandat parisien avec son probable mandat européen : "Allez-vous faire foutre". Le journaliste, insistant une troisième fois, s'est vu répondre: "Et ta mère, elle s'intéresse au VIIème arrondissement?" Après son déplacement princier (et inutile) à la prison de Moulins mardi matin, cela fait beaucoup, non ? Côté affaires, on apprend du même Canard Enchaîné que le Premier Ministre a fait agrandir son appartement de fonction, de 78 mètres carrés (sous Raffarin, qui disposait d'un appartement personnel à Paris par ailleurs), à .... 309 mètres carrés.

Centres de rétention, Besson jubile
A Paris, le Conseil d'Etat a rejeté la demande d'annulation du décret gouvernemental qui divisait l'attribution de l'assistance aux sans-papiers détenus dans les 27 Centres de rétention, décret n° 2008-817 du 22 août 2008. Eric Besson était content. Pour court-circuiter une procédure judiciaire en cours, il n'avait hésité à signer en plein week-end, le 10 mai dernier, les contrats d'assistance des associations retenues.
"Le Conseil d’État écarte les différentes critiques présentées par les requérants à l’encontre de ce décret. Il juge notamment que la nécessité que les droits des étrangers placés en centre de rétention soient garantis dans les mêmes conditions sur l’ensemble du territoire n’implique pas que les missions d’assistance à ces étrangers soient assurées par la ou les mêmes personnes morales sur l’ensemble du territoire national. Le décret pouvait donc décider de confier, par la voie d’un marché public, les missions d’assistance à des personnes morales différentes pour chaque centre de rétention administrative." (communiqué du Conseil d'Etat, 3 juin 2009)

Un juge des référés a tout de même suspendu la dite attribution. La CIMADE a cependant de quoi être satisfaite partiellement. Car le Conseil d'Etat a complété sa décision en formulant des réserves sur le décret concerné :  "Le Conseil d’État relève qu’aux termes mêmes du décret litigieux, la convention passée avec la personne morale sélectionnée doit permettre l’exercice effectif de leurs droits par les étrangers et que la mission confiée par la convention ne se limite pas à l’information des étrangers mais comprend également l’aide à l’exercice de leurs droits. (...)  Il ajoute qu’il doit également être lu comme impliquant que l’État ne peut conclure une telle convention qu’avec des personnes morales présentant des garanties d’indépendance et de compétences suffisantes, notamment sur le plan juridique et social, pour assurer le bon accomplissement de ces missions d’accueil, de soutien et d’information prévues par la loi. " Cette précision, importante, renforce l'argument de la CIMADE qui jugeait suspect que l'une des rares associations retenues pour s'occuper des CRA soit une nouvelle venue, appelée RESPECT, et récemment créée par un permanent de l'UMP à Paris...

Sarkozy menace l'Iran
Le président français a eu raison de rappeler au ministre des Affaires Etrangères en visite à Paris que les propos de son dictateur de président à propos de la Shoah étaient inacceptables. Ce dernier avait expliqué le même jour que l'Holocaust était "une grosse tromperie": "L'identité de la démocratie libérale a été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l'histoire de l'Humanité, le régime sioniste (Israël, NDLR), en utilisant la grosse tromperie qu'est l'holocauste".  On reste mal à l'aise toutefois. Nicolas Sarkozy s'est-il fait piégé ? Les Iraniens avaient demandé un rendez-vous au président français, à quelques heures de sa rencontre avec Barack Obama vendredi 6 juin. Ils étaient censés être porteurs "d'un message". Curieux message que cette insulte. Sarkozy a répliqué. Quelques jours après l'inauguration d'une base franco-française dans le détroit d'Ormuz, à quelques kilomètres de l'Iran, le président choisi la voie de la fermeté. Mais les Iraniens n'ont-ils pas profité de cette pseudo-stature pour amplifier leur message... ?

Pas de minute de silence en Sarkofrance...

Nicolas, moi je...

Nicolas Sarkozy est narcissique. Il ne s'en cache pas. La récente mise à jour de sa "page" sur Facebook a généré moultes commentaires. En effet, depuis le 19 mai, sa page ne se contente plus des communiqués officiels d'Elysee.fr. Elle accueille également des "confidences personnelles". Le 22 mai, Sarkozy nous prévenait du changement : "Merci à vous de m’avoir rejoint sur cette page créée par mon équipe pour mieux répondre à votre demande d’information et de transparence."

On apprend donc qu'il vient de terminer la lecture de : "Pierre et Jean" de Maupassant et "Le Lièvre de Patagonie" de Claude Lanzmann (le 20 mai), qu'il a découvert "Les Feux de la Rampe" de Chaplin (toujours le 20 mai). Nous donnera-t-il un compte-rendu de ses soirées au spectacle, de ses séjours dorés dans de belles villas sud-américaines ou proche-orientales ?

Les commentaires de ses supporters nous plongent dans la Roumanie pre-1989. Les thuriféraires en tous genres, de tous âges se succèdent pour livrer leurs éloge au Monarque tout puissant. Allélouya ! Nicolas est "un monument et un génie de la politique Française" (Haouraji Brahim, 30 mai),"un homme d'honneur qui tient ses promesses" (Evelyne Grignon, le 26 mai), "Un président qui n'hésite pas d'aller "au charbon" quand il le faut pour soutenir ses ministres" (Franz Chambon, le 26 mai), "un vrai président" (Hendrick Johnston, le 22 mai), ou "l'Homme d'état intègre et compétant" (faute d'orthographe incluse, Jordan Taffin, le 22 mai).

Certains s'amusent. Ainsi, Roland Pradoc offre-t-il ses services de poète : "Bonjour, J'aimerai devenir poète officiel de l'UMP et obtenir une bourse pour écrire des odes au président. Je maîtrise l'alexandrin, le sonnet et le rondeau. Pour un prix modique, je suis prêt à faire l'apologie du gouvernement."

Sans blague.

Inscrivez-vous.

Et inondez.

mercredi 3 juin 2009

Richard Descoings, futur ministre de l'Education Nationale ?

On le disait à gauche, cette gauche moderne qui pratique la discrimination positive jusque dans son école de reproduction sociale ("Sciences Po" à Paris). Le voici qui avait été désigné par Nicolas Sarkozy pour reprendre en main la réforme du lycée. Xavier Darcos, qui souhaitait simplement réduire les cours obligatoires, s'y était cassé les dents. En décembre dernier, effrayé par une flambée de tension dans la jeunesse, il avait reculé. Sarkozy lui avait demandé de remettre sa réforme à plus tard. Richard Descoings fut nommé. Il embaucha Versac, le fameux blogueur, pour couvrir d'un site Web et de videos surprises, la démarche de "terrain" du missionnaire. Depuis, on murmure qu'il pourrait devenir ministre de l'Education Nationale à la faveur du remaniement gouvernemental dans 15 jours. Le missionnaire a démenti.

Mardi 2 juin, Richard Descoing remettra son rapport au Président de la République, le «sujet phare de tous les échanges depuis le début de ma mission», a-t-il expliqué au Figaro.

La réforme avortée... ou suspendue ?
Initialement, Xavier Darcos entendait réduire le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd'hui. Il faut avouer qu'il avait une piètre image du lycée: en janvier dernier, on a cru qu'il s'était "datisé", à force de déclarations provocatrices : "les performances des lycées français, avec un des encadrements qui est un des meilleurs du monde, sont médiocres. Il faut que nous acceptions un peu une fois de nous dire que ce n'est pas que du quantitatif, il faut que nous repensions la manière dont nous préparons nos élèves". Sur le lycée, Xavier Darcos a été contraint de céder en quelques jours, à la mi-décembre. La réforme des classes de seconde consistait à séparer l'année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire tombait à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd'hui, en séparant l'année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Les cours auraient en effet été organisés en 3 parties :
  • Un tronc commun regroupant les enseignements de seconde avec français, maths, l'histoire, deux langues vivantes et les sciences économiques (21 heures).
  • 6 heures d'enseignements complémentaires proposés sous forme de modules, à choisir dans quatre familles thématiques : : humanités, sciences, sciences de la société, technologies.
  • 3 heures personnalisé d'accompagnement personnalisé.
En héritant du dossier, le Directeur de Sciences Po, avait déclaré: "on redémarre de zéro."

Descoings revient
Richard Descoings avait axé sa réflexion autour de quatre sujets: l’orientation ; "la poursuite de la modernisation de la voie technologique" ; "le rééquilibrage des séries dans la voie générale" ; et "l’apprentissage des langues".  Mardi 2 juin, Richard Descoing rendait donc ses conclusions (disponibles sur son blog "Lycée pour tous") :
  •  Redéfinir le rôle du lycée : Descoings propose de remettre à plat les moyens et leurs affectations; en particulier : (1) favoriser l'autonomie des élèves (en revoyant "les critères de répartition des moyens", en  créant des "pôles de prévention" par chaque bassin scolaire; et en incitant les étudiants à assurer un accompagnement pédagogique de lycéens), (2) favoriser l'équité de l'offre de formation sur le territoire (en créant de nouveaux "internats de l'égalité des chances" ou en optimisant les transports publics); (3) renforcer les moyens des CDI et l'accueil des élèves handicapés.
  • Accompagner l'orientation, le missionnaire propose de mieux intégrer le monde professionnel au sein du système éducatif : création de partenariats entre les établissements d'enseignement supérieur et les lycées pour «parfaire l'information des élèves sur les filières universitaires», intégration de professionnels de l'entreprise dans l'information et l'orientation des lycéens, favoriser la découverte du monde professionnel. Il recommande également de mieux informer sur les filières, celles technologiques étant sous-évaluées, mal connues, mal comprises par rapport aux filières générales, en renforçant l'information (échange de prof, rencontres, parrainages, réorientations en cours d'année, journées d'info pour les parents, bilans de compétences, etc). 
  • Rééquilibrer les filières, en (1) transformant la classe de seconde en véritable classe de détermination, (2) poursuivant "la rénovation des filières technologiques", (3) équilibrant les filières de la voie générale ("revaloriser la voie L", "rééquilibrage par les coefficients des épreuves du bac")
  • "Rénover les enseignements" et les "modes d'évaluation" : autonomie des budgets de fonctionnement des établissements, création de postes d'enseignants "chargés de mission", dialogue sur le contenu des enseignements; mise en place de "critères d’évaluation des programmes transparents et impliquant les enseignants"; développement de nouveaux apprentissages (prise de parole, rédaction de CV, débat, nouvelles techno); renforcer la pratique orale des langues étrangères, l'engagement lycéen ou... les ciné-clubs (entre autres). 
  • "Repenser les emplois du temps et les missions de l’enseignant" : concernant les lycéens, réduction des cours magistraux (avant 15H), renforcement des cours artistiques, sportifs et des pratiques associatives (1/3 du temps scolaire à terme). Concernant les établissements, évaluation de "la qualité de vie". Sur le sujet sensible de la "renégociation du statut de l’enseignant", le rapport est économe, puisqu'il se contente d'une simple petite phrase en tout et pour tout: "Dans une logique autant que possible gagnant-gagnant, il s’agit de prendre en compte les évolutions du métier. "
Descoings recommande
Sur le fonds, l'analyse est touffue, les préconisations également. Mais elles ressemblent davantage à une gigantesque boîte à idées, un catalogue à la Prévert, souvent très juste, mais très éloigné de la réalit gouvernementale. Richard Descoings valide partiellement la réforme initialement envisagée par Nicolas Sarkozy (réduire la "charge de travail", et donc les moyens, par la réduction des cours communs, ou l'allègement du nombre d'heures hebdomadaires en classe). Mais il argumente, en contre-partie, pour davantage d'activités extra-scolaires ou culturelles et sportives, de stages, d'information, de césures, etc. Or il omet bien sagement de parler moyens, alors que des réductions budgétaires, notamment d'effectifs, frappent l'Education Nationale. Qui seront les dindons de la farce ?

La démarche est également apparue plus claire : Descoings a rencontré; puis réfléchi et synthétisé des propositions, qu'il soumet désormais tant au gouvernement qu'aux chefs d'établissement et aux syndicats. Bizarrement, si la démarche peut paraître louable, la réaction présidentielle ne manquera pas de surprendre. Aussitôt le rapport reçu, l'Elysée publiait un communiqué indiquant que "l’objectif est une entrée en vigueur de tout ou partie de ces mesures dès la rentrée 2010".


La concertation est-elle déjà finie ?

Frédéric Lefebvre, l'immuable porte-parole de l'UMP, n'a pas écouté son patron. Il s'en fendu d'un joli communiqué, au nom de l'UMP. Il ne cherchait pas à défendre le rapport Descoings mais à fustiger la réaction négative du parti socialiste. Tout en mesure, le voici qui écrit: "Le PS, dans un réflexe pavlovien qui le caractérise, s'en prend au rapport Descoings pour la seule et unique raison qu'il a été commandé par Nicolas SARKOZY. L'envoi aux chefs d'établissement des préconisations de ce rapport pour débat par Xavier DARCOS est pourtant la bonne démarche que tous les gens qui veulent honnêtement réformer le lycée devraient saluer. "

De son côté, François Fillon a déclaré le jour même,  lors d'un meeting de l'UMP à Clermont-Ferrand, qu'il se sentait "fier" d'avoir résisté au mouvement social : "C'est la première fois en réalité depuis la réforme de l'université de 1984 qu'un gouvernement est capable de résister à un mouvement social comme celui qui a perturbé l'université" . "Nous n'avons pas résisté en faisant la sourde oreille, nous avons écouté, modifié nos textes, renégocié, mais nous avons tenu bon sur l'essentiel"."Ce que nous avons fait sera jugé par l'histoire comme le moment du début de la renaissance de l'université française et je veux vous dire ce soir que je suis fier d'avoir conduit le gouvernement dans ces difficultés".

Concertation, vous avez dit concertation ?




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Mal à l'aise, Eric Besson ?

mardi 2 juin 2009

"Air France Vol AF447 is Lost". Nicolas, tais-toi !

Alors que l'on apprenait que le vol AF447, Rio-Paris, avait disparu à quelques 500 kilomètres des côtes brésiliennes, l'Elysée publiait le communiqué suivant :
"Informé ce matin de la perte de contact avec un airbus A 330 d’Air France qui effectuait la liaison Rio de Janeiro – Paris Charles de gaulle, le Président de la République a exprimé sa très vive inquiétude.

Il a immédiatement demandé à MM. Jean Louis BORLOO, Ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, et Dominique BUSSEREAU, secrétaire d’État chargé des Transports de se rendre à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle pour suivre au plus près l’évolution de la situation. Il a également demandé au Gouvernement et aux administrations concernées de tout mettre en œuvre pour retrouver la trace de l’avion et faire au plus vite la lumière sur les circonstances de sa disparition."
Ce communiqué était indécent. On n'attend pas du chef de l'Etat qu'il donne des consignes de recherche à ses ministres et aux autorités compétentes. On se doute bien que chacun est déjà largement mobilisé. Voici donc juste une récupération épileptique, un manque de sang froid ou de stature. Le monarque avait besoin d'exprimer qu'il était sur le coup quand tout le monde se fiche de ses états d'âmes.

Un peu plus tard dans la journée, Nicolas Sarkozy s'est rattrappé. En allant à Roissy, il a fait preuve de la compassion et de la lucidité nécessaires auprès des familles de victimes : «les perspectives de retrouver des survivants (étaient) très faibles». «Nous n'avons aucun élément précis sur ce qui s'est passé». "C'est un accident tragique. Les chances de retrouver des survivants sont très faibles". "A la minute où je vous parle, nous avons envoyé des bateaux sur la zone, des avions aussi. Nos amis espagnols nous aident, les Brésiliens nous aident beaucoup aussi". Il n'a pas empêché son ministre des Transports Jean-Louis Borloo de déclarer précipitamment que "le plus vraisemblable est que l'avion a été foudroyé".

Les médias s'étaient précipités sur les proches des victimes, à l'aéroport de Roissy. Il fallait montrer la douleur de chacun. Fallait-il vraiment ?

Charognards ou témoins ?




Crédits photo : AFP

Déflation, taxe Tobin, retraites et baisse des salaires... timidités françaises ?

Les économistes s'alarment d'un risque de déflation en Europe. En mai, les prix à la consommation dans les seize pays de la zone euro ont stagné, sur 12 mois glissants. Pour l'essentiel, ce ralentissement de l'inflation est dû aux cours des matières premières et de l'énergie. Mais sur le fonds, un vrai recul généralisé et prolongé des prix nous entrainerait dans un cercle vicieux. Des prix qui baissent démotivent les entreprises à investir, les salaires n'augmentent plus, la consommation chute, etc.

Baisse des prix... et des salaires
En France, on attend une baisse générale des prix de détail avant l'été. En avril, l'indice des prix à la consommation n'a crû que de + 0,1 % en rythme annuel, un ralentissement jamais atteint depuis 1957. Les économistes seraient plus optimistes pour la France que le reste de l'Europe, et notamment l'Allemagne. Pourtant, la pression déflationniste sur les prix est réelle : les récentes manifestations des producteurs de lait rappellent les tensions du monde agricole, pressuré par la grande distribution et les industries agro-alimentaires. Dans l'immobilier, même l'ile-de-France que l'on croyait épargnée de la crise du marché pour cause de pression démographique a vu ses achats immobiliers s'effondrer de 42% au premier trimestre 2009 par rapport à l'année précédente.

Comme l'inflation en 2009 sera très basse, on s'attend à des revalorisations salariales très faibles pour 2010. Le SMIC lui-même ne bénéficiera d'aucun coup de pouce le 1er juillet prochain, comme l'avait confirmé Brice Hortefeux. Côté retraites, tous les coups semblent permis.  Ainsi apprend-t-on que la la majoration de durée d'assurance (MDA) réservée aux mères de famille, instaurée en 1971, est menacée :  elle permettait aux femmes salariées du régime général de bénéficier d'un bonus de deux ans par enfant, afin d'avancer leur départ à la retraite sans être pénalisées. Le gouvernement n'y est pour rien. Une Cour de Cassation a jugé que cette discrimination "positive" n'était pas valable. La semaine dernière, les députés UMP ont rétabli "à titre exceptionnel" l'Allocation Equivalent Retraite que Nicolas Sarkozy voulait supprimer dès le 1er janvier 2009. Crise oblige, le président français avait dû renoncer à supprimer cette allocation qui concerne quelques 68 000 personnes, pour un coût estimé à 150 millions d'euros, qui permettait aux salariés n'ayant pas atteint l'âge de 60 ans mais ayant suffisamment cotisé, de toucher leur retraite à taux plein.Reste à rétablir désormais la Dispense de Recherche d'Emploi (DRE), qui permet aux salariés de moins de 60 ans mais ayant cotisé suffisamment cotisé pour leur retraite d'éviter d'avoir à rechercher un emploi.

Et les pays pauvres ?
La semaine dernière, les représentants de 55 Etats, membres du "groupe pilote sur les contributions internationales de solidarité en faveur du développement", s''étaient rassemblés à Paris pour discuter de l'aide aux pays pauvres. Actuellement, l'aide publique internationale en faveur de la lutte contre la pauvreté dans le monde s'élève à quelques 80 milliards d'euros, une goutte d'eau par rapport aux besoins. On cherche de nouvelles idées, comme la taxe Chirac :  "En 2008, la taxe "Chirac" sur les billets d'avion, en vigueur dans onze pays et qui prélève de 1 euro (classe économique et vol intérieur) à 40 euros (première classe et vol long courrier), a dégagé 300 millions de dollars, soit 82 % des fonds engagés par Unitaid, organisme international d'achat de médicaments, pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme."
La France apparaît plutôt timide sur une nouvelle taxe type "Tobin". Jeudi, les participants à la réunion de Paris ont parlé d'une taxe basée sur les changes, de 0,005 %, qui pourrait rapporter, au niveau mondial, entre 30 milliards et 60 milliards de dollars par an. La France en a voté le principe en 2001 et la Belgique en 2004. Jeudi, Bernard Kouchner avait avancé que la France se joindrait au groupe de pays "pionniers" pour l'instauration de cette taxe Tobin sur les mouvements de capitaux. Il détaille :  "Notre pays, la France, est prêt à accompagner un groupe pionnier d'Etats pour appliquer ce type de taxe qui a déjà été votée dans notre Parlement en 2001. J'ai déjà proposé cela de nombreuses fois et à chaque fois tous les ministres des finances ont dit : 'Ce n'est pas possible', eh bien moi je vous dis : 'rien n'est impossible !'" 

Manque de chance, il fut désavoué dès le lendemain par Christine Lagarde :"On ne peut pas procéder de manière solitaire dans ce domaine. (...) Ça ne peut fonctionner que si c'est étudié en profondeur et que si c'est accepté et mis en œuvre par tout le monde". La ministre des Finances raille le projet: "Vous savez, quand les ministres des Affaires étrangères se mettent à sortir la boîte à idées finances, on peut tout attendre."

On comprend une fois de plus les limites de la rénovation du capitalisme...

Wauquiez et les communistes...

lundi 1 juin 2009

Elections européennes, la dernière manipulation sarkozyenne

Le programme des 7 derniers jours de Nicolas Sarkozy et de l'UMP pour les élections européennes est plutôt simple: après une semaine consacrée à la "Sécurité des Français", voici une tribune franco-allemande (dimanche),  et une cérémonie avec Barack Obama (samedi). Entre temps, le président sera aux abonnés absents. Il ne travaille ni lundi (Pentecote catholique oblige), ni vendredi.

Le président s'est offert un beau week-end de trois jours. Le lundi de Pentecôte est redevenu férié pour la majorité de nos concitoyens, alors que Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre, l'avait déclaré "journée de solidarité" avec les personnes dépendantes, en 2003. Qu'importe ! Nicolas Sarkozy sera lui en congés. Il est vrai qu'il a bossé 5 jours la semaine dernière, et que Barack Obama vient lui rendre visite 3 heures samedi prochain. Cela mérite bien une petite compensation.

La veille, le président français avait fait publié une tribune commune avec Angela Merkel dans le Journal du Dimanche et Die Welt. Si la presse française en fait ses gros titres, fidèle qu'elle est à la couverture des moindres faits et gestes du Monarque, la presse allemande est restée étonnament discrète. Outre-Rhin, on s'en fiche !


Dans le même Journal du Dimanche (décidemment très riche en exclusivité présidentielle), le chef de l'Etat a confié à Claude Askolovitch que la crise l'a changé. Tiens donc ! Vous rappelez-vous, ce funeste 14 janvier 2007, quand Nicolas le candidat a expliqué à longueur de discours qu'il était devenu calme, apaisé et rassembleur entre Noël et le Jour de l'An, à quelques semaines de l'élection présidentielle de 2007 ? Et bien voici qu'il remet le couvert. Combien de fois Nicolas Sarkozy changera-t-il donc ? On finirait presque par le trouver inconstant...
"Je dois changer ma communication, je dois apaiser mon langage, être rassembleur. A moi aussi, la crise rappelle des limites, et elle m'a fait changer." (...) "Le résultat des européennes n'y changera rien. S'il est bon pour l'UMP, on en parlera une journée, s'il est mauvais, ça durera une semaine. Et le remaniement, qui vous passionne tant, compte moins que les projets que nous porterons! Je serai jugé en 2012 sur ma capacité à avoir pris les bonnes décisions au bon moment." (...) "Je dis à mes collaborateurs qu'on ne fait pas plus de réformes quand la popularité est en hausse, et on ne les arrête pas si elle tombe. Quand l'opinion me lâche, c'est dur pour eux et pour moi, mais ça ne change rien." (...) "On me prédisait une explosion sociale, elle n'a pas eu lieu. Les vraies difficultés sociales surviendront quand on sortira de la crise, justement." (...) "Je n'ai pas fait de bêtise"

On ne sera pas surpris de la complaisance du journaliste. Obligé à plaire pour cause d'exclusivité, Claude Askolovitch sert les plats avec douceur et révérence : "Ralentir, quel drôle de mot pourtant! Lui, brûle d'envie devant une planète en friche" ou encore: "Apaisé, mais en accélération constante. Il est une juxtaposition d'intenses prudences et d'envies d'échappées belles. Il touche du bois et fourbit ses armes. La crise finira." Et même: "A-t-on vu sa cote de popularité en Europe? 51% des Européens l'apprécient, 60% ont aimé la présidence française*!" Pas un mot, pas une contradiction dans la bouche d'Askolovitch. Il aurait puparler des promesses non tenues du G20, de l'équation budgétaire impossible, du maintien du bouclier fiscal ou de la loi Loppsi 2. Et bien non, on restera dans la contemplation béate.Askolovitch, dans cet éditorial, n'est plus un journaliste et pas encore un thuréfifaire... Encore un effort, une biographie ne demande qu'à s'écrire.

Cette image d'un président apaisé et "changé" est assez loin de la réalité. Quand des citoyens veulent venir aux meetings de l'UMP pour l'élection européenne, il faut montrer patte blanche, passer les portiques et les vigiles d'entreprises privées. Sans cartes de l'UMP, impossible de rester. A l'UMP, les meetings, comme la justice, sont privés. Pour ceux qui, comme votre serviteur, ont déjà assister à des meetings à gauche, du Parti Socialiste aux Verts, en passant par l'extrême gauche, ce type de pratiques reste inouïe dans une démocratie moderne. Qu'importe ! Nous sommes en Sarkofrance. Mardi, Xavier Bertrand, le patron par procuration de l'UMP, ira participer à un meeting avec les descendants du franquisme espagnols en Espagne. A chacun ses symboles.

Samedi, Obama fait un détour par la France. Nicolas Sarkozy cache sa peine. Il n'aura pas droit à un dîner entre présidents. Barack Obama arrive bien vendredi soir en France mais n'a pas souhaité dîner avec le monarque français. L'agenda de Barack Obama ne prévoit que de rejoindre Sarkozy à Caen, puis sur les plages de Normandie pour la célébration du 65ème anniversaire du débarquement anglo-américain le 6 juin 1944. Les Etats Unis ont officiellement regretté que la France ait oublié de convier la Reine d'Angleterre, seule chef d'Etat encore en vie ayant participé à la seconde guerre mondiale.

Ultime manipulation, le président français utilisera l'évènement pour faire sa promo électorale à moins de 48 heures du scrutin. Eviter une telle accusation était pourtant simple. Il suffisait d'inviter des représentants de l'opposition.

Post-Scriptum : Barack Obama a proposé à l'ancien producteur du Muppet Show de devenir amabassadeur des Etats Unis en France.

Une nomination à la hauteur de la situation française.

Les blogs s'énervent chez VENDREDI

A la lecture du dernier numéro de VENDREDI (actuellement en vente), on mesure combien les blogs politiques s'énervent, s'impatientent, se rebellent et polémiquent.

Le jour même de la publication de VENDREDI, la libération de Julien Coupat était confirmée. Ce dernier, héros malgré lui de la psychose sécuritaire en vigueur en Sarkofrance, avait fait l'objet d'un long entretien publié par Le Monde quelques jours auparavant. Les propos de Coupat divisent les blogueurs.

Second débat, la présidente d'Alternative Libérale, Sabine Herold, invitée par Jacques Rosselin à débattre avec quelques blogueurs. Ces derniers n'en sont visiblement pas revenus. La jeune et jolie ultra-libérale leur a expliqué son monde idéal, sans Etat (ou si peu), sans Secu (ou si peu), sans contrainte (ou si peu). Elle s'énerve contre Nicolas Sarkozy qu'elle considère bonapartiste et conservateur (dixit Intox2007).

Troisième polémique, la cybersurveillance. Bien qu'à contre-courant du mouvement majoritaire anti-Hadopi, je ne saurais trop vous conseiller la lecture du dossier "Hadopi m'a tuer", poster en complément pour un concert le 15 juin, avec les articles de Numerama, owni.fr, et une revue d'artistes "anti-Hadopi". Autre sujet, les ravages de la loi LOPPSI 2 en examen prochain au Parlement. On vous explique même comment rendre votre ordinateur sarko-compatible...

Les injustices de l'actualité humanitaire sont également à l'honneur : Carla Bruni prend fait et cause pour Aung San  Suu Kyi; Omar Bongo préfère se faire soigner en Europe.

Guy Birenbaum s'agace de l'omniprésence des hommes et femmes politiques sur tous les médias, y compris du Web 2.0; d'autres reviennent sur "Jean S le Dauphin" promis à un bel avenir; sur les dépenses faramineuses de l'Elysée; sur les pressions de Sarkozy sur la succession manageuriales chez Thales.

J'oubliais. L'ami Eric Mainville a les honneurs d'être l'invité de la semaine. Eric analyse avec précision et concision nos évolutions médiatiques sur son blog. Bravo à lui. Merci pour nous.

Bref, achetez VENDREDI.

L'actualité y est différente.