9 février 2010

Le séminaire du gouvernement sur l'identité nationale

Lundi 8 février, à 14 heures, François Fillon rassemblait quelques ministres pour un « séminaire gouvernemental sur l'Identité nationale». Vaste sujet... électoral. A quatre semaines des élections régionales, François Fillon souhaitait enterrer cette manoeuvre électorale ratée. D'après les sondages, le débat ne prend pas. Les Français s'en fichent. Eric Besson, le ministre auteur de cette initiative en novembre dernier, en est devenu fébrile. Il est apparu comme un collabo hors normes, avec tous les excès que cette comparaison suppose, s'est fait planté sa « grande » émission sur France 2 par Vincent Peillon, et se voit demander à chaque interview s'il encaisse bien les critiques. «Ce débat était parfaitement nécessaire et on voit bien que toutes les crispations auxquelles il a donné lieu révèlent une réalité qui est la réalité de la France » a tranché François Fillon la semaine dernière. Le colloque qui devait conclure ce débat a finalement été annulé. Le séminaire le remplace. Fillon veut arrêter le massacre.

Dérapages en cascade
Chaque semaine, un nouveau dérapage vient brusquer les attentions. Ce débat a permis aux mauvais esprits de se révéler.

«Ségolène Royal rassemble des harkis» Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, et candidat UMP en Poitou Charentes, février 2010. Il s'est excusé depuis.

«Il est temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer. Y'en a déjà dix millions, dix millions que l'on paye à rien foutre» André Valentin, maire UMP de Bussainville, décembre 2009

«Il m'a suffit de pousser un petit peu la boule pour qu'elle roule», Eric Besson, décembre 2009.

« Je me réjouis qu'il y ait des réflexions de comptoir, ça fait partie de l'identité nationale» Eric Besson, décembre 2009.

En janvier dernier, Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille, dénonce les « 15 000 musulmans qui ont déferlé » dans le centre-ville de Marseille à l'issue d'un match Algérie-Egypte.

«On ne fait pas le procès d’un jeune musulman. Sa situation, moi, je la respecte. Ce que je veux, c’est qu’il se sente Français lorsqu’il est Français. Ce que je veux, c’est qu’il aime la France quand il vit dans ce pays, c’est qu’il trouve un travail, et qu’il ne parle pas le verlan. C’est qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers.» Nadine Morano, décembre 2009.

Un collègue d'Eric Besson n'a pas apprécié la tenue de ce séminaire lundi dernier. Yazig Sabeg, haut commissaire (inutile) à la Diversité avait dévoilé, quelques jours avant, son rapport sur la mesure de la diversité. Il a fallu attendre dix mois de travaux et plusieurs reports. Vendredi, le Comité d’experts pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations a enfin remis son rapport à Yazid Sabeg. Les recommandations des experts restent modestes: la création d’un observatoire des discriminations rattaché à la Halde et la montée en puissance de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et « l’ajout d’un item portant sur la nationalité et le lieu de naissance des parents dans le recensement de l’Insee. » Surtout, Sabeg n'apprécie pas qu'Eric Besson reprenne ses (rares) idées: «Le recensement est un bien commun, c’est aberrant qu’un ministre s’empare d’un tel sujet, gronde Yazid Sabeg. C’est une ignorance de la réalité, Besson outrepasse ses prérogatives. L’impulsivité nuit toujours au débat

Tout ça pour ça
Le débat continuera… jusqu’à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Telle est la seule information que l’on pouvait retenir de la conclusion apportée par François Fillon au séminaire intergouvernemental de lundi après-midi. Fillon voulait clore cet épisode raté du ministère Besson, mais Sarkozy lui a demandé, vendredi dernier, de ne parler que d’un « point d’étape ». L’Express ne s’y trompe pas, en titrant : « Fillon enterre le débat sur l’identité nationale avec des mesurettes ».

Parmi les annonces, citons, pêle-mêle, la mise en place d’un « carnet jeune citoyen » (pour « accompagner du primaire au lycée la formation civique des jeunes générations et de mieux les préparer à l'exercice futur de leurs responsabilités »), l’instauration de « parrainages républicains », le renforcement de l’enseignement civique dans les lycées et collèges, l’affichage du drapeau français sur le fronton de toutes les écoles et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens dans chaque classe, des sessions de formation aux valeurs de la République (égalité homme/femme, etc) et aux Français « si cela se révèle nécessaire », et la création d’une commission, composée de personnalités, chargée de prolonger le débat…

Le premier ministre souhaite aussi que la naturalisation s’accompagne d’une cérémonie solennelle, au cours de laquelle une « charte des droits et des devoirs » sera signée. Pour clore l'affaire, le Monarque a prévu d’intervenir sur le sujet en avril, après le scrutin régional.

Eric Besson… au calme
« A force d’abandon, nous avons fini par ne plus savoir qui nous étions »
Cette phrase, prononcée par Nicolas Sarkozy à l’automne dernier pour justifier la raison d’être du débat identitaire, pourrait s’appliquer à Eric Besson. Invité de France Inter lundi 8 février, le ministre de l’identité est apparu métamorphosé. Lui qui habituellement aimait à croiser le fer contre ses contradicteurs, a littéralement esquivé les questions les plus gênantes. Lorsque Bernard Guetta lui demande pourquoi certains Français d’origine étrangère mais nés en France doivent justifier de leur acquisition de la nationalité française dans certaines préfectures tatillonnes à l’occasion d’un renouvellement de pièce d’identité, Besson rétorque qu’il ne connaît pas de tels cas. Quand un auditeur lui demande pourquoi il s’est vu refusé sa naturalisation alors qu’il remplit a priori tous les critères (marîtrise de la langue, totale insertion professionnelle en France depuis plus de 5 ans), le ministre répond que la France est le pays européen le plus accueillant, avec 108 000 naturalisations en 2009.

Lundi, Eric Besson a publié un « commentaire » sur le site dédié au débat identitaire. Une photo souriante pour un texte convenu d’évidence : «Oui, l’identité nationale existe », « Oui, il faut renouveler, raffermir, consolider le pacte républicain », et « Oui, l’Etat a un rôle majeur à jouer pour consolider notre unité et notre identité nationales ». Le ministre se déclare fier d’avoir conduit son débat.

Tant mieux pour lui.

Le débat est terminé. Il n'y a qu'Eric Besson pour feindre de ne pas être au courant.

2 commentaires:

  1. Mort de rire !

    Je suis plié de rire !

    Pour appuyer sa critique de l'inutilité du séminaire gouvernemental de lundi qui n'a fait resortir que de petites mesures, Jean-Michel Apathie a cité Georges Clemenceau: «Si vous voulez enterrer un problème, créez une commission».

    «Clemenceau a le droit de dire ce qu'il souhaite. C'est son analyse, pas la mienne», a réagi Nadine Morano, visiblement perturbée par cette référence historique.

    http://www.20minutes.fr/article/383360/Politique-Identite-nationale-Nadine-Morano-s-emporte-sur-RTL.php

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  2. Le plus marrant, c’est quand Nadine Morano déclare à propos de Clemenceau :

    "Clemenceau a le droit de dire ce qu’il souhaite."

    C’est une phrase qui mériterait un prix !

    "Clemenceau a le droit de dire ce qu’il souhaite."

    http://www.rtl.fr/fiche/5932814975/nadine-morano-monsieur-duhamel-avez-vous-participe-au-debat-sur-l-identite-nationale-video.html

    C'est à partir de la 5ème minute (video au lien ci-dessus).

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