mardi 7 juillet 2009

Rocard va à la soupe, la crise s'aggrave, Sarkozy plane

Nicolas Sarkozy nomme Rocard et Juppé pour animer le spectacle du moment: réfléchir aux priorités du futur emprunt national, le nouveau gadget sarkozyen. le monarque était aussi à Evian, avec Gordon Brown, pour une rafale de communiqués préparés par des dizaines de conseillers. Pas très loin de là, à Aix-en-Provence, quelques 150 économistes s'étaient retrouvés du 4 au 6 juillet. Leurs constats sur la crise mondiale sont plutôt sombres, bien loin des chimères gouvermentales...

Rocard va à la soupe
Il ne fait aucun doute pour personne que l'emprunt populaire annoncé par Nicolas Sarkozy est avant tout une affaire de communication. Le président français l'a présenté comme cela à son propre conseiller économique : il s'agit d'alimenter le débat sur les priorités du pays. La démarche est curieuse. Nicolas Sarkozy est-il à ce point en panne d'idées qu'il fait appelle au "débat" public pour savoir comment relancer notre machine économique ? Le Monarque cherche plutôt à occuper le terrain médiatique et politique. Il a trouvé cette belle idée, chipée à quelques sociaux-démocrates en mal de projet. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a lancé cette nouvelle séquence, en recevant des organisations syndicales peu dupes de ce nouveau manège. On attendait la nomination de la fameuse commission qui se chargera d'animer le débat. Ce fut chose faite lundi 6 juillet au matin. L'Elysée a annoncé nommer Michel Rocard et Alain Juppé de "présider une commission chargée de réfléchir aux priorités justifiant un effort exceptionnel d’investissement, afin de préparer l’avenir de la France." Rocard était content: "Tout n'est pas objet de conflit", a-t-il expliqué en sortant de son entretien avec Sarkozy. "Je suis sûr que nous atterrirons sur des propositions communes parce que nous nous connaissons, nous avons déjà travaillé ensemble. Nous incarnons chacun une tradition politique, celle du parti socialiste pour Michel Rocard, celle des gaullistes de l'UMP pour ce qui me concerne" a ajouté Alain Juppé.


Samedi dernier, nous rappelions cette sage maxime : "Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt". Michel Rocard et Alain Juppé sont les "doigts" de l'imposture sarkozyenne. Le cas de Rocard est problématique. On attend du Parti Socialiste qu'il l'expulse comme on fourgue un sans-papier dans un charter en Sarkofrance. Il n'en fut rien. Le PS est indulgent. Sarkozy, lui, est ravi: «C'est très important de mobiliser un pays au-delà du sectarisme dans un esprit de tolérance, en se tournant vers l'avenir (...) La crise est suffisament grave et suffisamment forte pour que chacun sache se hisser au-dessus d'intérêts partisans»

Sarkozy plane
Lundi, le Monarque participait à un mini-sommet franco-britannique, avec son homologue Gordon Brown à Evian. L'occasion d'une rafale de communiqués officiels, dont la quantité et la longueur frisent le ridicule tant ce micro-sommet fut de courte durée...
  • Ainsi à 17h30, les deux chefs d'Etat parlaient protection de l'environnement, se prononçant pour "un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050 par rapport à 1990".
  • Six minutes plus tard, second communiqué sur l'énergie nucléaire, à 17h36: "La France et le Royaume-Uni reconnaissent que l’énergie nucléaire a un rôle important à jouer pour répondre aux défis énergétiques de notre temps. Le recours à l’énergie nucléaire, source sobre en carbone, permet de réduire largement la production de gaz à effet de serre."  
  • Vers 17h43, les deux compères européens publiaient une déclaration commune sur le développement et la régulation mondiale (... roulement de tambour.... ) : "Le Royaume-Uni et la France entendent coopérer étroitement pour faire face aux problèmes politiques, économiques et de sécurité du XXIème siècle." Concrètement, les deux pays aimeraient que le Conseil de Sécurité élargisse ses membres permanents à des représentants de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde et du Japon, ainsi qu'à l'Afrique; se félicitent des mesures du G20... de Londres en avril dernier (ouf !), et souhaitent poursuivent leurs actions communes en faveur de l’amélioration de la situation sanitaire.
  • A 17h46, Sarkozy et Brown communiquaient sur l'immigration, annonçant qu'ils voulaient accélérer les "retours forcés" de clandestins de part et d'autre de la Manche, de multiplier les "actions conjointes" (diplomatie, échanges d'information, encouragements aux retours volontaires), renforcer la sécurité aux frontières communes. 
  • A 17h51, nous apprenions que les deux chefs d'Etat se prononçaient "en faveur d'une ambition industrielle européenne". lisez plutôt: "L’innovation industrielle a besoin de s’inscrire dans une stratégie et une vision de long terme clairement définies, et demande un appui des pouvoirs publics." Ou encore : "La France et le Royaume-Uni s'emploient ainsi tous deux à mener une stratégie industrielle qui soutienne des entreprises et des emplois viables dans cette période de conjoncture difficile tout en contribuant à la modernisation et à l’adaptation de notre tissu industriel, en particulier le développement et la croissance des PME européennes les plus prometteuses." Mieux : "La France et le Royaume-Uni demandent à la BEI de mettre à la disposition des entreprises et des projets d'infrastructures critiques des ressources supplémentaires au cours des deux prochaines années."
Imaginez Brown et Sarkozy expliquer qu'ils sont favorables à une désindustrialisation massive des économies de l'Union...

Aucune de ces annonces en cascade n'apporte quoique ce soit de nouveau. Au mieux, il s'agit de lapalissades. Au pire d'un effet d'affichage inutile et ridicule.

La crise ne fait que débuter
 L'emprunt national sera donc notre nouvelle réponse à la crise. L'autre action défendue par la monocratie sarkozyenne est la régulation de la finance mondiale. Certains se félicitent que la crise seraient bientôt derrière nous, que les banques privées commencent déjà à rembourser leurs aides publiques de l'automne dernier. Dimanche soir, Henri Guaino expliquait encore que les paradis fiscaux était l'une des causes de la crise. Le conseiller spécial du président aurait dû aller à Aix-en-provence. Là-bas, du 4 au 6 juillet, des experts discutaient de la crise lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, organisées par le Cercle des économistes. Les constats ne sont guère réjouissants: la crise ne fait que débuter.  D'avril 2008 à avril 2009, le chômage a augmenté de 40 % dans les pays les plus riches. On attend 26 millions de chômeurs en plus d'ici 2010. Florilège de citations.
  • Patrick Artus (banque Natixis) : "les emplois perdus le sont de façon irréversible". "On fabriquera moins de voitures et moins de biens durables. Où seront créés les emplois de demain? On ne sait pas"
  • Jean-Claude Trichet (BCE): "Nous avons créé une entité nouvelle, l'économie mondialisée, dont nous découvrons la fragilité" 
  • Denis Kessler (MEDEF): "les troisièmes années de crise se caractérisent souvent par du populisme, du protectionnisme et du patriotisme"
  • Martine Durand (OCDE) : « Le plus gros de la crise de l'emploi est à venir »
Ami sarkozyste, où es-tu ?

Dominique Bussereau s'énerve contre France Inter

"Qui c'est ?"
"Le secrétaire d'Etat aux Transports."
"Et pourquoi râle-t-il ?"
"Parce qu'un journaliste pointe là où ça fait mal."

lundi 6 juillet 2009

Hénin-Beaumont, la victoire sans gloire contre le Front National

Il y a quelques mois, rares étaient ceux capables de situer la ville d'Hénin-Beaumont sur une carte de France. Depuis, la bourgade de 27 000 habitants, dont 19 000 inscrits, est devenue le centre de la France politico-médiatique. Ce qui s'y passe cumule tous les handicaps démocratiques: un maire socialiste incarcéré pour corruption, une gauche divisée, un Front National historiquement fort, et une crise nationale et locale sans précédent.

Le Front National dans l'impasse
Daniel Duquenne est donc élu. De justesse serait-on tenté d'ajouter. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait recueilli 2 900 votes (27%), puis 3 300 au second tour face à Jacques Chirac. En mars 2008, le socialiste Gérard Dalongeville avait été élu avec 52% des suffrages, et 6 500 voix. Steeve Briois réunissait déjà 3 300 suffrages dimanche dernier. Il a amélioré son score de quelques 2 500 voix. 

Pendant toute la semaine, les Frontistes ont fait feu de tout bois. Ils se sont lancés dans un porte-à-porte quasi-systématique, renforcés par des militants de la région et la présence de la souriante Marine Le Pen. Le Journal du Dimanche s'était même fendu d'un portrait des quatre frontistes locaux, "quatre garçons contre le vent", "des potes d'enfance", des "fils d'ouvriers, petits-fils de mineurs", "dynamiques" et "rebelles", qui aiment bien les blagues de Bigard et regrettent à peine le racisme de leur jeunesse. Mais dimanche soir, le constat est simple: le Front National est bel et bien dans l'impasse. La politique n'est qu'une affaire de victoire. Et le Front National est incapable de gagner, faute d'alliances électorales. Le camp républicain est parvenu à ostracisé durablement le FN. Il y a bien quelques récalcitrant(e)s. Interrogée la semaine dernière sur RMC, Valérie Pécresse avoue qu'elle n'irait pas voter à Hénin-Beaumont si elle habitait là-bas. Bel exercice de courage politique. Nombreux ont été ceux, à gauche, qui ont voté Jacques Chirac au second tour de l'élection présidentielle de 2002 face à Jean-Marie Le Pen, même s'ils attendaient avec impatience que l'ancien Maire de Paris passe en justice pour ses emplois fictifs et autres frais de bouche...

La Gauche a perdu
Hénin-Beaumont n'est aucunement un symbole. C'est tout juste un fait divers qui a enfoncé ses habitants dans la tristesse. L'histoire d'un maire corrompu. Le maire socialiste, Gérard Dalongeville, son premier adjoint de 2001 à 2008 Claude Chopin et un homme d'affaires au patronyme prédestiné, Guy Mollet, ont été mis en examen en avril dernier pour détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Il sont accusés d'avoir mis en place un système de fausses factures dont le montant dépasserait les quatre millions d'euros. A gauche, le désarroi était total. Pour le premier tour, la gauche s'est explosée "façon puzzle". La direction du Parti Socialiste n'a rien fait pour nettoyer ses écuries. Au contraire, elle avait investi Pierre Ferrari, l'un des anciens adjoints du maire déchu. Qu'importe si la probité du candidat officiel n'était pas en jeu. Comment les électeurs écoeurés pouvaient-ils s'y retrouver ? Hénin-Beaumont est simplement une preuve supplémentaire d'un certain dilettantisme politique au Parti Socialiste.

Hénin-Beaumont est un signal pour le camp sarkozyste.
Le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy ne porte plus. En mai 2007, Nicolas Sarkozy avait capté 3 500 voix au premier tour (24% des inscrits), puis 6 600 votes au second (46%). La crise a transformé la vulgate présidentielle en bouillie idéologiquement incompréhensible mêlant protection du modèle social français et rupture libérale. A Hénin-Beaumont, on n'y croit plus. Son idéologie de la rupture, y compris en matière de sécurité et d'immigration, a volé en éclat. A Hénin-Beaumont, le candidat UMP a été rapidement marginalisé avec à peine 4% des voix. Que pouvait-il dire ? Il y a un an déjà, l'UMP n'existait plus, avec 705 voix et 5,5% des suffrages exprimés. En deux ans, l'UMP a disparu du paysage politique local.

C'est un non-évènement
Hénin-Beaumont est une éprouvette de laboratoire, une expérience locale portée à bout de bras par des commentateurs qui tentent d'y trouver une distraction politique. Quand le Front National emporta la mairie d'Orange, les belles âmes crièrent leur désespoir. Il suffisait d'attendre. L'extrême droite une fois au pouvoir localement s'auto-détruit. Sa pratique politique, basée sur le ressentiment, le soupçon et la paranoïa systématiques la consume de l'intérieur. Jacques Bompard a terminé au sein du groupuscule de Bruno Mégret, le MNR, avant que l'élection municipale suivante ne l'évacue comme on tire une chasse d'eau.

A Hénin-Beaumont, l'élection municipale fut simplement l'illustration ultra-locale d'un triple constat national: l'échec de la rupture sarkozyenne, le "revival" avorté du Front National, et l'absence politique d'un Parti Socialiste incapable de faire le ménage parmi les siens.

Incident diplomatique avec Israël

dimanche 5 juillet 2009

Le menteur

Comme Hypos, je profite de la soudaine tolérance de Nicolas Sarkozy pour réitérer un constat: c'est un menteur. Merci à Dagrouik d'Intox2007 pour ce rappel video, simple et efficace.

Les dérapages budgétaires d'Eric Besson


Le ministre de l'Identité Nationale n'a pas de chance. A peine se croyait-il sortir de la trop longue polémique sur l'attribution de l'aide aux sans-papiers détenus dans les centres de rétention avec la CIMADE que voici qu'une nouvelle affaire débute : la Cour des Comptes a épinglé le coût de la politique d'expulsion d'immigrés clandestins dont le nouveau converti s'est fait le chantre.

Expulser coûte cher.
Peu à peu, on commence à comprendre combien coûte le "traitement" de l'expulsion d'un sans-papier. Le coût global reste encore sous-estimé. Nicolas Sarkozy, et personne après lui, n'a répondu à cette question centrale, posée par la journaliste Audrey Pulvar l'an passé: combien faut-il arrêter de personnes pour débusquer les quelques 30 000 sans-papiers que le ministre de l'Identité Nationale a pour objectif de virer hors de nos frontières : 50 000 ? 100 000 ? 200 000 ? Les polices de France sont mobilisées, c'est une chose certaine. La Cour des Comptes tente quelques estimations: «le coût total de la rétention en CRA en métropole, hors dépenses d’interpellation, d’éloignement et de justice, s’élève en 2008 à environ 190,5 millions d’euros, soit 5 550 euros par retenu». Dans les CRA, près de 60% des "retenus" (58,5% pour être exact) ne seront pas ... expulsés ! Si l'on rapproche ce budget de 190 millions d'euros annuels des réelles "rétentions" utiles, le coût de rétention d'un immigré finalement expulsé ressort à ... 13 220 euros. Sans commentaire. Dans les Locaux de Rétention Administrative, l'estimation est même impossible. Ces locaux ne servent que de lieux de transit vers les CRA.

Le ministère d'Eric Besson est curieusement géré. Il ne sait pas combien il dépense, ou fait dépenser, pour la mise en oeuvre de sa politique. Bel exemple !

Un appel d'offre coûteux
La Cour des Comptes épingle également l'appel d'offre lancé par Brice Hortefeux, réalisé par Eric Besson, sur l'aide aux sans-papiers dans les CRA. La CIMADE s'oppose, avec d'autres organisations humanitaires, à la segmentation géographique décidée par le gouvernement. La Cour des Comptes abonde: ce sera plus cher et pas plus efficace.
«Le choix de l’allotissement géographique, censé améliorer l’efficacité de la dépense, n’a pas fait l’objet d’une analyse détaillée préalable de ses coûts et de ses avantages au regard des objectifs fixés.» «il est incertain qu’un dispositif éclaté entre plusieurs intervenants par grandes régions puisse être plus efficace et moins coûteux qu’un dispositif national».
On savait que cette division "pour mieux régner" (les associations retenues ayant interdiction d'échanger leurs informations) était politique. on sait désormais qu'elle est aussi inutilement coûteuse. Brice Hortefeux avait justifié sa démarche en s'abritant derrière un argument faussement "économique": il fallait rompre le monopole de la cimade. cela sentait bon la "bonne gestion libérale", économe des sous du contribuable. Finalement, c'est une simple arnaque politique de plus.

Eric Besson se justifie
La Web Tv d'Eric Besson est curieusement silencieuse depuis janvier dernier. Il faut aller sur le site du Ministère de l'Identité Nationale pour récupérer quelques informations sur l'actualité du ministre. Ce dernier est récemment passé devant la commission des finances du Sénat justifier ses comptes. Il a d'abord expliqué qu'il travaillait à clarifier la transparence budgétaire de son ministère : "Des progrès restent en effet à faire, en matière d’identification des dépenses, pour les CRA comme pour les LRA. Des pistes sont actuellement à l’étude et je peux vous dire aujourd’hui que je ferai très rapidement des propositions à mon collègue Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, pour améliorer le dispositif et répondre aux interrogations du rapport de la Cour, en particulier pour les dépenses faites dans les LRA."
Sur le coût de la rétention, il reconnaît "l’extrême difficulté pour établir de façon fine le coût complet d’une reconduite", et a annoncé avoir demandé une étude "approfondie" à l’Inspection générale de l’Administration. Refusant de répondre aux accusations d'inefficacité de son récent appel d'offre, il botte en touche et stigmatise la critique "comptable" de sa politique: "Quand bien même nous aboutirions à un chiffre jugé élevé du coût d’une reconduite à la frontière, qu’en tirerions-nous comme conclusions ? Faudrait-il pour autant renoncer à éloigner des étrangers en situation irrégulière ?"

Sur l'occupation des CRA, il reconnaît que ses centres sont sous-employés: "ce taux était, au niveau national, de 76% en 2007 et 68% en 2008." mais il se félicite que

A l'accusation d'inefficacité dépensière sur l'attribution des lots d'aides aux sans-papiers dans les CRA, le ministre explique que le surcoût noté par la Cour des Comptes (de 4 M€ en 2008/2009 à 4,8 M€ en 2009/2010) "prend en compte l’augmentation de 524 places de CRA entre 2009 et 2011". Le ministre reste sourd aux critiques de fonds : en divisant cette gestion, on perd des économies d'échelle. La réponse de Besson est un exercice de style : "L’allotissement du marché, qui n’est pas contesté par le Conseil d’Etat, était une nécessité pour garantir le pluralisme associatif et une véritable concurrence." Le ministre de l'identité nationale se soucie donc du "pluralisme associatif".

Diviser pour régner.

Lire aussi :

samedi 4 juillet 2009

113ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy, on t'a vu !

"Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt." Sarkozy nous prend-il donc pour des idiots ? Se prend-il pour un sage ? Il aime attirer nos regards sur son emprunt populaire, chercher à polir son image, et séduire les électorats vert et centriste dans la perspective de 2012. Regardez donc la lune sarkozyste de plus près : une France surendettée, des riches protégés, des précaires abandonnés, et des délits de faciès en tous genre. Ajoutez-y une sombre affaire de commissions occultes, et le portrait est complet.

Masquer nos dettes
Tout le monde a compris que cette histoire d'emprunt populaire n'est qu'une opération de communication. Pour contrer les critiques contre ses incohérences fiscales et budgétaires, Sarkozy a trouvé cette idée: lancer un emprunt public, appuyé sur 3 mois de "débats" sur son utilisation. Le concept a fait flop. L'emprunt a surtout été un sujet de discorde... au sein du camp UMP. Fillon nous explique qu'il financera des projets d'avenir et "rentables" ("Il ne s'agit en aucun cas d'utiliser cet emprunt public comme une sorte de solution miracle à toutes nos difficultés budgétaires"). Guaino préfère des dépenses sociales. D'autres pensent à un second plan de relance. Gilles Carrez, le rapporteur UMP du Budget à l'Assemblée Nationale, s'inquiète du taux trop attractif qu'il faudra proposer pour séduire le public. Le débat existe, mais à droite. Dimanche dernier, "jour du Seigneur", François Fillon avait réuni quelques ministres pour lancer ce "Grenelle de l'Emprunt", et annoncer son calendrier de mise en œuvre. Rama Yade aimerait bien que l'emprunt serve à ... rénover les courts de Roland-Garros et les stades de football pour l'Euro de 2016. Luc Chatel pense plutôt à rendre les écoles écolo-compatibles ou aux "internats d'excellence". NKM parle de "numérique" (?); Valérie Pécresse aimerait que l'argent serve à la fibre optique. Martin Hirsch et Fadela Amara pensent "djeuns" et "banlieues". Même Frédéric Mitterrand y est allé de son couplet, sur la "rentabilité" d'installations culturelles, comme à Bilbao ou Conakry... En juin, c'est Noël en Sarkofrance ! Le ministre du budget a rappelé que "le gouvernement ne s'exprimera pas sur les modalités avant d'en avoir fixé le but". S'agit-il d'être prudent, ou d'alimenter un faux suspense pour occuper le terrain médiatique ?

Mercredi, le Monarque a reçu les organisations syndicales. Il fallait élargir le cercle. Les syndicats sont restés sceptiques. On a parlé des charges des entreprises, de l'accès des ex-intérimaires et des CDD au contrat de transition professionnelle, de la convention de reclassement personnalisée, et de la possibilité d'une prime pour les bas salaires. Nicolas Sarkozy a même annoncé la constitution d'une "commission, qui sera présidée par deux hautes personnalités". On attend encore un débauchage à la droite de la gauche.

Capter l'électorat vert et centriste
Une semaine après le remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy poursuit son offensive de séduction: pour 2012, il a besoin de capter l'électorat centriste et surtout écolo. La droite s'est resserrée. Trente pour cent d'électeurs dociles qui suivent le monarque faute d'alternative. Et compte bien que le locataire de l'Elysée pour éviter qu'il y en ait.
Pour plaire aux centristes, Sarkozy adoucit son image. Rachida Dati est partie. Sarkozy veut éviter de parler haute couture et bijoux. L'expulsion de Dati à Strasbourg sert à ça: corriger l'image "bling bling" d'un Monarque en mal de popularité. Il a également débauché le trésorier du Modem, Michel Mercier, un vieil élu qui n'attendait qu'un strapontin ministériel pour finir sa carrière. Sensible aux attaques de François Bayrou sur les libertés publiques et l'indépendance des médias, il a nommé Frédéric Mitterrand, un clin d'oeil à la "gauche de Carla" qui n'effraiera personne. On attend de savoir si le ministre sera secondé par un autre Frédéric, Lefebvre et ineffable. Ce serait un mauvais signal, dans Sarkozy a aussi confié à Jean-Marie Bockel le soin d'afficher sa compassion pour les détenus et la situation carcérale. L'ex-socialiste s'est rapidement auto-administré une "piqure de rappel" en allant visiter une prison surpeuplée à Strasbourg cette semaine. Sarkozy nous enfle. Pardonnez l'expression. Les prisons débordent depuis des lustres, et l'ex-ministre de l'Insécurité n'a rien fait pour remédier au problème.

Côté écolo, l'offensive est plus puissante. Borloo sera sans doute le prochain premier ministre, après les élections régionales de 2010. Il faudra lui rappeler ses affaires de Valenciennes, sa conversion laborieuse et douteuse à l'écologie, son dilettantisme notoire. Cette semaine, Michel Rocard, nommé amabassadeur de la cause du Groenland par Nicolas II il y a deux mois, est revenu animer une conférence d'experts à Paris sur la "Contribution climat énergie" (CCE), la fameuse taxe carbone. C'est amusant, Rocard est une énigme. En septembre 2008, il fustigeait l'incompétence économique de Nicolas Sarkozy. Un mois plus tard, il se félicitait de sa réaction face à la crise. En 2009, Sarkozy pense à décembre prochain, le sommet de Copenhague sur le climat, un timing idéal pour les élections régionales de 2010. Il essaiera de nous faire oublier son misérable plan "Energie Climat" européen de décembre dernier, pour lequel il n'a soutenu aucun effort financier quelques mois plus tard.

Polir son image
Jeudi, Denis Olivennes a servi la soupe présidentielle, qui cherche à reconstruire la popularité défaillante du Monarque. Le patron du Nouvel Observateur a lui-même réalisé une interview du Monarque, sans prévenir sa rédaction. Le chef de l'Etat y confie qu'il regrette son image "Bling Bling" ("Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts") et ses excès verbaux-verbeux contre des journalistes. Il regrette ses emportements, s'excuse auprès de Laurent Joffrin, le directeur de Libération, se dit "choqué" par les procès en cours pour délits d'outrage à son égard.
Coïncidence, on apprenait que sa Présidence venait de réceptionner l'un des deux premiers Falcon 7X flambants neufs (coût 50 millions de dollars). Et dans la même interview, Sarkozy compare l'humour de Stéphane Guillon à celui de Jean-Marie Le Pen. Il voudrait donc nous faire croire qu'il a changé, ... comme un certain 14 janvier 2007. A l'époque, adoubé par les militants UMP, il avait livré un discours sur le thème du changement: "J'ai changé". La France et les médias découvraient incrédule un Sarkozy faussement calme. Polir l'image présidentielle est l'axe stratégique des prochains mois de l'équipe élyséenne. Franck Louvrier, le conseiller communication du monarque, a envoyé ayux patrons de presse un joli fascicule en papier glacé sur le discours de Versailles. France 5 va prochainement diffuser un documentaire hégériaque sur Sarkozy. L'Express relate comment Sarkozy s'ouvre "à de nouveaux horizons culturels". Suivrait-il la voie de Jacques Chirac, féru d'Asie et des arts premiers ? Samedi, le voici au carré Marigny, en face de l'Elysée, en train d'acheter des timbres de collection sur un marché.

Sarkozy veut être populaire, à l'approche de nouvelles secousses sociales, des prochaines élections régionales, et d'une crise dont la sortie n'est pas prévue avant 2010.

Oublier les délits en cascade
Mardi, l'Assemblée Nationale a adopté sa fameuse loi "anti-bandes", proposée par Christian Estrosi. Un dispositif inutile, basé sur le soupçon plutôt que le constat. Les polices de France pourront prochainement appréhender des groupes de jeunes sur la base d'un nouveau délit de faciès. Henri Guaino, le conseiller spécial du président, a pu juger des tensions en banlieues. Il s'est rendu caché à la Cité des Mureaux, à Montfermeil, un lieu devenu symbolique des banlieues difficiles et, du coup, très visité par des "people" politiques en mal d'expérience "terrain". La voiture de police qui l'abritait s'est faite caillasser.

L'UMP elle s'est fait prendre la main dans le sac : un vrai délit de racolage électoral actif. A peine la réduction de la TVA (de 19,6 à 5,5%) sur la restauration est-elle entrée en vigueur que le parti de Xavier Bertrand a envoyé aux quelques 120 000 restaurateurs un bulletin d'adhésion à l'UMP... Et comment l'UMP a-t-elle obtenu leurs coordonnées ? Luc Chatel, toujours porte-parole du gouvernement mais nouveau ministre de l'Education Nationale, a été pris en flagrant délit de ... contradiction. Alors qu'il défend la politique de l'emploi du gouvernement chaque mercredi à l'issue du Conseil des ministres, on apprenait qu'environ 30 000 auxiliaires et d'emplois de vie scolaire n'ont pas été renouvelés le 30 juin dernier.

Oublier le Karachigate
Il y a 15 jours, Nicolas Sarkozy a voulu balayé d'une phrase ("c'est une fable") l'affaire dite du Karachigate. L'un des avocats des familles des victimes de l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 avait révél que les juges suspectaient non plus la piste islamiste mais une vengeance du Pakistan, suite à l'arrêt du versement de commissions à leurs intermédiaires dans le cadre de la vente de 3 sous-marins français en 1994. Un ancien juge a contesté cette version. Reste que l'étau semble se resserrer autour du camp Balladur de l'époque: il est un soupçon que personne ne conteste, à part les intéressés eux-mêmes, celui du versement de commissions occultes, via cette vente d'armes (et de quelques autres), à la campagne présidentielle du candidat Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy était son directeur de campagne. Et son équipe ne pouvait compter sur le soutien financier du RPR, tout engagé aux côtés du rival Chirac. En 1994, la France de Ballaudur, via la Direction des Constructions Navales (DCN), vend 3 sous-marins au Pakistan, mais aussi des frégates à l'Arabie Saoudite, en 1994 pour 2,9 milliards d'euros. D'après l'ancien directeur financier de la DCN, Gérard-Philippe Menayas, Edouard Balladur aurait imposé deux intermédiaires à la DCN dans cette vente de sous-marins, dont l'un est "suspecté de longue date par les services secrets français de s'être livré à des activités illégales (blanchiment, trafic de drogue et d'armes...), mais aussi d'entretenir des «relations financières» avec l'ancien premier ministre Edouard Balladur". Au Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy défend sa cause: "Cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté." La justice devrait entendre Edouard Balladur sur cette affaire. Attentat ou pas, le versement de commissions occultes pour financer une campagne politique n'est pas autorisé. Il faut parfois rappeler certaines vérités. Les comptes de campagne d'Edouard Balladur, validés, restent discrets sur le sujet.

Oublier la crise
Vendredi, Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat au Chômage a annoncé vouloir faire financer par le pôle emploi le permis de conduire de 0,006% des chômeurs prévus cette année, soit 20 000 personnes. Bel effort ! "Il faut aller beaucoup plus loin pour que le manque de mobilité ne soit plus un obstacle" a-t-il estimé. On se félicitera quand mêeme que le budget consacré aux aides à la recherche d'emploi (notamment pour la prise en charge des billets de train ou d'un déménagement) a été doublé de 40 à 80 millions d'euros en 2009. Il y a à peine 6 mois, le même Wauquiez estimait à 150 000 le nombre de dermandeurs d'emploi dans le besoin d'aide à la mobilité. En juillet 2009, les ambitions ont été revues à la baisse... Mercredi dernier, Sarkozy a enjoint les partenaires sociaux de renforcer l'indemnisation des salariés victimes de la crise. Il pensait surtout aux contrat de transition professionnelle (CTP), voire de rapprocher la convention de reclassement personnalisé (CRP) du CTP". Et lui, il attend quoi ? Qu'on soit tous dans la rue ?

Oublier avant tout
Sarkozy a encore deux ans pour faire oublier beaucoup de choses : ses déclarations sur les enseignants-chercheurs incompétents, son fichier Edvige, ses centres de rétentions, les franchises médicales pour tous pour financer le bouclier fiscal de quelques-uns, son "offre raisonnable d'emploi" qui expulse les chômeurs de leurs droits, son RSA qui flique leurs revenus, ses sanctions contre les préfets récalcitrants, le pantouflage de ses proches conseillers, son discours sur l'homme africain, sa diplomatie nucléaire auprès des dictatures de la planète. Nicolas Sarkozy doit faire oublier l'échec de sa rupture. La crise lui en a fournit le prétexte. Il peut célébrer le modèle social français qu'il voulait détruire tout en continuant de l'affaiblir par petites touches. L'électeur sarkozyste devra se demander si précipiter au chômage les seniors de plus de 58 ans est chose raisonnable, si lécher le cercueil d'Omar Bongo malgré les sifflets était bien nécessaire; si la défiscalisation des heures supplémentaires n'était pas la pire idée de la décennie. L'électeur sarkozyste a quelques mois encore pour juger s'il fallait acheter un nouvel Airbus présidentiel, ou claquer la bise à Poutine quelques heures avant que ce dernier n'envahisse la Géorgie; si l'éthique était au rendez-vous de cette présidence. Bref, l'électeur sarkozyste devra faire preuve de lucidité.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


(Copyright : le dessin est de Louison)

Elle ne sait pas se taire...

vendredi 3 juillet 2009

Parole contre parole dans l'affaire du Karachigate ?

L'affaire du Karachigate évolue : le site Bakchich.info conteste la thèse d'une vengeance des services pakistanais contre la France, via l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, suite à l'arrêt du paiement des commissions sur les ventes des 3 sous-marins français de 1994. Mais l'inquiétude demeure dans le camp balladuro-sarkozyen. Car les soupçons de commissions occultes au bénéfice d'Edouard Balladur en 1995 se multiplient

A chaque vente d'armes, des commissions
Le site satirique d'informations a largement relayé les pratiques de commissions dans quelques affaires de ventes d'armes par la France à Taïwan, l'Arabie Saoudite ou au Pakistan. S'appuyant sur des documents "confidentiels" de la DCN, il a rappelé les ventes des frégates à Taiwan en 1993 (une affaire demeurée mystérieuse, qui a généré, d'après la DCN, plus de 400 millions d'euros de commissions sur un contrat total de 2,3 milliards d'euros) ; celles des fameux trois sous-marins d’attaque à propulsion classique Agosta 90 B cédés au Pakistan en 1994, pour 840 millions d'euros (et 120 millions d'euros de commissions); ou celles de frégates à l'Arabie Saoudite, en 1994 pour 2,9 milliards d'euros (dont 340 millions d’euros de commissions à verser). Bakchich rapporte au passage que des accusations de corruption ont visé les proches de Benazhir Buttho, alors premier ministre, après l'acquisition des fameux sous-marins français en 1994. Son mari est l'actuel premier ministre du Pakistan, et il a rendu visite à Nicolas Sarkozy il y a quelques jours.

Le 30 juin dernier, le site racontait les coulisses de "la guerre des droites" en 1994-199, et les soupçons portés sur le camp Balladur par les Chiraquiens.
Mais le soupçon s’est installé : Balladur aurait utilisé ces contrats pour financer sa campagne. Les commissions perçues par l’équipe qui gagne, les intermédiaires Ali Bin Mussalam et Ziad Takieddine, auraient-elles atterri dans les caisses des balladuriens ? Aucune enquête judiciaire a cherché à le savoir, mais pour Chirac, pas de doute. Le nouveau président s’en serait même ouvert au Roi Fahd : « Il n’y aura plus rien pour Balladur ».

Il cite en particulier une étude réalisée par le service historique du ministère de la Défense en 2003, qui confirme les propos de Charles Millon: « Notons que sur l’initiative de Jacques Chirac quelques amendements sont apportés au contrat Sawari II. Le nouveau chef de l’Etat français obtient, en particulier, la diminution du montant des “commissions” versées en pareil cas aux “intermédiaires” ».

Pas d'attentat-vengeance
le 2 juillet, Bakchich sort un autre joker : le témoignage de Michel Debacq, un juge envoyé à Karachi au lendemain de l'attentat. Et ce dernier n'est pas tendre avec la thèse d'une vengeance pakistanaise: « aucun élément de renseignement qui accrédite la piste des commissions ». "Cette thèse est une fable". L'ancien juge explique que l'attentat est la conséquence d'une lutte intestine au sein des services secrets pakistanais. Pour preuve, Bakchich rappelle que "88 % des commissions avaient déjà été réglées" en 1995, quand Jacques Chirac décide de cesser leur versement.

Le Karachigate change-t-il de nature ? Bakchich ne (re)nie pas ses premiers propos pour autant, et insiste toujours sur les soupçons de commissions occultes ayant servi au financement de la campagne balladurienne de 1995. L'agence Reuters s'est procuré un courrier du parquet de Paris qui "envisagerait un lien entre une société créée par la DCN au Luxembourg et le financement de la campagne d'Edouard Balladur".

L'implication de Balladur... et donc de Sarkozy ?
Le site Mediapart reprend la thèse des financements occultes : d'après l'ancien directeur financier de la DCN, Gérard-Philippe Menayas, Edouard Balladur aurait imposé deux intermédiaires à la DCN dans cette vente de sous-marins : Ziad Takkieddine et Abdulrahman El-Assir. Mediapart ajoute que le second "est suspecté de longue date par les services secrets français de s'être livré à des activités illégales (blanchiment, trafic de drogue et d'armes...), mais aussi d'entretenir des «relations financières» avec l'ancien premier ministre Edouard Balladur". En 1995, Edouard Balladur ne disposait d'aucun soutien financier du RPR de l'époque, tout entier dévolu à la campagne du candidat officiel Jacques Chirac.

Si Edouard Balladur était effectivement impliqué, comment Nicolas Sarkozy, son directeur de campagne, ne pouvait-il pas l'être ?

La réponse présidentielle
Ré-interrogé sur le sujet par Denis Olivennes dans les colonnes du Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy a réitéré ses propos :
N. O. – Tout récemment encore, à Bruxelles, vous avez éconduit un journaliste de l’AFP qui vous interrogeait sur les rebondissements dans l’enquête judiciaire sur l’attentat de Karachi.
N. Sarkozy. – Si ce journaliste m’avait demandé: "L’assassinat de nos compatriotes est-il lié à un différend franco-pakistanais à propos de commissions non payées ?", je lui aurais répondu que je n’en savais rien et qu’il fallait que la justice aille jusqu’au bout de la recherche de la vérité. Mais la question était : "Vous étiez ministre du Budget, vous souteniez Balladur dans la campagne présidentielle, il y a l’attentat de Karachi, est-ce que vous étiez dans le coup ?" Je fais de la politique depuis trente-cinq ans, je n’ai jamais été associé à un scandale quel qu’il soit, et pourtant on a enquêté sur moi sous tous les angles. Cela devrait vous rassurer d’avoir un président pointilleux sur les questions d’honnêteté. J’en ai connu d’autres qui disaient à la télévision: "Des écoutes ? Moi, jamais." Je ne suis pas capable d’une telle hypocrisie !

Hypocrisie, qui a parlé d'hypocrisie ?

Dans le Monde du 2 juillet, Eva Joly répond au chef de l'Etat : "Ce qui est absolument certain aujourd'hui, c'est la gravité de l'affaire et de ces accusations, et c'est qu'il faut que cette enquête puisse désormais se dérouler dans de bonnes conditions, afin que les responsabilités, quelles qu'elles soient, soient enfin clairement établies. C'est pourquoi nous attirons l'attention du chef de l'Etat et de sa majorité sur les conséquences désastreuses que pourraient avoir, dans ce dossier comme dans d'autres, deux des réformes actuellement en cours : la suppression des juges d'instruction et l'extension du domaine du secret-défense."

CQFD

Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas changé

Ces derniers jours, le staff élyséen s'efforce de promouvoir une "nouvelle nouvelle" image du président Sarkozy. Celle d'un homme serein, qui a pris du recul et de la culture.

1. Nicolas Sarkozy reste un caïd
Sarkozy contrôle son parti. C'est heureux pour lui. L'ouverture, si ntant est qu'elle existe encore, n'est qu'un affichage extérieure. Celles et ceux qui le troublent, le gênent, le menacent subissent ses foudres. Dati, Boutin, Karoutchi (incompétents gaffeurs), Villepin, Bayrou (gêneurs) en ont fait les frais, sans politesse ni mesure.

2. Sa politique ne changera pas.
Bouclier fiscal, réduction (et non pas réforme) des retraites, offre raisonable d'emploi, rafles de sans-papiers, , etc..; Rien ne change en Sarkofrance. Nicolas Sarkozy en fait une affaire d'honneur. Sous la vulgate radical-socialiste du Congrès de Versailles, le président maintient la pression contre les "niches sociales" (mais pas les niches fiscales), les "mauvais" déficits publics (et ignore le soutien aux plus précaires). Quand la TVA baisse dans la restauration, sans aucun engagement ferme d'embauche de la part du secteur, Christine Lagarde nous conseille d'aller manger chez Quick. Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, suggérait la brioche...
Autre exemple du plan de comm', l'accent mis sur les prisons par le nouveau gouvernement : Nicolas Sarkozy, par sa politique répressive depuis 2002, est LE premier responsable de la surpopulation carcérale, une crise aggravée par les peines planchers votées dès août 2007. Et voici qu'un ex-socialiste, Jean-Marie Bockel, avocat de formation, devenu secrétaire d'Etat auprès de MAM à la Justice la semaine dernière, se dit préoccupé par la situation des prisons. Il s'est même rendu jeudi 2 juillet à la maison d'arrêt (surpeuplée) de Strasbourg, pour rappeler les deux (fausses et nouvelles) priorités gouvernementales : "Continuer à humaniser les prisons existantes", et "construire de nouvelles prisons."


3. Ses excès demeurent.
Remaniement, avion présidentiel, ou pantouflage de ses conseillers; Nicolas Sarkozy ne changera pas parce qu'il ne mesure pas ce qu'il devrait changer. Son nouveau Falcon 7X est luxueux à souhait. Nicolas Sarkozy ne s'en rend pas compte. Il n'avait aucun besoin légitime, en période de crise, de faire un tel investissement (50 millions de dollars X 2 avions). Mais c'est aussi l'avion des stars patronales. François Pinault a ainsi également reçu son nouveau Falcon 7X. Pour lui, l'appareil n'est que loué (par Artemis), et reste propriété de Lixxbail, un spécialiste du crédit-bail, et d’Oséo Financement. Oséo, la banque des PME... Son remaniement révèle aussi sa constance : un peu de "diversité" secondaire (Nora Berra, Marie-Luce Penchard), un coup de comm' (Frédéric Mitterrand), et quelques touches d'écologie (un second secrétaire d'Etat écolo, l'adjonction de l'Alimentation au porte-feuille de l'Agriculture), le tout sur fonds de fermeture.

4. Certains sont tombés dans le panneau
Il est de bon ton de dénoncer "l'anti-sarkozysme primaire" ou "pavlovien"; ça fait "gauche moderne et responsable". A dire vrai, on se fiche de Nicolas Sarkozy. L'homme est sans doute narcissique, violent, sympathique ou convaincant. Sa politique est détestable, son ambition dangereuse, son comportement sans charisme. Quand Denis Olivennes tresse une couronne de lauriers au chef de l'Etat, certains tombent dans le panneau. Laurent Joffrin, directeur de Libération, est tout heureux que Sarko 1er ait reconnu s'être injustement emporté contre lui lors de la conférence du 8 janvier 2008. ( "Pas seulement en raison de la considération que j'ai pour l'intéressé. Mais en raison de l'idée que je me fais de ma fonction"). Le socialiste Claude Bartolone résume bien l'attitude inverse :  «J'ai eu surtout mal à mon Nouvel Observateur ce matin plutôt que je n'ai été surpris par le plan de com' de Nicolas Sarkozy».

jeudi 2 juillet 2009

Sarkozy a encore changé, sans blague ?

Le président français se livre à un bel exercice de communication-confession dans les colonnes du Nouvel Observateur publié jeudi 2 juillet. Dirigé depuis deux ans par le "sarkozyste de gauche" Denis Olivennes, l'hebdomadaire joue l'ouverture et sert la nouvelle stratégie présidentielle: celle qui cherche à reconstruire la popularité défaillante du Monarque "Bling Bling". Et devinez quoi ? Sarkozy a encore changé !


"J'ai commis des erreurs"
L'exercice nous rappelle un certain jour de janvier 2007. Nicolas Sarkozy adoubé par les militants UMP pour sa candidature à la Présidence de la République, avait livré un discours sur le thème du changement: "J'ai changé". La France et les médias découvraient incrédule un Sarkozy faussement calme. Cette fois-ci, Nicolas Sarkoy exprime ses regrets, pour tous ses coups de colère publics ... contre des journalistes (contre Laurent Joffrin lors de la conférence de presse du 8  janvier 2008; contre le journaliste de l'AFP en juin dernier au sujet de l'affaire Karachi). Nicolas Sarkozy regrette ses emportements, tout comme ses excès Bling Bling ("Ces critiques avaient commencé bien avant le Fouquet’s. Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts"), comme sa soirée au Fouquet's ("Je n’avais pas attaché à cette soirée une importance considérable") qu'il compare à la première conférence de presse du Général de Gaulle une fois revenu au pouvoir en 1958 à l'hôtel La Pérouse. Un curieux parallèle entre l'homme du 18 juin 1940 qui convie la presse et une soirée entre amis patrons et hommes d'affaires un soir de l'élection ! Autre "regret", certains délits d'outrages, comme la condamnation du témoin d'une arrestation qui s'était moqué des policiers en déclarant "Sarkozy je te vois". Le président se dédouane ("Je suis désolé de cette affaire que j’ai apprise par la presse. C’est ridicule. J’en ai été choqué. Je n’ai porté plainte en aucune manière. Je ne comprends pas pourquoi cet homme a été poursuivi devant un tribunal de police. D’autres choses ont pu me blesser – et je n’ai pas réagi pour autant.").

Ce sont donc les seules erreurs qu'il s'accorde à reconnaître. Interrogé sur ses propos à l'égard de Stéphane Guillon, le Monarque dérape, comparant l'humoriste à ... Jean-Marie Le Pen ! Finalement, il n'avait pas tellement changé que cela, n'est-ce pas ?

N. O. – Lorsque vous vous attaquez à un humoriste comme Stéphane Guillon sur France-Inter parce qu’il prend pour cible DSK, Martine Aubry ou vous-même d’ailleurs, vous sortez de votre rôle.


N. Sarkozy. – Je ne m’attaque à personne même si je considère que traiter sur le service public Mme Aubry de "pot à tabac" n’est pas respectueux de la dignité des personnes.


N. O. – Mais c’est un humoriste qui dit cela.


N. Sarkozy. – Si M. Le Pen disait cela, je suis sûr que vous le dénonceriez.
Pour finir, le président français conclut tout en modestie et détermination: "Je ne me regarde pas agir. J’agis. Je ne suis pas narcissique, je ne vais pas commenter ma propre action. C’est vous qui direz, librement, de manière critique, ce qu’il y a lieu d’en penser. J’ai un travail à faire. C’est mon devoir. J’ai pour moi-même et ceux qui travaillent à mes côtés une immense exigence, autour d’une obsession: moderniser notre pays. Faire en sorte que la France sorte plus grande et plus forte de la crise qu’elle n’y est entrée. Et je veux aussi que, quand je partirai, nous ne laissions rien à nos successeurs que nous n’aurions pu accomplir nous-mêmes."

"Polir son image"
Avec cette interview exclusive, le Nouvel Obs sert la stratégie présidentielle du moment : Franck Louvrier, le conseiller en colmmunication du Monarque, travaille à polir l'image de son chef. A l'issue du Congrès de Versailles, quelques dirigeants d'entreprise et patrons de presse ont reçu un petit fascicule en papier glacé reprenant le "Discours du Président de la République" au Congrès de Versailles le 22 juin dernier; la semaine dernière, l'Express avait fait sa couverture sur "la métamorphose du président Sarkozy". On pouvait y lire, comme en janvier 2007, que le Monarque "s'efforce de gommer certains aspects de sa personalité", qu'il "découvre des horizons culturels inattendus." Suivrait-il la voie de Jacques Chirac, féru d'Asie et des arts premiers ? L'Express n'hésite pas écrire: "La culture est un registre qui permet à un président de s'inscrire dans l'Histoire. Nicolas Sarkozy l'a compris." Tout un programme !

La stratégie est claire : Sarkozy veut être populaire, à l'approche de nouvelles secousses sociales et d'une crise dont la sortie n'est pas prévue avant 2010. La nouvelle séquence électorale a un horizon  :les élections réginales du printemps prochain. Sarkozy veut prendre de la hauteur, s'affiche plus discret, plus rare dans les médias, plus convivial sur Facebook. Echaudé par les couacs gouvernementaux de la précédente équipe Fillon, il hésite à se confier ("On se voit à sept-huit ministres et, le lendemain, tout se retrouve dans la presse. Non merci !"). Sarkozy veut s'afficher zen, solitaire et modeste. Au fait, il vient de se faire (enfin) livrer l'un de ses deux Falcons 7X  gouvernementaux, entièrement réaménagés (coût 50 millions d'euros pièce). On attend encore son Airbus.

Dans une dizaine de jours, France 5 diffusera un portrait à la gloire du Monarque: le 13 juillet, un épisode spécial de la série "A visage découvert", dirigée par Christian Malar.

Certains médias accueillent, avec peu de recul, cette nouvelle communication offensive.
Mais la plupart s'en fichent.

Les vacances débutent.

Délits officiels en Sarkofrance

Des chercheurs du CNRS ont trouvé des traces de délit de faciès parmi quelques policiers parisiens. Surpris ? Etre policier à Paris, comme ailleurs, est chose difficile. Surtout quand la Sarkofrance ne donne pas l'exemple.

Délit de faciès dans la police
Il a fallu un rapport "scientifique" pour étayer un constat jusqu'à présent partial et partiel: la police française pratiquerait à grande échelle des «contrôles au faciès». Ce sont des chercheurs du CNRS qui le disent. Ils ont réalisé un sondage : 500 observations du travail policier à Paris sur quelques sites fréquentés (gare du Nord,  Châtelet-les-Halles), entre octobre 2007 et mai 2008. Le rapport a été livré mardi 30 juin. Les policiers sont-ils responsables ? On leur demande de faire du chiffre, et surtout en matière d'expulsion. Amnesty international avait déjà fustigé, en avril dernier, l'impunité dont jouit la police française.
"Sur les cinq sites parisiens étudiés (dans et autour de la gare du Nord et de la station Châtelet-Les Halles), les personnes perçues comme 'arabes' ont été 7 fois plus contrôlées que ceux perçus comme 'blancs'. A la station Châtelet, la probabilité de contrôle des 'Noirs' est, elle, 11 fois et demie plus grande que celle des 'Blancs'. L'enquête confirme donc le jeu des stéréotypes sociaux et raciaux: 'En l'absence de quelque stratégie policière légitime qui l'expliquerait, le comportement de la police française dans ces cinq emplacements peut être assimilé au profilage racial.'" (source)
Ironie du sort, l'actualité nous rappelait cette autre vérité de la France de Sarkozy : les policiers s'attirent également régulièrement les cailloux. Henri Guaino, le conseiller très spécial de Nicolas Sarkozy, s'était glissé dans une voiture de police en patrouille à Montfermeil; ça le change de l'Elysée. Henri Guaino a besoin de terrain. Il n'est pas élu après tout. Le voici donc, lundi 29 juin dernier, dans un véhicule de la BAC. Et boum ! une pluie de cailloux ! Henri Guaino a pu mesurer l'échec du discours sécuritaire de son patron depuis 2002. Le délit de faciès joue désormais dans les deux sens, et à plein !


Délit de faciès contre les bandes
Il paraît évident que la récente loi sur les bandes ne fera qu'aggraver la césure entre la police (y compris de proximité) et les cités. L'Assemblée Nationale a adopté cette fameuse loi "anti-bandes". Un dispositif inutile, basé sur le soupçon plutôt que le constat. Les polices de France pourront prochainement appréhendés des groupes de jeunes sur la base de quelques soupçons. Répression inutile.

Délit de racolage
A peine en vigueur, la réduction de la TVA dans la restauration (de 19,6% à 5,5%) a donné des idées à Xavier Bertrand: envoyer un message d'encouragement à quelques 120 000 de restaurateurs, gentiment accompagné d'un bulletin d'adhésion à l'UMP. Imaginez la réaction de l'UMP si le Parti Socialiste au pouvoir avait écrit aux salariés des grandes entreprises un courrier similaire après l'adoption des 35 heures... «TVA à 5,5%, engagement pris, promesse tenue», voici le slogan du courrier UMP. Faudrait-il rappeler que cette baisse de la TVA n'est accompagnée d'aucune contre-partie en matière d'embauche ou de salaires ? Bizarrement, l'UMP n'a pas écrit aux cuistots (clandestins ?) ni aux serveurs...

Délit de précarité
Depuis le 30 juin, quelques 30 000 auxiliaires et d'emplois de vie scolaire ont vu leur contrat (aidé) s'arrêté. L'Education Nationale réalise ainsi, en quelques jours, le plus important plan social de France de la crise. Les témoignages sont éloquents. Luc Chatel, à peine arrivé à l'Education, vit l'enfer. Ses services ont fait savoir que 18 000 de ces contrats seraient renouvelés. Restent donc 12 000 nouveaux chômeurs... Une pécadille ? "Certains des 30 000 contrats sont renouvelables : 18 000, et ils seront renouvelés, a déclaré Luc Chatel à l'Assemblée nationale, mardi. Dominique Thoby, secrétaire nationale du Syndicat des enseignants (SE-UNSA) a rapidement dénoncé l'arnaque : Luc Chatel "confond les AVS (auxiliaires de vie scolaire, qui accompagnent exclusivement des élèves handicapés), dont le contrat de droit public peut en effet durer six ans maximum, et les EVS (Emplois Vie Scolaire") qui restent en poste 36 mois au maximum. Aujourd'hui, ce sont bien 30 000 EVS dont le contrat s'achève".

Délit de mauvaise foi
Libération a cru bon de prendre quelques précaution: mardi 30 juin, le quotidien a accusé Eric Besson, le ministre de l'Identité Nationale, de mauvaise foi et non de mensonge. Pourtant, mensonge il y a bien bien. Un Guinéen passe prochainement en jugement pour "travail dissimulé" ET pour aide au séjour illégale. Eric Besson pratique l'amalgame. Les organisations humanitaires qui soutiennent les sans-papiers, selon lui, se trompent, mentent, falsifient. Le pauvre ministre a dû se plonger dans la lecture d'une récente note de la Copur des Comptes. cette dernière s'interroge sur l'utilisation optimale des deniers de l'Etat, suite à la décision prise alors par Brice Hortefeux, puis défendue par Eric Besson de segmenter entre plusieurs organisations l'aide aux sans-papiers dans les centres de rétention: "La démarche du ministère appelle trois remarques au regard de l'utilisation optimale de l'argent public". primo, selon la Cour, "le choix de l'allotissement géographique (en clair la division de la France en huit lots affectés chacun à une seule association, ndlr) censé améliorer l'efficacité de la dépense, n'a pas fait l'objet d'une analyse détaillée préalable de ses coûts et de ses avantages au regard des objectifs fixés". Deuxio, , "il est incertain qu'un dispositif éclaté entre plusieurs intervenants par grandes régions puisse être plus efficace et moins coûteux qu'un dispositif national, dès lors qu'il est réellement souhaité conserver une vision d'ensemble sur les conditions d'assistance juridique et garantir qu'un retenu qui changerait de CRA bénéficie d'une continuité dans l'aide juridique apportée". Tertio, "sur le plan budgétaire, la Cour n'est pas convaincue par les arguments donnés par le ministère de l'Immigration pour justifier le choix d'un dispositif d'allotissement géographique, de préférence à d'autres modalités pratiques, en vue d'assurer une diversité des personnes morales intervenantes".

Pour vous le dire autrement, Eric Besson gâche l'argent public. On savait déjà que l'expulsion d'un sans-papier coûtait quelques 21 000 euros, sans compter les aides au retour inutiles (car "ils" reviennent !)

La messe est dite.

Droite incompétente

Grenelle de l'Emprunt : c'est parti !

Nicolas Sarkozy a reçu mercredi les organisations syndicales pour lancer ses consultations sur les priorités du futur emprunt "populaire."

mercredi 1 juillet 2009

Ne pas oublier Karachi

Nous serons effacés, éteins, menacés, terrifiés. Pourtant, nous rappellerons, autant que faire se peut, cette affaire "Karachi". Quelques journalistes, quelques blogueurs, quelques citoyens s'entêteront peut-être. Les médias, dans leur immense majorité, sont passés à autre chose : Michaël Jackson, un avion qui s'écrase aux Comores, le travail le dimanche.

En 1994, trois sous-marins français furent vendus à perte au Pakistan. Jacques Chirac soupçonna que l'une des contre-parties de cette vente inutile était le versement de commissions occultes au premier ministre de l'époque. Le ministre du budget dudit premier ministre s'appelait Nicolas Sarkozy.


1. Edouard Balladur et Jacques Chirac devraient être entendus par les juges
L'un des deux juges d'instruction (tant que sa fonction existe encore) s'appelle Marc Trévidic. Il a simplement expliqué aux victimes d'un attentat de 2002 qui couta la vie à 11 inégnieurs français : «Nous allons mettre la piste Al-Qaida en sommeil. Le véritable mobile de cet attentat peut être lié à une vengeance sur fond de commissions promises par la France au Pakistan. Cette piste s'avère cruellement logique.» Sans surprise, les juges vont interroger prochainement Edouard Balladur et Jacques Chirac. On en saura davantage. Dimanche dernier, Edouard Balladur a contesté l'existence des rétro-commissions en usant de l'une de ces formules dont il a le secret :"Les comptes de ma campagne ont été établis, déposés, contrôlés et validés par l'organe compétent à cet effet" (...) "Toute référence à une utilisation autre que la rémunération, légitime d'ailleurs dans une certaine mesure, de ceux qui avaient joué un rôle dans ces tractations commerciales, est parfaitement infondée".

2. Un barbouze au centre des révélations.
Quand la piste des représailles du Pakistan parvient aux oreilles des magistrats, ces derniers interrogent les 14 et 19 mai dernier un curieux barbouze, Claude Thévenet, un ancien agent de la DST dont l'estimé Jean-Daniel Merchet a fait récemment le portrait. Les juges ont-ils été manipulés ? Thévenet certifie aux juges que l'attentat du 8 mai 2002 a été fomenté par les services secrets pakistanais. «Il s'agissait d'obtenir le versement de commissions non honorées», écrit-il dès le 11 septembre 2002. Cependant, l'affaire ne repose pas que sur la lui (cf. la fameuse note "Nautilus" rédigée par la DCN).

3. Un ancien policier se confie, un intermédiaire s'énerve.
Mediapart a interrogé Frédéric Bauer, un ancien policier de la DST. Ce dernier explique qu'il a été chargé en 1996 de prévenir les intermédiaires à la vente des sous-marins qu'ils ne toucheraient pas le solde de leurs commissions: "On a fait appel à moi parce que personne ne voulait le faire concrètement. Ce n'est jamais facile d'aller annoncer à un intermédiaire libanais qu'il ne va pas toucher tout son argent dans le cadre d'une vente d'armes... C'est un peu comme enlever la nourriture de la cage d'un lion". L'hebdomadaire l'Express a d'ailleurs retrouvé et interrogé Ziad Takieddine, l'un des intermédiaires cités dans l'affaire, et par M. Bauer : Takieddine nie avoir perçu des commissions, ni, a fortiori, d'en avoir rétrocédé une partie au camp Balladur dont il est réputé proche: "Monsieur Balladur ne mérite pas pareil traitement, injuste et malhonnête. Allez voir ses comptes... Je suis sûr qu'il n'y a rien, pas une trace de commission ! En France, les médias racontent n'importe quoi, ils ne vérifient rien."

4. Trente-trois millions d'euros de commissions "politiques": combien pour la France ?
D'après le Nouvel Observateur, quelques 83 millions d'euros de commissions ont été versés dans la suite de la vente des 3 sous-marins français au Pakistan : 50 millions versée par la Sofresa, société française, destinée au «ni veau opérationnel», c'est-à-dire, d'après le Nouvel Obs, au complexe militaro-industriel pakistanais. Le solde, soit 33 millions d'euros, était destiné, via une société off-shore luxembourgeoise, Heine SA, à des hommes politiques ou français.

5. Comment masquer l'affaire ?

L'Etat de Sarkofrance n'a-t-il rien à dire sur cette affaire ? Hervé Morin, le ministre de la Défense, a promis de lever le secret défense sur cette affaire : « Pour éviter le fantasme, il faut jouer la transparence. (…) Sur la question pakistanaise, si les juges demandent la déclassification, ils auront la déclassification. (…) Pour l'instant, je ne sais même pas quel est le contenu des documents qui pourraient exister au sein du ministère de la Défense.» Mais pour enterrer un sujet, on nomme généralement une commission. Cette fois-ci, la procédure d'enterrement semble exemplaire : La conférence des présidents de l'Assemblée Nationale a décidé de confier une mission d'information à la Commission de la Défense, composée de 60 parlementaires, dont 39 de la majorité, 21 de l'opposition). Cette "Conférence des Présidents" est dominée par l'UMP (c'est normal, ils sont majoritaires), et définit l'opportunité de lancer des missions d'information.

Bruno Le Maire, énigmatique ministre

Bruno Le Maire est ministre de l'Agriculture ET de l'Alimentation depuis mardi 23 juin. Auparavant, il secondait Nicolas Sarkozy aux Affaires Européennes, depuis la fin de l'année 2008. C'est un ministre d'ouverture... à droite, version chiraquo-villepiniste. Il a écrit un brillant ouvrage sur ses presque deux années en tant que directeur de cabinet de Dominique de Villepin, au plus fort de la gué-guerre des droite entre le premier ministre de l'époque et le futur Nicolas II. Je vous en conseille la lecture. Bruno Le maire écrit bien, vise juste, reste sobre. Le récit est fascinant. Nicolas Sarkozy y est terrifiant. Un simple monstre politique, efficace et manipulateur, infantile et ambitieux.

A lire le blog de Bruno Le Maire, on s'interroge sur le sens de certains engagements. Est-ce la fidélité UMP ou le besoin de ne pas couper les ponts avec la Sarkozie ambulante ?

En mai 2008, le député expliquait qu'il voterait pour la loi sur les OGM: "je voterai demain le texte de loi du gouvernement, car il garantit l'équilibre entre la poursuite de la recherche et la protection de la santé du consommateur. Mais je resterai vigilant sur les décrets d'application et sur la mise en oeuvre de la loi."


En revanche, il annonçait en parallèle qu'il était opposé à l'intervention présidentielle au parlement prévu dans la réforme constitutionnelle : l'a-t-il rappelé au président lundi dernier ? En avril 2008, il écrivait : "Certains points posent encore problème, comme la présence du Président de la République à l'Assemblée, mais nous trouverons un terrain d'entente"

Sur la crise du lait, Le Maire à peine nommé semble avoir rapidement abandonné les quotas de production que l'Europe doit abandonner d'ici 2015 : "L'important, c'est que les producteurs aient une bonne visibilité du marché, et les quotas n'en sont pas le meilleur moyen".