vendredi 7 août 2009
Le petit Vietnam du petit Nicolas
Samedi dernier, on apprenait qu'un soldat du Régiment d’infanterie de Marine de Vannes, âgé de 22 ans, avait été tué dans une embuscade qui coûta la vie à 5 autres militaires étrangers. Le communiqué de la présidence française prit des accents bushistes : "Le chef de l’État a une nouvelle fois condamné avec force les pratiques lâches et barbares des ennemis de la paix en Afghanistan et a réaffirmé la détermination de la France à lutter, aux côtés du peuple afghan, contre l’obscurantisme et le terrorisme." Trois autres militaires français ont été blessés le 21 juillet. Il n'y a eu que 29 morts français depuis 2011, dont près de la moitié depuis 2 ans...
Strapontin à l'OTAN
Il y a quelques mois, la France a rejoint le commandement militaire intégré de l'Otan, après l'avoir quitté en 1966. Le débat sur cette réintégration a été occulté. Sarkozy l'ayant officiellement annoncé sept jours avant le débat parlementaire. Depuis, la Sarkofrance tente de convaincre une opinion française dubitative que ce renforcement signifie rééquilibrage en faveur de l'Europe au sein de l'alliance atlantique. Le 30 juillet dernier, un officier français s'est ainsi trouvé nommé au poste de Commandant suprême allié de la Transformation à Norfolk, l'un des deux strapontins promis aux Français pour leur ralliement. L'Elysée a le communiqué triomphant: "Cette nomination, après celle du général Philippe STOLZ au poste de Commandant de l’état-major de force interarmées le 20 juillet dernier, confirme le renforcement du rôle de l'Europe au sein de l'Alliance, qui était au cœur de la décision de la France de reprendre toute sa place dans la structure de commandement de l'OTAN."
Rupture consommée avec le monde arabe ?
Mardi 4 août, le numéro d'Al Qaida a nommément visé la France. La Sarkofrance est la cible. Ayman al-Zawahiri s'en est pris aux polémiques françaises sur le port du voile et la burqa: «La France prétend être un pays laïque alors que son coeur est plein de haine pour les musulmans». D'après un récent rapport, la police française n'a recensé que 367 burqa. Pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, le sujet, utilement symbolique, est pris en exemple par les fondamentalistes.
Nicolas Sarkozy avait tenté de solidifier nos relations au Moyen Orient. Mais l'Union Méditerranéenne s'est brisée sur la guerre à Gaza. Retour au point de départ ?
Au Royaume Uni, un rapport critique de la commission des affaires étrangères de la chambre des Communes est sorti ces derniers jours. La stratégie britannique, mise en oeuvre par Tony Blair depuis les attentats du 11 septembre, est sévèrement tâclée. Nos voisins s'aperçoivent de l'enlisement afghan.
La Sarkofrance reste anachronique.
jeudi 6 août 2009
Sur le Web, Sarkozy ne cherche pas le débat mais le contrôle

Nicolas Sarkozy semble vouloir déployer les énergies de l'UMP sur le Web. Le chef de l'Etat ne connaît pas grand chose au Web, mais ses équipes se mobilisent. Il aurait décidé de "passer à la vitesse supérieure", explique Franck Louvrier, le conseiller en communication du Monarque. Ce dernier s'est confié aux Echos cette semaine. L'enjeu est simple: comment démultiplier la parole présidentielle.
Contrôler le débat
L'UMP est à bout de souffle. Le parti présidentiel ne communique plus le nombre de ses adhérents. En moins de 18 mois depuis l'élection présidentielle, l'UMP avait perdu plus de 100 000 adhérents, à en croire le comptage officieusement communiqué à l'occasion de l'intronisation de Xavier Bertrand au secrétariat général du Parti. Ce dernier lancera un réseau social propre à l'UMP mais ouvert à tous, baptisé « Les Créateurs du possible ». La formule retenue a été présenté par un publicitaire cinquantenaire le 21 juillet dernier. Une tentative de contrôle des débats supplémentaire, et de faire oublier la polémique sur les sondages manipulés par l'Elysée. Cette affaire a montré combien l'Elysée était attentif au contrôle de l'agenda public. En subventionnant une cascade de sondages, complaisamment relayés par quelques médias dociles, la Présidence de la République a orienté le débat public sur les thèmes qui lui sont chers. Voilà pour les médias traditionnels. Reste le Web, où la communication présidentielle sert davantage de sujet de dérisions et de polémiques qu'autre chose.
Premier objectif, diffuser la propagande gouvernementale. Franck Louvrier affiche même des ambitions de "media global": « Nous voulons qu'elysee.fr soit une source d'informations pour l'ensemble des Français, et nous voulons aussi en faire un média leader, qui produise de l'information ». Il a ses chances. Le web affole les rédactions. Leurs web-journalistes guettent le scoop, l'info du moment, le buzz potentiel. Ils sont otages de l'hyper-réactivité online. Le Web devient une formidable caisse de résonnance. Sur le Web, la nouvelle pravda de la Sarko-monarchie dispose de relais attentifs car dépendants.
Mais ce n'est pas tout. Second objectif, les jeunes ne sont pas là. Le socle électoral de Nicolas Sarkozy, conforté par les derniers scrutins européens, est essentiellement âgé. Investir le Web vise à séduire les jeunes. Il n'est pas sûr qu'ils se laisseront séduire. Il y a 2 ans déjà, le site de l'Elysée avait été refondu sur le modèle du site de campagne Sarkozy.fr. Large place aux videos et aux photos, cascade de communiqués de presse, design modernisé, Elysee.fr est devenu un exemple à suivre de web-TV pour ses ministres et ses proches. Depuis, Eric Besson, Rachida Dati (quand elle était ministre), Luc Chatel, Frédéric Lefebvre, et Laurent Wauquiez se sont lancés dans l'aventure.
Troisième objectif, récupérer du temps de parole perdu. Sur le Web, point de contrôle du temps de parole. Sarkozy n'a pas le choix. A compter du 1er septembre, sa parole radio-télévisée sera décomptée. Chaque minute sarkozyenne donnera davantage de temps de réponse à l'opposition. Le clan présidentiel s'est fait débordé par la justice. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a édicté, il y a quelques semaines, ces nouvelles règles, en application d'un jugement du Conseil d'Etat de janvier dernier.
Eviter les échanges
Nicolas Sarkozy a également investi Facebook. Sa page personnelle lui permet de confier au grand public ses dernières lectures, publier ses communiqués officiels, livrer des informations "exclusives", comme quelques photos de sa rencontre avec Woody Allen ou avec Bill et Melinda Gates, ou des nouvelles de sa santé après son accident cardiaque du 26 juillet dernier. Il compte 141 000 "fans", sans distinction de couleur politique: votre serviteur en fait partie. Cela permet de poster des critiques (sans réponse) sur le "mur" Facebook réservé aux "fans". Ce mur est d'ailleurs squatté par toutes sortes de plaisantins, d'ultra-fans ("Membre de l'UMP grace à votre sens de la politique et votre implication dans le besoin des français; Vous gouvernez un pays difficile à gerer et c'est un challenge à la mesure de votre volonté."), ou d'internautes avides de publicité. En ce début d'août, on y trouve même une pub pour un site de vente sur Internet.
Mais sur le Web, Nicolas Sarkozy ne cherche pas l'échange. Là est le malentendu. Ainsi, Nicolas Sarkozy ne sera-t-il pas sur Twitter, ce réseau de micro-blogging qui a conquis la blogosphère. Certains de ses proches, ministres ou pas, ont déjà "plongé". Pour le chef de l'Etat, Twitter n'est pas d'actualité. Louvrier explique qu'il n'aurait pas le temps: « Il faut être crédible, tout le monde sait qu'il n'aurait pas le temps lui-même de fournir de la vidéo ». On a peine à gober l'argument. Nicolas Sarkozy s'affiche en permanence un portable à la main, en train de téléphoner ou d'envoyer quelques textos. Un "tweet" n'a que 140 caractères, faudrait-il le rappeler. Sur Twitter, le problème est ailleurs : l'échange est obligatoire, consubstantiel au réseau.
Sarko a-t-il peur de Twitter ? Ou de l'échange ?
mercredi 5 août 2009
Bruno Le Maire et la tactique Darcos
Acte I : la fausse gaffe
Ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin entre 2005 et 2007, Bruno Le Maire a été élu député de l'Eure en juin 2007 avant de rejoindre le gouvernement Fillon comme secrétaire d'Etat aux affaires européennes à la fin de l'année dernière. En juin dernier, il remplace Michel Barnier à l'Agriculture. Partout et par tous, Le Maire est présenté comme un jeune ministre talentueux, qui a largement oeuvré, aux Affaires Européennes, à la réconciliation d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Le voici à l'Agriculture, où son talent diplomatique sera nécessaire, tant les sujtes de grogne sont nombreux : conflit avec la grande distribution, baisse de la consommatio (fruits et légumes), crise de la pêche, renégociation prochaine des aides européennes, etc. Parmi ces sujets, une plainte de Bruxelles depuis 7 ans. A l'époque, l'UE contestait le versement de 338 millions d'euros, qui frisent désormais les 500 milliards compte tenu des intérêts de retard. Une décision du 28 janvier 2009, parue au Journal officiel européen le 18 mai, a exigé le remboursement de ces aides. Michel Barnier (le 8 avril) et la Fédération des comités économiques (le 18 juin) ont déposé des recours en annulation devant la Cour de justice européenne.
Lundi, Bruno Le Maire a mis les pieds dans le plat. Il annonce que son ministère "enverra une lettre à chaque organisation de producteurs pour savoir qui a bénéficié de ces subventions et quelles sommes ont été perçues". "Je ne veux pas exposer la France à une condamnation qui l'obligerait à rembourser une somme encore plus conséquente dans cinq ou dix ans". Mardi, il complète: "ces aides sont en partie illégales". Il "préférait éviter une guerre perdue contre la Commission européenne et agir avec responsabilité, sans prendre Bruxelles comme bouc émissaire, pour s'attaquer aux problèmes structurels de la filière"
C'est une gaffe : les agriculteurs n'ont pas fauté. S'ils ont reçu des aides qu'ils n'auraient pas dû recevoir, les fautifs sont ailleurs. En l'espace de quelques phrases, le ministre s'est désolidarisé, décrédibilisé auprès des agriculteurs. Pourquoi prendre ainsi position en faveur de Bruxelle ?
Les représentants du monde agricole sont catégoriques: «Nous ne paierons pas», a tranché Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la FNSEA. «ce n’est pas aux agriculteurs de payer les erreurs de l’Etat français» a ajouté le secrétaire national de la Confédération paysanne André Bouchut.
Acte II: rétropédalage et fermeté
La bombe lancée, le ministre modère ses propos: tout ne sera pas remboursé, et pas immédiatement: «Mon but final, c’est de réduire la facture le plus possible et de gagner du temps». Le Maire rassure : «Je conteste formellement cette somme, et c'est pour cette raison que j'ai demandé et obtenu auprès de la Commissaire européenne, Mariann Fischer Boel, un délai supplémentaire pour expertiser au cas par cas le montant des remboursements exigés aux producteurs». Mardi, une réunion de "crise" s'est tenu à son ministère. Les agriculteurs sortent presque rassurés, eux qui croyaient devoir commencer à rembourser dans quelques semaines...«Nous sommes partiellement rassurés car le couperet ne va pas tomber demain, indique un de leurs représentants.
Le Maire annonce aussi que les agriculteurs bénéficieront d'un plan de soutien pour éviter de couler.
Acte III: on reste ferme.
«Je vais être très précis: j'ai fait tout cela en plein accord avec Matignon et l'Elysée [...] Pour être encore plus précis, j'ai eu le président de la République à deux reprises hier, j'ai eu François Fillon longuement hier soir, ils m'ont assuré, je me permets de reprendre leurs propres mots puisqu'ils m'y ont autorisé, de leur soutien total». Cette courte déclaration du ministre fait tilt. Le Maire a suivi une tactique usuelle en Sarkofrance: annoncer soit-même la pire des mauvaises nouvelles du moment, si possible en profitant d'un moment de repos médiatique pour cause de vacances, et sidérer les acteurs concernés. Xavier Darcos aimait suivre cette technique. Il devançait toujours de quelques heures ou quelques jours son propre ministre du budget pour annoncer les réductions de postes d'enseignants. Dans le cas présent, Le Maire veut secouer la filière, en vue de la prochaine négociation des aides européennes, et engager une réforme structurelle. En particulier, le coût horaire du travail pour la cueillette trop élevé: entre 11 et 13 € de l'heure, alors qu'il est de 6 en Allemagne et de 7 en Espagne.
«Cette décision était une décision réfléchie, une décision de responsabilité, ce n'est pas une décision prise à la va-vite» explique Le Maire mardi soir.
On le croit.
Les chantiers d'automne de Nicolas Sarkozy
Réforme des collectivités territoriales: Sarkozy entend faire présenter à l'automne le projet de loi de réformes des collectivités territoriales (départements et régions): des conseillers territoriaux devraient être créés, représentant tant l'échelon départemental que régional. Ils seraient élus au scrutin uninomal à un tour, majoritaire dans les zones urbaines, proportionnel ailleurs.
Cyber-surveillance: Brice Hortefeux aura l'immense privilège de présenter un projet préparé par Michèle Alliot-Marie quand elle était à l'Intérieur, la "loi Loppsi II", ou "loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure". Ce projet devrait notamment prévoir la création d'une nouvelle plate-forme de lutte contre tout type de cybercriminalité , la création d'un délit d'"usurpation d'identité sur Internet"; l'obligation faite aux FAI de bloquer l'accès aux sites interdits par les autorités, notamment pédophiles; la mise en oeuvre d'outils de géolocalisation des internautes et l'autorisation de la mise en place de logiciels mouchards sans garantie de légalité...
Grenelle de l'environnement : passées les bonnes intentions, votées dans une loi-fleuve de 57 articles lors de la dernière session extraordinaire du Parlement, il faut passer aux actes. La loi "Grenelle 2" doit définir les modalités d'application des engagements du Grenelle de l'environnement: nouvelles taxes, nouvelles régulations, etc.
Le "grand emprunt" doit faire l'objet de travaux, de réflexions, puis d'un rapport de recommandations en octobre prochain, le tout chapeauté par Alain Juppé et Michel Rocard. Il s'agit de définir à quoi il pourra bien servir... L'endettement de la France est prévu à quelques 250 milliards d'euros d'ici la fin de l'année, et dépassera les 100% du PIB l'année suivante.
Les élections régionales, dernier grand rendez-vous électoral avant le round présidentiel puis législatif de 2012, sont sans doute le sujet de préoccupation principal du chef de l'Etat. Inlassable stratège, Sarkozy a trois objectifs. pour rassembler la droite, il vient de convaincre Philippe de Villiers, l'euro-député souverainiste, de rejoindre l'énigmatique comité de liaison, présidé par Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, qui regroupe déjà Eric Besson et Jean-Marie Bockel, les deux transfuges du Parti Socialiste. Pour déstabiliser la gauche, Sarkozy a encore quelques débauchages en tête. Pour séduire les écologistes et les centristes, l'agenda sera chargé à souhait de déclarations "vertes" tous azimuts : loi Grenelle 2, taxe carbone, sommet de Copenhague...
Nous sommes prêts.
mardi 4 août 2009
Pierre Giacometti, l'autre conseiller occulte de Nicolas Sarkozy

Dans l'affaire des sondages manipulés par l'Elysée, un autre sondeur et "spin-doctor" a fait surface. Pierre Giacometti émarge sur le budget du premier ministre. Mais il travaille en fait pour l'Elysée, comme l'expliquait Philippe Cohen dans Marianne le 25 juillet dernier.
Pierre Giacometti a travaillé pour l'institut BVA puis IPSOS avant de fonder son propre cabinet. Il a également assisté Nicolas Sarkozy avant son élection à la Présidence de la République. Le 6 mai 2007, il travaillait encore pour IPSOS, mais il était invité à la soirée du Fouquet's, par son "client privilégié".
A l'instar de Patrick Buisson, le fondateur de Publifact et heureux bénéficiaire d'un contrat annuel de 1,5 millions d'euros auprès de la Présidence - et d'une aide de 270 000 euros du gouvernement pour la chaîne thématique qu'il dirige en 2008 et 2009 - Pierre Giacometti s'est vu confier une mission auprès du Président une fois élu. Les amis, ça compte en Sarkofrance !
Le contrat conclu entre Giacometti et l'Elysée n'a pas été dévoilé. Il est connu depuis longtemps. Dès la création de sa propre agence, Giacometti a émargé auprès de Sarkozy, à compter de mars 2008. Cette prestation de Pierre Giacometti pour l'Elysée a été obtenue sans appel d'offre. Elle n'est pas mentionnée par la Cour des Comptes dans son rapport de la mi-juillet.« C'est une relation qui dure depuis de longues années, mais ce n'est pas quelque chose dont je parle beaucoup, dont je pense qu'il faille se vanter… Ce n'est pas mon tempérament de répondre à tout ce que je peux lire ou entendre.
Se connaître dans la vie n'empêche pas d'avoir des relations professionnelles. Mieux, cela permet de travailler en confiance, et c'est vrai qu'un lien de confiance nous unit. De la confiance, mais aussi quelque compétences. »
Pierre Giacometti, cité par Rue89.
« Bien sûr qu'il y a un contrat », confie Pierre Giacometti à Rue89. « Il s'agit d'un contrat de gré à gré [contrat librement négocié entre les parties, ndlr], passé sans appel d'offre, comme il est de coutume à l'Elysée, bien avant 2007. » Pour la durée ou le coût, il faudra cependant repasser : « Là, seul le client peut vous renseigner. »Tout juste a-t-on appris qu'il avait également gagné un appel d'offre auprès du Premier Ministre. La prestation est redondante avec les missions du Service d'Information du Gouvernement. Thierry Saussez, qui dirige ce dernier, n'était pas au courant. D'après Rue89 les services du Premier ministre rémunère ainsi Pierre Giacometti, quelques 358 000 euros par an:
« Il s'agit de conseil en stratégie fondé sur l'intelligence d'opinion, c'est-à-dire sur toutes les ressources documentaires disponibles, que ce soit par les médias, par les études qualitatives… »
« La mission sera constituée continûment et simultanément de deux unités d'oeuvre» :
- « La première consistera en l'élaboration et la présentation de diagnostics hebdomadaires synthétiques basés sur les différents matériaux d'information relatifs au Gouvernement, et sur la veille média. »
- « La seconde consistera notamment en l'accompagnement des investissements du Cabinet du Premier ministre en matière d'achat d'études.»
Quand il intervient dans les médias, Pierre Giacometti ne mentionne pas, à destination du grand public, qu'il travaille en fait pour l'Elysée. On ne mentionne que son titre, jamais son commanditaire. Le 22 juin dernier, peu avant l'intervention de Sarkozy au Congrès à Versailles, le "fondateur du cabinet Giacometti Péron & Associés" expliquait ainsi sur BFM qu' "il y finalement deux éléments majeurs dans l’intervention du président de la République qui seront probablement au cœur des débats qui suivront immédiatement et dans les jours qui viennent." Ou encore : "On a fait une réforme des institutions qui a entraîné un rééquilibrage des pouvoirs en faveur du Parlement et la fin d’une forme de relation équivoque entre le Parlement et le président de la République, qui est une vieille histoire de la République en France."
Le 22 mai dernier, Giacometti était invité par le fiston Jean Sarkozy à une réunion de l'UMP locale. Sans commentaire.
lundi 3 août 2009
Les photos de Sarko à la plage : le sportif devenu convalescent


Elles sont curieuses, ces premières photos de Nicolas Sarkozy à moitié nu sur un plage du Cap Nègre. Il y a quinze jours, on aurait trouvé notre président "sculptural", les abdo contractés, la preuve que ces efforts ne sont pas vains. Un coach personnel pour entrainer son périnée et éviter une brioche abdominale naissante, des heures de jogging aux quatre coins de la planète à chaque déplacement officiel, du vélo dès qu'il peut, un régime alimentaire pour le moins frugal. Nicolas Sarkozy a lutté contre les bourlets d'un été 2007, ceux-là mêmes immortalisés par quelques photos quand il ramait sur un lac américain en compagnie de son fils Louis. Bref, les premières photos de Nicolas S au bord des plages du Cap Nègre devaient être celles d'un succès contre l'âge, une démonstration publique que Nicolas II est bien cet hyperprésident volontariste contre qui rien ne résiste.
Le scénario fut différent. Quelques jours avant de partir, la réalité s'est rappelée au bon souvenir de l'hyperactif. Un petit évanouissement dans le bois de Versailles, un hélicoptère, 24 heures d'examens médicaux, une Sarkofrance en suspens. Dimanche 26 juillet, Nicolas Sarkozy est devenu vieux, en l'espace de quelques minutes et deux communiqués. Du coup, ces premières photos d'un monarque amaigri ont pris une toute autre valeur. Son corps paraît presque sec, sûrement fatigué, sans doute surmené.
Il bombe le torse pour cacher une brioche que de multiples exercices du périnée n'ont pas totalement gommée. On regarde moins les abdos que la maigreur des bras. Le visage grimace, les pectoraux sont contractés. Le short est toujours ample, une gourmette bling-bling rebondit sur le torse. Le coup de pompe d'un dimanche de juillet l'a transformé en convalescent, et ses premières photos ne disent rien d'autre.
Cruelle déception.
Lire aussi :
- Les blogueurs décryptent le Sarko Show de l'été (L'Express)
- Câlin présidentiel sur la Grande Bleue (Gala.fr)
Pas de vacances pour tout le monde en Sarkofrance

Nicolas Sarkozy fait trempette sur les plages du Cap Nègre. Mais les vacances ne sont pas pour tout le monde. Christian Estrosi veut profiter de l'été pour se montrer partout où il peut. Et François Pérol, le nouvau patron de la banque fusionnée BPCE doit convoquer un nouveau comité d'entreprise en août pour finaliser sa fusion...
Sarkozy passif
Les premières photos de Nicolas et Carla Sarkozy se baignant sur un plage du Cap Nègre (Var) ont surgi sur les sites d'informations. "À peine arrivé, Nicolas Sarkozy a tombé la chemise et enfilé son short de bain. Carla Bruni portait un paréo au-dessus de son maillot ainsi qu’un chapeau de paille. Carlita et Chouchou se sont promenés au sein du domaine surplombant la mer Méditerranée. Un lieu idyllique, dans un cadre très reposant, pour des vacances bien méritées." commente l'hebdomadaire Voici.
Estrosi suractif
Christian Estrosi choisit d'occuper le terrain médiatique laissé vacant par son patron. Après avoir concédé 12 000 euros par personne vendredi dernier, le ministre de l'Industrie a promis de sauver 400 emplois aux salariés de New Fabris. ces derniers avaient fait parler d'eux en menaçant de faire sauter leur usine avec des bombonnes de gaz. Une menace qu'ils n'ont pas mis à exécution vendredi dernier, quand leur ultimatum expirait. Estrosi ne manque pas de promesse et d'engagement: «Je veux d’abord me battre pour redonner du travail aux ouvriers qui l’ont perdu et sauver les industries de France». Il peut se battre. Il y a du boulot. La rhétorique du ministre est rodée. C'est la même que celle de Sarkozy depuis sa campagne présidentielle: il hurle dans le vide. Il promet... de rencontrer, discuter, se déplacer. Que pourrait il promettre d'autre ?
«La page New Fabris ne s’est d’ailleurs pas tournée hier. Je prends l’engagement de me rendre à la rentrée à Châtellerault [là où était implanté l’équipementier automobile] pour leur parler avenir. Je travaille à ce que des activités s’implantent là-bas dans six à huit mois» (source)Estrosi a également taclé Sanofi-Aventis, qui a annoncé la fermeture de 4 sites, alors que le groupe est toujours bien profitable: «certaines entreprises profitent sans doute de la crise pour licencier». Le ministre aurait "obtenu du PDG de Sanofi France que le site de Porcheville, dans les Yvelines, sur lequel pesait les plus gros risques, ne fermera pas". A quel prix ?
Pérol contesté
Un autre proche du chef de l'Etat est presque parvenu à ses fins : François Pérol, l'ancien conseiller économique du président propulsé à la tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires a . Mais "la fusion a des ratés". En Ile-de-France, la Cour d'appel de Paris a bloqué l'opération au motif que les représentants des salariés n'avaient pas été dûment informés. Un coauc dans le processus présidentiel de prise du contrôle des deux établissements. Le syndicat Sud est en pointe. "Selon cet arrêt, la justice estime que la Caisse d'épargne Ile-de-France n'a pas valablement informé son personnel sur le projet de fusion des deux groupes bancaires, dont les assemblées générales ont entériné vendredi la création de la nouvelle banque BPCE." La cour d'appel précise que "si la Caisse d'épargne entend poursuivre la mise en oeuvre du projet, la Caisse d'épargne Ile-de-France devra reprendre le processus d'information à l'origine". La direction générale des caisses se veut optimiste : "Le syndicat requérant a été débouté (d'une) demande visant cette fois la Caisse nationale des Caisses d'épargne. Ce jugement ne remet donc pas en cause la création de BPCE". Un nouveau comité d'entreprise extraordinaire a été convoquée fin août.
Bourbier persistant
On meurt français en Afghanistan. Un 29ème soldat français est décédé en Afghanistan, notre nouveau bourbier. 5 soldats étrangers ot péri avec lui. Anthony Bodin, 22 ans, était caporal au 3e RIMa de Vannes. Comme le rappelle le Point, "la présence de plus de 100.000 soldats étrangers engagés dans deux opérations - celle de l'ISAF sous conduite de l'Otan et Enduring Freedom sous conduite américaine - n'a pas permis de remplir les objectifs que leur ont fixés les différentes capitales." En Afghanistan, la France a déployé 3.000 soldats, aux côtés des États-Unis (26.000), du Royaume-Uni (9.000), de l'Italie (3.600) et de l'Allemagne (3.400). La présidence de la République a balancé son communiqué, pompeux et énergique:
"Le Président de la République s’associe à la douleur de la famille et de ses proches. Il leur exprime ses condoléances attristées et souhaite un prompt rétablissement aux deux blessés.Tuer un soldat ennemi dans un pays en guerre, est-ce "lâche et barbare" ?
Ses pensées vont également à leurs compagnons d’armes du 3ème Régiment d’Infanterie de Marine de Vannes.
Depuis 2001, 29 soldats français sont tombés au service de la paix et de la sécurité du peuple afghan.
Le chef de l’État a une nouvelle fois condamné avec force les pratiques lâches et barbares des ennemis de la paix en Afghanistan et a réaffirmé la détermination de la France à lutter, aux côtés du peuple afghan, contre l’obscurantisme et le terrorisme."
dimanche 2 août 2009
Les prestataires privés de pôle emploi
Appel d'offre contesté
En mars dernier, Pôle emploi avait lancé son appel d'offres, dénombrant 64 lots. La semaine dernière, 54 lots ont pu être attribués à quelques-uns des 281 candidats. Deux types de prestations sont concernées: trouver un emploi à des chômeurs de longue durée, et accompagner des licenciés économiques. Vendredi 31 juillet, Pôle emploi a publié la liste des 31 premiers prestataires choisis.
Sur deux ans, quelques 450 millions d'euros seront dépensés par pôle emploi pour cette sous-traitance. Le placement des chômeurs devrait être efficace. Primo, ces cabinets privés auront une obligation de résultat. "Chasseurs d'emploi", ils seront rémunéré quelques 3500 euros par emploi retrouvé. Deuxio, les conseillers privés gèreront près de deux fois de chômeurs chacun que leurs homologues de pôle emploi, à en croire les expériences en cours déjà menées. Actuellement, le traitement de quelques 87 000 chômeurs est déjà sous-traité.
Dans son communiqué de presse vendredi dernier, Pôle emploi conclue sobrement : "La notification de 10 lots complémentaires a été reportée de quelques semaines en raison de procédures de référé suspension devant le Tribunal administratif de Paris."
Altedia, le cabinet du conseiller
Grand gagnant de l'opération, l'entreprise Sodie, ex-filiale d'Usinor et désormais propriété du groupe Alpha, a emporté 12 lots (Est-francilien, Centre, Pas-de-Calais pour les publics éloignés de l'emploi, et Ouest francilien, Est francilien, Sud-est francilien, Bourgogne, Nord, Pas-de-Calais, Lorraine, Bretagne, Poitou-Charentes pour les licenciés économiques). Suivent ensuite Manpower (11 % des lots), Vedior Bis (groupe Randstad, 7 %), Arcade Conseil (7 %), Eurydice (groupe Synergie, 6 %), le partenariat AFPA-Altedia (6 %), et Adecco (5 %).
Parmi les autres prestataires retenus, on découvre ... Altedia. Nous avions déjà mentionné l'information: Altedia est un cabinet appartenant au conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie. Mélange des genres ? Dans les résultats communiqués par Pôle Emploi vendredi, Altedia récupère le lot numéro 40, l'accompagnement des licenciés économiques en Haute Normandie.
Karachigate: la pétition

Le Collectif des familles des victimes de l'attentat de Karachi en mai 2002 a un site. Il permet de relayer leurs inquiétudes, d'informer des progressions de l'enquête, de pousser des cris d'alarme.
Ces derniers jours, l'association lance une pétition, que je vous invite à signer.
Cette affaire est bizarre. Elle traîne depuis longtemps. On soupçonne des commissions occultes en faveur d'une certaine campagne électorale française. On nous a promis la levée du secret défense... pour septembre. Le Monarque a refusé de revoir les familles depuis les révélations récentes.
Cette affaire est bizarre.
"NON AU MEPRIS DU CHEF DE L’ETAT A L’EGARD DES FAMILLES DES VICTIMES DE L’ATTENTAT DE KARACHI !Pour signer la pétition, rendez-vous ici.
En Avril 2008, l’ensemble des familles de victimes de l’attentat du 8 Mai 2002 à Karachi était reçu, par Le Président Nicolas SARKOZY alors qu’une instruction était en cours au Tribunal de Grande Instance de Paris depuis plusieurs années. Il s’était alors engagé à nous informer des avancées de l’enquête et à nous recevoir chaque année pour nous assurer de la volonté de l’Etat français que toute la vérité et la lumière soient faites sur cet acte criminel odieux.
A la suite des révélations parues dans plusieurs grands quotidiens nationaux courant décembre 2008, nous avons souhaité être à nouveau reçu par le Président de la République à l’Elysée comme il s’y était engagé.
Le 20 Janvier 2009, Le Chef de l’Etat nous fit savoir de manière stupéfiante, par l’un de ses plus proches conseillers, qu’il ne pouvait faire droit à cette demande puisqu’« en application du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs, le chef de l’Etat ne peut intervenir dans le cours d’une procédure judiciaire ».
C’est à se demander si ces mêmes principes n’étaient pas présents à l’esprit du Chef de l’Etat lorsqu’il nous avait reçus en Avril 2008. Face à notre incompréhension, nous avons réitéré notre demande d’être reçu par le Chef de l’Etat le 8 mai 2009, cette requête est restée sans réponse à ce jour et pour cause….
En effet, le 18 Juin 2009, lors de notre rencontre à Cherbourg avec les Juges d’Instruction en charge de l’information, ceux-ci nous informaient notamment du fait que le mobile de l’attentat pouvait être lié à l’arrêt du versement de commissions du fait de l’existence de rétrocommissions illicites en relation avec la vente de sous-marins au Pakistan. Cette décision de ne plus honorer la parole de la France ayant été prise sous la Présidence de Monsieur Jacques Chirac.
Le lendemain, soit le 19 Juin 2009, Le Président Nicolas Sarkozy déclarait en réponse à une question d’un journaliste de l’AFP : « C’est ridicule […] C’est grotesque […] Qui peut croire à une fable pareille ? ».
Nous demandons instamment au Chef de l’Etat de tenir ses engagements à notre égard et de nous recevoir afin qu’il réitère la volonté solennelle de l’Etat français que rien ne viendra s’opposer à la recherche de la vérité et que le crime de nos proches ne restera pas impuni. Soutenez nous en signant la pétition."
samedi 1 août 2009
117ème semaine de Sarkofrance : travailler trop pour se fatiguer plus

Pour sa 117ème semaine à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a découvert que le travail pouvait être mauvais pour la santé. Situation cocasse pour le chantre du "Travailler plus"! Dimanche dernier, la France s'est arrêtée de respirer, l'espace de quelques heures. Le Monarque avait flanché lors d'un jogging dans les bois du Chateau de Versailles. On nous a expliqué qu'il était "surmené".
Le travail peut nuire à la santé
Frédéric Lefebvre n'a pas conseillé à Nicolas Sarkozy de travailler pendant son arrêt maladie. Le prolixe porte-parole de l'UMP, qui a perdu son mandat de député il y a peu, avait suggéré d'autoriser les salariés en congés pour maladie à poursuivre leur activité à domicile. L'idée avait été rapidement retoquée. Pour Nicolas Sarkozy, son "coup de pompe" à Versailles lui a valu un transport express en hélicoptère à l'hôpital militaire du Val de Grâce, 24 heures d'examens médicaux intensifs et l'annulation totale de tous ces déplacements et réunions prévus lundi et mardi. On a peine à croire que l'accident fut bénin. Les proches du président ont eu peur. Mais du malaise au martyr, il n'y eut qu'un pas, aisément franchi. La communication élyséenne a été réactive, opaque et schizophrène. Réactive car dès 15 heures et quelques minutes, un communiqué laconique de l'Elysée informait la France du malaise présidentiel; opaque car l'Elysée n'a fourni que le lendemain de premières explications ("un malaise lipothymique"). Schizophrène, car les services présidentiels ont tenté de concilier l'assurance que le malaise était bien bénin malgré la surenchère de moyens médicaux et de précautions déployés.
Surtout, l'Elysée a habilement retourné cet accident. On a vendu l'image d'un président "surmené", "éprouvé" par une année chargée et son "activisme" légendaire. Le "story-telling" est à l'oeuvre. Dimanche soir, l'Elysée innove: peu avant les journaux radio-télévisés de 20 heures, Franck Louvrier, le conseiller en communication du Président a transmis aux médias le "prêt-à-raconter" des évènements de la journée. Tout ça pour un coup de chaleur lors d'un jogging par 30 degrés à l'ombre !
Quoiqu'il en soit, le mythe du président hyper-actif qui dompte les éléments, y compris sa propre santé physique, a vécu. Nicolas Sarkozy doit maintenant trouver comment positiver la réalité de son âge, et l'abandon du mythe du président "jeune", "sportif". Il a 54 ans, point barre. Vendredi, on a même appris qu'il allait devenir grand-père. "Papi" a même reçu 4000 boîtes de chocolats à l'Elysée d'admirateurs transis d'inquiétude.. Comme sur les terrains politique et économique, la réalité reste le pire ennemi de la communication sarkozyenne.
Les ministres ne chôment pas
Profitant de cette absence présidentielle inattendue, les ministres n'ont pas chômé. Mardi, Christine Lagarde a dressé un rapide bilan de sa Loi de Modernisation de l'Economie, votée il y a un an. A l'entendre, la France n'est plus en crise: 182 000 auto-entrepreneurs, des créations d’entreprise en hausse de 60 %, la "résistance" de la consommation des ménages, etc... Elle se félicite même d'une baisse de l'inflation, les prix des produits de grande consommation ayant baissé de 0,65 % depuis décembre 2008 . la ministre oublie sans doute que la crise a failli nous faire tomber en déflation, et qu'une mesure récente, la baisse de la TVA sur la restauration, n'a toujours pas produit d'effet concluant dans nos assiettes... Anachronique comme toujours, Mme Lagarde s'est aussi réjouie des 23 813 opérations de soldes "libres" organisées depuis un an. Les commerçants indépendants ne l'entendent pas de cette oreille, fustigeant l'échec des soldes d'été, qui se sont clôturées mardi: étaler les soldes tout au long de l'année détruit les marges et n'a jamais augmenté le pouvoir d'achat.
La ministre a pu également commenté les fausses bonnes nouvelles du chômage : 33 000 chômeurs ne se sont pas réinscrits à pôle emploi. Le nombre total de demandeurs d’emploi, toutes catégories confondus, a encore progressé, pour atteindre 3.634.800 personnes (+18,7% sur un an, et + 9000 personnes par rapport à mai 2009). Son collègue du ministère du Travail, Xavier Darcos, est franchement pessimiste pour la fin de l'année. Les 650 000 chômeurs suppléme,taires seront dépassés. Ce triste constat s'est complété d'une annonce de l'iNSEE: en France, on dénombre 8 millions de pauvres, soit 13% des ménages français. Entre 2004 et 2007, plus de 500 000 personnes sont tombés sous le seuil de pauvreté. C'est l’un des bilans de la droite classique au pouvoir depuis 2002. Le taux de pauvreté remonte depuis ... 2003. Bizarrement, Nicolas Sarkozy a reporté sine die son grand chantier sur le partage des richesses.
Mercredi, on parlait démantellement des services publics. Christian Estrosi a défendu la réforme de la Poste, un changement de statut qui prépare l'ouverture du capital, et, sans doute, la privatisation à terme de l'établissement public. Le gouvernement tente de rassurer une opinion plus que réticente. Rien n'y fait. Surtout, il se garde bien de rendre possible l'organisation d'un référendum d'initiative parlementaire et populaire. Cette possibilité, l'une des rares mesures démocratiques de la réforme constitutionnelle de juillet 2008, n'a toujours pas été traduite, un an après, dans une loi organique.
Alain Marleix, le discret secrétaire d'Etat à l'Intérieur, a dû présenter la future carte électorale, mercredi en conseil des ministres. Le Conseil d'Etat lui a donné raison sur l'essentiel. Au total, 33 circonscriptions seront supprimées, dont 18 actuellement tenues par la gauche. Et les Français de l'étranger, qui ont toujours voté majoritairement à droite à chaque élection présidentielle depuis 1965, héritent de 11 députés. La gauche crie au scandale.
Mercredi encore, l'attention s'est aussi portée sur la taxe carbone: Michel Rocard rendait sa copie, le rapport d'une commission d'experts sur cette contribution "Climat-Energie". L'unanimité est de façade sur le bel objectif de réduire la pollution générée par la consommation d'énergies fossiles. A y regarder de plus près, les divergences sont nombreuses. A droite, certains se préparent à vider de son sens cette proposition inédite. On critique son niveau (32 euros par tonne de CO2), on évite la question sociale, on laisse les lobbies industriels s'indigner. A gauche, on s'inquiète donc que cette taxe ne tienne pas compte des revenus les plus modestes. Borloo l'a promis, mais Christine Lagarde - encore elle - a refusé d'entériner une compensation intégrale, se contentant de promettre que le niveau général des prélèvements obligatoires en France ne sera pas augmenté. Les écologistes souhaitent que l'électricité soit également taxée, au motif que chaque surconsommation d'électricité conduit EDF à puiser dans ses centrales à charbon pour faire face à la demande, et que l'énergie nucléaire est sous-tarifée en France.
Les casseroles de Sarkofrance
L'ampleur médiatique donnée au malaise "lipothymique" du président a permis de cacher certaines casseroles de Sarkofrance. Ces derniers jours furent pourtant riches en révélations. On n'avait d'abord pas fini de commenter l'affaire des sondages manipulés par la Présidence de la République. Divers articles ont toutefois détaillé l'importance de la manipulation, reprenant un à un les différents sondages publiés l'an passé, aux questions complaisantes et à l'agenda sarko-compatible. Depuis deux ans, les Français sont abreuvés de sondages dont les questions, pour une soixantaine d'entre eux d'après la Cour des Comptes, ont été financées par l'Elysée. Voici comment le chef de l'Etat manipule le débat public.
Mardi soir, un court article du Monde révélait que Patrick Buisson, le consultant à 1,5 millions d'euros de l'Elysée et par ailleurs directeur d'une petite chaîne thématique (Histoire), avait convaincu le ministère de la Culture d'acheter certaines de ses émissions et de parrainer sa chaîne à 3 reprises entre 2008 et 2009, le tout pour 270 000 euros. Pour une chaîne qui culmine à quelques dizaines de milliers de téléspectateurs en part d'audience moyenne, cela fait cher l'achat d'espace publicitaire pour une mention aux génériques !
Jeudi, les deux dirigeants d'Opinion Way ont répondu aux attaques des précédents jours dans "l'affaire des sondages de l'Elysée" : il y a 15 jours, la Cour des Comptes révélait dans un rapport sur les dépenses de l'Elysée qu'un cabinet de conseil (depuis identifié comme étant Publifact, créé et géré par Patrick Buisson), avait déboursé pour le compte de la Présidence de la République 392 000 euros au titre des baromètres mensuels "Politoscope" réalisés par OpinionWay. Hugues Cazenave et Denis Pingaud, président et vice-président dudit institut, ont expliqué jeudi que l'Elysée était un client marginal (3% du chiffre d'affaires de leur entreprise), et que leurs sondages n'étaient pas "trafiqués". Ils ont surtout soigneusement évité de répondre aux questions qui fâchent : est-il normal, et moral, d'avoir caché que l'Elysée finançait une soixantaine de sondages publics (dont les trente "Politoscopes" réalisés par Opinion Way) ? Est-il normal, et moral, que l'Elysée manipule ainsi le débat public ? Reste que les deux sondeurs confirment une information embarrassante pour Sarkozy: Publifact refacturait leurs sondages à l'Elysée environ le double du montant payé à Opinion Way.
La semaine dernière, les médias français ont aussi négligé une belle information : le nouveau premier ministre bulgare a accusé son prédécesseur d'avoir payé 72 millions de dollars pour libérer les infirmières bulgares en juillet 2007. A l'époque, Cécilia Sarkozy était allée les chercher en Libye pour les ramener en Bulgarie, tandis que son mari Nicolas célébrait ce succès diplomatique. Quelques mois plus tard, il avait fallu accueillir en grandes pompes le colonel Khadafi à Paris, un jour de décembre 2007, et lui promettre une centrale nucléaire en dédommagement. On apprend donc maintenant que le leader libyen aurait également touché plusieurs dizaines de millions d'euros. Voici qui écorne sérieusement le mythe du talent diplomatique de l'hyper-président !
Mercredi, autre affaire: l'Elysée cherche à faire annuler une décision de justice qui constitue une fâcheuse jurisprudence. Depuis septembre 2008, Nicolas Sarkozy était partie civile contre des présumés pirates de son compte bancaire. Le tribunal de grande instance de Nanterre a déclaré les accusés coupables, sauf pour les comptes présidentiels: le TGI a en effet décidé de «surseoir à statuer» sur cette plainte, en argumentant noir sur blanc que le jugement ne serait pas "équitable" : il y aurait, selon la juge de Nanterre, "atteinte au principe de l’égalité des armes" : primo, l’article 67 de la nouvelle Constitution accorde une totale immunité au Président de la République, et, deuxio, ce dernier est "juge et partie" car il préside le Conseil Supérieur de la Magistrature qui décide de la carrière des juges. Selon Libération, L'Elysée cherche à faire annuler cette décision. En septembre, se profile le procès Clearstream. Sarkozy n'a pas envie que les juges s'appuient sur cette décision pour s'abstenir de se prononcer...
Le lendemain, le site Mediapart révèle qu'un proche du chef de l'Etat n'aurait pas été inquiété par la justice malgré des menaces de mort proférées à l'encontre du présumé coupable de violences contre l'un de ses collaborateurs. Robert F. Agostinelli - c'est son nom - est cet ami qui a accueilli Nicolas Sarkozy dans sa demeure de Wolfeboro, dans le Massachusetts aux Etats Unis, pour ses premières vacances de président en août 2007.
Il est vraiment temps de partir en vacances. Nicolas Sarkozy s'est donc envolé, dès mercredi. Trois semaines de repos au Cap Nègre, où il espère ne pas être dérangé par une nouvelle crise internationale, une explosion de grippe A ou des salariés licenciés menaçant de faire sauter leur outil de travail. Mais au Cap Nègre, il retrouvera d'encombrants riverains, et leur problème de tout-à-l'égoux que la copropriété ne veut pas financer... Petite consolation, le nouveau préfet, nommé grâce à la mutation express de son prédécesseur le 5 juin dernier, sera peut être plus conciliant.
Ami sarkozyste, où pars-tu en vacances ?