7 janvier 2010

Sarkozy souhaite une bonne année aux chômeurs et aux précaires

Nicolas Sarkozy a entamé sa tournée des voeux, cette année placés sous le thème de l'emploi. Curieux ? Non. En fait, le président est en campagne. Donc il répète à l'envie son discours d'auto-célébration de son action face à la crise. Bref, il radote.

Parler travail en plein chômage
Les communicants de l'Elysée avaient préparé le terrain. Sarkozy allait parler travail. La démarche est si risquée, avec l'envolée du chômage depuis plus d'un an. Les statistiques du chômage sont certes bien contrôlées. Les différents dispositifs de soutien à l'emploi adoptés sous la conrainte de la crise depuis un an éparpillent les chômeurs un peu partout : l'extension des capacités de chômage partiel permet de laisser l'inactivité dans les effectifs des entreprises plutôt que de grossir les rangs des inscrits à pôle emploi. Depuis 2009, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont également mis en sourdine toutes leurs mesures d'assouplissement du code du travail comme l'offre raisonnable d'emploi, ou la suppression de la dispense de rechercher d'emploi pour les plus de 58 ans. Tout juste se rappelle-t-on que les nouvelles possibilités de "licenciements à l'amiable"...

Mais le contexte est chargé. Le pouvoir d'achat baisse, le nombre de chômeur en fin de droit risque de s'envoler: ils devraient être un million dans les 12 mois à venir. Et nombre d'entre eux vont échouer dans la plus grande précarité, exclus d'avance de la CMU. Même Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, s'en inquiète: "Pour les chômeurs en fin de droits, qui seront sans doute moins nombreux que le million pronostiqué par l'Insee" (d'où Bertrand sort-il cet optimisme ?) "pourquoi ne pas créer un dispositif spécifique pour les ramener vers l'emploi ? Il existe bien des primes versées aux employeurs pour certaines embauches de jeunes" a-t-il déclaré à Paris Match.

Sarkozy radote, radote, radote
Mercredi 6 janvier, le président français présentait donc ses voeux aux « forces économiques du pays». Que dire aux plus faibles, aux plus précaires ? Pas grand chose. Nicolas Sarkozy a préféré utiliser cette occasion pour faire campagne et dresser, une nouvelle fois, son propre bilan de l'année écoulée. 1600 personnes écoutaient debout et sagement les propos du chef de l'Etat, dans la salle des fêtes de Cholet (Maine et Loire). "A vous de juger", a-t-il lancé en direction des électeurs. Jugeons donc.

Nicolas Sarkozy a commencé son discours par des déclarations d'intentions et des principes de réformes : non au renoncement, oui au volontarisme. Encore ? En matière d'annonce, le président fut avare : il a taclé les effectifs de la fonction publique territoriale; il s'est abstenu d'expliquer comment résoudre la croissance de la dette publique. L'endettement ? "La solution est de diminuer le poids de la dépense publique." Pour 2010, il a confirmé qu'il comptait bien mettre en oeuvre une nouvelle taxe carbone. En matière d'autosatisfaction, la liste de ses "succès" fut bien longue, et répétitive..

1. "Aucun Français n'a vu son épargne mise en danger, aucun établissement financier n'a fait faillite". Nicolas Sarkozy a agi comme tous les dirigeants des pays occidentaux, et même avec un peu de retard : fin septembre 2008, il a unilatéralement et sans concertation avec ses partenaires de l'Union Européenne dont il assumait pourtant la présidence provisoire, garantit l'ensemble de l'épargne des particulier. ce fut la seule annonce majeure de son "fameux" discours de Toulon.

2. "Nous avons évité le pire. Si nous avons évité le pire, c'est parce que nous avons décidé d'agir, et non pas d'attendre." Qui se souvient de l'attentisme de Nicolas Sarkozy, 12 longs jours de septembre 2008. Plus tard, c'est Gordon Brown qui souffla l'idée à un Sarkozy atone qu'il fallait, en Europe, relancer le crédit interbancaire.

Les banques françaises, et donc l'épargne de nos concitoyens, furent sauvées de la disparition ; Sarkozy s'est félicité mercredi que l'Etat ait perçu 2 milliards d'euros d'intérêts des banques en contrepartie des aides de l'Etat. Faudra-t-il rappeler que ce comptage ne tient pas compte ni des agios payés par l'Etat pour emprunter les sommes qu'il a ensuite re-prêté aux banques, ni de la moins-value constatée d'une quinzaine de milliards d'euros sur les cours de Bourse des principales banques françaises ?

3. Autre contentement pour Sarkozy, quelques 2 millions d'emploi directs ou indirects auraient été sauvés dans l'automobile grâce à la prime à la casse. On n'insistera pas sur l'incohérence du discours écologique d'un président qui soutient, sans contrepartie, le transport individuel et non collectifs. L'occasion n'aurait-elle pas été belle d'imposer une reconversion vers le véhicule électrique ou la construction de bus ?

4. Les réformes en tous genre produiraient leurs premiers fruits : "Nous avons enrayé la chute de notre compétitivité et nous commençons à reconquérir des parts de marché. Nous avons renoué avec une croissance positive". d'où peut-il conclure que la compétitivité de la France se serait redressée ? Le déficit commercial bat des records, et il est facile d'accuser l'euro quand l'Allemagne, elle, s'en sort mieux. La France, en 2009, a davantage importé des pays européens.

5. Autre réforme louée par le Monarque : « Nous avons supprimé les droits de succession comme je l'avais promis. Et je l'ai fait car je crois au travail et je crois à la famille. Ce sont des valeurs structurantes de notre société. Je continue à penser que lorsqu'on a travaillé toute sa vie, payé des impôts toute sa vie, il est normal de pouvoir transmettre à ses enfants le fruit d'une vie de travail en franchise d'impôts ». Travail, famille... patrie ? Les déclarations de Nicolas Sarkozy sont iniques. Les exonérations fiscales (succession, bouclier fiscal, etc) profitent massivement aux rentiers les plus riches, et marginalement au plus grand nombre. "Que ceux qui ne sont pas en accord avec cette politique -et c'est leur droit- annoncent aux Français qu'ils rétabliront les droits de succession si vous leur confiez la responsabilité. Faisons ce débat, je l'attends avec sérénité" a-t-il déclaré. La vraie mesure révolutionnaire eut été d'exonérer les successions modestes... mais pas les plus grosses.

Bref, "la France a montré l'exemple".

Sarkozy n'a fait finalement fait qu'un voeux : que l'opposition fasse preuve d'un peu plus de sens de l'Etat.

Vraiment ?

Faudra-t-il parler du train de vie de l'Elysée, du coût injuste du bouclier fiscal, du népotisme et du favoritisme ?


3 commentaires:

  1. Troublante liquidation des stock-options chez les grands patrons français.

    Un article de la dernière livraison de l’hebdomadaire "Le Canard enchaîné" relève une situation pour le moins troublante. En pleine euphorie boursière, alors que l’année se termine sur une hausse de 22 % du CAC 40 et qu’une nouvelle progression de 10 à 15 % est prévue par une majorité des analystes en 2010, la plupart des grands patrons se sont empressé de lever leurs stock-options afin de les revendre.

    Plusieurs fonds d’investissement, qui ont observé ces mouvements, ont fait de même.

    Ces manœuvres pourraient bien indiquer que nous sommes à l’aube d’un nouveau crash boursier.

    http://www.mecanopolis.org/?p=12309

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  2. Mercredi 7 janvier 2010, sur le site LE FIGARO.FR :

    Tout est en place pour une nouvelle catastrophe économique mondiale, a estimé aujourd’hui Simon Johnson, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international.

    Aux Etats-Unis, “nous avons désormais un système financier qui repose entièrement” sur la croyance que l’Etat lui sauvera indéfiniment la mise, comme il l’a fait en septembre 2008 et dans les mois qui ont suivi, a-t-il déclaré sur la télévision CNBC.

    “Toutes les grosses banques qui sont encore là pensent qu’elles sont à l’abri d’une future faillite parce que c’est ce qui s’est passé l’année dernière, et c’est ce que leur ont vendu” le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner et Larry Summers, conseiller économique du président américain Barack Obama, a ajouté l’économiste.

    “Une idée reçue veut que deux crises financière majeures ne peuvent pas se suivre de près, mais je pense que nous allons avoir la preuve du contraire”, a-t-il prédit.

    Pour lui, “les douze mois à venir pourraient être vraiment passionnants, les gens pourraient être très positifs pendant que nous nous préparons à une catastrophe énorme”.

    Selon lui, les banques n’ont tiré aucune leçon de la crise.

    Si l’on prend “les six plus grosses banques aux Etats-Unis, le total de leurs actifs représente plus de 60 % du PIB américain. Elles ont grossi pendant la crise, dit-il, “et tous les gros sont là, prêts à prendre des risques, comme vous ou moi si nous nous sentions parfaitement protégés”.

    Vu la faiblesse des taux aux Etats-Unis, il y a déjà beaucoup d’opérations spéculatives sur écart de rendement consistant à emprunter de l’argent en Amérique pour l’investir dans les pays émergents, qui sont la “nouvelle frontière” pour les investissements comme pour la crise, a ajouté Simon Johnson, qui enseigne aujourd’hui au MIT, à Boston (Nord-Est).

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/01/07/01011-20100107FILWWW00720-usa-un-economiste-predit-une-2e-crise.php

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  3. Aujourd'hui les chiffres annoncés du chômage sont ceux des chômeurs INDEMNISES. Or en 2010, 1 millions de chômeurs ne seront plus indemnisés et ...mécaniquement sortiront des chiffres officiel du chômage .Donc effectivement, on peut s'attendre à "une baisse du chômage" en 2010 mais ce ne sera qu'une illusion d'optique.
    Officiellement il n'y a pas de chiffre global du chômage mais si on additionne catégorie A + RSA + RMI + allocation spécifique de solidarité + temps partiel + intérimaire qui a travaillé une journée dans le mois , on est plus proche des 6 millions de chômeurs.

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