1 février 2010

La rentrée diplomatique de Nicolas Sarkozy

Vendredi 22 janvier, Nicolas Sarkozy a adressé ses voeux au corps diplomatique étranger présent à Paris. Quelques jours plus tard, le 27 janvier, il ouvrait le forum économique de Davos par un discours sans surprise. Et cette semaine, il tient un conseil des ministres franco-allemand jeudi à Paris.

Un peu d'autosatisfaction
Le 22 janvier, il eut une pensée pour Haïti: "vous comprendrez que je souhaite adresser un message tout particulier au chargé d’affaires d’Haïti, dont le pays vient de subir une catastrophe sans précédent." Nicolas Sarkozy ne pouvait pas y couper. En Haïti, les opérations de sauvetage avaient mal commencé. Le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet avait eu l'indécence de qualifier l'intervention humanitaire américaine d'"occupation". Emanant de celui qui sillonne l'Afrique pour conforter les dictatures françafricaines, cette critique est cocasse.

Rapidement, le Monarque repris son propos préféré, l'autosatisfaction: "Certes, 2009 restera graver dans nos mémoires avec le cortège de blessures infligées à nos peuples, les blessures du chômage et de la précarité. Mais 2009 restera aussi comme l’année de décisions marquantes prises par une vingtaine de Chefs d’Etat et de gouvernement : ensemble, nous avons pu arrêter l’implosion financière, refuser le protectionnisme et procéder à une relance budgétaire coordonnée en même temps que nous lancions le mouvement de régulation qui s’imposait. " Sans rire, Nicolas Sarkozy afficha même son contentement quant à la lutte contre le réchauffement climatique: "L’autre grand chantier global, celui de la lutte contre le réchauffement climatique, a permis des avancées, limitées mais absolument sans précédent puisqu’à la différence de Kyoto, ce sont tous les Etats du monde qui se sont engagés.. "

La faute à l'ONU
Seul bémol, Sarkozy avoua qu'aucune crise régionale n'a été résolue en 2009. C'est bien cela. Selon Sarkozy, la gouvernance mondiale a marqué des progrès indéniables sur tous les terrains majeurs. Mais demeurent des conflits "locaux", du "Proche-Orient, au Caucase, au Soudan". Qu'importe si la finance mondiale reste toujours aussi fragile et peu contrôlée, si l'évasion fiscale est toujours bel et bien là. Oublions que le sommet de Copenhague a été un échec retentissant. Sarkozy s'est fixé un objectif, élargir la gouvernance mondiale aux pays émergents ("le groupe des 28"), mais supprimer le fonctionnement consensuel des Nations Unis : Sarkozy rend l'ONU responsable du fiasco de Copenhague: "La principale leçon de Copenhague est qu’il n’est plus possible de négocier à 192 selon les mêmes procédures. " Le président français proposa donc de définir de nouvelles règles, entre "Etats importants", un groupe de 28. Il suggéra aussi d'élargir la composition du Conseil de Sécurité, citant les nouveaux membres auxquels il pense : "l’Inde, le Japon, le Brésil, l’Allemagne, sans doute un ou deux  pays africains."

Sarkozy menace donc l'ONU. "Je veux prévenir : si les Nations Unies ne sont pas rapidement en mesure de prendre les décisions nécessaires, alors, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ce sont des forums informels, tel le G20, qui assumeront seuls cette responsabilité." L'interprétation sarkozyenne fut partielle et douteuse. Le président français fit semblant d'ignorer le rôle prédominant des Etats-Unis.

La langue de bois

Au corps diplomatique, Nicolas Sarkozy a annoncé ses chantiers internationaux: la régulation des monnaies, la résolution du conflit israëlo-palestinien ("des progrès sont possibles au Moyen Orient ! Le Liban nous en donne l’exemple"), l’Union Pour la Méditerranée (une "priorité pour la France"), la reconstruction de l'Irak ("La France est heureuse d’avoir renoué avec l’Irak une coopération multiforme"), la lutte contre le terrorisme, les sanctions contre l'Iran, l'engagement contre le réchauffement climatique. La liste fut longue. Si volontariste habituellement, Nicolas Sarkozy a surpris cette fois-ci (?). Sa langue était de bois, ses orientations floues, ses recommandations sans valeur.

Sur l'Afghanistan, on attendait de savoir si la France était prête à renforcer son contingent (comme le demandent les Etats Unis), ou quelles mesures les Etats occidentaux préconisent-ils pour solidifier le gouvernement local. Sarkozy reste flou. Il espère simplement que la prochaine réunion de Londres permettra de définir "une approche concertée du transfert progressif aux autorités afghanes des responsabilités de sécurité dans les provinces et les districts dès lors que la stabilité y est satisfaisante." Du vrai langage diplomatique ! La France aimerait bien sortir du bourbier afghan, mais ne sait pas comment.

A propos de l'Iran, Sarkozy a joué au pompier-pyromane depuis 2007: lui qui s'épanche régulièrement en faveur des dictatures quand elles le servent (Syrie, Françafrique, Chine), il n'a cessé de donner d'évidentes leçons de morale à l'Iran. Que dit-il cette fois-ci ? Il constate que l'Iran est sourd aux menaces de l'ONU et à la main tendue américaine: "Malgré tous nos efforts et l'engagement nouveau des Etats-Unis, en dépit de nos propositions ambitieuses de coopération, le pouvoir iranien s'enferme dans la voie sans issue de la prolifération et du radicalisme." N'importe quel observateur en concluerait qu'il faut passer à l'action. Sarkozy d'ailleurs proclame: "Hésiter, tergiverser face à un tel enjeu, serait porter une très lourde responsabilité." Que propose-t-il ? Des "mesures fortes" de la part du Conseil de Sécurité et de l'Union Européenne, mais "la porte du dialogue avec l’Iran sera toujours ouverte." On a connu Sarkozy plus direct.

Au sujet de l'Afrique, dont 2010 est l'année, Sarkozy promet un beau défilé, le 14 juillet prochain, de 14 armées africaines, en l'honneur du cinquantième anniversaire de leur indépendance. La Françafrique se porte bien. l'été dernier, le fils Bongo a succédé à son père décédé, lors d'une élection contestée et soutenu par la France. En Guinée, le gouvernement a été pris de court dans son soutien aux militaires putchistes coupables, fin septembre, d'un massacre d'opposants dans un stade de la capitale. Rien de tout cela dans le discours de Sarkozy. Le Monarque français préfère louer la réconciliation à l'oeuvre avec la Mauritanie, le Rwanda et l'Angola, (futures provinces françafricaines ?).

Pour l'Europe, Nicolas Sarkozy souhaite une taxe carbone aux frontières, lui qui l'a carbonisée dans son propre pays: "Ce prélèvement sera imposé aux Etats qui refuseraient de prendre ou qui ne respecteraient pas les engagements indispensables pour sauver la planète d’un désastre". Pourquoi la France n'a-t-elle jamais placé ce sujet à l'ordre du jour européen depuis 2007 ? Sarkozy en parlait déjà en septembre. C'était l'une des conclusions du Grenelle de l'Environnement en octobre 2007. Mais d'Europe politique, pas un mot dans ce discours. Le Traité de Lisbonne est derrière nous. Et un fade président de l'Union a été désigné par ses pairs en fin d'année dernière. On a déjà oublié son nom. Inutile d'insister.

Il n'y a qu'un seul sujet sur lequel Nicolas Sarkozy est réellement direct, invariant, et irresponsable : la prolifération du nucléaire civil. Au nom de la France, le monarque a sillonné le monde pour signer des accords de coopération nucléaire avec toutes les dictatures amies, fussent-elles instables. Récemment, la filière nucléaire française a gravement échoué à Abou Dhabi, perdant un appel d'offre de 20 milliards de dollars. Mais Sarkozy est tenace:  "Je souhaite que de ce débat émergent des convergences sur la renaissance du nucléaire civil dans le monde. Car c'est aussi par une vision partagée de l'accès au nucléaire civil que nous pourrons  répondre aux défis de la sécurité énergétique mondiale."  La renaissance du nucléaire civil, gage de sécurité énergétique mondiale ? Le propos est irresponsable.

A Davos, les vieux discours
A Davos, Sarkozy a ressorti ses vieux discours. Depuis 18 mois, il radote sans agir, utilisant chaque tribune internationale pour dénoncer les fausses statistiques économiques (qui ne mesurent que la richesse, pas les inégalités), ou les ravages du capitalisme.


Jeudi, Nicolas Sarkozy accueille Angela Merkel et ses ministres, pour un conseil bilatéral. Une nouvelle occasion de signifier à tous que l'Europe politique ne compte pas. Indispensable à la construction européenne, le couple franco-allemand n'a pas sû s'effacer au profit de l'Union. Et ne comptez pas sur Nicolas Sarkozy, si soucieux de son image personnelle, pour changer la donne.

2 commentaires:

  1. Angela Merkel n' a pas besoin de se déplacer, aubry fera l'affaire puisqu'elle se prend pour elle...

    La France doit faire des économies...

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  2. Un article sur le Temps d'aujourd'hui : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/071670dc-0eb0-11df-a273-20709365d5eb/La_hargne_de_Sarkozy_envers_Obama

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