5 février 2010

Un conseil des ministres franco-allemand, gadget contre-productif

Jeudi 4 février 2010, un conseil des ministres franco-allemand s'est tenu dans le Palais de l'Elysée. On a expliqué, depuis longtemps déjà, que cette initiative était un progrès du rapprochement franco-allemand. Progrès ou gadget ?

L'Europe est-elle disqualifiée ?
L'Europe a mal. Sans que Nicolas Sarkozy puisse en être jugé pour totalement responsable, l'union politique des Européens ne cesse de reculer depuis 2007. L'unique accomplissement, brandi comme un trophée par les zélotes du Monarque élyséen, fut l'adoption du Traité (modifié) de Lisbonne. Un progrès rapidement oublié. Pendant la crise de l'automne 2008, l'Europe s'est dispersée, contrairement à ce qu'en dit l'Elysée. La présidence française de l'Union européenne a été davantage marquée par ses dépenses outrancières, un sommet inutile pour l'Union de la Méditerranée, et l'échec d'une concertation des politiques économiques. En 2009, ce fut pire. Le sommet de Copenhague a été l'illustration suprême de l'inexistence européenne. La désignation, en catiminie, du Président de l'UE et de sa chef de la diplomatie, deux personnages visiblement sans envergure, a achevé l'idée d'une renaissance politique. Plus récemment, l'administration américaine a infligé un sérieux camouflet à l'UE: Barack Obama a annoncé, il y a quelques jours, qu'il ne viendrait pas au sommet Europe-Etats Unis organisé à Madrid en mai prochain. La raison invoquée ? Cela ne sert à rien.

Conseil franco-allemand, un gadget ?
Ce conseil des ministres franco-allemand a toute les apparences d'un gadget. Deux jours auparavant, Nicolas Sarkozy avait tenu son vrai conseil des ministres franco-français habituel, à l'Elysée. De surcroît, des conseils européens réunissent régulièrement les chefs d'Etat ou leurs ministres. Quel intérêt à cette amitié franco-allemande surjouée et surmédiatisée ? Au pire, elle affaiblit un peu plus l'union politique européenne. Ce conseil est d'ailleurs le 12ème du genre. Fidèle à son habitude, l'Elysée a promis un programme boulimique pour cette réunion médiatisée. C'est souvent la meilleure solution pour éviter de décider de quoi que ce soit : "stratégies coordonnées de sortie de crise", énergie, climat, immigration, défense, régime matrimonial, recherche, éducation, ... Que manquait-il à cet inventaire à la Prévert ? La déclaration commune, à l'issue de la rencontre, fut bien belle : les deux dirigeants français et allemands ont réaffirmé leurs "valeurs communes" et objectifs partagés : la paix, une "croissance forte et durable", ou encore la sécurité énergétique de l'Europe et "lutter efficacement contre le réchauffement climatique". Imaginait-on ces deux dirigeants prôner la guerre, la pollution et la récession ?

Il n'y a que l'AFP et le Figaro pour considérer que la multitude de projets annoncés "dope" l'axe Paris-Berlin. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont dévoilé un catalogue de 80 propositions "concrètes", livrées en avant-première par le Figaro... Evidemment. Tout y est. Près de 80% des 80 annonces sont des intentions ou des voeux pieux, sans engagements de moyens, une succession de "nous voulons", "nous intensifierons", "nous développerons", etc.

Citons la convergence des politiques économiques pour "renforcer leur croissance et celle de l’Europe en poursuivant les réformes structurelles, en approfondissant le marché intérieur européen et en faisant des propositions communes sur la stratégie économique européenne pour 2020 afin de renforcer la coordination des politiques économiques au sein  des instances européennes appropriées et d’améliorer la contribution des politiques de l’UE à la croissance" (ouf !); "la diversification du mix énergétique, des sources et de l’acheminement de l’énergie"; la coordination des projets eco-responsables en Afrique (??) ; " faire avancer un système de transport efficace, durable et productif"; doubler nombre des cursus bilingues dans l’enseignement supérieurd'ici 2020; développer la formation professionnelle franco-allemande vers les apprentis; favoriser " l’apprentissage de la langue du partenaire" (sic !) ou "établir des règles du jeu équitables sur le marché de la défense entre partenaires européens et transatlantiques" (qui est contre ?).

Les annonces réellement concrètes sont rares et, à l'exeption de la mise en oeuvre du paquet énergie-climat (adopté voici ... plus d'un an !),  de vrais gadgets, comme la création de 200 écoles maternelles bilingues franco-allemandes, la création d'un "Office franco-allemand des énergies renouvelables" en 2010, la mise en place du "premier projet de démonstration transfrontalier" autour du véhicule électrique, le développement du "réseau d’experts sur la sécurité d’approvisionnement pour le gaz",

Lors d'une conférence de presse, Nicolas Sarkozy n'avait pas de mots assez volontaristes : "Nous avons la volonté de mettre l'Allemagne et la France au service de l'Europe et d'une nouvelle régulation dans le monde". Noyer le citoyen sous une avalanche de projets a un double avantage : on noie le poisson, et on fait semblant d'agir.

4 commentaires:

  1. En ce qui concerne le rapport entre les US et l'Europe vous sous-estimez la crise Géorgienne particulièrement mal gérée par notre Immense Président, et en particulier son mensonge sur Bush. Notre prestigieux Président à penser que puisque Busch n'était plus le Président et qu'il pouvait raconter n'importe quoi. Or, comme toujours, il n'a pas réfléchit et ne s'est pas rendu compte que ce n'était pas Bush qu'il critiquait mais le Président des Etats Unis.
    Si j'en juge par ce qu'écrit Ronald Altmus (Le Monde du 27 janvier) : "Mais Washington avait parié sur Paris. Aucun Américain n'ayant participé aux négociations, il était difficile de savoir ce qui aurait été possible ou pas. Et il n'y avait pas d'autre option sur la table. La France devait réussir si Washington voulait garder l'espoir d'atteindre ses propres objectifs.
    L'administration était disposée à admettre la critique selon laquelle elle n'était pas assez engagée et n'en faisait pas suffisamment. Elle avait estimé que l'Europe devait prendre les choses en main,et avait trouvé dans la France un partenaire qui, fondamentalement, partageait ses objectifs. Et lorsque les Américains s'aperçurent que le résultat était fort loin de leurs attentes, ils n'eurent d'autre choix que de serrer les dents et de s'abstenir de toute critique".

    RépondreSupprimer
  2. Dépense intérieure d’éducation (DIE) :

    En 1995, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,6 % du PIB.

    En 2000, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,3 % du PIB.

    En 2001, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,2 % du PIB.

    En 2003, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,1 % du PIB.

    En 2004, la France dépensait pour l’Education Nationale 7 % du PIB.

    En 2005, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,8 % du PIB.

    En 2007, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,7 % du PIB.

    En 2008, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,6 % du PIB.

    http://media.education.gouv.fr/file/2010/97/4/NI1001_135974.pdf

    Qu’on en finisse.

    Je propose qu’on privatise l’Education Nationale, et puis qu’on n’en parle plus.

    RépondreSupprimer
  3. media.education.gouv.fr/file/2010/97/4/NI1001_135974.pdf

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.