31 janvier 2010

Villepin-Sarkozy: malaise et coups bas à l'UMP.

L'affaire Villepin-Sarkozy a repris corps ces derniers jours. Pêle-mêle, les ténors de la majorité se sont entre-déchirés suite à l'appel du Parquet contre la décision de relaxe du tribunal à l'encontre de Dominique de Villepin. Même Carla Bruni-Sarkozy est sortie de son rôle d'épouse discrète du président français: «c'est un procès pénal, vous comprenez, un procès pénal, pas politique.» En coulisses, elle s'est fâchée contre le journaliste Harry Roselmack: «Si on n'arrête pas, je me casse, je me casse !»

Michèle Alliot-Marie a détesté qu'on puisse accuser le procureur Jean-Claude Marin d'avoir agi sur ordre de l'Elysée : « Jean-Claude Marin n'a eu ni instruction ni incitation de quelque nature que ce soit pour prendre sa décision».  La Garde des Sceaux confirme qu'elle avait été prévenue de la décision d'appel dès l'après-midi de jeudi: «J'ai été informée quelque temps avant que le procureur n'annonce sa décision. Ca devait être la veille au soir, par les services de la Chancellerie».  A l'UMP, on essaye de calmer le jeu, après s'être au contraire "lâchée" contre l'ex-premier ministre à l'annonce de sa relaxe. Les consignes sont désormais d'éviter de parler de l'affaire. Exemple de ce rétropédalage, Frédéric Lefebvre. Jeudi soir : « Pour le moment, seuls des exécutants ont été condamnés. Ce qui est clairement mis en avant, c'est que malgré la relaxe de Dominique de Villepin, des attendus mettent en exergue ses mensonges, quand il était entendu sous serment. »  Samedi: « Que la justice fasse son travail. Je n'ai pas à commenter le travail de la justice. »

L'UMP a accouché de ses listes pour les élections régionales dans la douleur: samedi, son conseil national réuni à Paris a adopté ses listes, avec un timide 60% de votes positifs et beaucoup de sifflets dans la salle, à peine couverts par la musique. Pourquoi tant de haine ? Les listes ont été décidées à Paris, loin des bases militantes locales, jusqu'au bureau de Nicolas Sarkozy, jeudi dernier. «Nous, c’est pas mieux, on a découvert notre liste en lisant La Dépêche dans l’avion. Il y a plein de nouvelles têtes, cela ne va pas rassurer les militants»  a expliqué un délégué de Haute-Garonne au JDD.

Conférence sur le déficit : pourquoi la gauche boycotte

30 janvier 2010

143ème semaine de Sarkofrance : Sarko, le mauvais perdant

L’évènement de cette 143ème semaine de Sarkofrance devait être l’intervention télévisée, lundi soir, de Nicolas Sarkozy. Quelques minutes chez Laurence Ferrari, puis deux heures d’émission, sans coupure publicitaire, au milieu de 11 Français encadrés par l’animateur-journaliste Jean-Pierre Pernault. Aucune annonce, si ce n’est la baisse prochaine du chômage. Sarkozy était «à l’écoute », l’air sérieux, le ton parfois obséquieux, incapable d’avouer qu’il a failli, pour un exercice d’auto-défense systématique.

Jeudi, Dominique de Villepin croyait avoir gagné sa bataille judiciaire dans l’affaire Clearstream. Que nenni, le lendemain matin, le procureur Marin annonçait que le parquet ferait appel de la relaxe de l’ancien premier ministre.

Sarko mauvais perdant à la télé
Lundi soir, le président français venait écouter et s’expliquer. L’émission a plu – 8,6 millions de téléspectateurs, un score honorable pour TF1 – car elle fut une épreuve de téléréalité compassionnelle inédite. Onze Français ont exposé leurs difficultés, leurs souffrances, et chacun a pu s’identifier, dans cet exercice de psychothérapie télévisuelle. Surtout, Sarkozy a fait carton plein chez les plus vieux d’entre nous : 64% de l’audience était constitué de téléspectateurs de plus de 50 ans, le cœur de cible électorale de l’UMP. Cette intervention avait un objectif, immédiat et … électoral. Il ne s’agissait pas de recouvrer un semblant de proximité avec les Français. Nicolas Sarkozy ciblait les élections régionales, avec un show télévisuel maîtrisé, par TF1 interposé et l’appui du journaliste-phare de la France des régions, Jean-Pierre Pernault. La manœuvre est flagrante. A Laurence Ferrari, Sarkozy explique que «ce n'est pas le rôle du président de la République» que de s'impliquer dans la campagne. Pourtant, jeudi soir, il se faisait présenter les listes de candidats UMP aux élections régionales, pour les valider. 

Lundi soir, Sarkozy est surtout apparu comme un mauvais perdant : «Je vous demande de considérer que mon travail n'est pas très facile » n’a-t-il cessé de répéter à propos de sa tâche. Qui dirait le contraire ? L’assistance, sage, sombre et résignée, lui confrontait l’échec des promesses de « travailler plus pour gagner plus ». Après tout, les promesses, même proclamées de façon tonitruante, n'engagent que celles et ceux qui les croient. A Bernadette la caissière coincée par son faible pouvoir d’achat, il rétorque : « la seule façon de trouver des solutions pour des gens comme vous, c'est les heures supplémentaires ». Son employeur ne veut pas lui en donner. « Donnez-moi ses coordonnées ». A Samir, l’enseignant précaire, il promet, au grand dam de son ministre du budget, de se pencher sur la titularisation des enseignants précaires. Mais il s’exclame: « Si j'exonère l'Education Nationale, où est-ce que je les trouve, les économies ? ». A la productrice étranglée par la chute du prix du lait, il botte en touche vers l’Europe. A l’infirmière épuisée par ses conditions de travail et le recul de son âge de départ à la retraite, il répond qu’à 55 ans, son âge dans deux jours, on est encore en pleine forme. Il n’y eut que Pierre Le Menahes, ouvrier cégétiste, pour mettre à la peine Nicolas Sarkozy lors du débat, notamment sur les écarts salariaux en France : « Moi je préfère un bon patron bien payé qu’un mauvais patron mal payé ». Quelques minutes auparavant, il avait déjà expliqué qu’Henri Proglio, devenu malgré lui symbole de la confusion des genres, méritait largement ses 1,6 millions d’euros annuels. Et sa double casquette EDF/Veolia ? Sarkozy a enterré l’idée (c'est « l’affaire de quelques mois »), après l’avoir défendue en coulisses depuis juillet.

Une jeune étudiante bien diplômée échoue-t-elle à décrocher un job ? C’est la faute à la crise mais « le chômage va reculer ». Effectivement, trois jours plus tard, des statistiques arrangées étaient publiées par le ministère du Travail sur le nombre de demandeurs d’emploi en décembre. Ô surprise ! Le chômage a baissé en décembre par rapport au mois précédent. -18 700 demandeurs nous dit on. Mais il faut bien lire les statistiques officielles: en décembre, les radiations administratives ont progressé de ... +11,1%, soit 42 000 personnes sur le seul mois de décembre (+4 000 versus novembre). Et les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation restent à un niveau élevé : 197 000 en décembre, contre 162 000 au plus fort de la crise, en décembre 2008. Le président du cercle des économistes contredit aussi l'optimisme présidentiel dans les colonnes du Figaro: «2010 ne sera pas une année de décrue du chômage». Près d’un million de chômeurs perdront leurs droits d’ici quelques mois, dont 600 000 sans aucune aide de relais. Sarkozy n’a pas de réponse : « la solution n'est pas dans la multiplication des aides de toutes sortes. » Les chômeurs veulent du travail. Bien sûr. Et quand il n’y en a pas ? Il n'y a qu'un endroit où le chômage a bel et bien disparu : dans le programme d'économie des classes de seconde. Le contenu des manuels scolaires a été communiqué aux éditeurs par le Ministère de l'Education Nationale. Le chapitre consacré à l'emploi et au chômage a été supprimé.

Lundi soir, la parole du Monarque était usée.

Sarko, mauvais perdant avec la justice
Mardi, les clandestins Kurdes, originaires de Syrie, arrêtés en Corse le week-end dernier, ont été relaxés. Eric Besson est furax. Il a fait annuler les arrêtés de reconduite à la frontière. Un à un, les tribunaux ont rendu leur liberté aux sans-papiers dans chacune des villes où ils avaient été placés en centres de rétention. Motif ? « Vice de procédure ». Insulte suprême, fiasco politique. La CIMADE accusait le gouvernement de vouloir raccourcir le délai de leur demande d’asile. Même le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU s’en était ému. Dans un premier temps, Eric Besson s’est justifié par … un manque de places d’hébergement. Il a ensuite expliqué vouloir durcir la législation, contre ce type d’«afflux massif inopiné». Lundi soir, Nicolas Sarkozy, mécontent et contrarié, est venu au secours de son ministre. Il a promis que les clandestins qui n’obtiendraient pas l’asile politique seraient renvoyés chez eux.

Sarko fut aussi mauvais perdant contre Villepin. Jeudi, l'ancien  était heureux, jeudi midi, en apprenant qu’il avait été relaxé des accusations de dénonciation calomnieuse dans l’affaire Clearstream : « Après plusieurs années d’épreuve, mon innocence a été reconnue». L’après midi, l’Elysée faisait savoir que Nicolas Sarkozy prenait acte de la décision judiciaire. Les proches de l’ancien premier ministre expliquaient que son combat politique, critique contre le chef de l’Etat, pouvait enfin commencer. Leur soulagement a été de courte durée. Dès le lendemain, le trouble Jean-Claude Marin, procureur parisien de l’affaire, expliquait sur une radio matinale qu’il avait « décidé » d’interjeter en appel de cette décision, aux motifs que toute la vérité de l’affaire n’a pas été dévoilée, que la parquet a le droit de faire appel d’une décision contraire à ses réquisitions, et que deux autres prévenus, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, ont eux aussi fait appel. Personne n'est dupe.

Vendredi soir, Dominique de Villepin intervient sur CANAL+, après son coup de gueule du matin sur BFM-TV. « Il y a eu hier une réunion à la Présidence de la où cette décision a été prise. » Villepin dénonce explicitement Sarkozy. « J’ai eu la confirmation de cette information ». Les chroniqueurs du Grand Journal de CANAL+ veulent en savoir plus sur cette source anonyme à l’Elysée. Villepin continue: le procureur Marin « s’est fait tordre le bras » pour le renvoyer en justice. « Il l’a fait sous la pression de la Présidence de la République ». La Sarkofrance a mal à la justice. Elle n’empêche pas le déballage de ses poubelles. La haine l’a emporté, à tous points de vue. La presse étrangère ne s'y trompe pas, soulignant le revers politique majeur subi par Sarkozy : jeudi, le Monarque a relancé les ambitions et la capacité de nuisance présidentielles de Dominique de Villepin. Vendredi, en faisant appel, il a confirmé le statut de victime de son opposant.

Sarko, mauvais perdant avec ses déficits
Jeudi, le président français tenait sa fameuse conférence sur les déficits, censée conclure sur l’effroyable dérive des comptes … des collectivités locales. Sarkozy est fiscalement coincé : il ne souhaite ni revenir sur les cadeaux fiscaux aux plus fortunés (tel le bouclier fiscal), ni sur les exonérations de charges, pourtant coûteuses, comme les défiscalisations d’heures supplémentaires. Il faut donc taper sur les charges, souvent sociales … et les comptes des régions et départements, majoritairement à gauche. Le combat électoral pro-UMP se loge dans des détails. Les élus de gauche ont boycotté la séance. Et pour cause, la dette publique qui incombe des régions et départements ne pèse que pour 10% des 1 456 milliards d’euros d’endettement public. De surcroît, à la différence de l’Etat, les collectivités locales ne peuvent afficher de déficit budgétaire. Sarkozy a beau jeu de promettre l’instauration d’une règle d'équilibre des comptes de l'ensemble des administrations publiques, à l'image de l'Allemagne. Quand aux dotations de l’Etat, figées au moment des différents transferts de compétences et la récupération des impôts locaux, elles se révèlent insuffisantes pour couvrir les aides sociales aux plus démunis. D’ici à 2013, l’Etat doit réduire son déficit budgétaire de … 100 milliards d’euros. Rien que cela. Dans l’Espagne voisine, le premier ministre Zapattero a promis un plan de rigueur de 50 milliards d'euros d'économies d’ici 2012.

Le Monarque, dépensier pour lui-même et peu économe avec l’argent du contribuable, a quand même voulu donner quelques leçons : «En avril, nous prendrons des décisions extrêmement précises pour que la spirale des déficits ne porte pas atteinte à la crédibilité de notre pays». Son collaborateur François Fillon fait semblant renchérir dans une interview au Figaro, samedi 30 janvier. Le premier ministre annonce travailler sur des «efforts sans précédent» qu'il présentera à Bruxelles la semaine prochaine. A le lire, ses propositions n'ont rien de bien nouveau : stabilisation des dépenses publiques («Jamais un gouvernement n'aura fait autant»), réduction de la progression des dépenses d'assurance maladie sous la barre de +3% annuels, et poursuite du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Rien sur la fiscalité. Fillon se contente seulement de promettre de ne pas créer de nouvelles niches fiscales... Le coeur de l'électorat UMP est déjà bien doté ! Pour couronner le tout, Fillon prie pour un retour à une croissance supérieure à +2,5% par an dès 2011. Allumez vos cierges !

Sarko, mauvais perdant avec la police
Vendredi, les policiers élisaient leurs représentants du personnel. L'union entre Unité police, classée à gauche, et le SGP-FO, qui a fait « campagne » contre la politique du chiffre de Nicolas Sarkozy, est sortie grand vainqueur de ces élections professionnelles marquées, comme à chaque fois, par un fort taux de participation (82%). Brice Hortefeux a tenté de renvoyer la balle sur les régions socialistes. En matière de lutte contre l'insécurité, ces dernières, par la voix du groupe socialiste au Sénat, ont répliqué qu'il était en charge de la police et de la gendarmerie nationale. Les régions n'ont aucune attribution particulière en matière de sécurité publique.

Jeudi, le gouvernement était aussi contraint de reconnaître que le nombre de gardes à vue officiellement répertoriées était largement sous-estimé : 900 000, contre 600 000. Il n’était que de 300 000 en 2002. Le journaliste Mathieu Aaron, dans un ouvrage paru mercredi, a trouvé l’origine de l’écart dans « l’oubli » des gardes à vues pour délits routiers. Le porte-parole de l'Intérieur a confirmé une double comptabilisation. Et pour quel résultat ? la hausse continue des violences aux personnes.

Au final, cette semaine fut calamiteuse pour le président français : entre un débat télévisé défensif, un revers judiciaire dans l'affaire Clearstream, et une conférence ratée sur les déficits publics, Nicolas Sarkozy n'a trouvé que le forum économique de Davos pour s'exprimer devant une assistance docile.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Il reste 21 mois d'ici la prochaine élection présidentielle.

Sarko à Davos se la joue anti-capitaliste... encore.

29 janvier 2010

En Sarkofrance, l'hypocrisie ne se cache plus.

Jeudi après-midi, on pouvait lire ceci, sur le site de l'Elysée:

"Le Tribunal correctionnel vient de se prononcer.

Il a reconnu une « manipulation grave ». Il en a tiré la conclusion que les auteurs de ladite manipulation devaient être sanctionnés par une peine de prison ferme y compris pour l’un d’entre eux qui n’avait pourtant pas d’antécédent judiciaire.

Je m’étais constitué partie civile parce que je voulais que ces agissements soient portés à la connaissance des Français, qu’ils soient sanctionnés afin que nul n’ait la tentation de se livrer à l’avenir à de telles pratiques qui déshonorent la démocratie.
Le jugement me donne satisfaction, même si ne connaissant personnellement aucun des condamnés, ne les ayant jamais rencontrés, je ne nourris à leur endroit aucun ressentiment, et je m’interroge encore sur leurs motivations.
Le Tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de VILLEPIN dans la manipulation ne pouvait être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant.
Dans ces conditions, j’annonce que je ne ferai pas appel de la décision du Tribunal correctionnel."
Vendredi matin, on pouvait entendre cela, sur Europe 1 :


Le soir même, Dominique de villepin expliquait qu'il avait eu connaissance d'une réunion à l'Elysée sur cette décision judiciaire. Le parquet a fait appel. Villepin repart en procédure.

En Sarkofrance, l'hypocrisie ne se cache plus.

Les boulettes de Sarkofrance

Nicolas Sarkozy lundi soir, Jean-Louis Borloo mercredi soir, les boulettes sont parfois grosses en Sarkofrance.

Sarko, boulette sur le chômage.
Lundi soir, la véritable et unique annonce de Nicolas Sarkozy dans l’émission « Paroles de Français » sur TF1 fut sa promesse que le chômage allait bientôt baisser. Le président avait sous la main les dernières statistiques, dévoilées ce mercredi 27 janvier : 18 700 de chômeurs en moins en décembre, soit -0,7%.  Sur un an, les chômeurs de catégorie A (i.e. sans aucune activité) ont progressé de 18%. Si l'on intègre les demandeurs d'emploi en activité réduite, le chômage a continué d'augmenter en décembre (+8 600 personnes), soit +587 000 inscrits sur un an. La catégorie D (sans emploi et sans recherche active) a cru de +4,5% en décembre, pour totaliser 228 000 personnes en fin d'année. Et il faudrait ajouter les "chômeurs cachés", c'est-à-dire les non inscrits et les salariés en chômage partiel dans les entreprises. Il faut ainsi lire les statistiques officielles jusqu'au bout, comme au paragraphe 6a du document publié ce mercredi par le ministère du travail: en décembre, les radiations administratives ont progressé de ... +11,1%, soit 42 000 personnes sur le seul mois de décembre. Les radiations n'étaient "que" 38 000 le mois précédent. Voici comment le chômage "recule". Les "cessations d'inscription pour défaut d'actualisation" restent à un niveau élevé : 197 000 en décembre (207 000 en novembre 2009), contre 162 000 au plus fort de la crise, en décembre 2008.

Sarko, boulette sur les impôts
Cédric Mathiot, à Libération, a décrypté une autre boulette présidentielle : «En matière d’impôt, la France est le pays de l’OCDE qui a les impôts les plus lourds. Nous sommes à 40,7%, sept points au-dessus des Allemands.» Et bien, c'est faux. La France est largement dépassée, en matière de prélèvements obligatoires, par la Suède, le Danemark, la Belgique et la Norvège. de surcroît, rappelle justement le journaliste, les comparaisons internationales des taux de prélèvements obligatoires sont très hasardeuses. Les périmètres de prestations et d'assurance sociale ne sont souvent pas comparables, comme, par exemple, avec les Etats Unis, où la protection sociale est souvent du ressort des régimes d'entreprises, sans donc transiter par les comptes publics.

Jeudi, Nicolas Sarkozy tenait une «conférence» sur les déficits à l'Elysée. Les élus de gauche ont boycotté la réunion. Le président français tente de faire croire, UMP à l'appui, que les collectivités locales, majoritairement à gauche, sont responsables des déficits publics. C'est faux. La dette publique atteint 1 457 milliards d'euros en 2009, dont 80% provient de l'Etat (1 159 milliards), et les collectivités locales pour ... 10%. En 2008, le déficit budgétaire de l'Etat, après une année pleine de gestion sarkozyenne, était déjà de 56 milliards d'euros, six de plus que celui des collectivités locales. Eric Woerth, le ministre du budget se défend : «L'Etat a versé en 2009 plus de 90 milliards d'euros aux collectivités totales. S'il ne l'avait pas fait, son déficit serait inférieur d'autant.» Le trésorier de l'UMP omet volontairement de préciser que 50 milliards d'euros correspondent à la dotation globale de fonctionnement versée en lieu et place d'impôts locaux supprimés par ... le gouvernement. S'ajoutent d'autres dotations, compensant d'autres transferts de charges, sur fonds de polémiques : la progression des dépenses locales, qui n'est contestée par personne, tient à la progression du coût des dispositifs sociaux qui ont été transférés aux collectivités locales (APA, RMI, RSA, etc).

Borloo, nouvelle boulette
Jean-Louis Borloo vient de revenir de Copenhague, au moins psychologiquement. Il lui a fallu des semaines pour livrer son interprétation du sommet, et de son (absence de) résultat. Mercredi, le ministre parlait devant la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale. La surprise fut de taille. Selon lui, Copenhague a été « un succès majeur » : « L'enjeu était bien d'accrocher à ce mouvement à la fois les très puissants émergents - Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud etc...- et les Etats-Unis. Et, de ce point de vue là, Copenhague est un succès majeur ». Borloo cite aussi les engagements de financement de l'aide aux pays les plus vulnérables à court terme (10 milliards de dollars par an sur 2010, 2011 et 2012) et à moyen terme (100 milliards de dollars par an à l'horizon 2020).

Le 20 janvier dernier, Jean-Michel Debrat, directeur général adjoint de l’Agence française de développement (AFD) expliquait déjà, devant la même commission : « Force est de constater que les résultats ont été en deçà des attentes, notamment celle, largement relayée par la presse, de l’engagement formel des parties d’abaisser de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Pour autant, quantité de dispositions prises vont dans le bon sens et le texte final, s’il ne contient pas cet objectif clé, comporte néanmoins beaucoup d’avancées. La nécessité d’une politique mondiale d’adaptation aux changements climatiques a été clairement reconnue. »

Jean-Michel Debrat ne cite ensuite que deux avancées de Copenhague : le problème du financement des réponses aux urgences climatiques a été « posé », tout comme l’enjeu de lutter pour la préservation des forêts, mentionné dans le communiqué final du sommet. Maigre bilan. Debrat reconnaît que l’Europe a été défaillante. Les Etats membres ont chacun joué leur partie (n’est-ce pas M. Sarkozy ?), et la présidence de l’UE a été « défaillante ».

Frédéric Lefebvre et ses sujets brûlants...

28 janvier 2010

Garde à vue : les limites de la Sarkofrance sécuritaire

La future réforme de l'instruction fait débat. Michèle Alliot-Marie tente de rassurer. Mais les critiques demeurent. Le pouvoir craint une bronca.

Gardes à vue polémiques ?
Le nombre de gardes à vue en France serait largement sous-évalué : 900 000 contre 600 000 annoncés par le ministère de l’intérieur (581 000 en novembre 2009). C’est ce que dit le journaliste Mathieu Aaron, dans un ouvrage paru mercredi. Il trouve l’origine de l’écart dans « l’oubli » des gardes à vues pour délits routiers (250 à 300 000 gardes à vue). Au-delà de la polémique sur les chiffres, le quasiment doublement des chiffres officiels depuis 2002 est stupéfiant. Le journaliste attribue cette dérive à 3 facteurs principaux. Premier facteur, la politique du chiffre (la mesure du « taux d’activité de la police »), menée par Nicolas Sarkozy, qui encourage – et rémunère sous forme de primes – les placements. Seconde explicateur, une loi d’Elisabeth Guigoux sur la présomption d’innocence, avant 2001, a renforcé les droits de la défense (accès plus rapide à un avocat, un médecin ou les proches) pendant la période de garde à vue. Conséquence involontaire, la police n’arrête que pour mettre en garde à vue, et éviter tout flou juridique susceptible de contestation. Dernier facteur, nombre de gardiens de la paix sont devenus officiers de police judiciaire, et donc habilités à placer en garde à vue.


Dans la Sarkofrance de 2010, la garde à vue est devenue, sans qu’on se l’avoue, la première peine de détention, même pour des délits mineurs, même sans preuve.

Frénésie sécuritaire... inefficace ?
Laurent Mucchielli, dans les colonnes du Monde la semaine dernière, expliquait combien la sécurité a occupé l’espace médiatico-politique depuis une dizaine d’année. Il parle volontiers de « frénésie sécuritaire », et souligne combien les différentes lois ont cassé certains principes de justice républicaine : la loi sur les bandes néglige l’individualisation des peines ; le fichage généralise le soupçon aux détriments de la présomption d’innocence ; les mineurs sont réévalués comme des majeurs. Les peines planchers et la suppression du juge d’instruction affaiblissent l’indépendance de la justice.
« La société française des années 2000 aura notamment été marquée par une véritable frénésie sécuritaire. Depuis 2002, il y a eu plus de cinquante réformes du droit pénal. L'extension du fichage de la population par la police n'a jamais cessé au point que le système de traitement des infractions constatées (STIC) - fichier qui recense les personnes impliquées dans des procédures policières, victimes et auteurs - concerne désormais un Français sur dix ! Le nombre de gardes à vue a augmenté de 72 % entre 2001 et 2008. La population carcérale a progressé de 36 % sur les sept dernières années. Le nombre de caméras de vidéosurveillance explose. Tous ces chiffres suggèrent l'instauration progressive d'une société de surveillance. Une idéologie sécuritaire qui justifie, au nom de la défense des victimes, la remise en cause de quelques-uns de nos grands principes généraux du droit, s'est mise en place. »
Terra Nova reconnait la « schizophrénie » de la fonction de juge d’instruction, qui instruit à charge et à décharge les affaires qu’on lui confie. Nicolas Sarkozy s’est engouffré dans cette brèche. Mais sa réforme ne prévoit pas de rendre le parquet indépendant pour autant. On comprend aisément l’intérêt du pouvoir de récupérer le contrôle intégral des instructions, après avoir, au fil des années, dépossédé les juges d’instruction d’un nombre croissant d’affaires. La Cour Européenne des Droits de l’Homme avait d’ailleurs rappelé, en juillet 2008, que le procureur ne peut, en France, être qualifié d'autorité judiciaire gardienne de la liberté individuelle car « il lui manque en particulier l'indépendance à l'égard du pouvoir exécutif ».


Jeudi 14 janvier, François Fillon s’est essayé à rassurer la profession judiciaire. Des mots, toujours pas suivis d’actes. « Ni l'indépendance de la magistrature, ni la manière dont la France a historiquement organisé la séparation des pouvoirs ne seront remises en cause par la réforme ». Le premier ministre justifie curieusement son propos par le faible nombre d’affaires (5% du total) actuellement traitées par les juges d’instruction : « Est-ce à dire que dans 95 % des cas l'on ait affaire à une justice qui ne soit pas indépendante? » Fillon oublie de préciser que ces 5% recouvrent souvent les affaires les plus sensibles… Il explique aussi que « le parquet ne sera pas le seul acteur de l'investigation, a dit le chef du gouvernement. Le nouvel équilibre impliquera des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Et comme le juge d'instruction, le juge de l'enquête et des libertés sera un magistrat du siège. »

Les magistrats se rebiffent
La France sécuritaire a mal à sa justice. Le paradoxe est que ses résultats restent médiocres, incapable qu’elle est à prendre en compte la prévention dans son discours et ses actes. La faiblesse des moyens de la justice reste patente. En Ile-de-France, des policiers ont refusé de procéder à des interpellations requises par des juges, au motif que ces derniers exigeaient la présence des avocats des prévenus lors des gardes à vue. Un comble ! Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy n'avait pas de mots assez durs pour fustiger les juges "laxistes" et "complaisants" qui relâchaient les délinquants arrêtés par la police. La roue aurait-elle tourné ? Ce sont des policiers qui refusent désormais d'intervenir. Les magistrats ont écrit  au directeur de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris, Christian Flaesch.
Dans leur courrier, les magistrats rappellent que le code de procédure pénale dispose que "les officiers de police judiciaire (...) ne peuvent solliciter ou recevoir des ordres ou instructions que de l'autorité judiciaire dont ils dépendent". Les cas de refus de collaboration entre police judiciaire et magistrats sont extrêmement rares. Ils ont toujours visé des affaires sensibles comme le refus de perquisitionner chez l'ancien maire de Paris, Jean Tibéri, à la demande du juge Eric Halphen, en 1996 ou l'affaire Borrel, en 2007, quand la gendarmerie n'avait pas voulu perquisitionné des ministères.
Discrètement, Nicolas Sarkozy a trouvé un remplaçant à Patrick Ouart, son conseiller justice parti voici quelques semaines. Il s'agit de Jean-Pierre Picca, le procureur de la République de Lorient, dont la nomination a été officialisée lundi 18 janvier. C’est un proche de Jean-Daniel Levitte, le Sherpa de Sarkozy, qu’il a connu à Washington entre 2005 et 2007.

27 janvier 2010

La parole usée de Nicolas Sarkozy

L’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy lundi soir sur TF1 a été regardée par 8,8 millions de personnes, soit 33% des téléspectateurs du soir. Ce bon score est dû aux plus vieux d’entre eux : 64% des téléspectateurs avaient plus de 50 ans. Le président de la République s’est montré sérieux, compassionnel, scandalisé à chaque témoignage poignant. « Le président de la République était à leur écoute » a commenté Frédéric Lefebvre. « Paroles de Français » animé par Jean-Pierre Pernault avait un petit air de « ça se discute » (les problèmes) et « Perdu de Vue » (les promesses). Quelques phrases feront date :


« Moi je préfère un bon patron bien payé qu’un mauvais patron mal payé »


«Je vous demande de considérer que mon travail n'est pas très facile »


« Le choix de l'assistanat, on l'a fait, il a conduit à l'échec »


« la solution n'est pas dans la multiplication des aides de toutes sortes. »


« Si j'exonère l'Education Nationale, où est-ce que je les trouve, les économies ? »

« Je sais que dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays »
Les réponses du chef de l’Etat avaient quelque chose de surréaliste. A l’étudiante Bac+5 en marketing, il promet que la croissance va revenir. A Bernadette la caissière coincée par son faible pouvoir d’achat, il rétorque : « la seule façon de trouver des solutions pour des gens comme vous, c'est les heures supplémentaires ». A Samir, l’enseignant précaire, il lui demande comment trouver des économies budgétaires s’il ne touche pas aux effectifs de l’Education Nationale. A l’infirmière épuisée, il suggère qu’à 55 ans, on est encore en pleine forme. Prévenus avant l’émission des témoins retenus par la rédaction de TF1, les communicants de l’Elysée avaient fait répéter leur patron : le prix du litre de lait ou du kilo de pommes, la proportion d’apprentis en France, les effectifs de Renault et de PSA en France et à l’étranger, etc.

Sarkozy n’a rien annoncé de concret à ses interlocuteurs. Et ces derniers, coincés dans leur souffrance et leurs difficultés personnelles, n’ont apporté aucune critique générale à la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis 2002 et 2007. Anecdotes individuelles contre compassion présidentielle, souffrances des uns contre protestation scandalisée de l’autre. La vérité, sociale, était parfois criante. L’autisme présidentiel était, souvent, manifeste. Comme le notait Philippe Cohen sur Marianne2, Sarkozy a endossé son costume usé de candidat en campagne, facilement scandalisé, oubliant qu’il est commandes depuis mai 2007. Quand il sabre verbalement Louis Schweizer, l'ancien patron de Renault, et Daniel Bouton, ex-PDG de la Société Générale, l'un sur les délocalisations passées du constructeur automobile, l'autre sur ses erreurs de gestion, Sarkozy fait surtout l'hypocrite : ces deux-là ont approuvé, en tant qu'administrateurs de Véolia, la double casquette et la double rémunération d'Henri Proglio, adoubées par le président français.

Le Monarque élyséen n’a promis que deux chantiers : la réforme des retraites, qu’il aimerait être votée d’ici l’été, ou, au pire, la fin de l’année. Et la création d’une cinquième branche de la Sécurité Sociale en faveur de la dépendance. L’enjeu électoral – solidifier l’électorat vieillissant de l’UMP – est clair.

Coïncidence des dates, les matériels de New Fabris ont été mis en enchères, mardi 26 janvier. L’équipementier automobile a fait faillite, malgré le plan de « sauvetage » de l’automobile français du gouvernement. La prime à la casse, favorable aux petits modèles largement importés, a bénéficié à 600 000 Français en 2009. Mardi, fidèle à ses habitudes, Christian Estrosi, le ministre de l’Industrie, a menacé Total qui souhaite fermer son site de Dunkerque : « Vous avez vu le volontarisme du président de la République (...) sur la volonté de Renault de délocaliser la Clio 4 en Turquie, eh bien, lorsque, là aussi, le volontarisme du président et de l'Etat est au rendez-vous, on voit bien qu'on peut inverser, éviter, empêcher un certain nombre d'initiatives ». Lundi soir, le président français était à la peine contre Pierre Le Menahes, ouvrier cégétiste devenu symbole de la résistance sociale lors du débat. Ce dernier a taclé Sarkozy sur les salaires mirobolants des sportifs («elle est facile, celle-là»), et jusque dans les coulisses après l'émission: «Je lui ai rappelé entre deux portes, avant qu'il quitte les studios de TF1, qu'il fallait qu'il règle son sonotone pour entendre les revendications des salariés et qu'il règle sa vue pour constater qu'en France, il y a des gens qui luttent et se battent (...) Je ne risque pas d'être bon copain avec Nicolas Sarkozy. Je serai toujours un opposant de sa politique». Mardi soir, on apprenait que la fonderie qui l'emploie va recevoir un million d'euros de subvention de la part du ministère de l'aménagement du territoire. En Sarkofrance, on tente d'acheter ses contradicteurs.

Il a été peu question d'identité nationale, et encore moins d'immigration, lundi soir. Preuve que les débats agités par le gouvernement sont des totems artificiels pour une droite en mal d'idées. Nicolas Sarkozy a été contraint, dans le journal de Laurence Ferrari, de commenter le fiasco éthique et judiciaire de l'accueil des 123 Kurdes (et non 124 comme initialement annoncé), échoués sur une plage corse la semaine dernière. Depuis lundi, les 123 clandestins Kurdes ont été remis en liberté pour vice de procédures. Les services de l’Etat s'étaient précipités pour leur délivrer un arrêté d’expulsion, et les faire interner en Centres de Rétention Administrative (CRA). La formule a l’avantage de réduire à quelques jours (au lieu de 21) l’examen de leur demande d’asile politique. Dans un premier temps, Eric Besson s’est justifié par … un manque de places d’hébergement. Mais dès ce week-end, la justice remettait en liberté une trentaine de clandestins pour vice de procédures. Lundi 25 janvier, ils étaient quasiment tous libres. Le ministre de l’identité nationale s’est-il remis de son débat raté contre Marine Le Pen sur France 2 il y a 15 jours ? Les téléspectateurs de la chaîne publique n’ont visiblement pas apprécié. France Télévisions a publié comme à chaque fois son « baromètre qualitatif » des programmes en prime time pour cette semaine du 11 au 17 janvier : le débat a été noté à 6,3/10, la pire note de la semaine.
Mardi, Eric Besson a dû annuler les arrêtés de reconduite à la frontière contre les 123 Kurdes. Le fiasco est total. Lundi soir, Nicolas Sarkozy est venu au secours de son ministre, une nouvelle fois. Il a promis que les clandestins qui n’obtiendraient pas l’asile politique seraient renvoyés chez eux. Besson a annoncé vouloir durcir la législation, contre ce type d’«afflux massif inopiné».

Un président usé ou résigné, des ministres en recul ou en fanfaronnades, la Sarkofrance débute mal sa nouvelle année.

Droits non respectés, remise en liberté...

26 janvier 2010

Sarkozy sur TF1 : 120 minutes de campagne régionale

Lundi 25 janvier, le président français voulait sa libre antenne sur la première chaîne de télévision française. La rédaction de TF1 avait proposé aux communicants de l'Elysée une nouvelle forme d'intervention télévisuelle, un dispositif préparé à l'avance, sans surprise et tout en maîtrise, centrée sur des questions de proximité, à quelques semaines des élections régionales. L'animatrice du journal télévisée, Laurence Ferrari, avait expliqué la démarche à quelques lecteurs du Républicain Lorrain. L'émission qui suivit le journal télévisé avait un titre prémonitoire: «Paroles de Français».

Samedi matin, les conseillers du président avaient écrit, sur la page Facebook de leur patron, un appel à questions : «Je m’exprimerai à la télévision lundi, pour répondre aux questions des Français et parler des grands enjeux de l’année 2010. N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations, et des sujets qu’il vous paraît important que j’aborde. Merci pour votre soutien en cette année où nous allons travailler dur pour servir l’intérêt de la France

Lundi soir, on attendait avec impatience que quelqu'un porte la contradiction à Nicolas Sarkozy.

Le 14 janvier dernier, le Figaro n’hésitait pas à titrer son annonce : « Sur TF1 le 25 janvier, Sarkozy débattra avec les Français. » « Les » Français ? Non, « Des » Français, « triés sur le volet » comme l’expliquait le même Figaro deux semaines plus tard. Et en fait de débat, nous eûmes une scénographie soignée. La directrice de la rédaction, Ctahrine Neyl, avait justifié à l’avance la spontanéité de l’émission : « on ne vas pas leur demander leurs questions à l’avance pour organiser un conducteur détaillé. » Le président était soucieux, non pas d’éventuelles questions imprévues, mais de l’audience de l’émission, face à la concurrence d’un épisode inédit de la série FBI Portés Disparus sur France 2 et d’une rédiffusion de Star Wars sur M6. Les questions des panélistes français choisis par la chaîne n’étaient une surprise pour personne. TF1 les a choisis en fonction de reportages tournés et déjà diffusés par la chaîne ces derniers mois.

Les deux principaux reproches faits à l’émission furent l'importance du créneau télévisuel, à une heure de forte écoute, livré au chef de l’Etat, et l’absence d’experts ou de journalistes pour porter la contradiction au Monarque élyséen. La recherche de « proximité » est aussi une manière d’éviter de prendre du recul. Ainsi, qui a pu débattre du déséquilibre des prélèvements fiscaux et sociaux (comme le faible poids des prélèvements sur les revenus financiers pour financer les retraites), ou l’effet désastreux de la défiscalisation des heures supplémentaires sur l’emploi depuis 2008 ? Ce dernier exemple est révélateur. A titre individuel, un salarié à temps complet pourrait se satisfaire de pouvoir « travailler plus pour gagner plus ». A titre collectif, la perte fiscale, qui grève un peu plus les déficits publics, et la destruction d’emplois intérimaires et à temps partiel sont de vrais sujets de préoccupation que le gouvernement Sarkozy souhaite occulter.

Mais le vrai sujet est ailleurs : cette intervention avait un objectif, immédiat et … électoral. Il ne s’agissait pas de défendre le bilan du président, ni de reprendre la main sur l’agenda politique du pays, ni même de recouvrer un semblant de proximité avec les Français. Nicolas Sarkozy tenait un meeting de campagne électorale, en vue du scrutin régional de mars prochain, par TF1 interposé et avec l’appui du journaliste-phare de la France des régions, Jean-Pierre Pernault. La manœuvre électorale est flagrante. Pernault incarne la proximité. La messe était dite avant d’être prononcée. Les questions portèrent sur des questions « de la vie quotidienne » : la santé, les délocalisations, le pouvoir d’achat, les retraites.

Lundi soir, le journal télévisé de TF1 démarre, et Nicolas Sarkozy est là.

Avec Laurence Ferrari
Costume bleu nuit, cravate assortie, Nicolas Sarkozy s'affiche calme, emprnt de sérieux. 123 Kurdes sans-papiers en Corse, la polémique Henri Proglio, un débat identitaire, des retraites, Laurence Ferrari veut assurer son image de journaliste pugnace. Sur l'identité nationale, la journaliste insiste quand même : "ce débat n'intéresse pas les Français". "Mais bien sûr que cela intéresse les Français" répond Sarkozy. Sur les retraites, Sarkozy botte en touche : "Bon, je ne vais pas ouvrir le débat et, avant de l'ouvrir, le conclure". Il promet que les décisions seront prises d'ici la fin de l'année. Promesse: "Je garantis la pérennité du système par répartition. Je n'accepterai pas qu'on revienne sur le régime de répartition." "Les décisions qu'il faudra prendre, ce sont des décisions qui concerneront tout le monde" promet-il. On n'en doute pas. Sarkozy promet aussi l'allongement de la durée de cotisayo, mais aussi la prise en compte de la pénibilité du travail.

Laurence Ferrari fait mentir les sceptiques en évoquant les 600 000 chômeurs en fins de droit qui seront sans aucune aide sociale à la fin de l'année. "La France n'a pas besoin d'assistanat" répond Sarkozy. "Les gens, ce qu'ils demandent, c'est de trouver un travail." A 5 millions de chômeurs, qui sera contre le constat ?
Ferrari: "Vous les aiderez ? "
Sarkozy : "Encore une fois, la solution  n'est pas dans la multiplication des aides de toutes sortes."
Sur l'Afghanistan, le président menace : "si les talibans l'emportent, les Français doivent le savoir, le Pakistan tombera. Or le Pakistan a l'arme atomique." Sarkozy promet qu'il n'enverra aucun contigent purement militaire en Afghanistan.

Sur les journalistes de France 3 otages des talibans, "On ne polémique pas sur des gens qui sont retenus en otage" dit il, se contredisant lui-même, qui a taclé l'inconséquence supposée des journalistes.
Ferrari : "Allez-vous vous impliquez dans cette campagne ?"
Sarkozy : "Ce n'est pas le role du président de la République."
La journaliste demande alors si Sarkozy envisagerait un changement de premier ministre, à l'issue du scrutin régional. Sarkozy lève les yeux au ciel. "ça ne se passe pas à la télévision, même à TF1." Pensez-vous... "une si grande entente, une si grande confiance".  Sarkozy joue les effrontés. Il est quand même, rappelle-t-il, le "chef de l'Etat de la 5ème puissance au monde".

Pour Clearstream, "que la justice fasse son travail."

Sur ces mots, Laurence Ferrari passe la main, sans coupure publicitaire, à son collègue Jean-Pierre Pernault. "Une émission inédite" annonce-t-il, "où les Français qui sont autour de moi ont envie de dire les choses en face". Pouvoir d'achat, chomage, plan sociaux, éducation, violence, grippe A et les économies dans les hopitaux, les banlieues, Jean-Pierre Pernault déroule le menu des sujets. On est surpris. L'animateur du "journal des Régions" aurait-il viré de bord ?

11 Français témoins sont donc serrés, par deux par table, dans un micro plateau, 6 femmes, 5 hommes. "C'est le moment ou jamais de se dire les choses en face, Paroles de Français, c'est maintenant."

Sarko arrive, et s'installe. Pernaut lance sa première question: "est ce que, quand on est président, on peut encore etre près des réalités des Français ?" Sarkozy sourit. Il invoque ses moyens de rester proche des réalités, la presse, ses "deux déplacements par semaine en province". Derrière lui, on voit défiler des images de la voie express George Pompidou.

On entame les témoignages, questions des "témoins", et ... longues réponses du président. La grogne fut tenace, Sarkozy répétitif, Pernault en retrait. Ce furent les trois seules vraies surprises de ce "débat"... électoral.

Nathalie P., 26 ans, Bac+5, au chomage, Ville-Juif, témoin dans un reportage d'octobre dernier.
Les études, ça sert à rien ? Nathalie, 26 ns, dénonce l'inédaquation entre le système universitaire et le marché de l'emploi. Sarkozy rate sa réponse, il n'avait pas entendu la spécialisation de la demoiselle. Il avance une explication : les jeunes et les seniors souffrent en premier, à chaque crise. Et la France, gérée depuis 8 ans par la droite, part de plus bas que ses voisins. Sarkozy promet des lendemains qui chantent: la reprise arrive. "on a fait un choix, celui du partage du travail et pas celui de la croissance." Nathalie l'interrompt. Mais Sarkozy reprend: "il faut retrouver de la croissance". Sarkozy réattaque les 35 heures. Pernault joue sa première carte : "Monsieur le Président... il y a le discours, ça ira mieux l'année prochaine"... Sarkozy le coupe. Manque de chance, l'étudiante vient d'une école de commerce. sarkozy déroule un argumentaire préparé pour défendre la cause des apprentis. La jeune femme est étudiante Bac+5 en marketing. "J'suis sûr qu'elle va s'en sortir." Dernier coup du Monarque : "Nous avons doublé les perspectives de croissance de l'année". Drôle, Sarkozy avance comme une performance sa propre réévaluation de ses propres prévisions de croissance. Drôle.

Samir A., 35 ans, enseignant à Gagny 
Samir est contractuel de l'Education Nationale. Cela fait 6 ans que son contrat de saison est renouvelé chaque année en juillet. Il ne comprend pas pourquoi on ne le titularise pas. Samir est un cas d'école, sur-mesure, il n'a pas fait de concours d'enseignant. Groooooosssse annonce : Nicolas Sarkozy reconnaît qu'il est prêt à titulariser "progressivement" tous les titulaires. Eric Woerth a dû avaler sa cravate. Comment tenir les 15 000 suppressions de postes chaque année si on titularise les contractuels ? Ce sujet expédié, voici Sarkozy qui plonge dans son sujet favori : sus aux concours ! La réduction des effectifs ? "Oui, je l'assume" "Si j'exonère l'Education Nationale, où est-ce que je les trouve, les économies ?" supplie Sarkozy. Et hop ! Une attaque contre les collectivités territoriales, de gauche...

Jimmy B, chef d'entreprise, 43 ans, 3 enfants, Douai
"En 2009, vous avez fait énormément pour les banques." "En ce qui concerne les PME, je reste sur ma faim." Sarkozy joue la compassion. "On a sauvé les banques" répond-il. Puis, il ment. "L'argent que nous avons prêté aux banques nous a rapporté 2 milliards d'euros". C'est faux. Sarkozy oublie les agios qu'il a dû payé sur l'argent qu'il a prêté. "C'est reparti, là". Il rappelle le Grand Emprunt, qui consacrera une partie de ses sommes à renforcer les fonds propres des PME françaises. Jimmy l'entrepreneur a une autre question: la taxe carbone est "un impôt de plus pour les entreprises de transports" qui sont déjà concurrencées par des entreprises d'Europe de l'Est...  Derrière Jean-Pierre Pernault, un écran affiche des statistiques affolantes, comme l'écart de salaires entre la France et la Bulgarie. "Nous allons nous battre pour qu'il y ait une taxe carbone aux frontières de l'Europe" explique Sarkozy. Belle promesse... depuis 2007.


Sophie P., productrice de lait, 39 ans, 2 enfants, Tarn.
"La plupart de mes collègues producteurs de lait n'ont pas pu se verser un salaire". Cette année, elle a emprunté son salaire. Sarkozy refait l'histoire: le système des quotas laitiers, installé en 1984, a explosé avec l'élargissement de l'Union Europe. Sarkozy annonce la solution : il faut revoir le partage de la valeur ajoutée. "Comprenez-moi !" semble crier le Monarque. Nicolas Sarkozy n'a pas d'autre idée que d'expliquer qu'il doit convaincre l'Europe de revoir ses critères de valorisation du prix du litre. Et il tacle la grande distribution. Rien d'autre ? Sarkozy est en campagne.

Pierre L. ouvrier dans l'automobile, et syndicaliste CGT, 51 ans.
"Les salariés partagent surtout les licenciements" Sarkozy interroge: "Vous êtes salarié de Renault, ou dans un sous-traitant ?" Pierre répond;: "il y a une part de responsabilité du gouvernement." Sarkozy répond, tactique : "je vais surprendre Pierre L., mais je suis d'accord sur certains points."
Sarkozy : "convenez le plan que nous avons mené a sauvé l'industrie automobile français". Pierre l'ouvrier conteste : "non, jsuis pas d'accord, si ça avait servi l'emploi, ça se saurait."
"La stratégie de Renault ces 10 dernières années, je ne l'accepte pas." Et le président d'affirmer qu'il est inacceptable que Renault utilise 2/3 de sous-traitants à l'étranger. Le voici qui tacle le précédent président de Renault, ... Sarkozy botte en touche quand on lui demande si la Clio IV sera fabriquée à "80% au moins" à Flins. L'échange se poursuit... pour quelques minutes.

10 minutes par sujet, parfait. Sarkozy est sauf. Le syndicaliste Pierre n'est pas convaincu.

"On peut pas me reprocher de ne pas suivre les dossiers". Le président a trouvé ses boucs-émissaires, Jospin et le précédent patron de Renault. Jean-Pierre Pernault, naïf, pose une question incongrue : où en est l'idée du partage en trois tiers ? Sarkozy évacue. La question des salaires mirobolants ? Pernault coupe Pierre l'ouvrier. Sarkozy a libre antenne: "ça ne me choque pas que Bill Gates gagne un gros salaire." Bill Gates serait-il patron d'une entreprise française ? "Quand Monsieur Bouton a fait un erreur à la tête de la Société Générale, j'ai demandé sa tête." Sarkozy dérape. Il n'a pas demandé la tête des patron des autres banques, après les cracks de l'automne 2008, non ?

Martine M., 42 ans, infirmière aux urgences, Val d'Oise
Martine témoigne: on est débordé. Sarkozy ne sait pas comment répondre. "On manque d'infirmières." Le voici qui explique qu'il a accordé le statut de catégorie A à toutes les nouvelles infirmières recrutées en échange d'un départ à la retraite prolongé à 60 ans (au lieu de 55 ans). L'infirmière - 20 ans de métier - est interloquée : "et la pénibilité ?" Sarkozy répond: "J'ai 55 ans dans deux jours". Martine ne comprend pas. Sarkozy conteste ensuite la baisse des moyens. Et l'hôpital doit rester un lieu de soins d'exception. Il continue. Pierre l'ouvrier automobile l'interrompt: "Et taxer les revenus financiers ? Vous y pensez ?" Le président recule, invoque la mondialisation et le niveau des prélèvements obligatoires...

21 heures 39, Sarkozy défend ses réformes. l'émission tombe à plat. Il est ensablé dans la justification du bouclier fiscal. Il déborde déjà de 9 minutes.

Rex K, 31 ans, 5 enfants, infographiste en banlieue
Rex est satisfait des UTEQ. Ignorant, il ne sait pas que les UTEQ ne seront déployées qu'à un tiers, faute de moyens. "Où en est le plan banlieue de Mme Amara ?" Rex Kazadi s'est fait connaître, en 2007, en participant à un rapport sur les violences en banlieues. Rex est content de la sécurité dans les banlieues. Sans contradicteur, encouragé par ce banlieusard si clément, Sarkozy déroule son argumentaire sur ses réussites en matière de lutte contre l'insécurité, l'intégration scolaire et même le débat identitaire. Long monologue. Personne ne contredit. Rien sur la progression des violences aux personnes, continue depuis 2002.

Bernadette T, 43 ans, employée dans la grande distribution, 2 enfants
Bernadette incarne la petite classe moyenne, "oubliée des réformes". "La vérité, c'est qu'il y a eu un déclassement des classes moyennes". Sarkozy avoue. Il tente de trouver une réponse: "la seule façon de trouver des solutions pour des gens comme vous, c'est les heures supplémentaires"; Bernadette s'agace : "J'vous coupe, mon employeur il est contre les heures supplémentaires". Ah, mince... Sarkozy pédale... et répète: "il faut travailler plus pour gagner plus"... "Je ne vois pas pourquoi il ne le fait pas." Et paf ! En deux phrases, Bernadette plante Nicolas. Nicolas tente alors du côté du mari: "Et votre mari ?" Et non, le mari n'aura pas d'heures supplémentaires. Mince... Le slogan sarkozyen a pris un coup.

Elodie L., auto-entrepreneur, 33 ans.
"Le bilan n'est pas si mauvais que cela." Elle critique le manque d'encadrement et de soutien. "Avec des démarches plus simples tout de même ?" excuse Jean-Pierre Pernault. "On va améliorer le système, Elodie" rajoute Nicolas. Le président français exulte. Maintenant, grâce au statut, on ne prélève les cotisations qu'au premier revenu. Faudrait-il préciser que 4/5ème des auto-entrepreneurs n'ont déclaré aucun chiffre d'affaires en 2009.

Marguerite G, 58 ans au chômage
Comment vouloir faire travailler plus et plus longtemps alors qu'il n'y a plus d'emploi ? s'interroge Marguerite.  "Pour la première fois depuis 20 ans, le taux d'acitivi des plus de 55 ans a progressé." fanfarone Nicolas Sarkozy. Ah bon ? Il a atteint 39,2% contre 38% auparavant. Incroyable ! L'émission s'enlise. "Et les jeunes ?" demande sa voisine de gauche. Le syndicaliste s'interroge: "et le chômage ?" Sarkozy radote... à tort. Il n'a pas lu le dernier rapport sur la baisse généralisée du temps de travail chez nos voisins occidentaux...


Jean-George B, artisan-mensuisier retraité, 65 ans
410 euros de retraite mensuelle, plus 1000 euros tous les trimestres. Placé à la retraite à 63 ans, travaille toujours, l'artisan a perdu son patrimoine lors d'une faillite. Sarkozy, royal, annonce la prochaine loi, juste avant les élections : les artisans et commerçants ne pourront plus être saisis en cas de faillite sur autre chose que leur patrimoine professionnel. " Il y a une autre question: la valeur" Sur quelle valeur seront-ils protégés ?

Pour conclure, Sarkozy rappelle qu'il veut résoudre le problème des retraites d'ici l'été ou "au plus tard" la fin de l'année, et, autre sujet, ... et la question de la dépendance. Un appel à l'électorat vieillissant de l'UMP ? Le Monarque bégaye une conclusion incompréhensible, où il répond qu'il ne pense pas à "cette question du second mandat"... Sans blague ?

Bravo, Monsieur le Président. Rien sur les affaires d'éthique, la hausse de l'insécurité, les sondages occultes, la dette ou les déficits budgétaires, la dégradation de l'emploi - factuelle - depuis la mise en oeuvre de la défiscalisation des heures supplémentaires.

Merci TF1.

Il est 22H25, Sarkozy rend l'antenne avec 50 minutes de retard.

Les élections régionales sont le 14 mars prochain.

25 janvier 2010

Sarkozy face aux Français : un débat biaisé

Souvenir ....

Les 10 questions qui ne seront pas posées à Nicolas Sarkozy ce soir sur TF1.


Ce soir, Nicolas Sarkozy interviendra sur TF1, d'abord dans le journal télévisé de Laurence Ferrari, puis au milieu d'une dizaine de Français sélectionnés par la chaîne la semaine dernière. Jean-Pierre Pernault, l'animateur du JT de 13H et de l'émission "Combien ça coûte ?" assurera les transitions. Dans TV Mag, ce dernier a prévenu: "Il faut que ce rendez-vous soit le plus concret possible. Sans filtre et sans langue de bois".

Voici quelques questions, prises au hasard, qui ne seront sans doute pas posées au président français.


1. Votre politique industrielle se résume-t-elle à convoquer le patron de Renault quand celui-ci envisage de délocaliser une partie de sa production automobile bas de gamme ?


2. Les paradis fiscaux ont changé de nom. Que pensez vous faire contre l'évasion fiscale ?



3. A deux reprises, vous avez attendu des décisions britanniques pour agir contre les bonus bancaires : en août dernier, vous avez repris à votre compte les décisions de l'autorité de régulation britannique. En décembre, vous avez suivi la décision de Gordon Brown de surtaxer certains bonus de traders. Pourquoi cet attentisme alors que vous sembliez si volontaire ?



4. L'emploi intérimaire et en CDD s'est brutalement détérioré à compter d'avril 2008. Ne croyez-vous pas que la défiscalisation des heures supplémentaires a contribué à cette montée du chômage ?


5. D'ici la fin de l'année, quelques 600 000 chômeurs perdront tout droit à l'assurance chômage sans avoir accès à une quelconque aide sociale de substitution. Que pensez vous faire pour les aider ?


6. Combien de sans-papiers a-t-il fallu interpeler en 2009 pour parvenir au chiffre de 29 000 expulsions ?


7. Sachant qu'il faut environ 2,5% de croissance du PIB pour réduire d'un point le déficit budgétaire, comment comptez-vous concrètement résorber le déficit budgétaire prévu à 8,5% du PIB cette année?


8. Les violences aux personnes ne cessent d'augmenter depuis 2002. Que comptez-vous faire ?


9. Le mode de scrutin que vous proposez pour l'élection des futurs conseillers territoriaux éliminera un nombre considérable de femmes des conseils régionaux et généraux. Est-ce normal ?


10. Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de commander puis faire publier anonymement un sondage politique tous les trois jours en 2008 ?

Sur CANAL+, Martin Hirsch se demande ce qu'il fait au gouvernement. Ou pas.

Martin Hirsch, Haut Commissaire aux Solidarités Actives et à la Jeunesse, était l'invité d'Anne-Sophie Lapix, dans Dimanche+, ce 24 janvier 2009. La journaliste, toujours souriante, commence par une question maline : "Ne pensez vous pas qu'Henri Proglio était insuffisamment payé ?" Martin Hirsch est pris de court.

"Il y avait deux questions" tente-t-il d'expliquer: la double rémunération et le niveau de la rémunération d'Henri Proglio. Le secrétaite semble mettre les pieds dans le plat. Il reconnaît, ce que tout le monde sait, que Véolia pourrait se porter acquéreur de certaines activités d'EDF.

"On ne peut pas être payé par le vendeur et l'acheteur". Selon lui, "cette question est réglée" depuis qu'Henri Proglio a renoncé à ses émoluments chez Veolia. Ah bon ? Henri Proglio reste à la tête de Veolia, tout en dirigeant EDF. Le conflit d'intérêt demeure. Hirsch rate son sujet. Il suggère quand même à l'AMF de regarder si Proglio a conservé des stock-options de Veolia. On imagine Christine Lagarde, devant son poste de télévision, terrifiée par cette déclaration.

Anne-Sophie Lapix : "Le pouvoir a tout fait pour qu'Henri Proglio conserve ce salaire"
Martin Hirsch : "Ecoutez... on aurait pu aller plus vite, on aurait pu s'épargner cet évènement."
Anne-Sophie Lapix : "Vous considérez que c'est une erreur ?"
Martin Hirsch : "Euh... oui.. on peut considérer que c'est une erreur."

"Je ne désengagera jamais de mes combats contre la pauvreté" rassure Martin Hirsch.

Martin Hirsch s'énerve quand même contre les expulsions de sans-papiers parmi les compagnons d'Emmaüs. "J'ai cet engagement que cela ne sera produira plus." Mais "Je ne peux pas vous dire pour les 2-3 cas de la semaine dernière." Sur les expulsions vers l'Afghanistan, Hirsch est également en retrait, et désapprouve.

Que fait-il encore au gouvernement ?

24 janvier 2010

No Sarkozy Day : l'appel.

« Inconséquence politique, échec économique, casse sociale, rupture du pacte républicain, atteinte à l’égalité des chances, politique de la peur, stratégie de la division, lois liberticides, pratiques autocratiques du pouvoir, favoritisme, népotisme, manipulations médiatiques, ingérences judiciaires, collusion avec le monde des affaires et les forces de l’argent…
Nous avons tous nos raisons pour nous opposer à Sarkozy et à son clan, pour résister au sarkozysme. Mais ce président sans envergure, effrayé par le peuple, prend grand soin de le tenir à l'écart, muselant au besoin sa parole derrière des cordons de CRS.
Alors, ENSEMBLE, nous élèverons la voix plus haut, nous nous ferons entendre plus fort, unis dans la défense des valeurs de notre République : Liberté - Egalité - Fraternité – Laïcité – Démocratie.

Nous, simples citoyens, vigilants et inquiets, en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat, appelons toutes celles et tous ceux qui ressentent l'envie, le besoin de dire NON ! à Nicolas Sarkozy, à se rassembler pour un No Sarkozy Day.
Le 27 mars 2010 : une journée pour lui dire NON !

Des rassemblements seront organisés partout en France, à partir de 14 Heures devant les préfectures et les sous préfectures, à Paris place de la Bastille, et dans le monde entier devant les ambassades de France.

A l’issue de cette journée de mobilisation, se tiendront partout des réunions ouvertes, où nous pourrons ensemble, démocratiquement, décider de la suite à donner à ce mouvement de contestation populaire du sarkozysme, contestation que nous espérons aussi large que possible.»
 Pour signer l'appel, c'est ici.

Blogueurs signataires :
Aliciabx - http://aliciabx.blogspot.com/
André Orphal - http://jusqu-alacensure.over-blog.com/
Antennerelais - http://antennerelais.canalblog.com/
Antidote Démocratique Antisarkozy - http://rpubliquejetaime.typepad.fr/
Antoine - http://just4kiss.blogspot.com/
Arnaud Mouillard - http://hern.over-blog.com
B.Mode - http://ruminances.unblog.fr/
Benjamin Ball - http://blog-zero-un.over-blog.fr/
Bloguerilla - http://bloguerilla.org
Carrefour Anticapitaliste - http://kropotkine.jimdo.com/
CC - http://www.bahbycc.com/
Conseil national de la Résistance en Midi Pyrénées - http://cnr-midipyrenees.blogspot.com/
Cpolitic - http://www.cpolitic.com/cblog/
Dan29000 - http://danactu-resistance.over-blog.com/
David Noël - http://www.lheninois.com
Dedalus - http://sarkononmerci.fr
Des pas perdus - http://www.despasperdus.com
Dessins d'AMAD - http://riposte.gauchepopulaire.fr/
Dominik Vallet - http://dominikvallet.over-blog.com/
Eric Citoyen - http://monmulhouse.canalblog.com/
Gauchedecombat - http://gauchedecombat.wordpress.com/
Gilles Pommateau - http://gillespommateau.over-blog.com
Gwendal - http://gwedenis.blogspot.com/
Hypos - http://www.hyposblog.info
Ijahsista - http://une-autre-vision-du-monde.over-blog.fr
Jean-François Vionnet - http://lespenseesdunvieuxcon.blogspot.com
JeandelaXr - http://jeandelaxr-lejouretlanuit.blogspot.com/
Juan - http://sarkofrance.blogspot.com/
Le Canard de Mulhouse - http://canard68.20minutes-blogs.fr/
Le Coucou - http://unclavesien.blogspot.com
Le journal de Geed - http://lejournaldegeed.wordpress.com/
LePetitSauvage - http://on-nous-prend-pour-des-cons.fr
Lost in Chartres - http://lostinchartres.wordpress.com
Louis Lepioufle - http://powolicu.wordpress.com/
Marie - http://engagee.fr/
Martin P. - http://sauce.over-blog.org/
Mathieu L. - http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com
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A quoi sert Nathalie Kosciusko-Morizet ?



La semaine dernière, elle présentait ses voeux. Des blogueurs étaient invités. Pas tous bien sûr. Dimanche, elle était interrogée par Anne-Sophie Lapix, dans l'émission de Dimanche+ sur CANAL+. L'occasion de constater, une fois de plus, que la secrétaire d'Etat à l'économie numérique ne sert pas à grand chose.


La ministre aurait perdu quelques fans, en soutenant Hadopi, le projet de "taxe Google", et surtout la loi LOPPSI II. Pour ces voeux aux "geeks", elle a soigneusement évité le sujet de ce projet de filtrage et surveillance incontrôlé du Net. Elle avait choisi d'accueillir ses invités à la Conciergerie, l'ancienne prison qui hébergea, le temps d'aller à la guillotine, Louis XVI et Marie-Antoinette. Tout un symbole.

Dimanche 24 janvier, la secrétaire d'Etat était interrogée sur des questions aussi variées que la Burqa, la réforme des collectivités territoriales, la succession de Sarkozy, ou même Copenhague. A chaque fois, NKM botte en touche, bégaye ses explications, se fige dans la langue de bois.


La réforme des collectivités territoriales prévoit notamment de changer le mode de scrutin, au profit d'une élection à un tour. Un désastre pour les ambitions de parité homme-femme. Anne-Sophie Lapix s'interroge: "Le mode de scrutin pénalise les femmes. Faut-il le changer ?". NKM répond : "Ce qui est important, c'est qu'il y ait plus de femmes..."

Autre sujet, faut-il lier l'attribution de la nationalité au port du voile intégral ? "Oui, j'approuve."
Et retirer les allocations familiales aux femmes portant le voile intégral ? "Ce n'est pas dans la proposition de l'UMP. (...) Pour moi, ce n'est pas la priorité."

Un avis sur la succession de Nicolas Sarkozy ? "La succession n'est pas ouverte." Pour une élection présidentielle, "Les Français, ils adhèrent à une personnalité, à un tempérament, à un projet."

Sur la question du quota de 30% d'élèves boursiers dans les grandes écoles, NKM n'a pas d'idée, mais beaucoup de platitudes. le problème tient aux contenus des concours, socialement biaisés. La secrétaire d'Etat répond sur le coût des études. Raté.

Même sur son terrain favori, l'écologie, NKM apparaît en retrait. Le fiasco de Copenhague ? "On savait que ce serait très dur. Cela faisait un an qu'on le préparait." NKM recycle le story-telling sarkozyen : c'est la faute à l'ONU.

Et le thon rouge de Méditerranée, dont la France se refuse à soutenir l'interdiction de pêche au niveau européen ?
Anne-Sophie Lapix : "Faut-il interdire la pêche du thon rouge ?"
NKM (sourire coincé) : "Moi personnellement, je n'en mange plus. Interdire la commercialisation, pourquoi pas... Mais on peut tous commencer par une démarche citoyenne, arrêter d'en manger."

A quoi sert Nathalie Kosciusko-Morizet ?

A rien.

Sans-papiers : ça dérape

124 clandestins Kurdes de Syrie (57 hommes, 28 femmes et 38 enfants) sont arrivés en Corse. Rapidement, les autorités françaises les ont fait transférer dans différents centres de rétention, en métropole. L'expulsion est pour bientôt. La Sarkofrance s'active. Il ne faut pas que ces 124 Kurdes aient le temps de faire leur demande d'asile. Le placement en CRA accélère le traitement des demandes d'asile, et un éventuel refus ne peut pas être contesté. Les familles ont failli être séparées. Certains sans-papiers ont refusé de s'alimenter. Ils ont été éparpillés, par avion militaire, dans 5 villes différentes, et pas de zone d'attente, directement en centres de rétention: Rennes, Marseille, Toulouse, Lyon et Nîmes.. Parmi eux, une femme enceinte de 9 mois a dû être hospitalisée à son arrivée à Toulouse. La Cimade s'est indignée: "Malgré une grossesse arrivant à terme, elle a enduré un voyage en avion jusqu'à Toulouse qui aurait pu tourner au drame. Ces pratiques sont inacceptables".

France Terre d'Asile s'interroge sur cette célérité: "L orsqu'un clandestin est placé en CRA, il fait l'objet d'un avis de reconduite à la frontière qu'il n'a que 48 heures pour contester. Il peut déposer une demande d'asile dans les cinq jours à laquelle l'Ofpra doit répondre en 96 heures. Si c'est négatif, il n'y a pas de recours suspensif", a expliqué Pierre Henry, son directeur général, sur France 3. "Tout va être plus compliqué. Il aurait suffi qu'ils fassent une zone d'attente, je n'arrive pas à comprendre la précipitation du gouvernement dans cette affaire".

Même le Haut Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est ému de cette situation et de l'attitude des autorités françaises : il leur a demandé de "s'assurer que toutes les personnes" puissent demander l'asile et bénéficier d'un "examen complet et équitable" de leur situation.

Les services d'Eric Besson ont précisé que chaque clandestin «bénéficiera d'une évaluation individuelle de sa situation», précisant qu'«à l'arrivée dans ces centres, ces personnes bénéficieront des services d'un interprète, d'une visite médicale, d'une information sur les dispositifs d'aide au retour volontaire et d'une assistance juridique».

23 janvier 2010

142ème semaine de Sarkofrance: Nicolas Sarkozy a-t-il peur ?


Dimanche, le président s'était caché dans l'Océan Indien pour souhaiter ses voeux de bonne année à l'Outre-Mer. Il a laissé Claude Guéant s'immiscer dans le débat sur le Niqab, Eric Besson présenter ses voeux et son bilan des expulsions de sans-papiers. Il a voulu éteindre les polémiques sur la double rémunération d'Henri Proglio ou la marginalisation de la France en Haïti. Il a laissé Fillon et Wauquiez gérer la perspective insoluble d'un million de chômeurs en fin de droit cette année. Malaise social, précarité, éthique de gouvernance, Sarkozy a-t-il peur des vrais sujets ?


Immigration, ou la Sarkofrance nauséabonde
Claude Guéant, secrétaire Général de l’Elysée, a fait une détestable proposition pour qui se sent encore républicain. Lors de sa dernière interview, il a proposé de lier la naturalisation au refus de porter la Niqab. Qu'importe si les deux tiers des femmes intégralement voilées sont, selon la police, françaises. On appelle cela une loi d’exception : l’abandon du niqab contre l’accès à la nationalité française a quelque chose de révoltant, peu importe ce que l’on pense du vacarme actuel sur l’interdiction du port de la Burqa en France. Xavier Bertrand s'est saisi de la proposition, tout heureux d'alimenter un vacarme inutile qui distrait l'attention médiatique des vrais sujets. Quelques jours auparavant, Eric Besson avait déjà suggéré que les jeunes Français acceptent une «charte des droits et des devoirs» à 18 ans. Le ministre a présenté ses vœux, lundi dernier. Le ministre est content, mais peu soucieux des messages contradictoires qu’il délivre à longueur de semaines pour rester sur le devant de la scène médiatique. Sommé de recadrer le débat identitaire par Nicolas Sarkozy voici 3 semaines, Eric Besson s’efforçait depuis de souligner combien la Sarkofrance reste clémente avec ses immigrés. Il allait même jusqu’à valoriser les nombres élevés d’immigrés légalement accueillis sur le territoire et de naturalisations. Lundi, le son de cloche a légèrement évolué. Eric Besson voulait que la presse retienne que l’immigration légale a diminué en 2009. Il faut avouer que Marine Le Pen avait houspillé son laxisme lors de l’émission A Vous de Juger, jeudi soir sur France 2.

En 2009, la France a accueilli 182 075 immigrés légaux (versus 186 483 en 2008), dont 9 221 au titre de l’asile (+20,6% sur un an), 51 238 pour des études (+1,9%), 31 337 pour motifs économiques (-4,7%) et 80 045 pour motif familial (-7,8%). L’UMP a félicité le ministre. Ce dernier a expliqué que la crise avait découragé nombre de migrants, surtout au sein de l’Union Européenne: « Au cours de l’année 2009, 108 275 ressortissants étrangers ont acquis la nationalité française, soit un niveau presque égal à celui de 2008. Le nombre annuel de naturalisations atteint 4,4% de la population étrangère, contre 2,2% en Espagne, 2% au Royaume-Uni, 1,6% en Allemagne. Ces résultats placent la France en tête des pays européens pour l’acquisition de la nationalité et démontrent que la France reste une Nation ouverte. »

L’immigration tant familiale que professionnelle a donc baissé. Le nombre d’expulsions a été précisé : 29 288 en 2009, sans que le ministre ne fournisse de détails sur l’origine géographique ni les lieux d’expulsions (France métropolitaine versus outre-mer). Sur la base de statistiques partielles (14 000 sur 29 000 expulsions), on savait qu’un tiers des expulsés étaient Roumains, donc Européens et susceptibles de revenir en France à la première occasion et sans contraintes.

Sarkozy se cache dans l'Océan indien.
Poursuivant sa tournée des voeux, Nicolas Sarkozy s'est adressé à l'Outre-Mer. Trop peureux pour aller se frotter aux  turbulentes Martinique et Guadeloupe, il a choisi la facilité. Mayotte, lundi dernier, était un terrain de jeu idéal. En mars 2009, 93% des Mahorais ont voté la transformation de leur territoire en 101ème département français. L'occasion pour Sarkozy de rappeler que ce rattachement normalisé à la République inclut des «devoirs».  Il pouvait fustiger les «15 000 travailleurs clandestins», le nombre record d'expulsions qui permet de gonfler facilement les statistiques d'éloignement de son ministre de l'Identité Nationale. Mais pas un mot sur l'insalubrité des zones de rétention, pourtant dénoncée, images à l'appui, voici un an. Pas un mot non plus sur le malaise social et la vie chère.  Le lendemain, il était à l'île de la Réunion, vanter les mérites de la voiture électrique et de l'énergie solaire. Loin de la métropole, Sarko est toujours très écolo : la Réunion sera le «laboratoire grandeur nature de la mobilité du XXIe siècle, propre, silencieuse et durable ». Inaugurant un centre photovoltaïque qui ne produit de l'électricité que pour 800 familles, il a prôné « l’autonomie énergétique» du territoire.  La métropole aura les centrales insécures, les îles d'outre-mer les panneaux solaires... Sarkozy veut s'offrir à bon compte une virginité écologique sur le dos de DOM-TOM démunies. Et qu'importe si l'île devra importer par milliers les nouveaux véhicules électriques Renault dès 2011.

De retour à Paris, Sarkozy a pu écouter un Jean-Louis Borloo mal à l'aise lui exposer, en conseil des ministres, les contours de la nouvelle taxe carbone. On prend les mêmes et on recommence. Le ministre du développement durable maintient le tarif de 17 euros par tonne de CO2 émise, le principe, injuste, de bonus-malus forfaitaire et non progressif pour les ménages, et l'exonération partielle de certains secteurs comme l'agriculture et la pêche (75% de réduction) et ... le transport de marchandise (35% de réduction). Quant aux 1081 entreprises les plus «carbone-polluantes», le gouvernement reporte à février sa «concertation» avec les acteurs concernés.

La précarité se cache en Sarkorance
Ni à Mayotte, ni à la Réunion, Nicolas Sarkozy n'a osé parler précarité, chômage, fin de droits. Les Mahorais attendaient pourtant qu'on leur explique s'ils bénéficieraient des mêmes avantages sociaux que les métropolitains. La précarité est un sujet auquel tout le monde pense, mais que le gouvernement évoque rarement et cache toujours. Il y a quelques semaines, un rapport sur la « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural » a été publié, une étude sur cette « France des invisibles », où l'on peut lire que les 11 millions de ruraux que compte notre pays sont plus souvent pauvres, oubliés des structures d'aide sociale. Quand il présentait ses voeux à la France rurale, le 14 janvier dernier, Nicolas Sarkozy n'a pas prononcé une seule fois le mot précarité. Il a totalement occulté le sujet, préférant louer ses bonnes intentions, sa réforme de la taxe professionnelle ou l'accès au haut-débit.  Le gouvernement est également resté très discret sur l'augmentation du nombre de faillites d'entreprises (+11% en 2009). Et la formidable envolée du nombre de créations d'entreprises, grâce au statut d'auto-entrepreneur depuis janvier 2009, ne saurait masquer le fait qu'à peine un auto-entrepreneur sur 5 avait déclaré un chiffre d’affaires à la fin de l'année dernière.

A Paris, deux réunions sans issue se sont tenues entre partenaires sociaux sur le sort du million de chômeurs en fin de droits. 38 % seulement de ces derniers auront accès à une aide sociale. Les autres, soit quelques 600 000 personnes d'ici la fin de l'année 2010, exclues de tout soutien, seront livrées à leur sort si l'Etat et l'assurance chômage ne font rien. Le gouvernement évacue le problème. Pour Laurent Wauquiez, c'est une question de répartition des sommes prélevées par l'assurance chômage. On oublie un peu vite que la défiscalisation des heures supplémentaires a détruit des centaines de milliers de postes intérimaires ou en CDD dès avril 2008. Un an plus tard, la fausse amélioration du dispositif d’indemnisation des chômeurs donnait accès plus tôt à l'indemnisation (après 4 mois de travail contre 6 mois précédemment), mais plafonnait uniformément à 23 mois la durée maximale d’indemnisation sur la durée d'affiliation à pôle emploi. Résultat, nombre de salariés précaires devenus chômeurs constituent le gros des bataillons des « fins de droits. » En 2008, 45% des chômeurs en fin de droits étaient d'ex-CDD, et 15% des ex-intérimaires.

Les « affaires » reprennent
Nicolas Sarkozy a du faire pression sur Henri Proglio, qui comptait cumuler deux rémunérations, l'une chez EDF, l'autre chez Veolia, pour quelques 2 millions par an. La polémique enflait depuis lundi, et rappelait le mauvais souvenir des affaires Jean Sarkozy à l'EPAD en octobre dernier. Proglio accompagnait Nicolas Sarkozy à la Réunion, la discussion fut facilitée. Les responsables de Sarkofrance, de Christine Lagarde à Jean-François Copé, s'échinaient à justifier l'injustifiable. De retour à Paris, le président d'EDF annonce qu'il renonce aux 450 000 euros annuels que les administrateurs de Véolia lui avaient accordés. Les contribuables et les usagers d'EDF paieront seuls la double activité d'Henri Proglio, tout comme sa retraite chapeau à 13 millions d'euros. Le problème reste entier. Le conflit d'intérêt est manifeste, entre Véolia, entreprise privée tantôt concurrente, tantôt cliente d'EDF, et EDF, service public aux bénéfices de tous. S'ajoute la guerre ouverte et brutale entre Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, et le patron d'EDF sur la stratégie de la filière nucléaire française. François Fillon a laissé 15 jours aux deux dirigeants pour se mettre d'accord. Sinon, il «tranchera». Dans quel sens ? Les jours d'Anne Lauvergeon sont bel et bien comptés.
Autre couac, le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet a eu l'indécence de critiquer l'omniprésence américaine en Haïti. Dimanche, puis lundi, Joyandet a répété sa bourde: «J'espère que les choses seront précisées quant au rôle des Etats-Unis. Il s'agit d'aider Haïti, il ne s'agit pas d'occuper Haïti». Haïti compte ses morts, près de 100 000. L'administration Obama a mal pris la critique. Le président a proposé qu’un trio Etats-Unis-Brésil et Canada s’organise pour diriger les opérations de sauvetage, un coup dur pour la diplomatie française, si prompte à mettre en scène le volontarisme présidentiel de Nicolas Sarkozy.
Plus discrète, l'affaire Albert Frère refait surface. L'homme d'affaires, proche de Nicolas Sarkozy, est soupçonné d'avoir bénéficié d'un achat par la Caisse des Dépôts, à un prix complaisant, de ses parts dans l'entreprise de restauration rapide Quick, en 2006 (600 millions d'euros de plus-value), afin de pouvoir conforter sa position dans l'actionnariat de Suez que Nicolas Sarkozy souhaitait marier avec GDF. Une plainte a été à nouveau déposée en juin dernier, après un non-lieu prononcé en 2008 par le Parquet.

Lundi prochain, Nicolas Sarkozy sera sur TF1. La première chaîne française lui ouvre son journal télévisé, dès 20 heures, avec Laurence Ferrari, puis lui laisse 90 minutes supplémentaires pour débattre avec de « vrais » Français sélectionnés par la chaîne, et l'aide de Jean-Pierre Pernault. Nicolas Sarkozy n'aime que les exercices de communication contrôlés. Il fuit la contradiction des journalistes curieux. Sur TF1, il sera en terrain facile.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?