27 janvier 2010

La parole usée de Nicolas Sarkozy

L’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy lundi soir sur TF1 a été regardée par 8,8 millions de personnes, soit 33% des téléspectateurs du soir. Ce bon score est dû aux plus vieux d’entre eux : 64% des téléspectateurs avaient plus de 50 ans. Le président de la République s’est montré sérieux, compassionnel, scandalisé à chaque témoignage poignant. « Le président de la République était à leur écoute » a commenté Frédéric Lefebvre. « Paroles de Français » animé par Jean-Pierre Pernault avait un petit air de « ça se discute » (les problèmes) et « Perdu de Vue » (les promesses). Quelques phrases feront date :


« Moi je préfère un bon patron bien payé qu’un mauvais patron mal payé »


«Je vous demande de considérer que mon travail n'est pas très facile »


« Le choix de l'assistanat, on l'a fait, il a conduit à l'échec »


« la solution n'est pas dans la multiplication des aides de toutes sortes. »


« Si j'exonère l'Education Nationale, où est-ce que je les trouve, les économies ? »

« Je sais que dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays »
Les réponses du chef de l’Etat avaient quelque chose de surréaliste. A l’étudiante Bac+5 en marketing, il promet que la croissance va revenir. A Bernadette la caissière coincée par son faible pouvoir d’achat, il rétorque : « la seule façon de trouver des solutions pour des gens comme vous, c'est les heures supplémentaires ». A Samir, l’enseignant précaire, il lui demande comment trouver des économies budgétaires s’il ne touche pas aux effectifs de l’Education Nationale. A l’infirmière épuisée, il suggère qu’à 55 ans, on est encore en pleine forme. Prévenus avant l’émission des témoins retenus par la rédaction de TF1, les communicants de l’Elysée avaient fait répéter leur patron : le prix du litre de lait ou du kilo de pommes, la proportion d’apprentis en France, les effectifs de Renault et de PSA en France et à l’étranger, etc.

Sarkozy n’a rien annoncé de concret à ses interlocuteurs. Et ces derniers, coincés dans leur souffrance et leurs difficultés personnelles, n’ont apporté aucune critique générale à la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis 2002 et 2007. Anecdotes individuelles contre compassion présidentielle, souffrances des uns contre protestation scandalisée de l’autre. La vérité, sociale, était parfois criante. L’autisme présidentiel était, souvent, manifeste. Comme le notait Philippe Cohen sur Marianne2, Sarkozy a endossé son costume usé de candidat en campagne, facilement scandalisé, oubliant qu’il est commandes depuis mai 2007. Quand il sabre verbalement Louis Schweizer, l'ancien patron de Renault, et Daniel Bouton, ex-PDG de la Société Générale, l'un sur les délocalisations passées du constructeur automobile, l'autre sur ses erreurs de gestion, Sarkozy fait surtout l'hypocrite : ces deux-là ont approuvé, en tant qu'administrateurs de Véolia, la double casquette et la double rémunération d'Henri Proglio, adoubées par le président français.

Le Monarque élyséen n’a promis que deux chantiers : la réforme des retraites, qu’il aimerait être votée d’ici l’été, ou, au pire, la fin de l’année. Et la création d’une cinquième branche de la Sécurité Sociale en faveur de la dépendance. L’enjeu électoral – solidifier l’électorat vieillissant de l’UMP – est clair.

Coïncidence des dates, les matériels de New Fabris ont été mis en enchères, mardi 26 janvier. L’équipementier automobile a fait faillite, malgré le plan de « sauvetage » de l’automobile français du gouvernement. La prime à la casse, favorable aux petits modèles largement importés, a bénéficié à 600 000 Français en 2009. Mardi, fidèle à ses habitudes, Christian Estrosi, le ministre de l’Industrie, a menacé Total qui souhaite fermer son site de Dunkerque : « Vous avez vu le volontarisme du président de la République (...) sur la volonté de Renault de délocaliser la Clio 4 en Turquie, eh bien, lorsque, là aussi, le volontarisme du président et de l'Etat est au rendez-vous, on voit bien qu'on peut inverser, éviter, empêcher un certain nombre d'initiatives ». Lundi soir, le président français était à la peine contre Pierre Le Menahes, ouvrier cégétiste devenu symbole de la résistance sociale lors du débat. Ce dernier a taclé Sarkozy sur les salaires mirobolants des sportifs («elle est facile, celle-là»), et jusque dans les coulisses après l'émission: «Je lui ai rappelé entre deux portes, avant qu'il quitte les studios de TF1, qu'il fallait qu'il règle son sonotone pour entendre les revendications des salariés et qu'il règle sa vue pour constater qu'en France, il y a des gens qui luttent et se battent (...) Je ne risque pas d'être bon copain avec Nicolas Sarkozy. Je serai toujours un opposant de sa politique». Mardi soir, on apprenait que la fonderie qui l'emploie va recevoir un million d'euros de subvention de la part du ministère de l'aménagement du territoire. En Sarkofrance, on tente d'acheter ses contradicteurs.

Il a été peu question d'identité nationale, et encore moins d'immigration, lundi soir. Preuve que les débats agités par le gouvernement sont des totems artificiels pour une droite en mal d'idées. Nicolas Sarkozy a été contraint, dans le journal de Laurence Ferrari, de commenter le fiasco éthique et judiciaire de l'accueil des 123 Kurdes (et non 124 comme initialement annoncé), échoués sur une plage corse la semaine dernière. Depuis lundi, les 123 clandestins Kurdes ont été remis en liberté pour vice de procédures. Les services de l’Etat s'étaient précipités pour leur délivrer un arrêté d’expulsion, et les faire interner en Centres de Rétention Administrative (CRA). La formule a l’avantage de réduire à quelques jours (au lieu de 21) l’examen de leur demande d’asile politique. Dans un premier temps, Eric Besson s’est justifié par … un manque de places d’hébergement. Mais dès ce week-end, la justice remettait en liberté une trentaine de clandestins pour vice de procédures. Lundi 25 janvier, ils étaient quasiment tous libres. Le ministre de l’identité nationale s’est-il remis de son débat raté contre Marine Le Pen sur France 2 il y a 15 jours ? Les téléspectateurs de la chaîne publique n’ont visiblement pas apprécié. France Télévisions a publié comme à chaque fois son « baromètre qualitatif » des programmes en prime time pour cette semaine du 11 au 17 janvier : le débat a été noté à 6,3/10, la pire note de la semaine.
Mardi, Eric Besson a dû annuler les arrêtés de reconduite à la frontière contre les 123 Kurdes. Le fiasco est total. Lundi soir, Nicolas Sarkozy est venu au secours de son ministre, une nouvelle fois. Il a promis que les clandestins qui n’obtiendraient pas l’asile politique seraient renvoyés chez eux. Besson a annoncé vouloir durcir la législation, contre ce type d’«afflux massif inopiné».

Un président usé ou résigné, des ministres en recul ou en fanfaronnades, la Sarkofrance débute mal sa nouvelle année.

9 commentaires:

  1. « Le choix de l'assistanat, on l'a fait, il a conduit à l'échec »

    Certes... je ne peux pas le contredire il a RAISON.

    Pourtant 1056.24€ net pour un Bac+5 (situation courante ces temps-ci) c'est pas de l'assistanat mais bel et bien une situation réelle indéniable pour beaucoup de nos jeunes compatriotes sortis des écoles.

    Sarkozy répond très bien aux questions qui lui sont posées... le problème c'est que ce ne sont pas les bonnes questions !

    On a connu les travaillaurs pauvres... la droite a inventé les travailleurs pauvres sur-diplômés !

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  2. «Fins de droits», qui doit les prendre en charge ?

    «C’est irresponsable de se renvoyer ainsi la balle car il y a des gens derrière les chiffres», déplore Maurad Rabhi, le «M. Emploi» de la CGT. «On a mobilisé 40 milliards pour sauver les banques et on est infichu d’en débloquer un ou deux pour aider les chômeurs qui vont se retrouver sur le carreau.»

    http://www.lefigaro.fr/emploi/2010/01/23/01010-20100123ARTFIG00323-fins-de-droits-qui-doit-les-prendre-en-charge-.php

    En clair :

    - un million de chômeurs arriveront en fin de droits cette année ;

    - 170 000 obtiendront l’Allocation spécifique de solidarité (ASS), soit 450 euros par mois ;

    - 230 000 obtiendront le Revenu de solidarité active (RSA) ;

    - 600 000 se retrouveront sans rien.

    Mais un million de chômeurs qui arriveront en fin de droits, c’est aussi un million de chômeurs qui n’apparaîtront plus dans les statistiques du chômage.

    Sarkozy a raison : "Les chiffres du chômage vont baisser."

    Bon, bien sûr, Sarkozy ne l’a pas expliqué aux Français, l’autre soir, sur TF1.

    Sarkozy leur a simplement dit : "Les chiffres du chômage vont baisser."

    Tous les grands médias ont retenu cette phrase.

    Toute la presse papier a dit, écrit, et répété cette phrase le lendemain.

    Si Sarkozy avait été honnête, il aurait dit aux Français la phrase entière : "Les chiffres du chômage vont baisser, un million de chômeurs vont sortir des statistiques, la pauvreté va augmenter, la misère va augmenter."

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  3. « Moi je préfère un bon patron bien payé qu’un mauvais patron mal payé »

    Je connais de très bons patrons de PME qui sont mal payés et quelquefois pas du tout parce qu'ils préfèrent donner la priorité aux salaires de leur personnel.

    Ce président n'a de considération que pour "ce" et "ceux" qui l'ont placé là où il est (je ne parle pas des électeurs des maisons de retraite).

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  4. En réalité, il y a en France 4 688 800 demandeurs d'emploi.

    Demandeurs d'emploi inscrits en fin de mois à Pôle emploi :

    - catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;

    - catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;

    - catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ;

    - catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…) y compris les demandeurs d’emplois en convention de reclassement personnalisé (CRP) et en contrat de transition professionnel (CTP), sans emploi ;

    - catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

    Total A+B+C+D+E = 4 688 800 demandeurs d'emploi.

    Ce chiffre total de 4 688 800 demandeurs d'emploi est caché dans le tableau page 15 :

    http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2010-005.pdf

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  5. Et du côté des offres d'emploi ?

    Que s'est-il passé en décembre 2009 du côté des offres d'emploi ?

    Réponse : le nombre d'offres d'emplois collectées par Pôle Emploi s'est effondré.

    En novembre 2009, Pôle Emploi avait collecté 124 500 offres d'emplois durables.
    En décembre 2009, Pôle Emploi a collecté 118 100 offres d'emplois durables, soit une baisse de - 5,1 % sur un mois.

    En novembre 2009, Pôle Emploi avait collecté 110 200 offres d'emplois temporaires.
    En décembre 2009, Pôle Emploi a collecté 109 700 offres d'emplois temporaires, soit une baisse de - 0,5 % sur un mois.

    En novembre 2009, Pôle Emploi avait collecté 43 200 offres d'emplois occasionnels.
    En décembre 2009, Pôle Emploi a collecté 38 900 offres d'emplois occasionnels, soit une baisse de - 10 % sur un mois.

    Regardons les chiffres en données corrigées des variations saisonnières :

    En novembre 2009, Pôle Emploi avait collecté 284 000 offres d'emplois en tout.
    En décembre 2009, Pôle Emploi a collecté 273 000 offres d'emplois en tout, soit une baisse de - 3,9 % sur un mois.

    Conclusion : ceux qui disent que c'est la reprise sont des menteurs.

    Tous ceux qui disent que c'est la reprise du marché du travail sont des menteurs.

    http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2010-005.pdf

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  6. C'est ici le meilleur compte-rendu que j'ai lu sur le show sarkozien. Merci.

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  7. Le président est resté droit dans ses bottes, toujours avec le même discours, sauf que le discours n'est pas adapté à la situation.

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  8. La propagande sarkoziste :

    Le nombre de chômeurs en légère baisse.
    L'économie française comptait 18.700 chômeurs en moins au mois de décembre. Cette première baisse depuis plusieurs mois confirme la tendance amorcée en novembre.

    http://www.lefigaro.fr/emploi/2010/01/27/01010-20100127ARTFIG00557-chomage-le-gouvernement-affiche-son-optimisme-.php

    Les chiffres du ministère :

    France métropolitaine (sans compter l'Outre-mer), données brutes, catégorie A + catégorie B + catégorie C + catégorie D + catégorie E :
    Fin novembre 2009 : en tout, 4 434 200 demandeurs d'emploi.
    Fin décembre 2009 : en tout, 4 436 000 demandeurs d'emploi, soit une hausse de + 1 800 sur un mois.

    France métropolitaine (sans compter l'Outre-mer), données corrigées des variations saisonnières, catégorie A + catégorie B + catégorie C + catégorie D + catégorie E :
    Fin novembre 2009 : en tout, 4 312 600 demandeurs d'emploi.
    Fin décembre 2009 : en tout, 4 349 400 demandeurs d'emploi, soit une hausse de + 36 800 sur un mois.

    http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/2010-005.pdf

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  9. En décembre, 109 600 chômeurs sont sortis des statistiques pour la raison suivante : "Reprises d'emploi déclarées".

    Mais à part ça ?

    A part ça, il y a des chiffres bizarres dans les sorties des statistiques de Pôle Emploi.

    - En décembre, 34 000 chômeurs sont sortis des statistiques car ils sont partis en stage : c'est une hausse de + 2,7 % sur un mois.

    - En décembre, 41 100 chômeurs sont sortis des statistiques car ils ont arrêté de chercher un emploi (maternité, maladie, retraite, dispenses de recherche d'emploi, etc.) : c'est une hausse de + 4,6 % sur un mois.

    - En décembre, 196 800 chômeurs sont sortis des statistiques pour la raison suivante : "Cessations d'inscription pour défaut d'actualisation". C'est une baisse de - 4,8 % sur un mois, mais une hausse de + 21,6 % sur un an.

    - En décembre, 42 200 chômeurs sont sortis des statistiques car ils ont subi une radiation administrative : c'est une hausse de + 11,1 % sur un mois.

    - En décembre, 57 100 chômeurs sont sortis des statistiques pour la raison suivante : "Autres cas". C'est une baisse de - 1,6 % sur un mois, mais une hausse de + 29,5 % sur un an.

    Nous pouvons additionner toutes ces sorties : en décembre, 371 200 chômeurs sont sortis des statistiques.

    Conclusion : Pôle Emploi est devenu une gigantesque machine à faire sortir les chômeurs des statistiques. Tout est bon pour expulser les chômeurs des statistiques.

    L'objectif n'est plus seulement de leur trouver un emploi : l'objectif est aussi d'en radier le plus possible.

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