samedi 7 novembre 2009

131ème semaine de Sarkofrance : mi-mandat, plein échec.


C'était une semaine d'anniversaire : Obama devait fêter sa première bougie d'élection, le Mur de Berlin est tombé il y a bientôt 20 ans... et Nicolas Sarkozy franchit sa mi-mandature. Mais les proches du président français sont inquiets. Il n'y eut point de célébration pour ces 30 mois de reniements et de crise morale. Son camp est troublé, sa popularité en berne, son projet politique dans l'impasse. La Sarkofrance est ensablée.

Désarroi politique, cacophonie médiatique
Des scandales à répétition, des déficits publics abyssaux, une politique économique en question, le désarroi est, à droite, flagrant. La majorité UMP est chafouine. On se gifle, on se fâche, on se tance.

Dimanche dernier, le Monarque a été stupéfait. Une vingtaine de sénateurs emmenés par Jean-Pierre Raffarin ont signé une tribune contre la réforme de la taxe professionnelle. Ils ne protestent pas contre la suppression de la dite taxe, mais contre l'absence de péréquation territoriale bien définie après 2010. De surcroît, une autre "réforme", celle des collectivités locales qui entend fusionner les assemblées régionales et départementales (et donc redistribuer les compétences), n'est même pas votée. Eric Woerth s'agace. Raffarin est convoqué chez Sarkozy. La ficelle est grosse. Sarkozy veut remettre au pas des régions qui résistent à la droite depuis 2004: un scrutin uninominal à un tour pour favoriser le parti unique de la droite, des finances décidées par l'Etat central, un Grand Paris pour noyer le pouvoir exécutif de la capitale perdu depuis 2001. Ajoutez-y l'impact désastreux sur la parité en politique - la fusion des conseillers régionaux et généraux va réduire, en l'état, le nombre de femmes élues dans ces assemblées locales, et la question s'impose : qui a dit que nous étions dans une démocratie apaisée ?

Dimanche toujours, Nadine Morano a été envoyée au front. Elle fusille Rama Yade d'une déclaration sur Dimanche+ : « Quand on n'est pas d'accord avec la politique menée par le gouvernement, c'est simple : ou on ferme sa gueule, ou on démissionne. » La secrétaire d'Etat aux Sports répond le lendemain : "En politique, on ne répond pas en descendant à ce niveau-là." Jeudi 5 novembre, François Fillon la rappelle à l'ordre, dans les colonnes du Monde: "On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement."

Autre sujet de discorde et de mesquineries médiatiques : le "Grand Emprunt" sera-t-il grand ? Transformer le surendettement public en projet collectif et populaire, c'est le projet fétiche, et irresponsable, d'Henri Guaino, le conseiller spécial et non-élu de Nicolas Sarkozy. Les deux présidents de la commission chargée d'élaborer des propositions d'investissements "stratégiques" sur cet emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé, ont expliqué à plusieurs reprises que le montant de l'emprutn ne devrait pas dépasser les 30 à 35 milliards. Le sang d'Henri Guaino n'a fait qu'un tour. Il a mobilisé lundi une soixantaine de députés en faveur d'un "grand Grand Emprunt" d'au moins 50 milliards d'euros. Mercredi, lors de son entrevue "confidentielle" avec quelques responsables de journaux, Nicolas Sarkozy a tranché : le "Grand Emprunt" sera dans une fourchette de 25 à 30 milliards d'euros, environ 1000 euros par ménage à rembourser...

Mardi, lors de la réunion hebdomadaire du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, François Fillon réplique à son tour : «Le pouvoir exécutif était totalement en dehors de cette démarche. Les conseillers du président ne font pas partie du pouvoir exécutif !». Le premier ministre n'a pas apprécié l'initiative occulte d'Henri Guaino. Ce dernier répond qu'il se sent "insensible à toute forme de recadrage". On se croirait dans une cour d'école...

Mercredi, le Figaro vient à la rescousse de son chef, et publie un plein article pour expliquer que Sarkozy est "prêt pour la deuxième étape du quinquennat. " Mercredi encore, Nicolas sarkozy reçoit les chefs des services politiques ou directeurs adjoints des rédactions du Monde, du Figaro, de Libération, du Parisien, du Journal du Dimanche et de l'AFP. Il fait passer ses messages "off": Rama Yade n'a pas l'esprit d'équipe. Elle va sauter lors du prochain remaniement, après les élections régionales de mars prochain. Sarkozy veut que la presse docile répète ses propos, mais sans dire qu'ils sont de lui. Un journaliste de France Inter, agacé par cette manipulation, lâche le morceau. Si Sarkozy veut s'exprimer, qu'il le fasse !

Les surprises du budget 2010
L'examen du budget 2010 révèle bien des surprises. Didier Migaud dévoile que l'abandon, depuis le 1er janvier 2007, de toute taxation des plus-values à long terme des cessions d'actifs a coûté 20,5 milliards d'euros en deux ans au budget de l'Etat. Une sacrée niche fiscale instaurée par Jean-François Copé, l'avocat d'affaires et député UMP qui était à l'époque ministre du Budget. Un autre député socialiste, Jean Launay, a épluché les factures de sondages réglées par l'Elysée en 2008 et 2009. Il a obtenu la confirmation de la boulimie sondagière du Monarque : plus d'un sondage d'opinion par jour a été commandé par l'Elysée. Choisis, définis et financés par la Présidence de la Rpublique, des dizaines de sondages ont été ensuite partiellement publiés par des divers médias sans que le réel commanditaire ait été mentionné à l'attention du public; nombre d'enquêtes servaient des lubbies présidentielles ("pour ou contre une minute de silence en mémoire des Poilus de la Guerre de 1914-18 ?"), ou des enjeux électoraux de l'UMP; et un conseiller, Patrick Buisson, rémunéré 1,5 millions d'euros l'an passé, s'est constitué une cagnotte de près d'un million d'euros de marge sur les études qu'il commandait. Vendredi, la ministre de la Justice a refusé qu'une commission d'enquête parlementaire soit constituée sur le sujet.

Etes-vous surpris ?

L'Elysée a fait le ménage, ses dépenses sondagières ont été réduites à 1,5 millions. Mais le Service d'Information du Gouvernement (SIG) a conclu rapidement une batterie de commandes auprès des 7 instituts qui travaillaient pour l'Elysée, pour la coquette somme de 3 millions d'euros à nouveau...

Mi-mandat, plein échec
Jeudi, Henri Proglio, PDG de Véolia, a été réélu en tant qu'administrateur d'EDF par l'Assemblée générale des actionnaires. Il ne lui reste plus qu'à être nommé président du groupe public en Conseil des Ministres, vers le 25 novembre prochain. Cette nomination heurte certains petits actionnaires d'EDF. On parle de confusion des valeurs en Sarkofrance. Sarkozy a gagné l'élection de 2007 sur des valeurs, celles d'une droite décomplexée sur la fierté nationale, prônant le travail et l'effort, un discours de vérité et la tenue des promesse. Sarkozy s'assumait comme le chevalier qui allait casser l'hydre laxiste de mai 1968, cette période funeste jugée responsable de tous les maux de la France d'aujourd'hui, une France restée rebelle et sans repère, honteuse de son passé et paresseuse au travail. Trente mois plus tard, la vérité est rude. Sarkozy est apparue bien laxiste sur le terrain des valeurs, et de la rigueur morale : penchants bling bling souvent coûteux pour le budget de l'Etat (comme ces 16 millions dépensés pour un micro-sommet méditerranéen), augmentation de son propre salaire de 172%, népotisme et plantouflage pour ses proches, complaisance mercantile avec les dictateurs du monde, etc...
Sarkozy voulait redorer le blason de l'identité nationale, ministère à l'appui. Trente mois plus tard, ce ministère, géré par Brice Hortefeux puis Eric Besson n'a davantage existé par les polémiques récurrentes et honteuses qu'il a suscitées : rafles aux sorties d'écoles, expulsions couteuses et inefficaces, métiers réservés aux étrangers, tests ADN pour le regroupement familiale, politique du chiffre, harcèlement des migrants, déstabilisation des associations d'aide aux sans-papier, etc... Combien de Français ne sentent plus fiers de leur pays aujourd'hui ? A l'étranger, la France est désormais présentée par les médias du monde comme une république bananière, gérée par un Monarque agité et inconstant, qui donne des leçons à tous qu'il ne respectent même pas lui-même. A force d'éplucher ses comptes, d'étudier ses déplacements (283 depuis janvier), d'écouter ses discours à répétition, on a tous fini par découvrir les coulisses du Sarko-show. Elles sont peu ragoutantes. Sarkozy manipule les sondages, évite ou neutralise les contestataires grâce à des dispositifs policiers hors normes et coûteux, caste les "vrais travailleurs" qu'il rencontre à chacun de ses déplacements. L'identité sarkozyste se révèle pour ce qu'elle est: une manipulation médiatique sans profondeur.

Que dire enfin du travail ?

Nucléaire, le cancer de la République ?
Lundi, Nicolas Sarkozy était revenu du Cap Nègre pour annoncer un plan Cancer, grillant ainsi la politesse à Roselyne Bachelot. C'était un sujet rêvé pour sortir des minables polémiques de ces dernières semaines. Qui peut être contre un plan cancer ? Sarkozy promet donc 750 millions d'euros "de dépenses nouvelles", sur 4 ans, ponctionnés on ne sait où. Il fixe quelques objectifs à son plan Cancer II, comme l'analyse des risques, ou la réduction des inégalités face à la maladie. Il promet une Journée nationale de l’activité physique". Il se félicite de l'augmentation, en janvier, de 6% des prix du tabac, alors que toutes les organisations anti-tabac ont accusé le gouvernement d'avoir cédé aux pressions des lobbies du tabac. Il néglige surtout d'insister sur l'impact des les dégâts environnementaux sur la progression des cancers en France. Facheuse coïncidence, les autorités de sûreté nucléaire française, britannique et finlandaise, dans une déclaration commune, ont émis de sérieux doutes sur la conception du système de contrôle-commande des réacteurs EPR de troisième génération. Les inquiétudes des autorités ne sont pas minces: elles portent sur "le système de sécurité utilisé pour piloter le réacteur en cas d'incident" ! Chacun de deux EPR en cours de construction coûte 3 à 4 milliards d'euros pièce ! Un ministre, anonyme, a déclaré que cette alerte ferait perdre deux à trois ans aux chantiers.

Mardi, le Monarque est retourné au Cap Nègre. Il se repose.

Eric Besson à la peine
Le ministre de l'identité nationale a lancé son débat éponyme lundi, site Web "filtré" à l'appui. Pour le reste, l'opération a fait choux blanc. Les préfets et sous-préfets ont bien reçu leurs consignes, mais l'organisation des débats patinent. Cinq jours plus tard, le site mentionne péniblement 6 rencontres, étalées jusqu'en janvier. Jeudi, le ministre Besson tenait son premier vrai débat "physique", à Sciences Po-Paris. A en croire les témoins, on parla moins d'identité française que de l'opportunité d'un tel débat. Le ministre fut accueilli par 150 étudiants chantant la Marseillaise, tout en brandissant une banderole "Besson Démission".

Vendredi, Nicolas Sarkozy s'est rendu à la remise des premiers prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits. L'ancien président Chirac s'affiche serein. Il n'a jamais été aussi populaire. Cette semaine, il a été rattrapé par une sale affaire, une histoire d'emplois fictifs quand il était maire de Paris. Il publie aussi un premier volet de ses mémoires, sans surprise. Sarkozy s'est bien abstenu du moindre commentaire. Il y a à peine 10 jours, on ne parlait que de l'affaire Clearstream, un vestige de la guerre des droites, du temps ou Chirac et Sarkozy étaient les meilleurs ennemis du monde.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

La Cimade dénonce l'industrialisation des Centres de Rétention

La Cimade a publié son 8ème rapport sur l'immigration. Nous en avions parlé il y a quelques jours. Une représentante de la Cimade de la région Rhône Alpes explique, exemples à l'appui. Ainsi, 160 enfants sont passés au centre de rétention de Lyon en 2008.



vendredi 6 novembre 2009

6 mai 2007 - 6 novembre 2009 : comment Sarkozy a perdu ses valeurs


Les commentaires sont durs ou complaisants, les sondages sont désastreux. A mi-mandat, Nicolas Sarkozy ne convainc pas grand monde, sauf son carré de fidèles. Et à droite, le soutien est par défaut, et non par adhésion. Les récentes frondes au sein de sa majorité expriment un désarroi certain qui est avant tout politique: Sarkozy déçoit, mais reste seul crédible à droite. L'UMP avance un chiffre invérifiable : 90 réformes auraient été mises en oeuvre depuis mai 2007. Elle radote. L'argument date de mai dernier. "bling bling, mensonges et nervosité", tel pourrait être le résumé de cette mi-mandature. Sarkozy a perdu la bataille des valeurs. Il lui reste trente autres mois pour rebondir.

Les valeurs bafouées de Sarkofrance
A mi-mandat, on pourrait établir un bref rappel des promesses non tenues, et des réformes votées (à défaut d'être mises en oeuvre). On devrait surtout revenir sur le socle du programme électoral de Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2007: Sarkozy avait gagné sur les valeurs. Trente mois plus, ces dernières sont bafouées.

"Contre mai 1968" : en 2007, Nicolas Sarkozy a fait campagne contre "l'esprit de Mai 1968", responsable à ses yeux de la dégradation du respect pour l'autorité et le travail, et notre fierté nationale. A cause des évènements de mai 1968, la France restait restait rebelle et sans repère, honteuse de son passé (ah ! La repentance !) et paresseuse au travail. Depuis mai 2007, Sarkozy s'est couché. Il a fait preuve d'une tolérance, troublante pour son socle électoral, en matière de moeurs: les affaires Polanski puis Mitterrand ont laissé des traces. On oubliera qu'il s'est remarié quelques semaines après après son second divorce. Côté repentance, son discours de Dakar, rédigé par l'obscur Henri Guaino, sur le "retard de l'homme africain" a choqué un continent. Autre désastreux symbole, Sarkozy lui-même part souvent en vacances, prolongeant notamment nombre de voyages "officiels", ou accumulant les allers et retours avec le Cap Nègre. Il se montre paresseux.

Pour l'identité Nationale Française : cheval de Troie auprès de l'électorat frontiste, l'identité nationale fut la seconde valeur porteuse de la droite décomplexée de mai 2007. Un ministère éponyme fut même créé. En quoi a -t-il redoré le blason national et la fierté d'être Français ? Ce ministère, géré par Brice Hortefeux puis Eric Besson n'a existé que par les polémiques récurrentes et honteuses qu'il a généré : rafles aux sorties d'écoles, expulsions couteuses et inefficaces, métiers réservés aux étrangers, tests ADN pour le regroupement familiale, politique du chiffre, harcèlement des migrants, déstabilisation des associations d'aide aux sans-papier, etc... Trente mois après sa création, ce ministère est plutôt celui de la honte. Suprême aveu involontaire, Eric Besson lance un débat sur la fierté nationale. La Sarkofrance est-elle si perdue que cela ?

Pour le travail : une valeur revendiquée haut et fort par le terrifiant slogan "travailler plus pour gagner plus". Nicolas Sarkozy louait la récompense du mérite et de l'effort. le Monarque avait promis de chasser les 35heures hors de France, de débusquer les paresseurx, de remettre les vieux au travail, de casser les retraites trop généreuses. Trente mois plus, les Français cherchent à travailler... tout court. La crise a rattrapé l'idéologie. Sarkozy s'est transformé en gauchiste de circonstance et de verbe. Il doit stigmatiser les patrons-voyous, les méchants traders, les horribles banquiers. Pourtant, ses proches sont des banquiers, des patrons, parfois des traders. Lui-même, avocat, a conseillé des placements dans les paradis fiscaux. Sarkozy déroute. Les Français retiennent son obstination à conserver un bouclier fiscal qui ne profite qu'aux riches. Les bonus bancaires ne sont pas plafonnés.

La République irréprochable : Nicolas Sarkozy a enfin bâti son discours de campagne sur son futur comportement de président. Avec lui, la République serait irréprochable, la vérité (sur l'état du pays) serait dite, les promesses de réformes seraient tenues. Sur ces terrains, Nicolas Sarkozy a fait défaut. La République sarkozyenne mérite d'abord nombre de reproches : ses penchants "Bling Bling" ont déteint sur sa gestion. Nicolas Sarkozy n'a aucune maîtrise ni retenue dans la gestion de ses dépenses élyséennes : nouvel avion (pour voyager plus, y compris à titre privé), réceptions à répétition (les 16,6 millions d'euros du Sommet pour l'union pour la Méditerranée n'étant qu'une triste illustration), augmentation de son propre salaire. Le président est également sujet au népotisme (cf. l'affaire Jean Sarkozy) et au favoritisme : les conflits d'intérêt manifestes et à répétition ont concerné jusqu'à ses plus proches collaborateurs (François Pérol, Philippe Mariani, etc).

Ensuite, son discours s'est bien souvent éloigné de la vérité. Sarkozy a menti, et à de nombreuses reprises. Le story-telling en Sarkofrance ne parvient plus à masquer la réalité : la finance mondiale n'a pas été réformée à la hauteur des cris présidentiels. Le bouclier fiscal est justifié par de faux arguments, car il exonère les gros revenus du patrimoine, et non du travail; et de surcroît, il n'est absolument pas figé dans la Constitution allemande, contrairement à une légende tenace que Sarkozy a répété une demi-douzaine de fois.

Plus dures, les coulisses du show sarkozyen ont enfin été dévoilées : financement occulte de sondages publiés par certains médias complaisants, casting des "Français" témoins de ses visites de terrain (par la taille et/ou leur sympathies politiques), bouclages policiers des centres-villes et des villages, neutralisation des manifestations d'opposants, la Sarkofrance s'est affichée comme un cycle de représentations médiatiques sans véracité ni sincérité. Sarkozy a été humilié de voir dévoiler que ses conseillers castaient les figurants de ses meetings en fonction de leur taille.

Ce qu'il a fait, sans l'avoir promis
Surtout, ces 30 premiers de mandature ont aussi révélé quelques traits de caractère du Monarque : il est nerveux. Depuis mai 2007, combien de fois a-t-il été surpris perdant ses nerfs, contre ses proches, des députés de la majorités, des journalistes trop insistants ? Sa nervosité l'a également amené à agir avec précipitation, sans la réflexion nécessaire. La crise géorgienne, en août 2008, fut un bel exemple. La Géorgie titille son gros voisin russe. Ce dernier l'envahit. Sarkozy se précipite, sans concertation, en Russie et en Géorgie. Il revient en proclamant qu'il a obtenu un accord de retrait des forces russes. On découvre, à peine une semaine plus tard, qu'il a concédé que la Russie, par la création de deux "Etats indépendants" pro-russes, deux régions de la petite Géorgie.

Sarkozy pratique aussi l'auto-satisfaction en permanence, écoute peu les conseils, et reste persuadé d'avoir raison contre tout le monde. Ces dernières semaines, la fronde est manifeste. L'affaire Jean Sarkozy a marqué les esprits. Sarkozy n'écoutait que lui-même. Ses conseillers sont devenus des courtisans. On n'ose plus critiquer. Le phénomène est d'autant plus marquant, et déstabilisant, que Nicolas Sarkozy reste médiatiquement omniprésent. Il se substitue à Roselyne Bachelot pour présenter un plan Cancer, il efface Bruno Le Maire pour parler agriculture. Il écrase Bernard Kouchner dès qu'on traite de diplomatie.

Au final, Nicolas Sarkozy a perdu le combat des valeurs.

Il est inaudible, même à droite. Il reste dangereux, surtout à gauche.





Sarkozy : "Des couacs ? ça ne se reproduira pas"

C'était il y a 18 mois, presqu'un siècle auparavant. Nicolas Sarkozy avouait déjà quelques couacs au sein de son gouvernement. Mais il affirmait, calmement, que "cela ne se reproduira pas." Mercredi, Nicolas Sarkozy s'est personnellement adressé à 6 journalistes, pour qu'ils relayent son énervement. Chut ! C'est du off ! Qui étaient ces heureux élus ? Les chefs des services politiques ou directeurs adjoints des rédactions du Monde, du Figaro, de Libération, du Parisien, du Journal du Dimanche et de l'AFP, nous révèle Rue89. Le soir même, l'AFP lance la danse: « Le président Nicolas Sarkozy juge que Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Sports, a une “difficulté à s'insérer dans une équipe, quelle qu'elle soit”, a-t-on appris mercredi auprès de l'Elysée. » Jeudi 5 novembre, François Fillon en rajoute une couche, dans les colonnes du Monde: "On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement."
Pourquoi tant d'efforts ? Parce que la crise est politique. Rama Yade est un prétexte, un paratonnerre qui devait prendre les foudres présidentielles.

Le camp Umpiste est troublé. Des scandales à répétition, des déficits publics abyssaux, une politique économique en question. Sarkozy est inquiet.




jeudi 5 novembre 2009

Affaire Coupat, qui est coupable ?


L'Elysée est inquiète, du climat politique général, d'un agenda qu'elle ne maîtrise plus, des échecs médiatiques de son Monarque. Les proches du pouvoir usent et abusent de toutes les cartouches dont ils disposent. L'insécurité en fait partie. C'est un terrain risqué. Lundi, un ministre de l'intérieur en panne d'idées a suggéré une nouvelle loi, un couvre-feu inapplicable contre les jeunes délinquants. Mardi, un quotidien révélait les failles de l'enquête contre la "Bande de Tarnac", une autre médiatisation inutile de Sarkofrance.

La bande de Tarnac, et sa mauvaise enquête.
Il y a un an, à quelques jours près, neuf personnes, soupçonnées d'avoir saboté des lignes TGV, étaient interpellées à Tarnac et incarcérées pour «association de malfaiteurs, destructions et dégradations en relation avec une entreprise terroriste». C'était l'une des interventions les plus médiatisées de la nouvelle DCRI (Direction centrale du Renseignement Intérieur), ce service de renseignement créé en juillet 2008, rattachée directement à l'autorité du président de la République, et issue de la fusion des Renseignements Généraux et de la DST. La "bande de Tarnac" était l'une des illustrations d'une menace devenue mythique, celle de "l'ultra-gauche", une menace mythique de Sarkofrance, agitée régulièrement par le gouvernement et l'UMP. L'ultragauche est un chiffon rouge très utile, "idéologiquement construit", pour effrayer le socle âgé de l'électorat sarkozyste.

Depuis, tous ces "terroristes" ont dû être relâchés faute de preuves, et les soupçons se sont orientés vers une pistes d'antinucléaires allemands. Julien Coupat, "leader" du groupe, passa plus de 6 mois en prison. Une espèce de garde à vue prolongée qui n'aboutit sur rien.

Lundi 2 novembre, les avocats de Julien Coupat et Yldune Levy ont remis une note au juge d'instruction en charge de l'affaire, dans laquelle ils détaillent les nombreuses anomalies qu'ils ont relevées dans l'enquête. Le quotidien Libération en a fait sa une, le même jour. Les incohérences sont "incroyables", comme le rélève le quotidien.

1. L'enquête repose sur un fait : la présence de Coupat et Lévy à proximité d’une voie sabotée, la nuit du 7 au 8 novembre. Pourtant, rappellent les avocats, le couple était surveillé, filé, espionné, écouté depuis depuis le matin même du 7 novembre. Malgré cette surveillance, aucune preuve matérielle n'a été trouvée: «Leur participation à ces faits ne devrait pas faire de doute». «Or non seulement le doute existe, notent les avocats, "mais les incohérences et les anomalies dont sont émaillées les constatations des enquêteurs amènent à s’interroger sur leur crédibilité."

2. Des traces de pneus et de semelles ont été relevées sur le lieu du sabotage par la police scientifique. problème, elles ne correspondent pas au véhicule de Coupat, ni à sa pointure : «Les constatations du technicien ne sont pas compatibles avec celles de la surveillance. Les traces de pneumatiques et de semelles de chaussures ne peuvent correspondre ni aux pneus de la voiture surveillée ni aux chaussures des occupants.»

3. Les policiers ont relevé qu'un véhicule a stationné près de la voie ferrée entre 4h et 4h20 du matin. Le véhicule de Julien Coupat, suivi depuis la matinée, était localisé à 26,6 kilomètres de là, 10 minutes plus tôt. Pour affirmer que les deux véhicules étaient les mêmes, les enquêteurs devaient assumer que Coupat a roulé à 159,6 km/h... Sans commentaire.

4. A l'endroit de la voie ferrée surveillée par les policiers, ces derniers constatent, dans leur procès-verbal, qu'un TGV serait passé avec quelque encombre, à 5h10. Ils ne préviennent pourtant la SNCF que 5 heures plus tard.

Au-delà de ces "faits" troublants, cette affaire créé un malaise. On soupçonne la DCRI, activée par un pouvoir politique en mal de bouc-émissaires, de forcer le dossier. Et L'Elysée de surfer ensuite sur la médiatisation de l'arrestation de "la bande de Tarnac."

Instrumentaliser la justice.
L'affaire Coupat n'est pas la seule polémique judiciaire des 30 premiers mois de mandature sarkozyenne. Loin de laisser la justice suivre son cours, le pouvoir use le sujet de l'insécurité. Brice Hortefeux a lancé l'idée, lundi dernier, d'établir un couvre-feu en soirée contre les jeunes délinquants. Cette mesure est inapplicable. Même les syndicats de police l'ont taclé : comment contrôler à domicile le respect du couvre-feu ? Comment repérer les mineurs des majeurs ? «C’est inapplicable, car le gouvernement s’est engagé dans une diminution des effectifs» de police, a déclaré Nicolas Comte, secrétaire général de l’Union SGP-FO/Unité police (1er syndicat de gardiens de la paix). Martine Aubry a rappelé que Sarkozy avait déjà fait voté 22 lois contre l'insécurité depuis 2002.

Lundi, le ministre de l'intérieur a annoncé à une commission parlementaire que son budget, de 16 milliards d'euros en 2010 augmenterait de 1,28% l'an prochain. Il y aura même des recrutements : 10 754, dont 4.240 dans la police ("40 commissaires, 100 officiers, 1.500 gardiens de la paix, 1.600 adjoints de sécurité et cadets de la République, ainsi que 1.000 personnels administratifs, techniques et scientifiques") et 6.514 dans la gendarmerie ("315 officiers, 1.243 sous-officiers, 3.840 gendarmes adjoints volontaires et 1.116 personnels administratifs, techniques et scientifiques"). C'est un effet d'annonce.

La socialiste Delphine Batho a rapidement rappelé qu'en application de la Révision Générale des Politiques Publiques adoptée par le gouvernement Sarkozy depuis mai 2007 (qui prévoit notamment le non-remplacement d'un fonctionnaire en retraite sur deux), les effectifs de police devaient passer de "146.000 à 138.000 en 2014". La député explique sur son blog qu'en 3 ans (2008, 2009, 2010), les effectifs de la police ont été réduit de "9121 équivalents temps plein de policiers et gendarmes". Depuis 2007, près de 75% des créations d'effectifs policiers créés par Nicolas Sarkozy ministre de l'intérieur ont été supprimés ! “La tendance est à la décroissance des effectifs de police”, a confirmé Michel Diefenbacher, député UMP. Elle n'est pas belle, la contradiction ?

Il y aura moins de policiers et gendarmes en 2010 qu'en 2002.

Merci à vous.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Michèle Alliot-Marie, et une loi sous le coup de l'émotion



mercredi 4 novembre 2009

Le nucléaire s'invite dans le plan cancer de Sarkozy...


"Plus ça va, plus j'ai envie, du fonds de mon coeur et de ma conscience, de dire aux Français, la vérité."
Nicolas Sarkozy, lundi 2 novembre.

Ce jour là, Nicolas Sarkozy a repris son baton de pèlerin. Depuis des semaines, il tente de concentrer le débat politique sur des sujets à son avantage. Après "l'identité nationale française", l'agriculture, voici le tour du cancer. Lundi, il a rapidement présenté son plan de lutte, 750 millions d'euros supplémentaires, ponctionnés on ne sait où, pour intensifier la lutte contre la maladie. Puis, il est retourné au Cap Nègre. mardi 3 novembre, il se repose. Son agenda officiel est vide. Le jour même, trois autorités européennes qualifiaient d'insécure le projet d'EPR.

Un plan cancer, un vacarme de plus ?
Personne ne contestera l'utilité d'un plan Cancer. On peut simplement s'interroger pourquoi Sarkozy a tant attendu : 30 mois de présidence, et quelques franchises médicales plus tard, quelle surprise d'entendre notre Monarque découvrir que : «La lutte contre le cancer est un enjeu majeur pour la France. Chaque année, on estime à 350.000 le nombre de malades. Les cancers sont devenus depuis 2004 la première cause de mortalité. C'est une cause nationale, et c'est une cause sur laquelle le président doit s'engager.» Le monarque a proposé de consacrer 750 millions d'euros de dépenses "nouvelles" sur 4 ans : "C'est un effort très important que fait notre pays dans le contexte actuel." Sauf contre-ordre, ces 750-millions-d'euros-sur-4-ans seront donc prélevés sur d'autres crédits. Lesquels ?

Dans le détail, Nicolas Sarkozy a annoncé des objectifs, sans préciser les moyens. A charge à Roselyne Bachelot et aux parlementaires de faire le boulot.

Premier objectif, concernant la recherche : "cinq sites de recherche pluridisciplinaire seront labellisés par l'Institut national du cancer"; Sarkozy annonce aussi qu'il souhaite voir consacrer 15% du budget de la recherche prévu dans son plan à l'analyse des risques environnementaux et comportementaux, et que les recrutements de chercheurs spécialistes (oncologues, radiothérapeutes, hématologues) doivent être augmentés. Second objectif, réduire les inégalités face à la maladie : «Celui qui a un cancer parce qu’il est issu d’un mileu social défavorisé a le droit de me rappeler à l’idéal républicain. C’est une priorité absolue. [...] Nous prendrons en compte la réduction des inégalités face au cancer dans toutes les mesures du plan.» Puisqu'il faut faire de l'affichage, Sarkozy va faire organiser une "journée pour l'activité physique." Pour un Monarque victime d'un malaise vagal en joggant en plein soleil en juillet dernier, la phrase est cocasse: «Il y aura une Journée nationale de l’activité physique. Un plan contre le cancer qui passerait à côté de ce que permet, pour la prévention, l’activité physique, serait incomplet.» Dernier volet, Nicolas Sarkozy revendique la hausse (insuffisante) de 6% des prix du tabac en janvier prochain. Toutes les organisations anti-tabac ont accusé le gouvernement d'avoir cédé aux pressions des lobbies du tabac... En septembre dernier, Christine Lagarde expliquait même qu'il n'y avait aucun plan d'augmentation des prix du tabac...

Le nucléaire insécure s'invite dans le débat
Grand oublié du discours présidentiel, les dégâts environnementaux n'ont pas fait l'objet d'une moindre allusion quant à leur impact sur la progression des cancers en France : amiante, malbouffe, nucléaire, etc... Ces sujets restent tabous en Sarkofrance. Le Réseau Environnement Santé (RES) a ainsi regretté que ce nouveau Plan cancer ait "encore oublié l'environnement". Hasard du calendrier, les déclarations du Monarque furent rapidement occultées par de nouvelles révélations, quelques heures plus tard, concernant les failles de sécurisation des deux EPR en construction, l'un en Finlande, l'autre en France. C'est vraiment pas de chance, Monsieur le Président ! Le coup est rude pour Sarkozy, qui avait fait du nucléaire l'un de ses arguments diplomatiques majeurs, tant pour la balance commerciale du pays que son propos pseudo-écologiste, depuis son élection en 2007.

Lundi en effet, les autorités de sûreté nucléaire française (ASN), britannique et finlandaise, dans une déclaration commune, ont émis de sérieux doutes sur la conception du système de contrôle-commande des réacteurs EPR de troisième génération. Chacun de ses EPR coûte 3 à 4 milliards d'euros pièce ! Un ministre, anonyme, a déclaré que cette alerte ferait perdre deux à trois ans à la mise en place des EPR... Les inquiétudes des autorités ne sont pas minces: elles portent sur "le système de sécurité utilisé pour piloter le réacteur en cas d'incident et son indépendance vis-à-vis du mécanisme de contrôle en fonctionnement normal": "La complexité de l'architecture proposée par EDF rend difficile l'élaboration d'une démonstration de sûreté satisfaisante" a expliqué l'ASN. "La conception d’EPR, telle que proposée initialement par les exploitants et le fabricant, AREVA, n’est pas conforme à ce principe d’indépendance dans la mesure où il y a beaucoup d’interconnexions complexes entre les systèmes de contrôle et de sûreté."

Un courrier a été adressé également à EDF.

Une majorité toujours désorganisée
N'en déplaise à Sarkozy, la "majorité" présidentielle se porte politiquement mal. Son discours sur le cancer, plombé par cette polémique sur les EPR, n'a pas suffit à calmer les ardeurs rebelles de certains. Dimanche, la fronde d'une vingtaine de sénateurs contre la réforme de la taxe professionnelle a fait grand bruit. Même Frédéric Lefebvre n'avait pas trouvé les mots, le lendemain, pour éteindre la polémique. Lundi, Alain Juppé a affiché son soutien aux opposants : supprimer la taxe professionnelle, d'accord; mais sans garantie de péréquation territoriale bien définie, pas question ! Eric Woerth s'est énervé: «Le budget, c'est maintenant, donc la réforme de la taxe professionnelle ne peut pas attendre. Cette réforme est faite pour les entreprises». Autrement dit, circulez, y-a- rien à voir ! Lundi encore, Henri Guaino a mobilisé une soixantaine de députés en faveur d'un "grand Grand Emprunt" d'au moins 50 milliards d'euros. Le Grand Emprunt, c'est le projet d'Henri Guaino. Transformer le surendettement public en projet collectif et populaire, une véritable ambition ! Les deux présidents de la commission chargée d'élaborer des propositions d'investissements "stratégiques" pour utiliser le fruit de cet emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé, n'avaient pas joué le jeu en répétant à qui voulait les entendre que le montant de l'eprunt devait rester modeste...Il fallait réagir !

Mardi, François Fillon a taclé, lors de la réunion hebdomadaire du groupe UMP à l'Assemblée Nationale. "Souvent agacé par la médiatisation des conseillers élyséens", comme le rapportait Le Parisien, le premier ministre s'est exclamé: «Le pouvoir exécutif était totalement en dehors de cette démarche. Les conseillers du président ne font pas partie du pouvoir exécutif !» Il a été, paraît-il, très applaudi par les députés UMP présents. «Je suis inénervable donc je ne m'énerverai pas...»

De son côté, Rama Yade a répondu à Nadine Morano. Les deux secrétaires d'Etat se sont chauffées. Nadine reproche à Rama d'avoir critiqué la taxation des droits d'image des sportifs (environ 3000 personnes fortunées concernées). Elle lui a conseillé de se taire ou de partir. Rama Yade a rétorqué : "En politique, on ne répond pas en descendant à ce niveau-là."

Mardi, Christian Estrosi s'est emmêlé l'orthographe: la Poste sera "imprivatisable". On saura être conciliant avec les légèretés grammaticales assumées de l'ancien champion. Sur le fonds, on restera vigilant. Un ministre des Finances dénommé Sarkozy avait en son temps expliqué aux salariés de GDF que leur société ne serait jamais privatisée... On sait ce qu'il en est advenu.

Un plan cancer occulté par une polémique sur le nucléaire, des Umpistes divisés sur la fiscalité locale... les polémiques se suivent et se ressemblent en Sarkofrance : Nicolas Sarkozy reste inaudible.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

L'Etat, la grande distribution et la FNSEA



mardi 3 novembre 2009

Sarkozy est irrité... C'est normal.

Dimanche, Rama Yade s'est faite sévèrement taclée par sa collègue du gouvernement Nadine Morano. La Sarkofrance ces temps-ci ressemble à une Cour. On le sait. L'Express en a fait son dossier de la semaine.

Rama Yade, l'incomprise.
L'ancienne secrétaire d'Etat aux droits de l'homme est une énigme. Devenue quasi-ministre par le seul fait du Prince, devenu Monarque en mai 2007, Rama Yade a cru qu'elle était brillante. En fait, elle n'était que noire, belle et intelligente. Depuis, elle s'est spécialisée dans le pas de deux : "je gueule, puis j'me couche". Quand Sarkozy recevait, une semaine durant, l'un des pires dictateurs du moment, à l'occasion de l'anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Homme de l'ONU de 1948, Rama Yade confie publiquement son indignation. Puis elle se rétracte, après un savon subi de l'Elysée. Quand elle met en garde contre un décrochage élite/opinion au plus fort de l'affaire népotique du placement du Prince Jean à l'Epad, elle se rétracte à nouveau quelques jours plus tard.

Rama Yade n'a pas d'autre choix. Sa popularité ressemble à celle d'un Kouchner, populaire pendant des décennies dans d'obscurs baromètres publiés par le Journal du Dimanche : une popularité sondagière et politiquement inutile. Dimanche, Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, a tancé sa collègue : "Quand on n'est pas d'accord avec la politique menée par le gouvernement, c'est simple : 'ou on ferme sa gueule, ou on démissionne', vous connaissez l'adage". Rama Yade s'était exprimée contre l'adoptation d'un amendement taxant les droits d'image des grands sportifs. Mais Rama Yade n'est pas seule à grogner dans les rangs umpistes. Lundi, interrogé dans La Matinale de CANAL+, Frédéric Lefebvre a "excusé" ces parlementaires UMP qui critiquent l'(in)action du gouvernement (taxe professionnelle, bouclier fiscal, débat sur l'idetnité nationale, etc). Il a mis ces agitations sur le compte de la réforme constitutionnelle : "la réforme de la Cosntitution c'est plus de pouvoir au Parlement" . "Simplement, il faut que les parlementaires fassent des propositions." "En même temps, il y a des réformes sur lesquelles on ne peut pas reculer, il y a des engagements qui ont été pris."

Mais pourquoi est-il si méchant ?
Le quotidien suisse le Temps s'interrogeait récemment sur le caractère du monarque élyséen : "Mauvaise passe pour un Sarkozy irritable" titrait-il. "certains observateurs croient l’Elysée revenu aux heures sombres de l’automne 2007, lorsque Nicolas Sarkozy, déstabilisé, s’efforçait d’oublier son divorce dans les soirées, puis s’était laissé distraire par sa romance très médiatisée avec Carla Bruni". Nicolas Sarkozy a de quoi être irrité, moins par les états d'âme de quelques "proches" qui préfèrent se répandre anonymement dans la presse - Rama Yade exceptée - que par les attaques sur sa "morale", lui qui avait bâti sa campagne sur ce thème en 2007. Rappelez-vous les attaques contre "l'esprit de mai 1968".

Autre sujet d'agacement, la presse rejoint les humoristes pour railler ses discours "rediffusés", pré-fabriqués et mis en scène. Le Net reste en pointe. L'excellent bienbienbien.net est allé fouiller les précédents discours du Monarque. Son bégaiement agricole de mardi dernier - quand il fut surpris répétant mot pour mot un discours vieux de 10 mois alors qu'il démarrait son intervention par un tonitruant "je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu" - n'était pas le premier. Pas moins de 4 autres discours ont subi le même procédé de copier-coller...

Sarkozy reste chanceux. A gauche, seuls quelques-un(e)s ont osé attaqué la présidence sarkozyenne sur le terrain moral. Manuel Valls s'est permis une tribune. Benoit Hamon a failli être lynché. François Bayrou et Ségolène Royal se sont également exprimés. Les autres, du parti Socialiste à Olivier Besoncenot, se sont tus, "emmerdés" comme l'a expliqué le leader du NPA. "Emmerdés" d'avoir à entrer sur un terrain pourtant simple.

Identité nationale, le débat qui va déraper
Lundi, Eric Besson ouvrait son "grand débat" sur l'identité nationale. La veille sur France Inter, il se félicitait, dans une formule de langue de bois héroïque, de constater que le "peuple français s'est saisi du débat sur l'identité nationale", à en croire un sondage qui disait pourtant tout autre chose. Le même jour en effet, le Parisien publiait un sondage dont la question principale était partiellement biaisée : on ne demandait pas aux sondés ce qu'ils pensaient de l'organisation d'un tel débat à quelques mois d'élections, mais s'ils étaient prêts à débattre. D'ailleurs, un autre sondage, publié par CANAL+, interrogeait un échantillon sur le timing de l'opération. Et les résultats ne sont pas fameux pour le gouvernement : 64% des sondés estimaient que l'objectif principal du gouvernement est «avant tout» une «volonté de mobiliser les électeurs de droite en vue des élections régionales».
Pour le reste, l'organisation du débat est encore bien floue : dans l'urgence, le ministre a ouvert un site Web, et adressé une circulaire dès lundi aux préfets de région et de département pour fixer le cadre général des débats locaux. Le site internet annonce cinq rendez-vous, dont l'un, celui de l'Institut Montaigne, était prévu de longue date. récupérer tout ce qui traîne sur le sujet est de bonne guerre. Le 4 décembre à l'Ecole militaire ( VIIe), même le président français est annoncé. Les 4 autres "rendez vous" sont une réunion dans les bureaux d'Eric Besson avec des élus du Loiret, et trois autres, tenues par des élus locaux d'ici la mi-janvier 2010, dont les "modalités sont à définir". Le site Web appelle les internautes à contribuer ... en secret ! Mais la page de saisie des contributions est claire : l'internaute n'a d'autre choix que de cocher la case "Je souhaite vous faire part de mes idées, sans les rendre publiques." Un précision très curieuse, qui n'a rien avoir avec la modération nécessaire des commentaires.

Bref, on parle bien d'identité nationale, mais pour mieux dénoncer l'opération électoraliste de Nicolas Sarkozy.



Crédit photo: Le Temps

Surpopulation carcérale...



lundi 2 novembre 2009

Taxe professionnelle : cosmétique fiscale, inquiétudes locales

Cherchent-ils à profiter d'un moment de faiblesse du président français ? Toujours est-il que l'opposition au sein même de la "majorité" contre la réforme fiscale des collectivités locales s'est durcie ce week-end: 25 sénateurs UMP, dont Jean-Pierre Raffarin, ont signé une tribune dans le Journal du Dimanche contre le projet de suppression de la taxe professionnelle. Cette réforme arrive au Sénat, après son adoption par les députés la semaine dernière.

Cosmétique fiscale
La taxe professionnelle rapporte 26 à 28 milliards d'euros aux communes et départements. Contrairement aux déclamations de Nicolas Sarkozy, le gouvernement, appliquant les consignes présidentielles, n'a pax fait supprimer cette taxe dans le projet de budget 2010. Il a changé son appelation, et modifié son mode de calcul. La contribution économique territoriale (CET) - c'est son nouveau nom- se composera d'une cotisation locale d'activité (une taxe calculée sur le foncier professionnel), et d'une taxe complémentaire sur la valeur ajoutée (pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 500 000 €).

Selon un député UMP, favorable au projet, les entreprises économiseront 11 milliards d'euros en 2010. D'autres estimations chiffrent à 8 milliards d'euros l'économie fiscale pour les entreprises. Parmi les entreprises, les "perdantes" seront celles à forte main d'œuvre et faibles investissements, comme les sociétés de services (intérim, par exemple). Le gouvernement a prévu que l'Etat compense, en 2010 uniquement, aux collectivités les 11 milliards qui manquent, d'une part en rétrocédant l'intégralité des taxes sur les assurances et droits de mutation lors des ventes immobilières; d'autre part en dotation directe. A compter de 2011, le projet de loi prévoit que les départements reçoivent 75 % de la CET, l'Etat ne compensant que les 25% restants, soit par une dotation directe, soit par un transfert de taxes.

Inquiétudes locales
Les signataires de la tribune de dimanche contestent, comme d'autres à gauche ou à droite, la précipitation du gouvernement : "L’actuelle proposition n’est ni claire, ni juste, ni conforme à nos convictions d’élus enracinés." "Nous voulons des simulations avant les décisions." Cette réforme devrait attendre celle des collectivités territoriales. Pressé d'engranger quelques preuves qu'il applique ses promesses, Nicolas Sarkozy a sans doute négligé quelque bon sens : il faut définir les compétences, puis les moyens financiers nécessaires. Pas l'inverse. "La seconde doit trouver ses fondations dans les choix et principes de la première."

Quelle est l'inquiétude réelle ? La nouvelle taxe professionnelle (la CET) va peser sur la valeur ajoutée des entreprises. C'est un paramètre qui va grandement favoriser l'Ile-de-France, et, dans un second temps, Lyon ou Marseille, aux détriments du reste du pays. Les sénateurs, qui rappelons-le sont élus au suffrage indirect par des élus locaux, s'inquiètent des déséquilibres à venir. Le gouvernement, dans son projet de loi fiscale, n'a fourni aucune assurance qu'une péréquation territoriale aura lieu, ni, a fortiori, comment elle aurait lieu.

Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP,
a tenté de minimiser les désaccords : "tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut au premier janvier supprimer la taxe professionnelle. Jean-Pierre Raffarin aussi".

Involontairement, les sénateurs UMP ont permis de rappeler deux évidences :

1. Sarkozy ne supprime pas la taxe professionnelle: il en transfère la charge sur le budget de l'Etat, lequel est plus largement financé par les ménages que les entreprises.

2. Le nouvel impôt de substitution ne sera pas nécessairement perçu similairement par les collectivités. Certains territoires vont perdre, d'autres vont y gagner.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?


Lobbying à l'Assemblée Nationale ?





dimanche 1 novembre 2009

Parlons chiffres en Sarkofrance...

A l'occasion de l'examen des projets de budget pour 2010 (Sécurité Sociale, Etat), le gouvernement tente de faire bonne figure en affichant un souci de maîtrise des dépenses. Cette stratégie est perturbée. A étudier certains chiffres, on reste perplexe.

Collectivités territoriales, la fausse économie
La fusion des conseillers généraux et régionaux en un seul "conseiller territorial", l'une des mesures phrases de la réforme des collectivités territoriales, est justifiée par le gouvernement comme une mesure de simplification et d'économie. Jean-Louis Bianco a tenu à rappeler, vendredi dernier, que le sommet de l'Union pour la Méditerranée organisé en juillet 2008 a coûté, en quelques heures, la moitié du coût annuel des élus locaux: "Rappelons-lui que du côté des élus locaux, le coût global annuel de leurs fonctions ne représente que 0,8% des charges de fonctionnement des collectivités territoriales, soit 28 millions d'euros pour une dépense publique locale au service des citoyens de 220 milliards".

Impôts locaux, le coup de massue
Nicolas Sarkozy prépare une autre réforme fiscale qui risquent de déstabiliser bien des foyers : il a demandé au gouvernement de plancher sur une réforme des valeurs locatives, comme le révèlent Les Echos. Trois millions de locaux professionnels et 40 millions de logements privés sont concernés. L'idée est de réviser leurs valeurs locatives, qui servent d'assiette de calcul aux impôts locaux telles les taxes foncière et d'habitation, en fonction du « standing » de chaque logement. On se souvient de la "poll tax" de Margareth Thatcher, qui a fortement contribué, en 1990, à la chute de la Dame de Fer. « Cela va être le Vietnam de Nicolas Sarkozy », aurait déclaré un conseiller gouvernemental au quotidien économique. Dans des grandes villes, où l'immobilier a flambé faute de logements, le risque est grand de voir ses impôts locaux fortement progressé aux détriments des plus fragiles. Evincer un peu plus l'électorat populaire des grandes agglomérations, est-ce là l'objectif indirect de cette réforme ?
"Les valeurs locatives correspondent au loyer théorique annuel que l'on pourrait tirer d'un bien en le louant dans des conditions normales. Celles-ci ont été évaluées en 1960 pour le foncier non bâti et en 1970 pour le foncier bâti . Les impôts locaux sont calculés, ensuite, en multipliant cette base par le taux fixé par la commune. Cinq impôts sont concernés : les deux taxes foncières , bâtie et non bâtie (15,25 milliards d'euros en 2007), la taxe d'habitation (19,2 milliards), la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (4,8 milliards en 2007) et la nouvelle contribution locale d'activité , remplaçant la taxe professionnelle (26,8 milliards en 2007). Au total, 66 milliards d'impôts sont donc assis sur les valeurs locatives, ce qui représente le tiers des ressources des collectivités locales." Source: Les Echos
Grippe A et ses chers vaccins.
Roselyne Bachelot a dû se plier, partiellement, à l'injonction de la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, et communiquer les contrats passés avec des laboratoires pharmaceutiques pour la fabrication des vaccins contre la Grippe A. Le ministère a masqué les prix d'achat des vaccins. Rue89 a reconstitué la facture réglée par les contribuables à un quarteron de labos: 674 millions d'euros, pour 94 millions de doses. Les écarts d'un labo à l'autre sont inexplicables pour le néophyte :
  • Sanofi-Pasteur : 175 millions d'euros (6,25 euros la dose)
  • Novartis : 149,44 millions d'euros (9,34 euros la dose)
  • GSK : 350 millions d'euros (7 euros la dose)
  • Baxter : 500 000 euros (10 euros la dose)
D'après un récent sondage, à peine un Français sondé sur 5 envisage de se faire vacciner.

Sécu, le financement reste injuste
Malgré le déficit annoncé à 30 milliards d'euros en 2010, les députés ont terminé l'examen du budget de la Sécurité Sociale sans amender véritablement le projet du gouvernement. L'essentiel du financement continuera de reposer sur les revenus du travail. La seule avancée, symbolique, fut la taxation des "droits à l'image" touchés par les sportifs. Une mesure dont d'aucuns annoncent la prochaine suppression lors de son examen au Sénat dans les prochains jours...

La Cimade soulève le voile sur le vrai bilan d'Eric Besson

La Cimade publie son 9ème rapport annuel sur les centres et locaux de rétention administrative. L'association humanitaire, qui assiste les sans-papiers dans les centres de rétention, a pu témoigner de la situation nationale: "Ce rapport est une nouvelle fois l’occasion pour nous d’exercer ce devoir de témoignage." Depuis 18 mois, les ministres de l'identité nationale, hier Brice Hortefeux, aujourd'hui Eric Besson, ont cherché à exclure la Cimade de ce rôle national, en divisant l'assistance en lots géographiques bien distincts. Ces tentatives ont échoué, pour le moment.

La Cimade dresse plusieurs constats :

- Près de 230 enfants ont été placés en rétention en 2008. La pratique perdure, même si elle est contraire à la Convention Internationale de protection des droits de l'enfant. Elle a été institutionalisée par les décrets du 30 mai 2005 et l'arrêté du 29 août 2005, qui autorisaient les centres de rétention à "recevoir des familles". La Cimade relève que les mineurs sont "soumis à des formes multiples de violence : violence de l’interpellation très souvent réalisée à domicile, violence de l’enfermement, violence présente dans ces lieux où les tensions sont très importantes, violence faite à leurs parents interpellés, menottés, privés de toute autonomie, violence de l’expulsion enfin." Ces excès génèrent divers traumatismes, comme des troubles du sommeil, du mutisme, des troubles de l'alimentation.

- Le coût des expulsions s'élève à 533 millions d'euros en 2008. L’Etat consacre en effet environ 394 millions d’euros à la garde et l'escorte dans les centres de rétention par les services de police et de gendarmerie. Le ministère de l'immigration dépense 81 millions d'euros pour le fonctionnement des CRA : "28,8 pour les frais de restauration, blanchisserie, etc., 42 millions pour les billets d’avion, de train ou de bateau et 15 millions pour la prise en charge sanitaire et sociale ainsi que l’aide à l’exercice des droits des étrangers." Par ailleurs, le gouvernement a prévu de dépenser 174 millions d'euros d'investissement pour créer ou étendre ses capacités de rétention entre 2006 et 2009, soit 58 millions d'euros par an.

Cette évaluation, réalisée par un sénateur et reprise par la Cimade, n'est pas exhaustive. Elle ne tient pas compte des "frais de fonctionnement des services des préfectures, le coût des contentieux liés à la rétention administrative et aux reconduites à la frontière devant les tribunaux, pas plus que les coûts correspondant au temps consacré par la police aux interpellations, gardes à vues, etc. infligées aux étrangers".

Rapporté au nombre d'expulsions forcées réalisées en 2008, soit 20 000, le coût d'une expulsion ressort ainsi à 27 000 euros !

- Malgré tous les efforts déployés, les expulsions en métropole restent peu nombreuses : sur les 30 000 éloignements recensés par les services d'Eric Besson en 2008, quelques 15 000 d'entre eux avaient été réalisés à Mayotte. Un territoire où les certifications de nationalités sont mal établis et où, comme le rappelle la Cimade, près de 90% de la population fait l'objet de contrôles d'identité réguliers.

Mediapart relaye un autre rapport, publié la semaine dernière par Human Right Watch sur le cas des mineurs sans-papiers perdus dans les zones d'attentes de Roissy-Charles de Gaulle.
"Entre janvier 2008 et juillet 2009 environ 1 500 mineurs étrangers non accompagnés d’un adulte assumant la charge parentale ou d’un parent sont arrivés à l'aéroport de Paris Roissy-Charles de Gaulle et se sont vu refuser l’entrée en France. Ces mineurs qui se trouvent physiquement à l’intérieur des frontières géographiques de la France sans pour autant être « en » France au regard du droit français, ont été détenus par la police dans la « zone d'attente » de l’aéroport. "

Vendredi, Nicolas Sarkozy a estimé que des vols groupés de migrants en situation irrégulière étaient un "progrès considérable": Jamais personne n'aurait imaginé il y a quelques années que des gouvernements de gauche et de droite, du Sud et du Nord, se mettent d'accord sur le principe que quand quelqu'un n'a pas de papiers en règle, il doit être ramené chez lui, par avion, par train ou par tout autre moyen". La France a demandé à l'Union Européenne qu'elle les finance. C'est à l'ordre du jour du prochain Conseil Européen.