mercredi 7 octobre 2009

Kazakhstan: une dictature de plus au compteur de Sarkozy


"Je ne crois pas à la « realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. Je n'accepte pas le sort que l'on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n'accepte pas la répression contre les journalistes que l'on veut bâillonner. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d'aucune dictature à travers le monde."
Nicolas Sarkozy, 14 janvier 2007, Porte de Versailles, Paris.

Nicolas Sarkozy est parti lundi pour une quinzaine d'heures de visite au Kazakhstan. Et il s'est assis, une fois de plus, sur ses belles déclarations tonitruantes d'une campagne présidentielle si obsolète. Le Kazakhstan n'est pas une démocratie. Amnesty International y relève régulièrement des violations de droits de l'homme, comme des récents cas de torture de prisonniers. Sarkozy n'a même pas l'intention d'y évoquer les libertés publiques. Donner des leçons quand on vient séduire un client, cela n'aurait pas été très sérieux: "La meilleure façon de résoudre des problèmes, car il y a des problèmes, et j'en ai parlé avec le président, c'est pas forcément de venir en donneur de leçons" a-t-il déclaré à la presse en arrivant. Le chef de l'Etat se contente de peu, en l'occurrence de belles promesses: "J'ai fait le choix de soutenir avec la diplomatie française le Kazakhstan, c'est un choix de paix et parce que les dirigeants de ce pays m'ont dit leur profonde volonté d'appliquer les principes fondamentaux de l'OSCE."
Son homologue kazakh, le président Nazarbaïev en poste depuis 20 ans, a également justifié sa "trajectoire": "notre but principal consiste à renforcer notre indépendance, améliorer le niveau de vie de notre peuple et nous rapprocher doucement du monde civilisé pour adopter toutes les valeurs de liberté et de démocratie existant dans le monde occidental". Nicolas Sarkozy a voulu ajouter une petite touche de diplomatie mondiale pour alléger son fardeau humanitaire: "Nous avons besoin du Kazakhstan pour résoudre la crise en Afghanistan et en Iran et pour établir de nouvelles relations avec nos amis russes dans la lutte contre les extrémismes". Le Kazakhstan va ainsi autoriser le transit par son territoire de matériel et ressources militaires françaises vers l'Afghanistan. En "échange", Sarkozy a annoncé qu'il défendait la candidature du Kazakhstan à la présidence de l'OSCE, compte tenu de son renoncement à l'arme nucléaire. Rappelons quelques-unes des missions de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe : "mener à bien des projets d'aide au bon déroulement d'élections allant de la préparation au suivi de ces dernières"; " promouvoir les institutions démocratiques et d'aider les Etats participants à les mettre en place"; "instaurer un système judiciaire pleinement respectueux de la dignité humaine". Confier la présidence de cette organisation à un chef d'Etat accusé de truquer les élections, et emprisonner ses opposants a quelque chose de tristement cocasse. C'est, pour Nicolas Sarkozy, le prix éthique à payer pour transformer le Kazahstan en allié stratégique de la France aux frontières de l'Asie.

Le 17 septembre dernier, le Parlement Européen a demandé aux autorités kazakhes de "réexaminer la condamnation et la sentence prononcées contre le militant des droits de l'homme Evgeniy Zhovtis ainsi que d'ouvrir une deuxième enquête, "complète et impartiale", sur les circonstances de l'accident de la route pour lequel il a été condamné à quatre ans de prison."

Le principal reproche diplomatique que l'on peut faire à Nicolas Sarkozy n'est pas tant qu'il rende visite à des dictatures. Mais le culot avec lequel il a osé donner des leçons hier, qu'il ne respecte pas aujourd'hui, est ne lasse de surprendre. C'est même un trait de caractère. Sarkozy crie d'autant plus fort les engagements qu'il ne tient pas.

Mardi, la "moisson" fut bonne pour les entreprises françaises:
  • Un milliard de dollars d'acquisition pour Total et GDF Suez: les deux entreprises vont prendre 25% du champ gazier offshore de Khvalynskoye en mer Caspienne, auprès du groupe Kazakh KMG. L'opérateur actuel est le russe Lukoil. L'exploitation démarrera en 2016 pour livrer quelques 8 et 9 milliards de m3 par an pour le marché russe.
  • Environ 1,2 milliards d'euros, sur un marché total de 1,5 à 2 milliards d'euros, pour un consortium d'entreprises françaises, mené par le groupe SPIE, qui construira un oléoduc reliant le champ pétrolier géant de Kashagan à la mer Caspienne. Ce 1,2 milliards n'est pas une commande ferme: les sociétés françaises ont obtenu quelques mois de négociations exclusives pour éventuellement remporter l'affaire.
  • 230 millions d'euros pour EADS Astrium qui va fournir deux satellites d'observation et une unité d'assemblage de satellites. Il y aura donc transfert de technologie.
  • 100 millions d'euros pour THALES qui livrera 4.500 postes de radio à l'armée kazakh, en espérant, plus tard, être associer à un contrat d'envergure d'équipements militaires (2 milliards d'euros).
  • La création d'une société commune entre AREVA et Kazatoprom pour produire du combustible nucléaire destiné à l'exportation, notamment vers la Chine.
  • EUROCOPTER (EADS) va créer une filière de formation de pilotes, maintenance et location d'hélicoptères au Kazakhstan, en espérant plus tard vendre des hélicoptères à l'armée locale.
On sait bien que ces contrats ont été négociés et conclus avant la visite protocolaire du président français sur place.

Nicolas Sarkozy ne fait qu'ajouter une dimension symbolique et désagréable à l'affaire.

Il y a encore quelques heures, sur d'autres sujets, Nicolas Sarkozy jouait aux donneurs de leçons. Encore et toujours.

Frédéric Lefebvre, porte-flingue ?

Lundi dernier, Frédéric Lefebvre a défendu son rôle de "porte-flingue" de l'UMP, et surtout du président. A droite, on aime à présenter ses éclats, menaces et provocations comme les preuves d'une "franchise" et d'un franc-parler.

Il y a 15 jours, le journaliste Bruno-Roger Petit rappelait sur le Post que le récent ouvrage « Holdups, arnaques et trahisons » contenait une troublante révélation sur Frédéric Lefebvre, peu mise en valeur par les commentateurs du moment : à l'automne 2006, le déjà-barbouze et confident de Nicolas Sarkozy confiait à des journalistes détenir des photos compromettantes de DSK qu'il n'hésiterait pas à sortir le cas échéant: « Il ne tiendrait pas une semaine. On a des photos, elles existent! On les fera circuler, ça ne plaira pas aux Français! ».

Porte-flingue ou porte-poubelles ?

mardi 6 octobre 2009

"Regarde, c'est Nico...Quelle beauté !"


Un coup de pouce aux PME, éclipsé par la votation citoyenne sur le statut de la Poste, et Carla qui ouvre son site de "belles oeuvres".

Curieux lundi en Sarkofrance.

Sur le Web, Carla et Nicolas s'affichent sympa.
Rue89 est revenue sur les bévues 2.0 de la présidence : un narcissisme poussé à l'extrême à la gloire du Monarque, qui n'empêche pas ses multiples bévues de faire la joie des internautes. Lundi, Carla Sarkozy a lancé son site. Lundi, son adresse a été prise d'assaut. La page d'accueil est composée de jolis carrés aux couleurs pâles. On y trouve un agenda vide après le 25 septembre, une publicité pour les "activités culturelles" proposées en prison (préparée avec l'aide du ministère de la Justice), des extraits de ses discours à New York ("Je ne suis que l’ambassadrice de ces femmes qui ont peur"), ou des "souvenirs" du sommet de Pittsburgh, rédigés par l'attachée de presse :
"De peinture, il sera naturellement question autour du déjeuner, qui se tient à l’un des étages du musée Warhol. La collection d’œuvres de l’artiste « local » est éblouissante. Au moment de partir, Carla Bruni-Sarkozy embrasse Michelle Obama et lui chuchote : « Je reste… » Sourire. Dehors, les photographes attendront en vain. Le protocole s’efface et, en toute intimité, accompagnée seulement du conservateur du musée, Carla Bruni-Sarkozy s’attarde à l’étage consacré au Velvet Underground. Films, affiches et revues annonçant les Exploding Plastic Inevitable events. Tout est là. Le Velvet joue. Sur l’écran, les visages de Nico et de Lou Reed. « Carla » s’attendrit : « Regarde, c’est Nico ! Quelle beauté… » Un ange passe."
Une mise en scène médiatique pour des actions symboliques.

Carla, nouvelle Marie-Antoinette ?

PME, le coup de pouce ?
Profitant d'une visite au forum de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) , Nicolas Sarkozy a "distribué" deux milliards d'euros aux PME de moins de 5 000 employés, lundi 5 octobre 2009. Le MEDEF a salué la démarche. En fait, le président français a annoncé deux mesures : le Fonds Stratégique d'Investissement a réservé 1 milliard d'euros pour les PME: 300 millions d'euros "pour les PME à fort potentiel de croissance", 300 millions d'euros dans des fonds régionaux de capital risque et de capital investissement, 300 millions d'euros de quasi-fonds propres (via le FSI), et 100 millions d'euros pour le fonds de consolidation (d'un total de 200 millions) créé sous l'égide de la médiation du crédit "pour les entreprises fragilisées par la crise".
La seconde mesure est un soutien à l'embauche: "tous les recrutements des entreprises de moins de 10 salariés réalisés pendant le premier semestre 2010 seront exonérés des charges patronales pendant un an" a précisé Sarkozy; l'embauche d'apprentis avant le 30 juin 2010 sera également exonéré de charges patronales. Enfin, les recrutement en contrat de professionnalisation seront subventionnés à hauteur de 1.000 euros (2.000 euros si la recrue n'a pas le bac).
Au second trimestre de l'année, les défaillances de PME ont cru de 15%. Ne fallait-il pas enfin s'inquiéter ? A cause de la crise, les exonérations sur les bas salaires et au titre des heures supplémentaires ont moins d'effet. D'après le dernier rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale, les allégements sur les bas salaires devraient reculer de 0,9 % en 200ç, puis de 2 % en 2010. Mais ils représentent encore quelques 21 milliards d'euros pour le régime général du privé. Le gouvernement les remplace par d'autres exonérations "ciblées", dont 2,2 milliards d'euros en faveur de l'emploi à domicile.

La Poste, le référendum oublié
Les "votations" citoyennes contre le changement de statut de la Poste se sont achevées ce week-end. Deux millions de personnes (2.123.717 pour être exact) y ont participé. Divers responsables du clan UMP se succédés depuis dimanche pour minorer ce résultat: Christian Estrosi, ministre de l'Industrie et promoteur de la "réforme", a jugé que cette mobilisation était un échec. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a dénoncé la "vaste manipulation de la gauche": "Nous voulons une poste 100% publique, l'Etat débloquera 2,7 milliards et il ne pourra pas y avoir de capitaux privés, mais 100% modernisée pour affronter les défis qui sont devant elle". Jean-Pierre Raffarin a parlé de bourrage d'urnes: "Cette démocratie participative, en fait, on bourre les urnes avec une information mensongère". "Je dis attention à cette démocratie participative: qui est représentatif? Le peuple français et pas une partie du peuple français. Je me méfie de ces comités: même s'il y a deux millions de personnes, ce n'est pas le peuple". Aucun n'a jugé utile d'expliquer pourquoi un référendum n'avait pas été organisé sur cette réforme. Avec plus de deux millions de votants, il est clair qu'un référendum aurait pu être initié... si la nouvelle disposition constitutionnelle relative à l'organisation de référedum d'initiative parlementaire et populaire avait été traduite dans les textes...

L'argent de la République et la transparence

lundi 5 octobre 2009

Le plan d'économie de la Sécurité Sociale

Jeudi dernier, Eric Woerth a présenté le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2010. Voici quelques éléments pour y voir plus clair.

En 2009, les ressources de la Sécu étaient prévues à 433 milliards d'euros, mais quelques 15 milliards ont fait défaut, d'après le gouvernement, pour cause de récession. Compte tenu de dépenses estimées à 431 milliards d'euros de dépenses en 2009, le déficit est annoncé à 23,5 milliards en 2009, puis 30,6 milliards en 2010. Par branche, le déficit prévisionnel se compose comme suit :
  • Maladie : - 14,6 milliards (versus -4,4 en 2008, et -11n5 prévus en 2009).
  • Vieillesse : - 10,8 milliards (versus -5,6 en 2008, et -8,2 en 2009)
  • Famille : - 4,4 milliards (versus -0,3 en 2008, et -3,1 en 2009).
Le gouvernement attribue à la crise 75% du déficit en 2010. Les revenus du travail devraient baisser de 2% et 2009, puis encore de 0,4% en 2010; et les cotisations sociales de 12 milliards d'euros en 2009, puis 9 milliards en 2010. Les revenus du capital (qui contribuent plus modestement au financement de la Sécu) génèreront 12,2 milliards d'euros de ressources, soit 3,4 de moins qu'en 2008.

Le gouvernement se défend de toute rigueur, les ajustements se faisant "à la marge" (on prend d'un côté, on redistribue de l'autre): "En 2009 comme en 2010, il n'y a pas de coupe brutale dans les dépenses, afin de laisser le système de protection sociale jouer son rôle d'amortisseur. Au contraire, grâce aux revalorisations des prestations sociales et aux mesures exceptionnelles comme la prime de solidarité active ou la prime pour les familles modestes, 7,2 milliards d'euros supplémentaires ont été distribués aux Français en 2009 pour soutenir leur pouvoir d'achat."

Dérembourser...
Dans son projet, le gouvernement prévoit de mutiples déremboursements : la hausse du forfait journalier hospitalier (de 16 à 18 euros, sauf pour la pyschiatrie, où il passera de 12 à 13,5 euros): devrai rapporter 160 millions d'euros; la baisse du taux de remboursement de 35 % à 15 % d'une quarantaine de médicaments au "service médical rendu" faible et la diminution du prix de certains médicaments et/ou le transfert de certains dans le domaine des génériques, 200 millions d'euros: les baisses de tarif des actes des radiologues et des biologistes, 240 millions d'euros. Le gouvernement compte aussi sur le "renforcement du contrôle sur les arrêts de travail", notamment sur les médecins "gros prescripteurs" d'arrêts de travail, et la généralisation de la contre-visite médicale de l'employeur.

... pour faire payer peu
Côté ressources, le gouvernement avance timidement. Les revenus de placements financiers ne seront toujours pas soumis à cotisations sociales au même niveau que les salaires.



Au mieux, le gouvernement souhaite taxer les plus-values de cessions de valeurs mobilières au premier eur (et non plus à partir d'un seuil de 25 000 euros de cession), dès le 1er janvier 2010, soit 110 millions d'euros à partir de 2011. Les assurances-vie "décès" seront également soumises à la CSG, pour 270 millions d'euros de "recettes" annuelles. Et les "retraites chapeaux" versées à 761 grands dirigeants d'entreprises seront taxés deux fois plus qu'auparavant pour générer 50 millions de cotisations supplémentaires.

On ne peut être que déçus par ces mesures: la Cour des Comptes avait estimé à trois milliards d’euros le manque à gagner pour la sécurité sociale de la sous-cotisation des stock options et autres rémunérations "connexes" des cadres dirigeants d'entreprise.

Les salariés trinqueront indirectement, puisque le taux du forfait social acquitté par l'entreprise sur les revenus de participation, d'intéressement et d'épargne salariale sera doublé (de 2 à 4%), pour générer 380 millions d'euros.



Eric Woerth, encore un effort...

dimanche 4 octobre 2009

Eric Besson est fascinant

Eric Besson est fascinant. Davantage que n'importe qui d'autre en Sarkozie, il est sensible à la critique, et s'attache à la contester systématiquement. Eric Besson veut prouver que les critiques ont tort. Avec hargne et persévérance. Il veut prouver, chaque jour, chaque semaine, que ses anciens "camarades" se trompent, qu'il n'a pas perdu son éthique en quittant la gauche.

La semaine dernière, il a ainsi remis le couvert. La presse (exception faite du Figaro) et l'opposition ont raillé le cirque médiatique des bulldozers détruisant les campements de sana-papiers dans la "jungle" de Calais. Dès le lendemain, certains se faisaient l'écho du retour de migrants sur place. Besson ne pouvait laisser passer cela.

Jeudi 24 septembre, le ministre de l'identité nationale voulait dresser un bilan de son opération. Il avait réuni "l’ensemble des services de l’État ayant participé à l’opération de démantèlement du campement illégal, occupé par plusieurs centaines d’étrangers en situation irrégulière, communément appelé « la jungle ». Des représentants de la Mairie de Calais participaient à cette réunion." Et quels furent les conclusions de ces représentants de l'Etat ? Surprise... L'opération est un succès... Non... Sans blague.
"Lors de cette réunion, il a été confirmé au ministre qu’aucune réimplantation d’étranger en situation irrégulière n’avait été constatée sur le lieu dit de la «jungle». Le ministre a réaffirmé sa volonté de procéder au démantèlement progressif de tous les squats et campements sauvages implantés dans la région par les filières d’immigration clandestine.

Eric BESSON s’est félicité d’apprendre qu’un projet de construction d’une zone d’activité économique était actuellement à l’étude sur la zone de la « jungle », désormais rendue à l’état de terrain nu."

Lundi 28 septembre, le ministre s'est à nouveau défendu. La presse se faisait l'écho du retour des migrants dans la zone si prestement évacuée une semaine auparavant. Près des deux tiers des sans-papier interpellés ont été relâchés. Emporté dans sa défense, le ministre lâche une information essentielle : le taux de remise en liberté des migrants interpelé est de 67% en moyenne chaque année. En août dernier, nous posions cette question, essentielle pour mesurer l'ampleur des arrestations nécessaires, et jusqu'ici sans réponse : "combien faut-il d'interpellations pour atteindre l'objectif annuel d'expulsions d'immigrés clandestins ?" La journaliste Audrey Pulvar, à l'époque sur France 2, avait posé cette même question à Nicolas Sarkozy en juin 2008, une "insolence" qui avait profondémment agacé le Monarque. Nous avons donc la réponse : pour expulser 30 000 migrants, il faut arrêter quelques 90 000 personnes chaque année.

Mardi 29 septembre, un journaliste de France Info témoigne sur sa station:

"Une semaine après, on en est presque au même point. Car des expatriés, on en croise un peu partout à Calais et dans les alentours. Les mineurs avaient été placés dans des foyers. Ceux que l’on retrouve ici ont tout simplement fui pour revenir au point de départ. Les 151 majeurs avaient été éparpillés un peu partout en France, en particulier dans le Sud ; 111, chiffre du ministère, ont été libérés. Beaucoup ont décidé de refaire le chemin en sens inverse. Retour dans le Pas-de-Calais, le plus près possible de l’Angleterre, où ils veulent aller pour la plupart."

Jeudi, le ministre est l'invité du Grand Journal de Canal+. Il justifie, encore et toujours, chacun de ses mots et déclarations. Ainsi, les CRS ont bien été "délicats" lors de la destruction de la "jungle" de Calais, puisqu'ils ont "spontanément" retiré leurs chaussures avant de pénétrer dans une tente qui faisait office de lieu de prière. Il est comme ça, Eric Besson: acharné à démontrer sa bonne foi, la justesse de ses convictions. Qu'importe si son action n'a pas d'autres effets qu'un peu de souffrance individuelle et beaucoup de polémiques médiatiques et morales.

Le constat est cruel. Le ministre de l'identité nationale ne sert à rien. Vu de gauche, Eric Besson est comme marqué au fer rouge. Mais vu de droite, il est suspect comme tous les nouveaux convertis.



Besson confirme des retours forcés de migrants...
envoyé par politistution. - L'info video en direct.

samedi 3 octobre 2009

126ème semaine de Sarkofrance : l'incompétence au pouvoir


Pour cette 126ème semaine de Sarkofrance, Nicolas Sarkozy avait choisi de choyer la jeunesse, tandis que son gouvernement présentait son projet de budget 2010 au Parlement. Le monarque inquiète. Il rate ses annonces, sa politique économique n'a plus de perspectives. Et sa diplomatie se couche. Le procès en incompétence pourrait-il débuter ?

Sarkozy rate son bac "jeune"
Les supporters du président ont loué, évidemment, le discours d'Avignon, prononcé mardi 29 septembre devant une assemblée silencieuse et plutôt âgée. Que lui trouvent-ils ? Les deux annonces phare mises en valeur sont l'extension du RSA aux jeunes travailleurs de moins de 25 ans, et le versement d'une allocation d'autonomie directement aux jeunes (et non plus à leurs familles). La première mesure est modeste, car assortie de conditions qui excluent l'immense majorité des 4 millions de moins de 25 ans. Il faudra justifier 2 années de travail sur 3 pour être éligible à un RSA de 450 euros par mois... A peine 160 000 personnes sont concernées. Bel effort ! La seconde mesure est tout aussi symbolique: effrayé à l'idée d'être suspecté par son camp de favoriser l'assistanat, Sarkozy a simplement proposé une "expérimentation" sur quelques 8 000 jeunes, en leur allouant une dotation d'autonomie de 3 000 euros par an sur deux ans, une allocation de l'Etat. Au global, Sarkozy a insisté respect et responsabilisation de la jeunesse pour mieux masquer ses efforts ridicules: petit livret d'orientation pour les lycéens, suivi des "décrocheurs" qui quittent l'école avant 16 ans, interdiction de stages hors cursus, etc. Et comme il faut masquer l'envolée des statistiques du chômage, quelques idées sont les bienvenues, comme l'allongement de la durée de cursus universitaire (à 10 mois), ou le service civique pour 10 000 jeunes de 18 à 25 ans. Face aux jeunes, Sarkozy a tenté, l'espace de quelques heures dans une ville de province bouclée par la police, de faire oublié ses lois anti-cagoule, anti-bandes, anti-récidive et autres "kärchers" législatifs de circonstance.

Les mauvais déficits
La véritable rupture est budgétaire : grâce à Nicolas Sarkozy, l'incompétence gestionnaire a changé de camp. L'équation budgétaire est en effet impossible à tenir, sauf à remettre à plat la fiscalité et les priorités d'action des administrations publiques. Le déficit est présenté à quelques 116 milliards d'euros l'an prochain, pour 287 milliards de dépenses. En 2009, il représentait la moitié des dépenses de l'Etat. Pour faire bonne figure, Fillon prévoit de faire voter l'an prochain un plan de rigueur pluri-annuel. Demain, on rase gratis ! le gouvernement est prisonnier d'une"idéologie fiscale" qui dévoile toute son inefficacité.

Le maintien coûte que coûte du bouclier fiscal est symbolique mais révélateur. Il n'y aura pas de "Grenelle de la fiscalité" en Sarkofrance ! On ne remettra pas non plus en cause les niches fiscales. Les gouvernement s'abrite derrière quelques artifices symboliques, agités comme des hochets de bonne gestion: le non-remplacement d'un fonctionnaire retraité sur deux coutera encore 35 000 postes à la Fonction Publique l'an prochain, dont 16 000 pour l'Education Nationale. Eric Woerth est discret sur l'économie générée, à peine 500 millions d'euros par an. Autre symbole "droitiste", la taxation des indemnités versées aux accidentés du travail, une goutte d'eau, injuste de surcroît, pour soigner les finances publiques. La défiscalisation des heures supplémentaires, une mesure inefficace avant la crise et anachronique pendant la récession, coûte toujours 4 à 5 milliards d'euros. Depuis 2002, "les deux-tiers des baisses d’impôts de la période, soit 20 milliards d’euros par an sur un total de 30, ont été fléchés vers les plus riches" notait la fondation Terra Nova.
Coté fiscalité, la taxe carbone dévoile son injustice : seule une fraction de son coût sera remboursée dès février aux ménages, et de surcroit de façon forfaitaire pour tous: 46 euros par adulte en zone urbaine et 61 euros en zone rurale, plus 10 euros par enfant. Le gouvernement ne prévoit aucune progressivité en fonction des revenus des ménages, alors qu'on sait bien que l'énergie (pour le transport et le chauffage) pèse plus lourd chez les ménages modestes.
Pour la Sécurité Sociale, la question de soumettre à cotisations sociales (hors CSG) les dizaines de milliards d'euros annuels de revenus de placements financiers n'est même pas abordée.
En 2010, la France empruntera 150 milliards d'euros pour faire face à ses échéances, et sans compter le "Grand Emprunt", l'idée estivale d'un Monarque en panne de contre-feux médiatiques. Le plus surprenant est que cette dérive des comptes publics ne s'est accompagnée d'aucune mesure sociale d'envergure. Les pauvres restent pauvres, les précaires restent précaires. Tout juste, certains reçoivent ils quelques aumônes sociales de circonstance.

On nous explique que tout cela est normal, logique, inévitable et pragmatique. Les entreprises seraient soutenues, grâce à la suppression de la taxe professionnelle (12 milliards d'euros). Les ménages, eux, gagneront une taxe carbone, un maigre RSA et quelques prêts à taux zéro pour s'acheter un logement neuf. On rappelera au passage que l'Etat s'est privé d'une dizaine de milliards d'euros de plus-values: en prêtant 10 milliards d'euros aux banques françaises en novembre dernier, il a soigneusement omis de prendre quelques parts dans le capital de ces banques exsangues. Tout juste avait-il obtenu, dixit Christine Lagarde, quelques 20 milliards d'euros en actions préférentielles. Oui mais voilà, les banques aidées ont décidé de rembourser par anticipation leurs emprunts de crise. Et l'on découvre que les "experts" de Bercy ont accepté il y a 10 mois de se faire rembourser ces actions préférentielles ... leur prix d'émission, soit les cours de bourse quand ces derniers étaient au plus bas. Le manque à gagner est évalué à près de 12 milliards d'euros pour les seules BNP-Paribas et Société Générale : 10 fois le RSA...

Qui a dit que Sarkozy était compétent ?

Sarkozy se couche à l'étranger
A l'étranger, l'hypocrisie n'a-t-elle pas trop duré ? Depuis 2007, la diplomatie française est incohérente et inefficace, n'en déplaise aux commentateurs dociles de certains journaux français: Sarkozy menace, mais se couche; il crie aux droits de l'homme en Afghanistan, mais il applaudit les putchistes de Guinée. Contre les talibans d’Afghanistan ou le régime iranien, il fustige leur « barbarie », il réhabilite la Libye ou la Syrie, jusqu’à leur promettre un peu de technologie nucléaire. Il y a à peine dix jours, Nicolas Sarkozy s'affichait encore déterminé, provocateur et cinglant contre l'Iran. Le sommet du G20 était interrompu par une conférence de presse de Barack Obama, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy. L'Occident venait d'avoir confirmation de l'existence d'une deuxième usine d'enrichissement d'uranium. A l'ONU, lors d'une séance filmée (et largement commentée) du Conseil de Sécurité, Nicolas Sarkozy prend à partie le président américain : « Monsieur le président Obama, je soutiens la main tendue des Américains. Qu’a amené à la communauté internationale ces propositions de dialogue ? Rien." En fait, la France soutenait depuis des semaines les négociations américaines avec l'Iran.
Mercredi, l'hebdomadaire Bakchich révèle en effet que la France s'est rangée à une proposition américaine redoutable, acceptée jeudi par l'Iran : l'uranium iranien sera transféré et enrichi en France, pour retourner ensuite à Téhéran. Qui reste dupe des rodomontades du Monarque de l'Elysée ?

En Guinée, la France a été prise à revers. Nous reprochions l'attitude conciliante de Sarkozy et son émissaire Alain Joyandet vis-à-vis des putchistes de Guinée. Leur chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, avait promis en janvier aux Français qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle d'ici la fin de l'année. Les Etats-Unis dénoncèrent le putsch immédiatement, et suspendirent leurs aides (excepté le soutien humanitaire). Alain Joyandet se rend en Guinée dès le 3 janvier. Le secrétaire d'Etat promet 3 millions d'euros pour organiser des élections rapidement et revient "rassuré". Début août, Joyandet retourne en Guinée, et rappelle le message de la Sarkofrance: des élections rapides, et pas de candidature militaire... le docile secrétaire ne s'inquiète pas, publiquement, d'un éventuel changement de cap au sein du pouvoir guinéen. Lundi dernier, 167 opposants ont été tués par les forces gouvernementales dans un stade de Conakry. L'opposition organisait une manifestation. Cette boucherie gêne la France. Le secrétaire d'Etat à la Coopération est resté étrangement silencieux. Sur son blog, il parle relance, taxe professionnelle et "France Volontaires". Courage, fuyons ! Mercredi, Bernard Kouchner a informé le monde que la France, comme l'Europe, suspendait son aide militaire. Françafrique, France aveugle ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Quand Sarkozy se moque des "forces vives de la nation"

C'était mardi dernier, à Avignon, lors du discours de Nicolas Sarkozy à propos de son plan "Jeunes".

vendredi 2 octobre 2009

Sarkozy négociait pour la France l'enrichissement de l'uranium iranien


« Monsieur le président Obama, je soutiens la main tendue des Américains. Qu’a amené à la communauté internationale ces propositions de dialogue ? Rien. Plus d'uranium enrichi, plus de centrifuges, et de surcroît, last but not least, une déclaration des dirigeants iraniens proposant de rayer de la carte un membre de l'organisation des Nations Unies. Il y a un moment où les faits sont têtus, et il faudra prendre des décisions. Si nous voulons un monde sans armes nucléaires à l'arrivée, n'acceptons la violation des règles internationales».
Ainsi s'exprimait Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, à New York, lors d'une réunion du Conseil de Sécurité. Sarkozy était filmé, le doigt tendu, le regard noir. Obama regardait en l'air, la traduction à l'œuvre dans ses oreillettes.

A peine 8 jours plus tard, Nicolas Sarkozy devrait avaler son chapeau de cow-boy de western de série Z. C'est finalement la France qui va enrichir l'uranium de l'Iran. Et cette décision, l'une des conséquences d'un accord conclu par les Américains, est en fait en préparation depuis des mois.

Négociations en coulisses
Voici une troublante information que BAKCHICH, dans sa version papier hebdomadaire, dévoilait mercredi à ses lecteurs : les Etats-Unis, appuyés par la France, négocient en coulisses un accord sur le nucléaire iranien. Et le lendemain, l'Iran et les représentants du Conseil de Sécurité sont effectivement tombés d'accord.

Dans un article intitulé « Le cadeau atomique de Paris à Téhéran », l’hebdomadaire explique qu’il « ne faut pas toujours se fier aux effets de tribune ». En effet, depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas eu de mots assez durs contre l’Iran, au point qu’on a pu lui reprocher de jeter de l’huile sur le feu. Il s'est même permis, à plusieurs reprises, de critiquer publiquement l'administration Obama de pratiquer une politique de la main tendue jugée inefficace.
La diplomatie française est largement incohérente : contre les talibans d’Afghanistan ou le régime iranien, elle fustige leur « barbarie ». Mais en parallèle, la France sarkozyenne a très rapidement réhabilité d’autres régimes peu recommandables comme la Libye ou la Syrie, allant jusqu’à leur promettre un peu de technologie nucléaire. Rappelez-vous les explications françaises embarrassées en juillet 2007 quand on apprit que la France allait construire une centrale nucléaire pour « dé-saliniser » l’eau de mer.

Début juillet dernier, la France payait le prix des provocations verbales de son monarque : une jeune Française, Clotilde Reiss, fut arrêtée, emprisonnée et jugée par le régime de Téhéran. Libérée après plusieurs semaines de détention, elle reste recluse à l’ambassade de France. BAKCHICH révèle que de nombreuses rencontres sont intervenues entre représentants français et iraniens.

BAKCHICH publiait même des extraits d’une note confidentielle de la Direction des Affaires Stratégies, de Sécurité et du Désarmement (ASD), datée du 14 septembre, préparant la réunion du 1er octobre entre France, Royaume Uni, Allemagne, Russie, Chine et Etats-Unis sur le nucléaire iranien à Genève. On peut y lire que le Quai d’Orsay propose d’accepter l’idée américaine de sortir d’Iran 1,2 tonnes d’uranium faiblement enrichi, de le ré-enrichir pour le rendre ensuite à l’Iran.
"1- Le rapport du Directeur Général de l’AIEA sorti le 28 août confirme que l’Iran poursuit ses activités d’enrichissement d’uranium, en violation des résolutions du Conseil de Sécurité. (…) 4- Le réacteur de recherche de Téhéran (TRR) dont le combustible est fabriqué à partir d’uranium enrichi à 19,7% sera à court de combustible à partir du second semestre 2010. Les Iraniens ont donc demandé à l’AIEA la possibilité d’enrichir leur uranium à ce taux (l’uranium iranien est pour l’instant enrichi à 3,5%) ; en cas de refus de l’Agence, ils pourraient utiliser ce prétexte pour enrichir à 19,7% leur uranium. Les Américains ont imaginé que soit proposé à l’Iran de sortir de son territoire 1200 Kg d’uranium faiblement enrichi pour que celui-ci soit ré-enrichi puis transformé en combustible à l’étra,ger avant de retourner en Iran. L’enrichissement se ferait en Russie, la fabrication du combustible en France (l’Argentine et la France étant les seuls pays dont un industriel dispose du savoir-faire nécessaire). Nous avons donné, sous conditions, notre accord aux Etats-Unis pour cette opération."
Incohérences françaises
BAKCHICH souligne également que la Présidence est divisée sur le cas iranien : le sherpa du Président, Jean-Daniel Levitte, et son ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, sont favorable d’une rupture totale avec l’Iran, suivant la politique « néocon » de l’ancienne administration Bush. Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, est au contraire partisan d’une réconciliation. Ce dernier a notamment eu recours à Michel Rocard comme intermédiaire. D’après BAKCHICH, l’ambassadeur d’Iran en France a ainsi rencontré Rocard le 10 août, puis Guéant le 1er septembre (dans les bureaux parisiens de Michel Rocard), puis Michel Dubois, un conseiller de Rocard, le 16 septembre. Énervé, Jean-Daniel Levitte a exigé de l’ambassadeur iranien, le 18 septembre, qu’il cesse ces rencontres officieuses. Quand à Bernard Kouchner, il s’est prononcé, le 30 septembre, contre des sanctions envers l’Iran : « Je ne suis pas un fanatique des sanctions qui frappent le peuple. Parfois c'est utile, mais on n'en parle pas pour le moment, à Genève ils n'en parlent pas pour le moment». Pour ajouter à la confusion, Hervé Morin, le ministre de la Défense, s’est exprimé, le même jour, … pour des sanctions !

"Si l'Iran ne répond pas d'ici à décembre aux demandes de l'AIEA, il est indispensable que la communauté internationale décide de sanctions. La France est déterminée sur ce point. Il n'y a pas d'autre stratégie"

Jeudi, le « groupe des 6 » et l’Iran sont parvenus à un drôle d’accord : ils ont «convenu en principe que l'uranium faiblement enrichi en Iran sera exporté dans d'autres pays pour être totalement enrichi». Vous avez bien lu : « totalement enrichi ». La France va donc produire ces 1200 kg d'uranium enrichi pour l'Iran.

Malgré les rodomontades du Monarque français, la France a accepté d’enrichir totalement l’uranium iranien.

Totalement.

L'accord est "historique", note le Figaro. Historique, le retournement de veste du président français l'est tout autant.


L'élargissement du RSA aux jeunes... sans impact

jeudi 1 octobre 2009

Juges indépendants, vous avez dit indépendants ?


Mercredi, Dominique de Villepin était interrogé au tribunal. Depuis le début du procès de l'affaire Clearstream, il est enfin parvenu à présenter cette instruction comme une vengeance politique. Et Sarkozy est tombé dans le panneau. Depuis, les proches du président n'ont d'autre solution que de s'arrimer à l'indépendance de la justice pour plaider "l'innocence" de leur Monarque... ironie de l'histoire. La situation est cocasse. A quelques mois de la suppression annoncée du juge d'instruction, voici donc la Sarkofrance toute entière accrochée à l'indépendance des juges.

Clearstream, et ses obscurs rebondissements
Le feuilleton continue, pour le plus grand plaisir des chroniqueurs judiciaires et politiques. Le faux lapsus présidentiel, mercredi 23 septembre, où Sarkozy qualifiait de "coupables" tous les prévenus de l'affaire, avait secoué jusqu'aux rangs du camp UMP. Vendredi, Dominique de Villepin a assigné Nicolas Sarkozy pour violation de la présomption d'innocence. Un huissier s'est donc présenté lundi à l'Elysée, pour y délivrer à "Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, président de la République, demeurant Palais de l'Elysée, 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris" une assignation à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris. Le Monarque ne pouvant être jugé tant il est président, cette plainte l'attendra sagement jusqu'à la fin de son mandat.

L'affaire se retourne
Plus le procès avance, plus le public en apprend de belles... Ainsi, la semaine dernière, Imad Lahoud a réaffirmé qu'il connaissait Dominique de Villepin. Il l'avait déjà dit dans le passé. Villepin nie toujours. Le lien entre les deux hommes est ténu: Lahoud était voisin et proche de la belle-soeur de Dominique de Villepin. "J’ai connu Dominique de Villepin par l’intermédiaire de sa belle-soeur Delphine et son beau-frère Michel" a-t-il admis à la barre. Lundi, Edwy Plenel, qui est également partie civile, a donné son interprétation de l'affaire: s'il ne sait pas pourquoi son nom s'est retrouvé dans ces listings truqués, il est convaincu que Dominique de Villepin n'est pour rien dans l'affaire. Mercredi 30 septembre, ce fut au tour de l'ancien premier ministre d'être écouté à l'audience: "A aucun moment le nom de Nicolas Sarkozy ou un de ses patronymes n'a été évoqué". Il dégage aussi la responsabilité de Jacques Chirac. Et affirme que "L'affaire aurait pu s'arrêter le 25 mars, elle aurait dû s'arrêter le 25 mars", date à laquelle Imad Lahoud a été (malheureusement ?) libéré d'une garde à vue. Il avait réussi à faire croire qu'il savait comment trouver Ossama Ben Laden. A trop vivre dans le secret, certains barbouzes en deviennent pitoyables de crédulité.

Parallèlement, il est acquis qu'Imad Lahoud a fréquenté des proches de ... Nicolas Sarkozy. L'informaticien était visiblement bien introduit. Le JDD a révélé qu'un rapport policier faisait état de rencontres en 2004 et 2005 entre Imad Lahoud et François Pérol (ancien conseiller économique du président, et à l'époque directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'Economie... Nicolas Sarkozy). "François est un excellent ami" a déclaré Lahoud à l'audience. Les deux hommes ont déjeuné 14 fois ensemble entre 2004 et 2005. Nathalie Kosciusko-Morizet a également rencontré avec Lahoud, par l'intermédiaire de son mari qui travaillait chez EADS. Et l'épouse de Lahoud était, en 2005, la chef de cabinet d'Eric Woerth, l'actuel ministre du budget...

Mercredi, Dominique de Villepin a contesté, point par point, toutes les accusations portées contre lui, et attaqué à nouveau Sarkozy : "Il a mis en cause le président Chirac et moi-même auprès de nombreux journalistes, très précisément. Il a menacé des hauts fonctionnaires, comme Yves Bertrand et Philippe Massoni. Ce dossier a été construit de manière unilatérale, pour les intérêts d'une seule partie civile, qui veut se faire justice elle-même. L'instruction a été faussée. Cette confiscation n'a été possible que parce qu'il y a eu un gel du dossier : personne ne voulait s'en mêler. L'Intérieur s'est retrouvé seul avec la DST, j'ai pris le risque de mener l'enquête à son terme. Mes gardes des Sceaux successifs m'ont parlé de harcèlement à leur égard. Quand Nicolas Sarkozy prononce le mot “Clearstream”, sa physionomie change. Il y a de sa part un acharnement à détruire un adversaire politique".

Et le Karachigate ?
Que font les juges ? Il y a 4 mois, Hervé Morin promettait la levée du secret défense d'ici septembre pour permettre aux deux magistrats en charge de l'instruction de vérifier quels ont été les éventuels bénéficiaires de commissions occultes lors de la vente de 3 sous-marins français au Pakistan en 1994, quand Edouard Balladur était premier ministre et Nicolas Sarkozy son ministre du budget. Nous sommes le 29 septembre. Les services de la Défense ont eu 3 mois pour faire le ménage. Les services de la Défense ont eu trois mois pour faire le ménage... Les juges indépendants peuvent travailler.

Les juges sont "i-n-d-é-p-e-n-d-a-n-t-s". Avez vous bien compris ?


Sarkozy au G20, 8 jours après...

L'Elysée a cru bon de diffuser un "making of" de l'interview enregistrée de Nicolas Sarkozy par David Pujadas et Laurence Ferrari le 23 septembre dernier. Tranche de vie...



Bizarrement, l'Elysée n'a pas publié cette video: