8 janvier 2010

Séguin disparu, la Sarkofrance continue


François Fillon avait la larme à l’œil et la voix presque cassée quand il rendit hommage à Philippe Séguin, jeudi matin depuis l’hôtel Matignon. Son émotion était palpable. Fillon, lui, n'avait pas des larmes de crocodiles.  Sarkozy, au plus bas de sa cote de popularité, n'a pas manqué de louer le président de la Cour des comptes qui révéla son goût prononcé pour les sondages manipulés. Même Eric Besson, l'icône détestée et détestable de Sarkofrance, s'est fendu d'une louange.

Séguin, incompris mais loué
Jacques Chirac aussi a eu la larme à l'oeil, devant les caméras de télévision. Séguin s'était souvenu pourtant que l'ancien chef de l'Etat ne l'avait pas récompensé de son soutien, après sa victoire présidentielle de 1995, quand il choisit Juppé comme premier ministre.
Le décès du président de la Cour des Comptes a bousculé l’actualité de Sarkofrance. Les récents rapports de l’institution avaient épinglé sévèrement la gestion sarkozyenne. Et Philippe Séguin leur avait toute sa voix pour les promouvoir : l’affaire des sondages de l’Elysée est née de quelques pages dans un rapport de juillet dernier sur les dépenses de l’Elysée. Plus récemment, la Cour des Comptes a critiqué la gestion comptable et incohérente des effectifs de la fonction publique, et notamment la suppression d’un poste de fonctionnaire partant à la retraite sur deux depuis mai 2007. Nicolas Sarkozy y est allé tout de même de son hommage, à l’égard de celui qui s’opposa à lui, de Maastricht au soutien à Jacques Chirac en 1995 : "Philippe Séguin avait ses défauts, ses faiblesses, ses emportements. Mais rien, absolument rien de ce qu'il disait, rien de ce qu'il entreprenait n'était médiocre."

Sarkozy... médiocre
Médiocre, l’intervention de Nicolas Sarkozy dans un colloque organisé par son fidèle Eric Besson, sur « le nouveau capitalisme ». Pour cette nouvelle année, le président français a visiblement choisi de radoter, répéter, bégayer les mêmes arguments, bilan auto-satisfait d’un côté, appel à la régulation de la finance d’autre part. Cette fois-ci, son propos porta sur la faiblesse du dollar par rapport à l'euro, le «désordre monétaire inacceptable », ou la nécessité de réformer le système monétaire et financier. Il a trouvé une explication bien rôdée pour justifier des piètres résultats de l’économie française. C’est la faute à l’euro trop fort : « On ne peut pas se battre en Europe pour améliorer la compétitivité de nos entreprises (...) on ne peut pas gagner de la compétitivité dans nos entreprises européennes et avoir un dollar qui perd 50% de sa valeur ».

Médiocre fut également Patrick Devedjian. Le provisoire ministre de la Relance, sarko-incompatible dans le fief protégé des Hauts-de-Seine, avait prévu, vendredi 8 janvier, de dresser le bilan du plan de relance dans les colonnes du Figaro. Devedjian avance le chiffre de 39 milliards d'euros: «le budget affecté à la mission relance s'élevera sur deux ans à 38,8 milliards d'euros... 29 milliards ont été dépensés l'an dernier, il en reste un peu moins de dix pour 2010. Cela correspond à près de 2% du PIB». Le ministre répète l'argument sarkozyen: «C'est au contraire parce que nous avons fait beaucoup l'an dernier que la France est le pays qui a le mieux résisté à la crise». Même le Figaro est prudent: la France a brûlé ses cartouches, explique le journal de Sarkofrance. Et en matière de comparaison, la France n'a pas de quoi être bien fière : le pays ressort surendetté, avec une croissance fragile, une industrie déstabilisée et des échanges extérieurs gravement plombés. Tout va bien...
Un économiste de la Deutsche Bank prévoit: «l'Allemagne devrait enregistrer une hausse de 2 % de son PIB en 2010 contre 1,5 % pour la France». Une autre, de la Barclays, ajoute: «les entreprises qui ont beaucoup bénéficié de soutien à leur trésorerie l'an dernier se retrouvent début 2010 dans une situation délicate, avec des prêts bancaires toujours aussi difficiles à obtenir».

Eric Besson, inchangé

Jeudi, Sarkozy est surtout revenu sur le débat identitaire : ce débat n’est pas terminé. Il a promis de «l’amplifier » et de « l’enrichir ».
«Ce débat, c'est bien mal me connaître que de croire qu'on va l'arrêter. Au contraire, nous allons le poursuivre, l'enrichir, l'amplifier, afin que pour chaque Français le mot Nation et le mot République reprennent tout leur sens, quels que soient son origine, le quartier où l'on habite, le milieu social où l'on est né.
(...)

Le débat sur notre identité, c'est un débat pour être au rendez-vous de l'histoire qui est en train de s'écrire (...) la force de notre identité, c'est notre plus grand atout face aux défis du XXIe siècle.
(...)

La nation a toute sa place parce que la nation est porteuse de valeurs, de cultures, d'identité et que la diversité est un moteur du progrès.
(...)

Mais si la diversité est un moteur de progrès, ne fuyez pas l'identité car sans identité, il n'y a pas de diversité. Comme il est étrange ce débat où tout le monde est d'accord pour la diversité et où tant ont peur de l'identité »
Sarkozy s’est permis de citer Claude Lévi-Strauss «L'identité n'est pas une pathologie». Gageons qu’Henri Guaino lui a, une nouvelle fois, soufflé la référence. Eric Besson, interrogé sur Europe 1 ce jeudi 7 janvier, a répété qu’il trouvait son débat « beau et noble ». Le ministre, comme son président, a d’ailleurs changé sa sémantique sur le sujet. En novembre, Besson expliquait que le débat devait porter sur l’identité nationale et la place de l’immigration. Désormais, les deux compères préfèrent parler de « nation » et de « diversité ». Jean-Marie Le Pen s’est déclaré ravi.

Eric Besson avait un autre motif de satisfaction : le tribunal administratif de Paris vient de valider les 7 marchés d’assistance juridique conclus par le ministère avec l’ASSFAM, la CIMADE, Forum Réfugiés, France Terre d’Asile et l’Ordre de Malte, mis en oeuvre depuis le 1er janvier 2010. En divisant la gestion de l’aide aux sans-papiers en plusieurs lots territoriaux et plusieurs associations, le gouvernement est parvenu à ses fins, malgré 18 mois de guérilla juridique.

Sur Europe 1 toujours, Eric Besson a livré trois chiffres de son « tableau de bord » : expulsions, naturalisations, visas accordés. La photo fut presque complète. En matière d’expulsions, il a fait mieux que ses objectifs : il a pu « éloigner » 29 000 sans-papiers en 2009, contre 27 000 prévus (et 29 799 en 2008). Le taux de reconduite à la frontière étant de 40% d’après la Cimade, on peut estimer à 70 000 le nombre d’interpellations que les forces de l’ordre ont dû réaliser pour parvenir à ce résultat. Eric Besson a pris soin de préciser, par ailleurs, que 108.000 étrangers ont été naturalisés en 2009 et 175.000 étrangers sont «entrés régulièrement en France avec un visa long séjour». Les régularisations de situation clandestine se seraient élevées à 20 000, un chiffre révélé non pas par le ministre, mais par Le Monde. En communiquant également sur les naturalisations, Eric Besson veut corriger la détestable image de son ministère. Pourtant, aucun détail ne fut donné sur ces expulsions : combien de familles, de malades, d’enfants, de femmes, de personnes âgées, de travailleurs ? Combien de "nouveaux" Européens qui peuvent revenir aussitôt expulsés ? Besson reste discret. SOS Racisme a annoncé l’organisation d’une journée des expulsés, le 16 janvier 2010. Et rappelons l’opération « 24 heures sans nous », le 1er mars. Une journée sans immigrés ? Eric Besson verra la différence.

Il y a trois mois, la Cimade s’était fondée sur un rapport du Sénat pour dénoncer le coût prohibitif de ces expulsions : 533 millions d’euros en 2008, pour 20 000 expulsions forcées, soit 27 000 euros l’éloignement… Vingt-sept mille euros. Rien que cela. Rares sont les éditorialistes qui reprennent ce chiffre.

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1 commentaire:

  1. Une nouvelle catastrophe économique mondiale pourrait bel et bien éclater cette année, si l’on en croit les prédictions de Simon Johnson, ex-économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI).

    « Une idée reçue veut que deux crises financière majeures ne peuvent pas se suivre de près, mais je pense que nous allons avoir la preuve du contraire », a-t-il lancé de but en blanc sur la chaîne télévisée américaine CNBC.

    http://www.lesaffaires.com/bourse/nouvelles-economiques/vers-une-nouvelle-crise-planetaire-selon-simon-johnson/508455

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