28 février 2010

Le chômage n'a jamais baissé en Sarkofrance

Le chômage ne baisse pas. Le 25 janvier dernier, Nicolas Sarkozy n'avait fait qu'une promesse aux onze témoins rassemblés par TF1 le temps d'une soirée d'intervention présidentielle: le chômage va baisser. Sur le coup, certains commentateurs s'étaient dits que le Monarque devait disposer de quelques statistiques d'avance.

La fausse baisse de décembre
Effectivement, trois jours tard, le ministère de l'emploi confirmait une baisse officielle du nombre de demandeurs d'emploi en décembre 2009. Déjà à l'époque, on pouvait remarquer que cette diminution fort opportune masquait d'inquiétantes évolutions: le nombre de cessations pour défaut d'actualisation étaient en forte hausse par rapport au mois précédent. Pire, à relire la communication de janvier, on réalise que le chômage n'avait finalement pas baissé en décembre... Patatras ! Le story-telling sarkozyen en prend un coup : la direction des études et statistiques (Dares) du ministère de l'Emploi a dû retravailler a posteriori ses chiffres et corrigé, un mois plus tard, les données qu'elle avait livrées en décembre dernier. Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi (?) s'en est expliqué : "Ça joue parfois dans le sens de mauvaises nouvelles, comme en décembre où il était stable; à l'inverse, en novembre, on nous avait dit qu'il y avait une très forte augmentation du chômage, la réalité est qu'elle est beaucoup plus faible". Cette "correction" des variations saisonnières et des effets des jours ouvrables a produit un résultat contraire aux promesses présidentielles : le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A en décembre a été révisé à la hausse de 23.400. Le nombre total d'inscrits (catégories A, B et C) en France métropolitaine, a augmenté "nettement plus" en décembre qu'annoncé initialement (+0,6% au lieu de +0,2%), atteignant 3,849 millions contre 3,823 millions précédemment, "soit une révision de +24.600".

La vraie hausse de janvier
Jeudi dernier, les résultats de janvier sont tombés. Nicolas Sarkozy doit enrager. Le chômage, même officiel, est reparti à la hausse. Que s'est-il passé ? " Le nombre des entrées est supérieur à celui des sorties" commente laconiquement le ministère de l'emploi, dans l'annexe 6a qui détaille les flux d'entrées et de sorties des catégories A, B et C: pour ces trois catégories, 543 000 nouveaux demandeurs se sont inscrits en janvier 2010. Pourtant, Pôle emploi ne chôme pas. Depuis janvier 2009, le nombre d'offres d'emploi collectées est en hausse (+17% sur 12 mois glissants), pour atteindre 272 000 postes. Un chiffre largement insuffisant au regard des demandes d'emplois.

507 000 personnes seulement sont sorties des statistiques de pôle emploi sur le seul mois de janvier. Parmi elles, les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation ont encore fortement progressé pour atteindre l'essentiel des sorties du mois : 207 000 en janvier, contre 199 000 en décembre et 165 000 en novembre. Ces "défaut d'actualisation" progressent depuis près d'un an, date de la fusion de l'ANPE avec les ASSEDIC (cf graph ci-joint). Ils correspondent "aux cas où le demandeur d’emploi n’a pas actualisé sa déclaration de situation mensuelle", précise pôle emploi. Il est toujours surprenant de constater que le premier motif d'évolution du chômage n'est pas l'emploi mais le renseignement des fiches de situations à pôle emploi ! Seconde cause de sorties, les reprises d'emploi déclarées ont chuté à 90 000 (contre 107 000 en décembre).

Au total, la France comptait 4,778 millions de demandeurs d'emploi fin janvier 2010, sans compter l'inactivité cachée dans les entreprises (chômage partiel). En données corrigées des variations saisonnières, le chiffre "retombe" à 4,4 millions, et se décompose comme suit :
  • 2,664 millions en catégorie A (+0,7% en janvier, +16% sur un an)
  • 511 000 en catégorie B (-1,1% en janvier, + 9% sur un an)
  • 689 000 en catégorie C (+0,3% en janvier, +24% sur un an)
  • 246 000 en catégorie D (+ 4,7% en janvier, +31% sur un an)
  • 290 000 en catégorie E (-1,7% en janvier, + 29% sur un an).
Sarko prend peur
Devant cette accumulation de mauvaises nouvelles, Nicolas Sarkozy a précipité François Fillon sur le front: "On voit qu'autour de nous le chômage augmente encore très fortement, aux Etats-Unis aujourd'hui même." Ouf ! C'est pire ailleurs. La France ne résiste donc t-elle pas mieux que ces voisins ? L'anxiété présidentielle se lit ailleurs. Il y a moins de 15 jours, lors d'un "sommet social" à l'Elysée, Nicolas Sarkozy bottait en touche sur le cas du million de chômeurs en fin de droits en 2010, dont près de 600 000 n'auront droit à aucune aide sociale de relais. Il fallait d'abord un diagnostic, annoncé pour le mois d'avril. Sans attendre plusieurs longues semaines, voici Laurent Wauquiez qui promet ce qu'il ne pouvait promettre il y a 10 jours à peine : «L'Etat et l'assurance chômage ensemble vont dégager plusieurs centaines de millions d'euros. Fin mars, tout cela doit être opérationnel». «Des gens nous attendent» a commenté le secrétaire d'Etat à l'Emploi. Effectivement. Et depuis des lustres.

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