lundi 7 décembre 2009

Le débat sur l'identité nationale : "sublime" selon Eric Besson

Vendredi, les débats organisés par l'institut Montaigne sur le thème "Qu'est-ce qu'être Français ?", organisés avant qu'Eric Besson n'organise le même débat éponyme, ont été l'occasion pour François Fillon et Eric Besson de calmer les critiques et recadrer le débat. Si le premier y est presque parvenu, le second a dérapé. Comme souvent.

C'est plus fort que lui
Vendredi, le quotidien Libération publiait un appel d'une vingtaine de chercheurs en sciences humaines demandant la suppression du ministère de l'Identité Nationale: "Qu’a fait naître ce ministère? De nouveaux objectifs d’expulsion d’étrangers (27 000 par an), des rafles de sans-papiers, l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l’expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d’asile, la multiplication des contrôles d’identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d’égalité…" Et le débat lancé par Eric Besson est sans doute un point d'orgue.
Le ministre a préféré ne pas réagir. Il participait à une fichue réunion. Il y a eu quelques fulgurances, souvent douteuses. Dans une table ronde tenue avant l'intervention du premier ministre, le ministre a trouvé le débat "sublime". Rien que ça.

"Il m'a suffit de pousser un petit peu la boule pour qu'elle roule"

"Parfois elle m'échappe en bien et je trouve sublime ce qui remonte. Et puis parfois elle m'échappe par des dérapages que je déplore. Mais tout ça fait partie du débat politique et c'est pour ça que c'est excitant"
La perle est venue plus tard, ailleurs, mais du même ministre, à propos du dérapage médiatisé d'un maire UMP lundi dernier:
"Il a tort ! Je me réjouis qu'il y ait des réflexions de comptoir, ça fait partie de l'identité nationale"
Soufflez sur la braise, Monsieur le ministre. Elle est encore chaude.

Fillon et le sale boulot.
Vendredi dernier, François Fillon a eu également quelques difficultés à recadrer le débat. Les minarets suisse ont perturbé le "chef" du gouvernement. Il s'est réfugié dans l'urbanisme pour justifier sa prudence: "Il est normal et légitime que les pratiquants puissent exercer leur foi dans des conditions dignes. Je préfère des mosquées ouvertes à des caves obscures. Quant aux minarets, qui sont d'ailleurs assez peu nombreux en France, je dis simplement qu'ils doivent s'inscrire de façon raisonnable et harmonieuse dans notre environnement urbain et social. Et la meilleure façon qu'ils le soient c'est de faire confiance pour cela aux maires de nos villes".



Hortefeux, l'héritage
Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, était l'invité de Dimanche+ sur CANAL+, ce 6 décembre. L'idée nationale, c'était son ancien ministère. Il l'a créé. Anne-Sophie Lapix l'interrogeait sur ce débat qui prend l'eau. Fallait il engager ce débat ? Oui, selon Hortefeux, car "la France est une société fragile", et "il faut veiller à la cohésion nationale." "Le débat sur l'identité, ce n'est pas un débat sur l'immigration," même si "l'immigration en fait partie." Le ministre refuse les critiques contre les dérapages racistes et xénophobes. Interrogé sur la polémique suisse relative à la construction de minarets, Hortefeux lit ses notes, et ... se réfugie derrière une citation du Maréchal Lyautey, qui date de 1922: "les tours catholiques de Notre-Dame ne sont pas jalouses."

Brice Hortefeux avait d'autres chats à fouetter. Mercredi, des policiers sont allés manifester - vous avez bien lu - contre les réductions de budget et d'effectif, mais aussi la "politique du chiffre". Le ministre de l'intérieur conteste la formule :" je n'ai pas de politique du chiffre. Je demande des résultats." On joue sur les mots. Sur les effectifs, Hortefeux se réfugie derrière la politique générale du gouvernement de réduction des effectifs de la Fonction Publique. Il espère que la mutualisation des moyens de la police et de la gendarmerie permettra de faire des économies.

Immigration ou insécurité, les deux sujets se retournent contre la majorité. On saura en mars prochain si le camp des pompiers pyromanes a pris feu ces jours-ci.

Une fois de plus, le contre-exemple vient d'outre-Atlantique. Aux Etats-Unis, la crise a des conséquences inattendues. Le New York Times, cité par Courrier International, témoigne de rapprochements inespérés, entre Blancs et Noirs, devant l'adversité: "A l’époque du boom immobilier, le comté de Henry, dans la banlieue d’Atlanta, n’était pas épargné par les tensions raciales. De plus en plus de Noirs se joignaient en effet aux dizaines de milliers de personnes qui affluaient en masse dans la région, approfondissant le fossé qui séparait les nouveaux venus des résidents de longue date. Mais la récession a commencé à aplanir les différences."

Sarkozy et la police: les effectifs et les moyens.



dimanche 6 décembre 2009

2020: "I'm sorry".


Nous sommes en décembre 2020. Malgré le sommet de Copenhague, la planète va plus mal qu'il y a 20 ans. En Afrique, le Sahara s'est étendu de quelques milliers de kilomètres carrés. Les premiers bancs de sable sont apparus au milieu de l'Amazonie. Un tiers de l'Indonésie a été recouverte par les flots. Le niveau des mers et océans a augmenté de 20 centimètres depuis 2000. Les éco-réfugiers étaient estimés à 120 millions l'an dernier, une centaine de millions de plus qu'il y a 10 ans. La France subit le climat du Maroc, l'hiver brutal en plus. Les récentes gelées précoces de novembre ont transformé la Seine en vaste patinoire autour de Paris.

L'été dernier, la canicule a eu raison de quelques dizaines de milliers de seniors en France. La climatisation, généralisée dans tous les établissements publics, a provoqué une telle demande d'électricité que les centrales du pays ont disjoncté. La chaleur aidant, il a fallu en déconnecter quelques-unes dans l'urgence. La vallée du Rhône a été évacuée. Le nucléaire a chassé le pétrole des préoccupations mondiales. En France, le culte du secret, propre à cette industrie, a souffert. Les réseaux sociaux du Web 3.0 ont joué à plein pour dévoiler les parcours d'acheminement des déchets, les rapports "réservés" sur la sécurisation des centrales.

En 2018, un conflit "limité" entre l'Inde et le Pakistan a frappé les deux pays, faisant 20 millions de morts. Une force internationale a été "rapidement" constituée pour désactiver la plupart des centrales de la surface du globe. Le 6ème EPR, construit en Roumanie, pour alimenter la zone Est de l'Europe jusqu'à la Turquie, est tombé en panne après 9 mois de fonctionnement chaotique. Le tiers sud-est du pays a été évacué. Sur tous les continents, le nucléaire civil a été détourné par des gouvernements instables pour renforcer leur arsenal militaire. Un marché de l'ombre des déchets nucléaires s'est rapidement développé.

Surtout, les enquêteurs internationaux ont découvert que cette prolifération nucléaire s'accompagnait de juteux contrats protéiformes. Une myriade de cabinets de consultants servaient d'intermédiaires.

Les Nations Unies ont convoqué une Assemblée Générale extraordinaire en septembre dernier. A forces de débats, les pays du Sud sont parvenus à faire adopter une série de résolutions dont l'une d'entre elles, remarquée et polémique, prévoit l'organisation d'un "procès des responsables." Il s'agit de retrouver et d'entendre les principaux responsables du G20 qui, avant 2012, avaient laissé passer les dernières occasions de régulation environnementale. Une autre a mis en place une commission internationale sur ces fameux cabinets intermédiaires. Mi-banquiers, mi-conseillers, ces derniers ont participé à une kyrielle de coups d'Etats un peu partout dans le monde. Leur assistance est très complète: prêts financiers, assistance technologique, lobbying médiatique, maîtrise des opinions.

Nicolas Sarkozy a refait surface. L'ancien chef d'Etat français n'avait pas supporté son échec à l'élection présidentielle de 2012. Coincé par des manifestations à répétition, et une grève générale, le Monarque avait perdu le scrutin. Devenu consultant multi-millionnaire pour quelques grands groupes internationaux, Nicolas Sarkozy sillonnait discrètement le globe. La semaine dernière, il a été arrêté. Ses "collègues" de 2007-2012 n'ont pas tous connu la même mésanventure. En Russie, Vladimir Poutine, réélu président en 2011, tient son pays d'une main de fer. Sarkozy devenu consultant en avait fait l'un de ses premiers clients. Aux Etats-Unis, Sarah Palin a succédé à Barack Obama, assassiné avant la fin de son mandat.

En 2020, le monde est "stone", comme disait une vieille chanson des années 1980.


Merci à Dagrouik, pour cette idée de billet futuriste mais réaliste.



samedi 5 décembre 2009

135ème semaine de Sarkofrance : la République irresponsable


Nicolas Sarkozy avait commencé la semaine, sa 135ème depuis son élection à l'Elysée, par quelques interventions bien préparées. Mais la machine s'est grippée. Son discours "écologiste" de circonstance était irresponsable. Son autosatisfaction face à la gestion de la crise également. Et son débat sur l'identité nationale a gravement dérapé dans le néo-populisme xénophobe.

Sarkozy, eco-irresponsable.
On parle beaucoup d'éco-gestes, d'éco-responsabilité. A quelques jours de son démarrage, le sommet de Copenhague a failli occuper les esprits. Le week-end dernier, Nicolas Sarkozy avait lancé le coup d'envoi de la campagne régionale de l'UMP, en cloturant son conseil national à Aubervilliers. Après l'immigration, l'insécurité, et la fiscalité, voici qu'il déclarait un nouveau thème de campagne, fort à propos : "l'écologie populaire". Copenhague oblige, Sarkozy a doublement intérêt à surfer sur la vague verte. Tactiquement, la manoeuvre est d'abord évidente: plus les listes d’Europe Ecologie seront fortes, plus le Parti Socialiste souffrira. Il lui faudrait également chiper une fraction de l'électorat écolo, sociologiquement UMP-compatible, ces bobos plutôt aisés, sensibles à la planète mais accros au consumérisme. D'où cette aberration politique et intellectuelle né dans l'esprit du Monarque : "l'écologie décomplexée", un mélange de productivisme et d'environnementalisme. On pourrait être vert et consommer comme avant. Il suffit juste de remplacer le pétrole par le nucléaire, et tout ira bien. Les pauvres ont bien le droit de polluer à leur tour ! "Tout l'intérêt de Copenhague, c'est qu'on ne demande pas aux pays de choisir entre la croissance et la protection de l'environnement" a expliqué le Monarque.
Avec de telles déclarations eco-irresponsables, Sarkozy a beau jeu de convaincre le Brésil et d'autres économies dites émergentes de se rallier à lui. Le sommet de Copenhague est un prétexte idéal pour le Monarque : Nicolas Sarkozy sait que Barack Obama est coincé par son système institutionnel et sa réforme du système de santé aux Etats Unis. Nicolas Sarkozy a aussi des ambitions modestes, afficher des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, rien de plus.

La machine UMP a des ratés
Cette semaine encore, la Sarkofrance a aussi été marquée par des petites polémiques, qui ont sabordé les efforts de relance de la machine UMP. Le story-telling présidentiel trébuche. Quand Borloo va à Deauville assister aux Ateliers de la Terre et parler environnement, il est filmé repartant en jet. Il croise Rachida Dati, qui dévoile à un journaliste toute son ignorance en matière environnementale : le sommet de Copenhague viserait, selon, à "réduire de 2 degrés la température du monde".
Quand l’UMP lance sa campagne électorale pour le prochain scrutin régional, elle devient la cible de critiques et des railleries. Son clip de campagne « la France change » est un montage d’images de familles … américaines. Xavier Bertrand « assume ». De mauvaises langues à l'UMP expliquent que Bertrand a sans doute pris la même agence de com' que le Parti Communiste Chinois, avec lequel l'UMP a signé un accord de partenariat et d'échanges d'informations...
Quand Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, évoque le Conseil National de la Résistance, un matin sur une radio publique, on lui renvoit la révélation de ses émoluments : 290 000 euros, dont la moitié payée … par le Conseil d’Etat où il ne travaille pourtant pas. Le conseiller réagit très mal: « On n’est pas dans un régime totalitaire. On n’est pas en Chine ». Guaino apparaît gêné, l'oeil gauche cligne nerveusement et abondamment.

Autosatisfaction irresponsable
Mardi, Nicolas Sarkozy s'est déplacé près de Toulon pour dresser lui-même le bilan de ses actions contre la crise financière et économique. Sans surprise, le président tombe dans l'autosatisfaction comme Obelix dans sa marmite de potion magique: « La France repart plus fort, et avant les autres. » Le plan de relance et ses "1000 chantiers" seraient une réussite. Pensez-vous, grâce à la crise, l'Etat s'est décidé à rénover quelques prisons, à mettre aux normes de sécurité des établissements de santé et le tunnel de Fréjus... Sarkozy cite la France en exemple: "La récession cette année en France sera de -2, -2,1%; elle sera en Allemagne de -5%". Mais en Allemagne, le déficit budgétaire sera de 3% du PIB… contre 8% en France. En Sarkofrance, l’endettement public est massif et sans issu : 84% du PIB en 2010, sans doute 100% d’ici 2 ans. La Sarkofrance, contrairement à ses voisins, n'a plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. Le futur grand emprunt a été ramené à 35 milliards. Mardi, Sarkozy a tenté de faire le tri entre bonne et mauvaise dettes. Pourrait-on faire le tri entre bon et mauvais président ?
Le Monarque s'est félicité du sauvetage des banques, de la moralisation des rémunérations des grands patrons de ces établissements, de la "suppression" des paradis fiscaux. On sourit. Les paradis fiscaux, c'est-à-dire des pays à la fiscalité ultra-attrayante, sont toujours là. Ils ont simplement changé de nom. Depuis l'été où il a brandit un fichier de 3000 contribuables évadés en Suisse, Eric Woerth a bien du mal à convaincre ces "émigrés fiscaux" de retourner au bercail. A peine 800 ont finalement franchi le pas.
Mardi, Nicolas Sarkozy s'est surtout bien gardé de parler précarité. Le chômage explose, comme une bombe à retardement: 111 000 personnes supplémentaires se sont inscrites à pôle emploi en octobre. A ce rythme, on atteindra les 5 millions d'inscrits d'ici 4 mois. Lundi, les Restos du Coeur ont réouvert leurs portes. Ils s'attendent à battre tous les (tristes) records.

Banquiers irresponsables ?
L’autosatisfaction présidentielle finit par être gênante. Les banquiers britanniques ont peu apprécié les propos de Sarkozy sur les origines anglo-saxonnes de la crise mondiale, quand il félicita Michel Barnier pour sa nomination à la Commission Européenne. Ils ont publié un violent communiqué, mardi dernier : «M. Sarkozy a ébranlé l'Union européenne avec ses déclarations ». Ils ont raison. On sait d’abord que la récession n’a pas été provoquée par les secousses boursières et la crise des subprimes de l’année 2007. Le renchérissement des matières premières et de l’énergie, de 2001 à 2007, devait inévitablement secouer l’économie mondiale à un moment donné. On sait aussi que la politique économique française, dans ce contexte de ralentissement avant l'été 2008, a été anachronique : en déplafonnant et défiscalisant les heures supplémentaires, Nicolas Sarkozy a favorisé la destruction de l’emploi de courte durée. Rappelons que le chômage en France a commencé, malgré les tripatouillages statistiques habituels, dès juin 2008. Enfin, entre Nicolas Sarkozy fustiger le « capitalisme anglo-saxon » a quelque chose de cocasse. Le Monarque joue aux « repentis » : les vagues de privatisation d’entreprises publiques en 1986-1988 puis en 1993-1995, dont il a été l’un des artisans, ont favorisé le développement de la Bourse, avec, en corolaire, celui des stock-options et autres parachutes dorés, et le pilotage des entreprises sur des critères de rentabilité actionnariales. Sarkozy est amnésique. Tacler la finance anglo-saxonne est une manœuvre de plus. Enfin, on se rappelle les déclarations admiratives du Monarque, avant et après son élection à la Présidence, en faveur du « modèle anglais » qui se sert « tous les jours de la Livre sterling pour avoir 1% de croissance de plus que nous ».

Gordon Brown, le premier ministre britannique, l’a évidemment mal pris. Vendredi, le Wall Street Journal rapporte qu’il a « reporté » une rencontre de travail sur le sommet de Copenhague prévue en fin de semaine.

Le "sublime" débat d'Eric Besson
En mélangeant l’immigration et l’identité nationale dans un débat à visée électoraliste, le gouvernement ouvrait une boîte de Pandore. Le débat a, cette semaine, tous les dérapages qu’il pouvait comporter. Le Front National ne s’y est pas trompé, en clamant qu’il réclamait ce débat depuis des lustres. Le questionnaire transmis par les services de l’identité nationale aux préfets de la République comportait déjà, il y a un mois, de sales questions, de douteux rapprochements. Il y a 8 jours, Eric Besson a commis une autre bévue. En quittant une rencontre sur le sujet, qui ne rassemblait que des élus, militants et sympathisants UMP, le ministre reconnaissait qu’il lui avait manqué un jeune Français d’origine immigré qui ne ne sente pas Français pour que la réunion fut parfaite. Besson cherche encore ses bouc-émissaires. Quelques heures plus tard, le maire UMP d’une petite commune a dérapé au journal télévisé de France 2. Eric Besson applaudit: "Je me réjouis qu'il y ait des réflexions de comptoir, ça fait partie de l'identité nationale". Certains leaders UMP sont gênés depuis le début, d’Alain Juppé à Jean-Pierre Raffarin, et même Jean-François Copé. Le site internet, créé à cet effet, a dû être purgé de plusieurs milliers de contributions xénophobes, comme l’a reconnu Eric Besson lui-même cette semaine.

Puis la Suisse s’est invitée dans le débat franco-Français. Le Figaro publie alors un sondage aux questions absurdes : êtes vous favorables à l’interdiction de la constructions des minarets en France ? Aucun minaret n’est prévu en construction en France. Qu’importe, il faut agiter le chiffon rouge de l’islamisation rampante du pays jusqu’au bout ! La fachosphère se réjouit. La droite républicaine tousse. Et si Eric Besson avait trop joué au pompier pyromane ?

Vendredi, Nicolas Sarkozy ne s’est pas rendu à un débat sur la fameuse question: "qu'est-ce qu'être Français ?". François Fillon a fait, une fois de plus, le sale boulot à sa place. Le Monarque s’est réservé, paraît-il, pour une intervention télévisée la semaine prochaine. Nous sommes impatients. Fillon, lui, a livré sa conception de l'identité française. A l'écouter, on était gêné pour lui. Sa réponse était si sincère, et tellement sans rapport avec les problèmes urgents du pays : être Français, donc, signifierait être «frondeur», avec un «tempérament d'ingénieur», un goût pour converser et polémiquer, et de la polémique, de l'orgueil mais aussi le sens du collectif, être attaché au droit et à l'Etat... Le même jour, Eric Besson a été une nouvelle fois chahuté. Il aime cela. Sa position sarko-mimétique semble être surtout sado-masochiste.

Ecologie, identité, économie, l'irresponsabilité est protéiforme en Sarkofrance.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

"On a la rage"



Les 10 plus grosses gaffes de Sarkozy

Pour le fun, et l'inquiétude. Voici les 10 plus belles gaffes de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007.



vendredi 4 décembre 2009

Les 10 petites surprises du budget 2010

C’est en examinant le budget d’un gouvernement que l’on comprend ses priorités. Et l’examen du budget adopté pour 2010 par l’Assemblée Nationale il y a quelques jours révèlent quelques surprises. Voici une revue non exhaustive, franchement subjective de quelques "anomalies" du budget proposé par le gouvernement Sarkozy. Gageons que certains se saisiront de certaines d'entre elles...

1. René Dosière a lancé sa nouvelle charge contre les dépenses des «princes qui nous gouvernent». Alors que le gouvernement prône la rigueur dans la Fonction Publique, avec notamment le non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, les effectifs des cabinets ministériels explosent : +17% pour les conseillers, et +10% pour les autres fonctions entre 2008 et 2009. Effectivement, la rigueur n'est pas pour tout le monde. Ainsi, la « direction de l’action du gouvernement » coutera 559 millions d’euros en 2010, soit une augmentation de 73 millions d’euros par rapport à 2009. C'est une information que l'on débusque également dans le projet de budget de l'Etat.

2. Les retraités modestes seront davantage taxés : en vertu de l’article 49 du projet de loi de finances, la totalité des indemnités de départ volontaire à la retraite seront désormais soumises à l’impôt sur le revenu à compter de 2010. Auparavant, les (petits) retraités étaient exonérés à hauteur de 3 050 euros sur leurs indemnités versées en application de l’article L.237-9 du code du travail.

3. Le gouvernement veut s’afficher social avec les anciens combattants. C'est raté ! Ainsi, il débloque 38 millions d’euros (en année pleine, 9,5 millions d’euros pour 2010) pour revaloriser la retraite des anciens combattants (article 52 de la loi de finances 2010). La France compte 1 365 000 titulaires. Cela fait un effort de … +27 euros par an et par titulaire. Bravo !

4. Les villes défavorisées peuvent attendre. Autre exemple de « modération », la dotation de développement urbain, pour « cent villes particulièrement défavorisée » sera reconduite pour le même montant qu’en 2009, soit 50 misérables millions d’euros. (article 57).

5. Les banques françaises vont-elles si bien ? Pas toutes. Ainsi, une discrète disposition de la loi de finances 2010, l’article 53, étend d’une année supplémentaire la garantie de l’Etat à la banque franco-belge Dexia, sauvée en octobre 2008. La date d’émission des financement garantis par la France est prolongée du 31 octobre 2009 au 31 octobre 2010. La garantie française reste énorme : 80 milliards d’euros. Similairement, le gouvernement a décidé de prolonger les garanties accordées par la SFEF (Société de Financement de l’économie française), créée à l’automne 2008 pour garantir les encours de crédits des banques aux entreprises françaises, jusqu’à la fin de l’année 2010 : quelques 13 établissements français en ont bénéficié depuis un an, pour un montant total de 77 milliards d’euros. Contrairement aux déclarations « positives » de Christine Lagarde, le gouvernement avance comme motif que cette prolongation est nécessaire « compte tenu des incertitudes sur la pérennité de la normalisation des marchés ».

6. L’aide publique au développement, nous en avions déjà parlé, sera réduite de 277 millions d’euros en 2010, pour atteindre 3,09 milliards d’euros. Sur cette enveloppe, Eric Besson se félicitera de ses 26 millions d’euros reconduits pour le « développement solidaire et les migrations ».

7. La presse française sera contente : la dotation de soutien à la presse française est portée de283 millions à 419 millions d’euros, soit une augmentation de +48%. Le budget de la mission « Travail et Emploi » est au contraire réduit de 713 millions d’euros (pour atteindre 11,4 milliards d’euros.

8. La Grande Muette devrait s’inquiéter : le gouvernement a prévu de réduire les dépenses d’équipement des forces armées de 9,3 milliards d’euros en 2010 par rapport à 2009 (soit une enveloppe restant de 11,6 milliards sur un budget total de la Défense ramené à 39,3 milliards d’euros.

9. Le budget de la Justice baisse de 911 millions d’euros, pour s’élever à 7,4 milliards d’euros. Sur cette enveloppe, on constate que l’administration pénitentiaire perdra près d’un milliard d’euros de budget en 2010 (3,1 milliards restants).

10. Et les emplois ? Le budget de l’Etat pour 2010 repose sur 2 007 745 « Equivalent Temps Plein », en baisse de 100 378 par rapport à 2009. L’Education Nationale perd 14 000 postes ( 6000 dans le premier degré, 7 000 dans le second) ; la Défense 9 000 ; la police et la gendarmerie nationales 2 744.

Tous ne sont pas aussi mal lotis : les « services du premier ministre » gagnent 407 postes, pour atteindre 8 338 collaborateurs dont : 3343 au Conseil d’Etat (+53), et 2140 à la « coordination du travail gouvernemental (+335). Les administration du Travail et de l’Emploi perdront 3 900 postes.




Bienvenue à Hortefeux en Corse...



jeudi 3 décembre 2009

La France change, la Sarkofrance dérape


"La France change", c'est le slogan de L'UMP pour ces prochaines élections. Mais le parti du Président a encore été victime de "snipers de l'info". Ses nouveaux clips de campagne, en prévision des élections régionales, figurent de belles images de Français heureux en famille ou à l'école. Problème, ces images ont été achetées à une banque d'images californienne, Getty Images.

En Sarkofrance, le décor est plus important que le fonds. Mais le fonds peut déraper.

Régionales, version UMP
Les trois axes de campagne seront donc l'immigration, la sécurité et la fiscalité. En matière de fiscalité, les 3 villes les plus endettées sont ... UMP. Et voici Xavier Bertrand qui fait de la retape: si l'UMP gagne une région, elle s'engage à ne pas augmenter les impôts. L'UMP applique la recette du chef: on s'endette, on paiera plus tard. Samedi dernier, François Fillon exhortait les candidats UMP de défendre le bilan du patron. Les clips de campagnes sont prêts. "La France change". On y voit des familles heureuses de profiter de leur week end (maman n'est pas sur l'image... Elle travaille peut être le dimanche), des enfants de toutes les couleurs, souriants dans leur classe, une grand-mère qui fait un calin à sa petit-fille. Problème, les images ont été achetées à Getty Images. La famille, les enfants, la grand-mères sont tous américains. On appelle cela une belle boulette ! Et elle n'a pas échappé aux caméras de Yann Barthès, et son Petit Journal sur Canal+.



Copenhague, version Dati
Pauvre Rachida Dati. Toute occupée à rester présente dans l'espace médiatico-people, l'ex-Garde des Sceaux a multiplié les interventions ces dernières semaines. Elle profite à plein d'un retour en grâce auprès du Monarque élyséen, soucieux de ne pas laisser l'ancienne confidente trop éloignée de son cercle. Vendredi dernier, à Deauville, Mme Dati était donc invitée en tant que "grand témoin" aux Ateliers de la Terre, à Deauville. On y a aussi croisé Jean-Louis Borloo, très inspiré avant de repartir en jet privé sur Paris. Rachida Dati s'est, une nouvelle fois, prise les pieds dans le tapis: selon elle, l'objectif de Copenhague est de "réduire de 2 degrés la température du monde". Réduire ? Vraiment ? Rachida Dati est députée européenne.

Identité nationale, version xénophobe.
Le débat dérape. Eric Besson le souhaitait-il ? Les professions de foi xénophobes se glissent sur le site dédié au débat électoral du moment, l("être Français cela se mérite", "Serions nous obligés de courber l’échine, de faire allégeance à ces gens qui ne veulent pas nous respecter"). Au JT de France 2, un maire UMP dérape aussi (" ‘Il est temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer. Y'en a déjà dix millions, dix millions que l'on paye à rien foutre'"). Il explique qu'il y a 10 millions d'immigrés de trop... Le débat dérape, mais Eric Besson reste droit. Il demande à ce qu'on purge le site des messages racistes. Le ménage est rapidement fait.

A l'Elysée, Nicolas Sarkozy dérape tout seul. Sarkozy recevait des élus UMP. Le vote suisse sur la construction de minarets tombe à point, et au pire moment. Selon l'un des participants, "Il nous a dit que c'était l'illustration que les gens, en Suisse comme en France, ne veulent pas que leur pays change, qu'il soit dénaturé. Ils veulent garder leur identité." Pour le président, les Suisses ont donc voté tout haut ce que les Français pensent tout bas. Les Musulmans de France ne demandaient rien. La construction des minarets est un sujet sensible. L'UMP agite les bas-fonds de son arrière-cour électorale. La Suisse permet involontairement à la Sarkofrance d'ouvrir les vannes. Sarkozy est-il Docteur Folamour ? Xavier Bertrand apporte sa touche : "Je préfère qu'on ait des lieux de culte officiels, reconnus, pour qu'on ait un islam de France plutôt que d'avoir la pratique de religion dans des endroits qui seraient clandestins", a-t-il expliqué sur LCI. "Est-ce qu'on a forcément besoin de minarets pour le faire? Ça, je n'en suis pas certain".

Salaire de conseiller, version Guaino
Le conseiller spécial du président était l'invité de France Inter mercredi matin. Il paraissait mal à l'aise sur le premier bilan du débat sur l'identité nationale. Où sont donc les clivages ? lui demandait Nicolas Demorand. Il s'est surtout agacé, à l'antenne, de la publication par le Canard Enchaîné, de son salaire annuel. 290 000 euros par an. Guaino n'aime pas «cette espèce de transparence totalitaire, mesquine». «J’ai un salaire qui est déclaré au fisc, qui est conforme aux règles de la fonction publique, je n’ai rien à rajouter là-dessus.»

Deux millions de francs... C'est mesquin.

Allocations familiales, version sécuritaire
Xavier Bertrand expliquait, sur France 2, que l'UMP proposait de supprimer les allocations familiales aux parents qui n'envoient pas leurs enfants à l'école. Le secrétaire général de l'UMP comment une boulette. Il oublie que l'éducation, et pas forcément en milieu scolaire, est obligatoire en France.

Recherche deux nouveaux eurodéputés

Tiens, Michel Barnier nous souhaitait pas siéger au Parlement européen...



mercredi 2 décembre 2009

Crise: Sarkozy est satisfait... de lui.

Mardi, Nicolas Sarkozy se déplaçait à la Seyne-sur-Mer. En quelques 45 minutes de monologue, dressé sur son habituelle estrade, derrière son habituel pupitre, le Monarque a livré son bilan du plan de relance :

"L'activité en France a reculé moins qu'ailleurs et elle s'est remise à croître dès le deuxième trimestre de cette année. Nous avons moins détruit d'emplois et notre chômage a moins augmenté. Je ne dis pas ça par autosatisfaction, naturellement."

Naturellement ?

Les observateurs étrangers, ou nationaux, ont quelque difficulté à comprendre cet excès d’optimisme présidentiel. La France, selon Sarkozy, est un îlot de bonheur parmi les pays industrialisés. « La France repart plus fort, et avant les autres. » Vraiment ? La timidité et la fragilité de la croissance française ne lassent pas d’inquiéter. "La récession cette année en France sera de -2, -2,1%; elle sera en Allemagne de -5%". Mais en Allemagne, le déficit budgétaire sera de 3% du PIB… contre 8% en France.

La France aurait mieux résisté aux destructions d’emplois. C'est évident, mais Sarkozy n'y est pas pour grand chose : le poids des emplois publics (que Sarkozy entend réduire un peu plus chaque année), et des revenus garantis par l'Etat (comme les retraites) ont permis à la consommation des ménages de résister. Sous la contrainte de manifestations monstres, en janvier dernier, Sarkozy s'est vu imposé un renforcement du traitement social du chômage, quelques mois après la mise en oeuvre des sanctions contre les chômeurs refusant deux offres raisonnables d'emploi. Malgré tout, le chômage explose, comme une bombe à retardement, avec plus de 111 000 personnes supplémentaires inscrites à pôle emploi en octobre, pour atteindre 4,6 millions le mois dernier.

Mardi, Sarkozy a voulu nous convaincre de la différence entre la bonne dette (qui finance l'investissement) de la mauvaise (qui finance les prestations sociales). En Sarkofrance, l’endettement public est massif et sans issu : 84% du PIB en 2010, sans doute 100% d’ici 2 ans. La Sarkofrance, contrairement à ses voisins, n'a plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. Piteuse, la France est enfin parvenue à obtenir une prolongation d'un an, de 2012 à 2013, le délai fixé par la Commission Européenne pour descendre le déficit budgétaire à 3% du PIB. Ce dernier atteint un niveau inégalé depuis l’après-guerre. La politique fiscale du gouvernement paraît dans l’impasse, coincée par l'obstination de Nicolas Sarkozy à préserver quelques niches, tels le bouclier fiscal ou le soutien à la restauration. L’un des plus gros cadeaux fiscaux de l’année, la baisse du taux de TVA sur la restauration, soit 3 milliards d’euros l’an prochain, est un échec. Devant l’impossibilité de conclure un accord d’augmentation des salaires dans leur branche avec le patronat, certains représentants syndicaux ont suggéré à l’Etat de reprendre son cadeau.
Globalement, il faudrait augmenter les prélèvements de 2,5 points, tout en stabilisant le montant des dépenses publiques, pour espérer revenir en-deça des 3% du PIB en 2015. Inquiet par sa réélection de 2012, Nicolas Sarkozy se garde bien d’annoncer l’addition. A droite, les plus inquiets préconisent d’augmenter les prélèvements indirects, comme la CSG ou la TVA. A gauche, on pense plutôt à revoir l’impôt sur le revenu et les niches fiscales.

Mardi, Nicolas Sarkozy a aussi loué son efficacité dans le sauvetage des banques : « Je vous avais donné ma parole que l’Etat ferait son devoir, que l’Etat protégerait vos économies, que l’Etat ne laisserait aucune banque faire faillite. » Le même constat peut être fait chez nos principaux voisins. Le Monarque a choisi de positiver sa pirouette idéologique. Le chantre de la dérégulation a loué le retour de l’interventionnisme public dans l’économie : oubliées, la réduction des prestations sociales, le déplafonnement des heures supplémentaires, ou la privatisation de la Poste ! On aurait aussi beaucoup à dire sur la précarité croissante de nombre de ménages. Chez Sarkozy, le concept n’existe pas, n’émerge dans aucun discours, n’apparaît spontanément dans aucune annonce gouvernementale.

Le Monarque s'est également bien gardé de dresser un bilan de l'une de ses promesses de l'époque : la mise en oeuvre d'une nouvelle régulation de la finance mondiale. On savait que le petit Français ne pouvait rien sans l'accord des grandes puissances. Depuis plus d'un an, Sarkozy revendique des succès qui n'en sont pas. Ainsi va la lutte contre les paradis fiscaux. Ces derniers existent toujours, ils ont simplement changé de nom. Et malgré les « menaces » de l’été, les «évadés fiscaux» sont finalement peu nombreux à régulariser leur situation. En août dernier, Eric Woerth a fait quelque vacarme sur le sujet en brandissant une liste de 3 000 contribuables « évadés », représentant 3 milliards de fortune défiscalisée en Suisse. Le ministre du budget avait été clément : il avait laissé à chacun jusqu’au 31 décembre pour régulariser, sans pénalité majeure, leur situation. A un mois de l’échéance, 2 500 contribuables, seulement, ont pris contact avec le fisc français. Et 800 d’entre eux, seulement, ont réellement franchi le pas. Bercy a fait agréer « EVAFISC » par la CNIL un fichier recensant les contribuables disposant d’avoirs à l’étranger, légaux ou pas.

Fidèle à son habitude, Nicolas Sarkozy a beaucoup crié dans le vide, comme contre la faiblesse du dollar : "Je me reconnais comme un ami des Américains mais enfin on ne peut pas continuer comme ça avec un euro qui a augmenté de 50% de sa valeur par rapport au dollar [...] comment voulez-vous qu'on aille vendre des avions aux Etats-Unis?". Sous-entend-t-il qu'il faudrait réguler autoritairement le cours des devises dollar et euro ? Pour l'un des chantres de l'indépendance des banques centrales... cela ferait désordre.

Mardi, Sarkozy a énuméré les réalisations de son plan de relance : 1000 chantiers ont été lancés. On se souvient de leur liste, en février dernier, un inventaire à la Prévert de dépenses pour l’essentiel indispensable, crise ou pas ; La récession a eu bon dos. On avait ainsi appris que la "rénovation du patrimoine artistique", ou la sécurisation d'installations sanitaires, judiciaires ou de transports faisaient partie de la relance.
Parmi les mesures emblématiques, le gouvernement avait ainsi cité la "mise aux normes de sécurité" de l'Institut de chimie Le Bel, à Strasbourg (3 M€), la "mise en sécurité" des UFR médicales de Paris-V-Faculté de médecine de Cochin et des bâtiments Gustave- Roussy (5,8 M€), celle des sites de l'université de Paris-VI-Pitié- Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris (7M€), la rénovation des voies ferrovières (150M€), ou encore la "sécurisation" du tunnel de Fréjus (35M€) et des travaux d'entretien routier (320 M€). Vous avez bien lu. Sans la crise, la sécurisation du tunnel de Fréjus pouvait attendre...

Mardi, près de Toulon, Nicolas Sarkozy était finalement seul. Il se parlait à lui-même, comme pour se convaincre qu'il avait bien fait, qu'il était le meilleur, et que le reste du monde avait tort contre lui.




Identité Nationale: les racailles de Sarkofrance

Il fallait s'y attendre. Eric Besson n'attendait sans doute que cela. A l'issue d'un "débat" au ministère de l'identité national, Besson avait expliqué, "sans langue de bois", devant les caméras de Dimanche+, qu'il manquait, pour que les participants à la réunion soient représentatifs de la société française, "le jeune Français d'origine étrangère qui aurait dit à un moment 'moi, j'me sens pas Français."

Eric Besson cherche la confrontation.

Un peu plus tard, sur une autre chaîne de télévision, un élu UMP s'est carrément lâché, comme le rapporte notre confrère Dagrouik d'intox2007.

Merci Eric Besson. La honte est désormais complète.



mardi 1 décembre 2009

Copenhague ou "l'écologie décomplexée" version Sarko


Vendredi, Jean-Louis Borloo, ministre du développement durable, faisait un beau discours, à Deauville, pour présenter le plan français pour Copenhague. Puis il est rentré à Paris… en avion. Paris-Deauville, c'est deux heures de train, mais c'est déjà trop pour un ministre de Sarkofrance. Cette petite entorse, pratique, aux exigences du transport eco-responsable, est-elle symptomatique de l'écologie sarkozyenne ? Plus généralement, on peut s'interroger sur le sens de l’activisme du président français pour le sommet de Copenhague ?

Sarkozy met la pression.
A Deauville, Jean-Louis Borloo avait un petit bréviaire de 8 pages en main, sobrement intitulé « Copenhague : un projet pour le monde». D'après le Figaro Magazine, Borloo voit la Sarkofrance comme "un leader mondial de l'écologie après le succès (pendant sa présidence de l'Union européenne) du paquet climat-énergie, et la réussite du Grenelle de l'environnement". Rien que ça. Le sommet de Copenhague devra être l'apothéose de l'eco-Sarko. En fait, Sarkozy est pour le moment un tantinet agacé. Ou il fait semblant de l'être.

Barack Obama a annoncé qu’il viendrait en début de sommet, le 9 décembre. Le président français n’est pas content. Même aux Etats-Unis, certains relèvent l'affront. Le grand frère américain sera absent des conclusions, les 18 et 19 décembre, alors que « C’est là où les choses vont se passer » a-t-il expliqué le 26 novembre dernier. Depuis des mois, le président français s’active, en particulier auprès du président brésilien Lula, pour fédérer autour de lui quelques pays d’importance et "prendre en tenailles la Chine et les Etats-Unis". Le 14 novembre dernier, les deux présidents affichaient leur unité: " Nous n'avons pas le droit de permettre que le président Obama et le président Hu Jintao puissent célébrer un accord en prenant pour base les seules réalités de leurs pays", expliquait alors Lula. "La première économie du monde doit être à la hauteur de ses responsabilités", avait surenchéri M. Sarkozy. "Nous n'accepterons pas de prendre des engagements et que d'autres disent, on verra demain". Le président français avait promis: "Avec le président Lula, on va faire le tour de la planète pour convaincre, parce que le monde est multipolaire".

Sarkozy n’a rien à perdre. Il laisse déjà entendre que Copenhague n'accouchera d'aucun traité engageant. En cas d’échec, il a déjà dénoncé le coupable : Barack Obama, dont il est si jaloux.

Sarkozy n’est pas écolo.
Il s’est découvert un intérêt pour l’écologie en janvier 2007, quand l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Hulot à la présidentielle surgit dans le débat, en janvier 2007. la signature du Pacte Ecologique de l’animateur de TF1 était également un joli coup médiatique, pour polir l’image ultra-libérale du candidat de l’UMP. A peine élu, Sarkozy créé un large ministère du développement durable. Son premier titulaire, Alain Juppé, ne tient pas un mois : il est contraint de démissionner en juin quand il échoue à se faire élire député aux élections législatives de juin. Sarkozy lance ensuite son Grenelle de l’Environnement, dont les débats se terminent en octobre. Quand il préside, l’espace de 6 mois, l’Union Européenne, il lance quelques belles déclarations d’intention, fait adopter un paquet énergie-climat, en décembre, que les médias louent un peu trop rapidement : toutes les associations de protection de l’environnement dénoncent l’absence de moyens dégagés pour atteindre des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par ailleurs revus à la baisse: ainsi, le fameux objectif de réduction de 20% est lui-même réduit à ... 4% par un tour de passe-passe comme seule la Sarkofrance médiatique en est capable !

Qu’importe ! Vis-à-vis des opinions publiques, l’honneur est sauf. En janvier, le refus des ministres des finances de s’accorder sur un soutien financier aux pays en voie de développement pour cette «transition écologiste » passe quasiment inaperçu.

L'écologie décomplexée
Les prochaines élections régionales sont dangereuses. L’UMP arrivera sans doute en tête du premier tour, vu que Sarkozy a ratissé large (du Nouveau Centre au MPF et aux chasseurs). Mais il faudra gagner le second tour. Le Monarque a deux agendas : pour ramener ses électeurs déçus dans le « droit chemin », il joue sur les trois registres habituels de la droite : fiscalité, insécurité et immigration. Pour gagner l’élection dans quelques régions au moins, il joue la carte de l’écologie version UMP, « l’écologie populaire », un concept qu’il a présenté samedi dernier lors du conseil national de l’UMP à Aubervilliers. Il entend d’abord surfer sur la vague verte. Plus les listes d’Europe Ecologie sont fortes, plus le Parti Socialiste souffre. S’afficher écolo tous azimuts permet d'affaiblir les socialistes, en posant l'enjeu environnemental au-dessus des préoccupations sociales. Sarkozy entend aussi chiper à Europe Ecologie une fraction de leur électorat, les sensibles à la planète mais accros à leur mode de consommation. En d'autres termes, Sarkozy veut "décomplexer l'écologie" : on peut être vert et consommer comme avant ! C'est le nouveau mot d'ordre sarkozyen. Après le pétrole, on aura le nucléaire, les voitures rouleront telles des mini-centrales ambulantes. Qu'importe si la future génération des centrales, les fameuses EPR, sont à la fois hors de prix (2 milliards d'euros de dérapages budgétaires pour l'un des deux EPR en construction, en Finlande), et jugés insécures par 3 autorités (dont la Française) !

Dans ce contexte, le sommet de Copenhague peut tomber à point nommer. Il ne coûte rien à Nicolas Sarkozy, à part quelques centaines de kilos de kérosène, à parcourir le globe pour jouer le « président vert mais moderne». Obama est coincé par le système institutionnel américain : le président ne peu engager son pays sans l’accord de son Congrès. De surcroît, Obama entend surtout faire passer sa réforme du système de santé aux Etats Unis. Dany Cohn-Bendit l'a reconnu lundi 30 novembre, sur Canal+: "C'est comme ça".

Pour Sarkozy, il y a une place à prendre. De surcroît, il peut défendre une position « pyromane » mais populaire auprès des économies émergentes : "Je ne vais pas avoir le ridicule de dire à un pays d'un milliard d'habitants dont plusieurs centaines de millions vivent dans la pauvreté qu'il ne doit pas faire le choix de la croissance"; "Tout l'intérêt de Copenhague, c'est qu'on ne demande pas aux pays de choisir entre la croissance et la protection de l'environnement."

Ce comportement est pyromane et court-termiste. La planète ne peut supporter que la Chine et le Brésil, par exemple, parviennent au niveau de consommation d’énergie des pays de l’OCDE. C’est peut être « injuste », mais c’est comme ça. Nicolas Sarkozy le sait très bien, sauf s’il accorde encore un peu de crédit aux théories fumeuses d’un Claude Allègre. Mais Sarkozy, sur ce sujet comme pour bien d’autres, pense d’abord à lui.

Pour mesurer l’ampleur de l’hypocrisie sarkozyenne, il suffisait de regarder le comportement des députés UMP au Parlement européen de Strasbourg: au sein du groupe PPE, sont parvenus à faire voter des amendements contraires aux belles déclarations écologistes du Monarque de l’Elysée : ils ont supprimé la possibilité de recourir à une taxe sur les transactions financières pour financer le soutien aux pays du Sud. Ils ont aussi exigé que les pays émergents aient les mêmes objectifs que les pays riches, de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Curieux, Nicolas Sarkozy expliquait exactement le contraire, samedi à Aubervilliers.

Sarko, écolo ?

Oui, mais chez les autres.

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