22 février 2010

Violences à l'école, illustrations de l'échec de Sarkozy

Les violences à l'école sont illustratives de l'échec de la démarche schizophrénique de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité. D'un côté, le président, hier ministre de l'intérieur, multiplie les lois en tous genres, prévoyant des dispositifs au mieux farfelues (loi contre les bandes, décret contre le port des cagoules), au pire portant atteinte aux libertés publiques (cf la progression du nombre de gardes à vues pour des faits mineurs, ou le couvre-feu nocturne contre les mineurs de moins de 13 ans). De l'autre, son gouvernement réduit les effectifs de la fonction publique, pour une économie générée inférieure au coût du bouclier fiscal. Résultat : plus de lois, moins d'effectifs (éducation, police, etc) pour les appliquer, et des violences aux personnes qui augmentent sans discontinuer.

Des violences réelles et symboliques
Le 18 janvier, une collégienne était rouée de coups en sortant de son établissement à Tremblay-en-France, dans le cadre du jeu dangereux dit « du petit pont ». Quelques jours avant, un lycéen était tué dans l'enceinte de son établissement, au Kremlin-Bicètre, poignardé par un autre élève. L'assassinat d'un élève est un fait rarissime. Le 2 février dernier, un élève était agressé au lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Les enseignants exercent leur droit de retrait, et réclament davantage de surveillants. Le lycée n'en a qu'une dizaine pour 1500 élèves. Mardi dernier, ils ont décidé de reprendre les cours, malgré la sourde oreille de l'administration. Cette dernière a promis 4 postes supplémentaires, un effort « exceptionnel » a-t-elle prévenu. Le 15 février, un autre élève était agressé au cutter lors d'un cours de gymnastique, dans un lycée de la ville voisine de Thiais. Le lendemain, les enseignants de l'établissement ont également exercé leur droit de retrait. Interrogée sur France Info, l'un d'entre eux s'écriait mardi matin : « nous avons déjà des caméras ! ». L mouvement semble faire tâche d'huile en ile-de-France, et surtout en Seine Saint Denis. Le problème d'effectifs est patent, la présence adulte se fait rare.  Selon les syndicats, plus de 1700 jours de classe n'ont pas été assurés dans le seul département de Seine-Saint-Denis depuis la rentrée des classes 2009, faute de remplaçants ! On rapporte aussi le cas d'un élève de 6ème qui a amené un Taser en classe.


Les réponses du gouvernement n'adressent pas le problème.
Face à cette situation, le gouvernement botte en touche. A la veille des élections régionales, il temporise. La première réponse est connue : l'organisation d'un Grenelle. Mardi dernier, Luc Chatel a proposé la tenue d'Etats Généraux sur la sécurité à l'école début avril. Comme pour les chômeurs en fin de droits (sujet surlequel Nicolas Sarkozy expliquait lundi 15 février qu'il souhaitait un « diagnostic »), le gouvernement préfère temporiser et demander un nième état des lieux plutôt que de proposer de vraies solutions. Le ministre de l'Education avait par ailleurs refusé l'organisation d'un débat télévisé avec les organisations d'enseignants, tout comme la nomination d'un médiateur pour sortir de la crise à Vitry.

La seconde réponse est également connue : pas d'effectif supplémentaire : « Il est totalement inexact de résumer la sécurité à la seule question des effectifs. C'est avant tout une question d'organisation » expliquait Brice Hortefeux. « Ce n'est pas l'école qui est violente en elle-même, mais c'est la société. On ne peut pas mettre un surveillant derrière chaque élève. La lutte contre l'insécurité à l'école, c'est une politique globale » renchérissait Luc Chatel. Les effectifs de police et gendarmerie doivent perdre quelques 15 000 postes entre 2008 et 2012. L'Education n'est pas mieux lotie. La quasi-totalité des collèges et lycées sont concernés par des suppressions de postes qui ont atteignent 13 500 en 2009 et 16 000 en 2010. Luc Chatel a mis en avant la création de 5000 mille postes de « médiateurs de vie scolaire » décidés en son temps par Xavier Darcos. Seulement voilà, ces médiateurs ne sont pas des surveillants. Leur rôle est de lutter contre l'absentéisme scolaire en intervenant auprès des familles. Avant 2002, les emplois jeunes avaient permis de doter les établissements scolaires de 50 000 aides éducateurs et 50 000 maîtres d'internat ou surveillants d'externat, remplacés depuis par 70 000 assistants d'éducation. Faites le compte : 50 000 + 50 000 - 70 000 = 30 000 postes de surveillants ont disparu.

La troisième réponse gouvernementale, inefficace, est la video-surveillance. L'UMP avait tenté de placer ce sujet au coeur de sa campagne sur l'insécurité. Nicolas Sarkozy croyait que le sujet prendrait l'opposition à revers. Echec et mat ! Que peut la video-surveillance s'il n'y a personne derrière les caméras ? Ces violences à l'école ont disqualifié en quelques semaines cette vaste campagne électorale:  les trois dernières agressions d'élèves ont eu lieu dans des lycées du Val-de-Marne... équipés de caméras, rappelait Libération.

La blogueuse CeeCee exprimait récemment une inquiétude partagée: « la violence est-elle notre seul espoir ? »

1 commentaire:

  1. Dépense intérieure d’éducation (DIE) :

    En 1995, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,6 % du PIB.

    En 2000, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,3 % du PIB.

    En 2001, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,2 % du PIB.

    En 2003, la France dépensait pour l’Education Nationale 7,1 % du PIB.

    En 2004, la France dépensait pour l’Education Nationale 7 % du PIB.

    En 2005, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,8 % du PIB.

    En 2007, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,7 % du PIB.

    En 2008, la France dépensait pour l’Education Nationale 6,6 % du PIB.

    http://media.education.gouv.fr/file/2010/97/4/NI1001_135974.pdf

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