31 mars 2010

Au secours, Sarkozy nous représente aux Etats Unis !

Il l’a eu son dîner, avec photo et une presse française relayant complaisamment l’évènement. Mardi soir, Nicolas Sarkozy, accompagné de son épouse Carla, a soupé avec le couple Obama dans leur salon « privé » de la Maison Blanche. Juste avant, le Monarque a pu livrer une conférence de presse avec Obama. En France les parlementaires UMP attendaient leur rencontre, mercredi à l’Elysée, avec Sarkozy.

L'agitation à l'UMP
La mise en scène était rodée. La semaine dernière, députés et sénateurs UMP ont pu vidé leurs sacs de reproches après le résultats des élections régionales. Lundi après midi, François Fillon les a revus, à Paris. Les rangs étaient épars, plus de 150 parlementaires avaient séché la rencontre. Interdiction, cette fois-ci, de communiquer par textos ou Twitter avec l’extérieur, comme ce fut le cas mardi 23 mars. Les dissonances sont toujours là. Fillon et Bertrand refusent le concept de « nouveau pacte majoritaire » défendu par Copé. Alain Juppé a regretté, mardi matin, l’abandon de la taxe carbone et souhaite la suspension du bouclier fiscal, ce que Xavier Bertrand n’a pas supporté.

Sarkozy, présidentiel... aux Etats Unis
La presse américaine n’a pas retenu grand-chose de la venue de Sarkozy à New York. Un tabloid, le New York Post, a qualifié Carla Bruni de « chaude et italienne », comme la machine à espresso que Sarkozy a exigé d’avoir sur place à l’université de Columbia. Le Monarque français fut qualifié de « pointilleux » sur ces petits détails protocolaires. D’autres ont relevé que Carla Bruni avait adopté le nouveau sac Dior de la collection hiver 2010-2011. Elle a profité de cette escapade pour annoncer un programme d'échanges France/USA entre écoles d'art, avec le soutien de sa fondation, car « savoir, c’est pouvoir ». Quel programme ! Sarkozy a confirmé, lors d'une réception dans une institution américaine privée, la French Institute Alliance Française: « la Fondation de Carla va développer un programme ambitieux de scolarisation dans les milieux défavorisés, marié à un projet culturel d'envergure ». Ce programme, doté de 1,5 million d'euros offerts à la Fondation Carla Bruni-Sarkozy par un couple américain, financera les études d’une cinquantaine d’étudiants (25 Américains en France, 25 Français aux Etats-Unis), et ce pendant 3 ans.

Sarkozy, donneur de leçons
A l'université de Columbia, Sarkozy démarra son intervention par une curieuse pirouette expliquant qu’il ne lirait pas de discours, car, dixit le Monarque, « Si on vient pour lire un discours, y a qu’à envoyer le discours et faire l’économie du voyage ». Pour un président aussi prolixe que lui, qui a multiplié depuis 3 ans les déplacements sur le terrains pour des exercices encadrés de discours préparés (parfois même copiés-collés d’une visite à l’autre, comme sur l’identité nationale et l’agriculture en février puis octobre 2009), la blague frise le second degré. S'en suivit 28 minutes de discours faussement improvisé, un recueil de leçons pour un Monarque désavoué il y a peine 9 jours par son électorat.

« A travers vous, je veux parler au grand peuple des Etats-Unis d’Amérique », car « nous devons travailler ensemble. » Evidemment, « En Europe, on vous admire. » «mais en Europe, on veut que les Etats-Unis d’Amérique nous entendent, nous écoutent. » Passés les compliments, les leçons fusent : « Vous devez réfléchir à cela : que signifie être la première puissance du monde ? » Le Monarque a ses idées : «la première puissance doit porter un leadership ». Mais il ajoute immédiatement qu'au 21ème siècle, une seule puissance ne peut diriger le monde, la force impose le dialogue. Le message sarkozyen est anachronique. La présidence Obama est largement moins interventionniste à l'étranger que l'administration Bush, coupable d'une guerre contre le mal. Sarkozy adorait Bush. Il ne pense pas à cela. Il a été heurté de la résistance d'Obama lors de la crise de 2008. Le président américain voulait parler relance. Sarkozy, coincé en France par ses déficits, voulait parler paradis fiscaux.

Le Monarque français commet une autre bévue, en expliquant que seules l'Europe et les Etats Unis sont à même d'imposer de nouvelles idées pour réguler le monde. «Europe et Etats-Unis, nous pouvons inventer les règles de l'économie de demain». Exit les pays émergents, la Chine si créancière des finances publiques occidentales surendettées ! Sarkozy conserve un tropisme presque colonial, en tout cas occidental. Triste sire. Son narcissisme prend le dessus.

«J'ai voulu que la France revienne dans l'OTAN totalement.» On se souvient du faux débat parlementaire, en urgence, pour discuter de cette volte-face sarkozyenne, en 2008 : «Pourquoi l'ai-je voulu ? Parce que je voulais un dialogue franc, sans arrière pensée, avec les Etats Unis».

Sarko le gaucho... à New York
Devant les étudiants de Columbia, Sarkozy a retrouvé ses accents de gaucho: «est-ce que vous croyez qu'on pourra défendre le capitalisme, avec autant d'injustices ? Moi je crois qu'on ne pourra pas le défendre». En France, Sarkozy s'acharne à défendre le bouclier fiscal d'une centaine d'ultra-privilégiés. Ne cherchez pas le paradoxe. Il saute aux yeux.

Sur place, Sarkozy a ainsi fait la leçon, à distance, à Barack Obama et à l’Amérique : «Nous avons besoin que le grand peuple américain comprenne que l'absence de règles tue la liberté». Ou encore : «La régulation économique mondiale ne peut plus demeurer ce qu'elle est. Nous ne pouvons plus accepter un système capitaliste où il n'y a pas de règles, il n'y a pas de régulation (...) L'économie de marché et le marché sans règles, ce sera la mort du capitalisme».

Finalement, Nicolas Sarkozy s'est tout autant amusé à attaquer le leadership américain. «Copenhague fut l'échec d'une méthode de façon caricaturale». Tiens, Copenhague fut un échec. Sarkozy dénonça la mauvaise gouvernance mondiale. Pourquoi pas ? Il a listé tous les pays ou continents qui sont absents du Conseil de Sécurité de l'ONU (Brésil, pays arabes, Afrique, Japon, etc). «Les Etats-Unis et l'Europe, nous devons demander une réforme de la gouvernance mondiale». Sarkozy s'amuse aussi à porter la dérision contre le G8. Il semblait incroyable, à Columbia, d'entendre Sarkozy, ce président qui plomba si souvent la cohérence européenne au profit de ses envies de gloire personnelle, parler autant d'Europe.

A Columbia, Sarkozy compara les "fous" qui ont fait explosé les métros de Moscou, et les "insensés" qui ont lancé des avions contre les tours jumelles de New York. Sarkozy fait un parallèle douteux entre les attentats du 11 septembre 2001 et ceux qui ont frappé Moscou cette semaine. La Russie est une démocratie, dixit Sarkozy à New York. «Quand New York a été attaqué, ce sont toutes les démocraties du monde qui ont été attaquées. Et quand Moscou est attaqué, c'est nous tous qui sommes attaqués. Face au terrorisme nous ne pouvons pas nous diviser».

Pour conclure, Sarkozy termine par un dernière leçon :  « jamais vous ne devez vous recroqueviller. » Il laissa ensuite la place à une vingtaine de minutes pour des questions. Première d'entre elles, un étudiant demande ses projets sur le plateau ... de Saclay, en ile-de-France. Retour au pays. Sarkozy se jette sur le sujet. Oubliés les accents gauchisants ! Le monarque loue la liberté de choisir ses professeurs, la compétition des universités françaises entre elles, et critique la fermeture des bibliothèques de facs le dimanche. On retrouve notre Sarkozy, le temps d'une réponse.

La suivante concerna la réforme de l’assurance maladie aux Etats-Unis. Sarko le gaucho était aussi Sarko le condescendant : «Si vous voulez que je sois vraiment sincère, quand on voit les débats américains, on du mal à y croire. (...) On ne peut pas laissez mourir les gens comme ça.» Il n’a pu s’empêcher cette remarque : « Bienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades».

Nicolas Sarkozy pourrait pourtant apprendre beaucoup de son homologue américain : il a mis en œuvre le désengagement américain en Irak – même si on peut trouver le retrait lent et progressif ; fait voter une réforme capitale pour l’assurance maladie de millions d’Américains, un projet devenu loi sur lequel s’était brisée la présidence Clinton en 1993 ; et, surtout, garder le cap de ses promesses malgré un contexte économique tout aussi défavorable aux Etats-Unis. En Sarkofrance, les revirements se sont succédés aux volte-face depuis l’été 2008. Et Nicolas Sarkozy l’a payé cher aux dernières élections régionales. « L’école Obama », note un journaliste canadien, pourrait être une bel exemple pour le président français.



De retour en France, Nicolas Sarkozy s'expliquera avec ses parlementaires. Il lui faudra aussi gérer la contestation du bouclier fiscal à droite, le départ de la Fondation Hulot des séances de travail du Grenelle de l'Environnement, la polémique sur les 116 000 euros de voyage en jet privé de son secrétaire d'Etat à la Coopération, le fidèle Alain Joyandet, pour une conférence à Haïti, ou le Conseil d'Etat qui refuse l'interdiction totale de la Burqa.

30 mars 2010

François Baroin, successeur d'Eric Woerth... ou pas ?

La nouvelle a été insuffisamment commentée. Quand la Commission européenne a critiqué les prévisions de croissance économique amenées par le gouvernement français pour justifier la réduction de ses déficits publics sous la barre des 3% du PIB d'ici 2013, Eric Woerth, alors ministre du budget, avait promis un nouveau plan d'économies qu'il devait présenter à Nicolas Sarkozy en avril ou mai. Mais le 23 mars dernier, François Baroin l'a remplacé.

La France a promis de réduire son déficit budgétaire, de 8,2% en 2009 à 3% du PIB en 2013. Dès 2007, Nicolas Sarkozy fraîchement élu était allé négocier un sursis d'un an. Puis, crise aidant, il a obtenu encore une année supplémentaire de répit. Il faut avouer que la chute des recettes fiscales, alliée au coûteux et inutile paquet fiscal de l'été 2007, n'arrangeait pas les choses. Le remplaçant Baroin hérite d'une difficile situation. Il a trois leviers.


Rester optimiste
Depuis que Nicolas Sarkozy a été élu, les prévisions françaises ont été systématiquement contredites par la réalité. En quasiment trois ans de gouvernance, Sarkozy n'a été prudent qu'une fois, quand la prudence le servait politiquement. En 2009, la récession a atteint 2,2% du PIB, malgré un rebond de +0,6% au quatrième trimestre. Pour 2010, le gouvernement est resté sur une estimation à 0,75% de la croissance du PIB quand tous les instituts de prévision tablaient plutôt pour 1,5%. Le scenario français est doublement périlleux : pour 2011, les experts prévoient +1,6%, contre 2,5% à Bercy. Pire, la France n'a jamais connu +2,5% de croissance annuelle pendant trois années consécutives depuis ... 1990. Comment croire à cette prévision fantaisiste, après la "plus grave crise que le monde ait connu depuis les années 30", comme tout le monde se plaît à nous le rappeler ? Les signes d'une reprise molle se précisent. L'iNSEE annonce un petit +0,2% de progression du PIB pour le 1er trimestre 2010. La reprise faiblit même dans le secteur des services.

Couper dans les dépenses
Fin janvier dernier, Eric Woerth avait aussi annoncé qu'il cherchait 50 milliards d'euros d'économies, "sur environ 1000 milliards d'euros de dépense publique", soit sept fois plus que les économies attendues de la révision générale des politiques publiques (RGPP). En début d'année, Eric Woerth a organisé une première session de sa conférence sur les déficits publics et rencontré Michel Camdessus. Il espère s'abriter derrière ce dernier pour mettre en place une règle institutionnelle de maîtrise des dépenses publiques, comme par exemple l'inscription de l'équilibre budgétaire dans la Constitution. L'exercice est avant tout une tartufferie de communication. Proclamer l'équilibre budgétaire est une chose, le réaliser en est une autre.

La Commission européenne a noté que seuls 3 pays de l'UE ont réussi à maintenir leurs déficits publics sous la fameuse barre des 3%: la Suède, la Bulgarie et l'Estonie. Concernant la France, l'analyse publiée par la Commission est la suivante:
Le solde des finances publiques françaises s’est fortement détérioré en 2009, sous l’effet combiné du jeu des stabilisateurs automatiques durant la récession économique et des mesures de relance budgétaire adoptées conformément au plan européen pour la relance économique. Selon le programme de stabilité actualisé, le déficit amorcerait sa décrue en 2011 pour atteindre 3 % du PIB en 2013. Cette trajectoire serait conforme à la recommandation émise par le Conseil le 2 décembre 2009, mais les hypothèses qui sous-tendent le scénario présenté dans le programme sont jugées plutôt optimistes, et certaines mesures annoncées du côté des dépenses ne sont pas précisées. La stratégie définie ne laisse aucune marge de sécurité si la situation économique évolue moins bien que prévu dans le programme, alors même que, selon la Commission, ce dernier repose sur des hypothèses macroéconomiques très optimistes (soit une croissance de 2½ % à compter de 2011). Le programme prévoit que le ratio de la dette au PIB continuera à augmenter jusqu’en 2012, essentiellement en raison de l’évolution prévisionnelle du déficit, mais aussi en conséquence de l’émission d’un emprunt public destiné à financer l’investissement public. Dans ce contexte, la France est invitée à préciser la stratégie budgétaire qui lui permettra de corriger son déficit excessif et de réduire sa dette.
En France, le gouvernement ne cesse de répéter que la maîtrise de la dépense publique et la réforme des retraites sont ses deux projets majeurs pour 2010. Effectivement, le gouvernement semble rogner sur certaines dépenses: le 1er avril prochain, les retraites n'augmenteront que de +0,9%. Le ministère des affaires sociales a fait savoir qu'elles avaient été trop augmentées en 2009 : +0,4% au lieu de +0,1% comme l'inflation, surévaluée à l'époque. En parallèle, la proximité des échéances électorales de 2012 incite Sarkozy à la plus grande prudence. Le week-end dernier, le ministre de l'Education Nationale croyait bien faire en promettant une forte augmentation de salaires aux enseignants dans leurs premières années professionnelles: +650 euros par an en moyenne jusqu'à 7 ans d'ancienneté. Un quart des enseignants sont concernés.

Augmenter les impôts... ou les transférer ?
Le grand jeu en Sarkofrance est le transfert d'impôts: par exemple, les franchises médicales permettent de transférer à la charge des ménages une fraction supplémentaire du coût de l'assurance maladie. La "perte" de la taxe carbone, annulée par le Conseil Constitutionnel en décembre puis reportée sine die il y a quelques jours par Nicolas Sarkozy représente déjà un manque à gagner de 1,9 milliards d'euros pour les caisses de l'Etat. Le rapporteur UMP du budget à l'Assemblée, Gilles Carrez, a annoncé aux Echos qu'il fallait la compenser.  Il estime à 15 milliards d'euros le périmètre des niches fiscales et sociales qui peuvent être réduites: "il pourrait concerner les niches déjà plafonnées (emplois à domicile, intérêts d'emprunt immobiliers, investissement locatif, garde en crèche, etc.), mais aussi la réduction d'impôt prévue pour les dons aux oeuvres, voire les frais de scolarité."

La France compte 468 niches fiscales, qui représentent quelques 73 milliards d'euros annuels de perte de revenus fiscaux. Deux méthodes s'affrontent: une réduction générale de 10% ou la suppression de certaines niches qui a la faveur du gouvernement. Christine Lagarde aimerait supprimer le soutien à l'énergie photovoltaïque, (50% de réduction d'impôt de 50 % et des tarifs de rachat attractifs par EDF), ou le dispositif Scellier, qui soutient l'investissement locatif (25% de réduction d'impôt sur le montant de l'achat). La ministre penserait également à élargir l'assiette de l'impôt sur les sociétés, mais en en réduisant le taux en contrepartie.

En lisant une instructive interview, de Gilles Carrez, on apprend que le coût de certaines mesures du paquet fiscal de l'été 2007 risque "de s'envoler": "Outre le coup de rabot global, nous recensons aussi les niches décidées récemment et dont le coût risque de s'envoler. Je pense au crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier (280 millions d'euros en 2008, mais près de 3 milliards d'euros en 2013). Je pense à la fin de la taxation sur les plus-values mobilières au-delà d'une détention de 6 ans, prévue à compter de 2012." Mais au gouvernement, on n'en parle pas.

Pour l'instant ?

29 mars 2010

Le nouvel Elysee.fr : narcissique, partial et complexé

Nicolas Sarkozy ne réalise plus le ridicule de certaines de ses situations. Son périple américain avait un objectif prioritaire : un dîner entre couples présidentiels, mardi soir à la Maison Blanche, en tête à tête, afin de conforter son image « présidentielle ». Coïncidence des dates, le site Elysee.fr a fait peau neuve, lundi 29 mars 2010. il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui … de la Maison Blanche. Nicolas Princen, le conseiller Internet du président français, s’en est expliqué dans les colonnes du Figaro.

Un site narcissique
Epreuvre narcissique s’il en est, le nouveau site est tout entier dédié à la gloire de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas le site d’une présidence généreuse, tournée vers ses concitoyens et les « réformes » qu’elle leur propose, mais un blog personnel où chaque image, chaque video, chaque texte est consacré au Monarque. Un immense photographie barre le haut de l’écran. Sarkozy caressant une vache au Salon de l’Agriculture, Sarkozy seul visitant une maison dévastée par Xynthia, Sarkozy sérieux à l’enterrement d’un policier, etc. Rares sont les photos où sarkozy est absent et, si tel est le cas, un texte rappelle que Sarkozy était là, « actif », pas loin du lieu. Il faut chercher, en bas, un court onglet sur les symboles de la République. On y trouve même une mappemonde animée figurant les différents déplacements du Monarque tout autour du globe.

Un site pompé
L’apparence du site est pompée sur celle de son homologue américain. On y retrouve la prime donnée à l’image, le même modèle plus épuré, des couleurs proches, les mêmes pieds de page, des bandeaux de navigation similaires.... Nicolas Sarkozy tente de se hisser au niveau de Barack Obama. Ses conseillers expliquent qu’il fallait rendre lisible l’action du président depuis 3 ans «Les Français commencent à s'interroger sur le bilan. À nous de le rendre plus lisible» a commenté Franck Louvrier, son conseiller pour la communication. Nicolas Princen, le Monsieur Internet de l’Elysée, parle, sans rire, de «plus de pédagogie, plus d'exhaustivité, plus de neutralité».

Un site monarchique
En bas, à droite, on trouve ce curieux onglet sur « la première Dame de France ». Sommes-nous en Monarchie. L’expression ne signifie rien dans la France républicaine. Carla Bruni n’a aucun rôle, aucune préogative, aucune priorité élective ou politique sur personne. Le site ne s’en cache pas, mais s’abrite derrière les réalisations et quelques photos des précédentes épouses de présidents de la Vème République.
Il se permet aussi de renvoyer vers le site personnel de Carla Bruni-Sarkozy. Où vivons-nous ?
Un site partiel
Le site entend mettre en valeur les actions de Sarkozy. Pourquoi pas ? A le visiter, on est plutôt submergé par le trop plein de discours, de déclarations, de visites. Les « dossiers » du président sont vides d’informations concrètes sur les mesures prises. Il ne s’agit que d’un immense catalogue, classé par thématique, des promesses en tous genres. Prenez la culture et la communication : on peut y trouver les vœux de janvier 2009 et 2010, et l’installation du Conseil pour la Création artistique. Rien sur l’action de son collaborateur Frédéric Mitterrand. A la page Sécurité, même biais narcissique et vain : des comptes-rendus de déplacements ou des discours, rien de plus. En bas de page, des conseillers ont rédigé des synthèses sur les mesures annoncées dans chaque discours. Aucune source « externe » n’est citée.
Gardons le plus drôle pour la fin. Le site se veut moderne. Une voix féminine, avec un accent français à couper au couteau, traduit le CV du Monarque pour les internautes anglophones et … aveugles ( ?).



Sarkozy "in english" sur le nouveau site de l'Elysée
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Tous derrière Sarkozy, vraiment ?

Dimanche, Nicolas Sarkozy est parti, avec bagages et épouse, aux Etats Unis. Un voyage soit-disant officiel dont l'unique motif était un dîner entre présidents, avec épouse. En Sarkofrance, chacun tente de démontrer sa fidélité au Monarque. Un président «présidentiel» et une droite unie, tels sont les deux messages élyséens qu'il faut propager huit jours après la débâcle des élections régionales.

Sarkozy s'est invité à la table d'Obama
L'agenda présidentiel mentionne une «visite officielle de M. le Président de la République à New York». Que va-t-il faire d'officiel à New York ? Rien. Le voyage est pour l'essentiel privé. Un peu de shopping sur Fifth Avenue, avec avion présidentiel et escadre de surveillance pour le bien-être de Carla et Nicolas Sarkozy. L'unique obligation officielle est une intervention, lundi, devant des étudiants de Columbia University. Mardi, le couple présidentiel se rendra à Washington, pour dîner «en privé» avec le couple Obama. C'est «un témoignage d'amitié particulier» a expliqué l'Elysée. En fait, la présidence de la République a fait des pieds et des mains pour ce dîner... au point d'organiser un déplacement de Sarkozy uniquement pour cette raison. Dans 15 jours en effet, Nicolas Sarkozy se rendra à Washington, au milieu de 40 autres chefs d'Etat, pour un sommet sur la sûreté nucléaire. Impossible d'avoir le privilège d'un dîner en tête. les conseillers élyséens se sont donc acharnés pour trouver une autre date, un autre prétexte. On imagine que l''administration américaine n'a pu refuser devant l'insistance française.

Cela fait 14 mois que Nicolas Sarkozy attend ce moment. Excessivement jaloux de la popularité mondiale de Barack Obama, Nicolas Sarkozy n'a jamais trouvé les mots pour se rapprocher de son homologue américain. Depuis son élection, Barack Obama a refusé à deux reprises ce type de dîner. En avril 2009, le sommet de l'OTAN l'avait accaparé. En juin, il avait décliné l'invitation de Nicolas Sarkozy et préféré dîner en famille dans Paris, affront suprême. Mardi soir, Sarkozy arrivera dans les derniers à la table de son hôte américain. Angela Merkel, Gordon Brown, Silvio Berlusconi, José Luis Zapatero, et même les Premiers ministres suédois, néerlandais ou grec ont eu des faveurs similaires avant lui.

En France, les perroquets derrière Sarkozy
Jean-François Copé, président du groupe des députés UMP, joue les fidèles: «Vous savez qu'il peut m'arriver d'exprimer des différences. (...) pour moi, il n'y a pas de doute (...). Je suis engagé à fond aux côtés de dans sa réélection en 2012». Copé doit se faire pardonner la bronca des députés UMP mardi dernier. Pourtant, il a bien l'intention de continuer son oeuvre. Lundi, quelques heures avant que Sarkozy ne s'affiche avec Barack Obama, les parlementaires UMP se retrouveront pour un «séminaire de travail», encore une fois à huis clos , à la Maison de la Chimie de 16h à 19h, autour du Premier ministre François Fillon. Mercredi, les mêmes parlementaires rencontreront Nicolas Sarkozy, de retour de ses agapes américaines.  Copé, comme d'autres, demande un nouveau pacte majoritaire. Xavier Bertrand était perfide ce week-end, en déclarant: «Qu'est-ce que vous entendez par pacte majoritaire?». Pacte ? Le mot est sur toutes les lèvres de Sarkofranve. Eric Besson, dimanche, s'exclame: «Le pacte qui lie le président de la République au peuple, le président de la République à la majorité qui le soutient, est le pacte sur son programme en 2007». Bernard Accoyer, pourtant président (UMP) de l'Assemblée Nationale, vient aussi à la défense de Sarkozy dans les mêmes termes: «Il n'y a qu'un seul pacte, celui noué entre les Français et Nicolas Sarkozy en 2007. Tel est le principe même des institutions de la Ve République, qu'est venu renforcer le quinquennatUn député de son camp l'a qualifié de plus mauvais président de l'Assemblée Nationale, et de cire-pompes. Il est vrai qu'il surprenant d'entendre le président de l'Assemblée Nationale relayer au mot près les éléments de langage de l'Elysée.

Les plaies ne sont pas refermées.

Dimanche, Fillon s'est livré à une interview au JDD. Aucune auto-critique à l'horizon. Le programme de 2007 demeure la feuille de route: «le programme de 2007, on peut le résumer ainsi: depuis vingt ans, la France a fait preuve de beaucoup d’attentisme sur les évolutions à apporter à son organisation économique et sociale.» Fillon ne se sent pas menacé par les parlementaires de son camp: «c’est un débat sur le rythme législatif et les priorités. Les députés réclament des ajustements et des approfondissements. On ne change pas une politique engagée depuis trois ans, qui commence à peine à produire ses effets, au risque de rater le train de la croissance qui repart.» Le premier ministre conclut par une nouvelle promesse sur le retour de la croissance et la baisse du chômage:  «ce que nous avons fait, pour aider les entreprises, notamment en supprimant la taxe professionnelle, va payer maintenant en termes d’emploi.» Fillon dévoile quelques perles, comme la justification du bouclier fiscal par la croissance:  
Pourquoi en cette période de crise ne pas abroger le bouclier fiscal, pour envoyer un signal de justice sociale?
C’est un argument démagogique. Nous avons déjà le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé du monde. Il ne faut pas casser le retour de la croissance. 
Fillon n'espère qu'une chose: que l'UMP travaille au projet de Sarkozy pour sa réélection en 2012: «Nicolas Sarkozy est le candidat naturel de la majorité en 2012». Sa déclaration est sans ambiguïté: «Nous gouvernons. Et j’ai dit au conseil national de l’UMP que le parti devait commencer à travailler dès maintenant à notre futur projet.»

Il y a urgence.

La cote de popularité de Sarko est au plus bas. Dans les urnes, et dans les sondages.

28 mars 2010

L'impasse nucléaire

Nicolas Sarkozy a mal avec l'environnement. Chantal Jouanno, sa secrétaire à l'Ecologie, en a fait l'amère expérience la semaine dernière. Désespérée par l'abandon de la taxe carbone, elle a cru à un mauvais rêve, un lobbying trop fort du MEDEF. Elle s'est faite renvoyée dans ses cordes par le Monarque. Publiquement.

La taxe carbone posait un problème de coût. Censurée par le Conseil Constitutionnel, il fallait la redéfinir plus largement, afin de couvrir cette fois-ci le millier d'entreprises les plus polluantes qui en étaient exemptées. Trop cher, d'après Sarko et Fillon. Les entreprises françaises auraient été désavantagées par rapport à leurs concurrentes étrangères.

La question de la compétitivité, légitime, est rarement abordée quand on parle de l'énergie nucléaire.
 Pourtant, depuis mai 2007, Sarkozy tente de vendre la technologie nucléaire partout dans le monde. Jamais la question du coût n'est évoquée.

Voici un récent communiqué du reseau Sortir du Nucléaire.

Eclairant !


Le 24 mars dernier, alors que s’ouvrait le débat public sur la construction d’un deuxième réacteur EPR à Penly, des représentants de diverses organisations de la société civile ont rappelé leur opposition à ce projet. Dangereux, trop cher et inutile, l’EPR devrait en toute logique être immédiatement abandonné.

Or, ce 25 mars 2010, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et l’Agence Nucléaire de l’OCDE elles-mêmes ont publié un rapport qui enfonce encore le réacteur de 3ème génération ! En effet, même en sous-estimant largement certains coûts et en faisant l’impasse sur d’autres, celui-ci souligne que l’électricité produite par l’EPR pourrait être bien plus chère que prévu.

Actuellement, l’électricité en base est vendue à 34 €/MWh par EDF sur le marché de l’énergie. Cependant, selon Les Echos, l’explosion des coûts de l’EPR pourrait faire passer le prix de production de l’électricité à 55 €/MWh. Et le rapport de l’AIE prévoit une fourchette de prix de production encore plus haute, de 42 à 69 €/MWh !

Cette publication n’a rien d’un brûlot antinucléaire. Au contraire, elle minimise à l’extrême les coûts du démantèlement et de la gestion des déchets radioactifs, et se montre très optimiste sur les délais de construction des centrales. Elle omet les coûts de la recherche ; elle fait l’impasse sur le risque d’accident et les coûts d’une éventuelle assurance, ainsi que sur les coûts externes supportés par l’ensemble de la société (traitement des cancers dus à l’irradiation) et ceux de la construction des lignes haute tension. Enfin, elle favorise artificiellement le nucléaire par rapport à d’autres énergies, le présentant à tort comme non émetteur de CO2 [7] et postulant l’impact d’une taxe carbone à ce jour inexistante. On peut donc s’attendre à ce que les coûts réels de l’EPR soient bien plus élevés. On peut donc s’attendre à ce que les coûts réels soient fortement supérieurs à ceux annoncés. Mais même ces coûts artificiellement bas fournis par l’AIE montrent que l’électricité produite par l’EPR, à moins d’une forte augmentation des tarifs, sera vendue largement à perte. Ce qui n’empêchera pas la France d’importer – fort cher - de l’électricité lors des pics de consommation, le nucléaire ne pouvant répondre aux pointes de consommation…

Qui paiera la facture de la politique nucléariste de Messieurs Fillon et Sarkozy ? Les contribuables, qui financent déjà les surcoûts de l’EPR. Les millions de citoyens à qui on a imposé le chauffage électrique pour écouler les KWh nucléaires, parmi lesquels la précarité énergétique progresse dangereusement et qui subiront de plein fouet l’augmentation des tarifs. Les générations futures, qui devront gérer les coûts faramineux de l’héritage empoisonné du nucléaire français.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » rappelle que l’EPR, dangereux, inutile et cher, doit être immédiatement abandonné. Les citoyens n’ont eu aucune voix dans la définition de la politique énergétique française et n’ont pas à supporter les coûts d’une « vitrine » aussi dangereuse que désastreuse de la technologie française, ni les coûts du nucléaire en général !

De vraies solutions pour produire une électricité vraiment propre et économiser l’énergie existent. Il est temps de les appliquer, et surtout d’avoir un vrai débat national sur l’énergie en France !

27 mars 2010

151ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy ne pense plus qu'à sa réélection en 2012

Mardi, François Fillon reconnaît : "nous avons subi une défaite électorale. Cela veut dire que nous n'avons pas su convaincre." Nicolas Sarkozy n'aurait jamais prononcé un tel aveu. Trop fier, trop sanguin, trop narcissique. Le Monarque ne parle pas. Depuis dimanche, il agit, pour son camp, c'est-à-dire pour lui-même.

Le choc de dimanche
Par sondages interposés, Nicolas Sarkozy est prévenu quelques heures avant la clôture des votes dans les grandes villes. L'UMP va subir une vraie débâcle, un double affront : la gauche sort avec 18 points d'écart contre l'UMP - un record historique. Et le Front National a amélioré son score d'un tour à l'autre, preuve que des électeurs anciennement Umpistes sont allés gifler dans l'urne le Monarque. La séquence fut ensuite à la hauteur : le message est calé dans le bureau de Sarkozy, dimanche vers 18h45. On faut reconnaître la victoire de la gauche, accuser la crise, mais on ne changera pas de politique. Le soir même, les perroquets de Sarkofrance répètent les messages présidentiels.

Lundi, Sarkozy s'affronte avec Fillon, qui souhaite un large remaniement. Sarkozy veut consolider sa base, et couper l'herbe sous le pied à Dominique de Villepin. Il vire Xavier Darcos, promeut Eric Woerth à sa place au ministère du travail, et fait entrer deux trublions de l'opposition antisarkozyste à droite : François Baroin file au Budget, lui qui n'aimait pas le bouclier fiscal. George Tron arrive à la Fonction Publique, lui qui suggérait en 2002 de ne plus remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Eric Besson voulait changer de ministère. Il restera à l'Indignité Nationale, avec ordre de ne pas réitérer son débat sur l'identité française. Il réapparaît sur les plateaux. Lundi, il ne supporte pas une chronique humoristique de Stéphane Guillon, ... qu'il n'avait pas entendu. 

Ecologie enterrée
Mardi, les députés UMP se sont lâchés. Ils ont peur. Nombreux ont été ceux qui ont vu leur circonscription basculer à gauche. Un grand défouloir était nécessaire. "Les critiques étaient là", sur tous les sujets, a commenté le député villepiniste François Goulard. Ce show était préparé pour la galerie des électeurs déçus à droite, et pour Nicolas Sarkozy. Il fallait qu'il se taise, qu'il écoute "sa" majorité. « La marmite est en train de bouillir » a commenté le député UMP Bernard Debré. On critique tout, la personnalité du président, Hadopi, la taxe carbone, le bouclier fiscal, les franchises médicales, le rajeunissement soudain des listes UMP aux régionales, ou le découpage territorial. Jean-François Copé, le président du groupe UMP, synthétise en demandant un changement de méthode et un retour aux fondamentaux qui ont fait le succès de Nicolas Sarkozy. Il demande aussi le report de la taxe carbone et « la fin de l’ouverture », un épouvantail bien facile pour cacher les difficultés politique du parti unique de la droite. Copé et les députés UMP auront gain de cause.

Cette semaine fut donc l'abandon de deux ambitions écologistes : la première, conquérir l'électorat d'Europe Ecologie, s'est brisée dimanche soir. Le grand écart tactique de l'entre-deux tours régional - du FN aux écolo-centristes - n'a pas payé. Mardi, la seconde ambition - celle d'une politique "d'écologie populaire", un fumeux concept développé par Chantal Jouanno aux ordres du Monarque élyséen, s'est achevée dans la déclaration de François Fillon : fortement applaudi mardi lors de la réunion des députés UMP à l'Assemblée, le premier ministre a leur a annoncé que la taxe carbone française était abandonnée. On attendra les calendes européennes pour l'appliquer en France car sinon, les entreprises françaises seraient pénalisées. La boulette est énorme. La presse retient que la taxe carbone est enterrée. Pire, Chantal Jouanno se dit désespérée de ce recul. Deuxième boulette. Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée lui passe un savon. Vendredi, le coup de grâce. Nicolas Sarkozy, lors d'une conférence de presse à Bruxelles vendredi, tacle sévèrement son inutile secrétaire d'Etat à l'Ecologie : «Je n'ai pas apprécié ces propos (silence, sourire nerveux). J'ajoute que les ministres n'ont pas à être désespérés. Ils ont à faire leur travail. Il y a une stratégie, elle a été fixée par François Fillon et par moi même. Que chacun s'y tienne » En quelques phrases, la secrétaire Jouanno est enterrée vivante. Nicolas Sarkozy est excessivement agacé par ces couacs monumentaux de Fillon puis Jouanno. A l'issue du Conseil européen, il annonce que l'Europe va étudier un projet de taxe carbone en juin. Le président français s'avance trop vite. Il n'y a en fait aucun projet en préparation de taxe carbone aux frontières.

`Qu'importe si les Français souffrent. Mardi, des centaines de milliers de Français manifestent dans les rues. Poste, hôpitaux, transports publics, Air France, et l’éducation nationale, quelques 400 000 (selon la police) à 800 000 (selon la CGT) personnes se sont ainsi rassemblées, avec un taux de grévistes de 20 à 40% dans la Fonction Publique.

Sarkozy obstiné
Mercredi, Nicolas Sarkozy parle une grosse dizaine de minutes devant les caméras. L'horaire est improbable (11h45), le Monarque fait semblant d'avoir le courage de parler. Il est comme ça Nicolas, un faux courageux sous des airs de caïds. Mercredi donc, le Monarque s'est donc exprimé, calé derrière un pupitre pour lire un discours, filmé trop large, le visage fatigué, le verbe lent, collé à un mur comme acculé par la réalité. Il répète le même message que ses perroquets de l'UMP depuis 3 jours: il reconnaît le signal national, mais rappelle son contrat de mandature et fait de gros clins d'oeil aux clientèles principales de l’UMP (médecins, agriculteurs, frontistes). Rien ne changera en Sarkofrance, pas même le discours du président qui se croit toujours candidat : pas d'augmentation ds impôts (qu'importe les déficits), gros cris d'orfraie sécuritaire, et, luxe suprême, un peu de valeurs républicaines. Après l'Epad, l'augmentation de salaire présidentiel, les nominations de proches aux têtes de quelques banques et grandes entreprises, ou celles des patrons de l'audiovisuel public, les voyages privés financés par les contribuables, voici le retour de la "République irréprochable" ! Sarkozy ressert et ressort un vieux discours de campagne présidentielle: sécurité, travail, mérite, laïcité, égalité, autorité, protectionnisme. Tout y est.

Sarkozy annonce la couleur: sa réforme de l'année sera celle des retraites. Eric Woerth a prévenu que la réforme sera "protectrice" pour les Français. La sauvegarde du régime des retraites sera-t-elle l'enjeu de victoire de Sarkozy en 2012 ? Madame Carla Bruni n'a de toute façon pas envie que son époux se représente. Ce serait mauvais pour sa santé, a-t-elle expliqué au Figaro Madame. Elle en est la rédactrice en chef, le temps d'un numéro, photos retouchées à l'appui.

Il faut commencer à semer le doute dans l'esprit des Français sur l'éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy. Le monarque, maintenant honni, aimerait se faire désirer.

C'est une question d'orgueil.

La France en crise
Jeudi, la nouvelle était grave. les prix du gaz pour les particuliers vont augmenter de 9,7%. C'est une commission "indépendante", la commission de régulation de l'énergie, suivant une formule de calcul "stupide" (dixit UFC Que Choisir) qui l'a décidé. Avant la réforme de 2009 puis la privatisation de GDF, le gouvernement avait le dernier mot. Plus maintenant. En décembre dernier, Eric Woerth avait décidé que GDF négocierait directement ces inflations avec la dite commission. La hausse, déconnectée du renchérissement réel des prix du gaz, sera de 85 euros en moyenne par an et par famille cette année. C'est la plus forte hausse depuis 5 ans.  Le bénéfice de GDF-Suez est annoncé à 4,47 milliards d'euros en 2009. Vendredi, l'INSEE révise ses prévisions de croissance à la baisse. l'institut n'attend que +0,2% et +0,3% aux premier et second trimestre 2010. On est loin du +0,6% du dernier trimestre 2009, célébré par Sarkozy et Lagarde. Le pouvoir d'achat fléchit. En 2009, il avait cru de 2,2%, grâce à une inflation quasi-nulle et des salaires qui progressaient en tenant compte plus ou moins bien de l'inflation de l'année précédente. Pour 2010, le paysage est sombre. l'inflation repart (déjà +1,3% en rythme annuel), les salaires ne progressent plus, et le chômage s'est envolé de 25% depuis un an (encore +33 000 en février dernier).

Sarkozy s'en fiche. 2013, c'est loin. Il pense à 2012. Il a réexpliqué mercredi que les impôts n'augmenteraient pas. Et il a fait nommer un ancien fidèle collaborateur comme directeur de cabinet de Français Baroin. Ce dernier est bien épaulé. Au cas où.

Ces mauvaises nouvelles n'arrangent pas le discours de la France vis-à-vis de l'Europe. La commission européenne avait critiqué les prévisions trop optimistes de croissance du PIB en 2011-2013 et l'absence de plan d'économies budgétaires alternatif. Voici que la croissance n'est pas là comme prévu dès 2010 ! Jeudi, Sarkozy a failli faire croire qu'il avait convaincu Angela Merkel d'aider la Grèce. En fait, les chefs d'Etat européens ont accepté de prêter de l'argent à la Grèce, au prix du marché (donc à des taux aujourd'hui prohibitifs),  et "en dernier recours". La Grèce est bien avancée.

En quelques jours, Nicolas Sarkozy est apparu autiste (dimanche, sur les résultats des élections), obstiné (lundi, sur le faible remaniement), menteur (mardi, sur la taxe carbone), trouillard (mercredi, avec son discours masqué), évasif (jeudi, à Bruxelles), agacé (vendredi, contre Jouanno). Jeudi, son grand rival Villepin a lancé son mouvement. Et Martine Aubry est donnée gagnante contre lui dans les sondages.

Fichue semaine !

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Sarkozy et la taxe carbone "Je vous ai donné ma parole."

Bref rappel. Dur rappel aux promesses, après une semaine de nouveaux renoncements et d'obstinations confirmées.


Sarkozy et la taxe carbone "Je vous ai donné ma parole"
envoyé par politistution. - L'info internationale vidéo.

26 mars 2010

Grèce, finances, droite ou couple Carla/Nicolas, sauvetages en cascade en Sarkofrance

Jeudi, Nicolas Sarkozy a fait quelque chose de grand. Il a convaincu Angela Merkel, son homologue allemande, d'aider la Grèce en péril. Sans doute faut-il y voir aussi la manifestation d'une inquiétude partagée, compte tenu de l'état déplorable des finances publiques françaises.

Sauver la Grèce... ou pas.
Mais le résultat est là, pour une fois, ... à en croire le communiqué triomphant de l'Elysée. La réunion Merkel/Sarkozy «a abouti à un accord sur un texte d’une page et demie qui décrit très précisément les conditions dans lesquelles les pays de la zone euro pourraient être amenés à intervenir». L’Allemagne a été plus modeste, parlant d’une solution de «consensus». Les conseillers du Monarque ont confirmé que la France et l'Allemagne vont en effet proposer au Conseil européen, qui se tient ce vendredi, «un cadre européen constitué par des prêts bilatéraux coordonnés» de la zone euro, complété par des «prêts du FMI avec la claire mention du fait que le financement européen devrait être majoritaire». Des conseillers allemands ont précisé que l'enveloppe pourrait aller jusqu'à 22 milliards d'euros, et ne serait versée qu'«en dernier recours».

Pourtant, l'accord ne serait que factice: «il ne s’agit que d’un simple habillage visant à dissimuler un désaccord profond entre les deux rives du Rhin» a commenté Jean Quatremer, envoyé permanent de Libération à Bruxelles. Pourquoi le journaliste est-il si sévère sur le résultat ? Pour deux raisons très simples, qui illustrent, une fois de plus, l'ampleur des manipulations médiatiques présidentielles : primo, l'aide à la Grèce ne sera accordée qu'en dernier recours. Pire, ces éventuels prêts à la Grèce le seront aux taux du marché. Or la Grèce souffre d'avoir à emprunter à des taux d'intérêt prohibitifs, «ce qui, en année pleine, lui coûte 0,5% de son PIB, pour le plus grand bonheur des marchés financiers», commente Jean Quatremer. Quelle aide formidable ! La Grèce n'a aucune difficulté à emprunter. L'emprunt est simplement hors de prix.

Sauver la droite... ou pas
La séquence présidentielle de ces derniers jours racontées par Paris Match vaut son pesant d’or. Elle valide tous les commentaires établis sur la réaction de Sarkozy et de ses perroquets Umpistes. En vrac, Eric Besson voulait changer de ministère, Sarkozy lui impose d’y rester mais avec l’interdiction de relancer le débat identitaire ; Sarkozy reconnaît à peine la défaite (« On finit à trois régions. La ­semaine dernière, ce n’est pas ce que prévoyaient les commentateurs ! ») mais ne changera pas de politique ; par son remaniement, et son micro-discours de mercredi, il veut souder son électorat uniquement, et couper l’herbe sous le pied des contestataires (Copé, Villepin, etc). Le sort de Xavier Darcos était scellé dimanche soir, le ministre étant lâché par l’influent conseiller Raymond Soubie. Le socle programmatique des mois à venir est quelques réformes phares (retraites et lutte contre les déficits), la ­sécurité et l’emploi, les valeurs républicaines et la place de la France dans le monde. Copé aimerait y ajouter la justice sociale pour convaincre les couches populaires. Enfin, Paris Match confirme, comme toute la presse française, que les relations ne sont plus au beau fixe entre Sarkozy et Fillon.

Jeudi, lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat, François Fillon a voulu éteindre cette polémique naissante. Le Monde a titré, jeudi 25 mars, sur la rivalité entre les deux hommes. Le Monarque a fait annuler l'intervention de son premier ministre au JT de TF1 mercredi soir. Fillon, loyal soldat, se défend de tout problème: «Il n'y en a pas et il ne peut pas y en avoir.» Xavier Bertrand comme Michèle Alliot-Marie ont servi les mêmes propos aux médias du jour.

Sauver le couple Sarkozy
Dans le même Paris Match, on apprenait que l’Elysée a commandé une enquête pour savoir d’où venait les rumeurs sur la vie privée du Monarque. « On sait tout de A à Z », a confirmé Franck Louvrier, son conseiller communication. Effectivement, on sait tout. Deux salariés de Lagardere, l'un directeur des opérations de la filiale gérant le site jdd.fr, l'autre auteur d'un blog sur le JDD.fr, autre propriété du groupe Lagardere, ont présenté leur démission. Un blog hébergé par le JDD, avait propagé la méchante rumeur. On croyait que c'était un jeu entre journalistes sur Twitter.

Carla apaise Nicolas. Et ne souhaite pas qu’il se représente. L’épouse du président français s’exprime dans les colonnes du Figaro magazine. «En tant qu'épouse, je ne le souhaite pas vraiment. Peut-être ai-je peur qu'il y laisse sa santé, peut-être ai-je envie de vivre ce qui nous reste à vivre dans une certaine paix ? » Elle relaye le message présidentiel suivant lequel le Monarque n’aurait pas encore pris sa décision quant à son éventuelle candidature à un second mandat. Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, tentait de calmer les ardeurs des plus contestataires des parlementaires UMP, mardi dernier, en les menaçant du même doute : « Ceux qui se livrent à des attaques contre Sarkozy feraient mieux de réfléchir. Le président n’est pas obsédé par sa réélection. S’il ne se présente pas, nous n’aurons plus de dynamique. Pour la présidentielle, il est le seul qui peut nous faire gagner. »

Sauver les finances publiques, ou Sarkozy ?
A peine nommé ministre du Budget, le chiraquien François Baroin s’est vu épaulé par un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy comme directeur de cabinet. Didier Banquy, était secrétaire général du groupe bancaire BPCE, auprès de … François Pérol, ancien conseiller de Sarkozy nommé dans des conditions encore contestées à la tête du nouveau groupe issue de la fusion des Caisses d’Epargnes et des Banques Populaires.

L’annulation de la taxe carbone prive l’Etat de 1,9 milliards d’euros de recettes fiscales en 2010. Le déficit budgétaire, prévu à 149 milliards d’euros cette année, pourrait franchir le cap fatidique des 150 milliards, soit un déficit public global (en y ajoutant les déficits de la Sécurité Sociale et des collectivités locales) de 8,2% du PIB. La Commission européenne a demandé à la France de revenir sous la barre des 3% d’ici 2013.

Le gouvernement laisse entendre, ces derniers jours, qu’il envisagerait de « tailler dans les niches fiscales ». Sarkozy a promis et répété qu’il ne toucherait pas aux impôts, et notamment au bouclier fiscal. L’exercice sur les niches sera donc périlleux. On ne s'attend pas à grand chose. Au mieux, un toilettage des défiscalisations en faveur de certaines énergies renouvelables (photovoltaïques)... Décidemment, la fiscalité verte est bel et bien enterrée.

Sauver la droite (bis)
Jeudi matin, Dominique de Villepin a lancé son mouvement « libre et indépendant », « au-dessus des clivages partisans », dont un congrès fondateur se tiendra le 19 juin prochain. « J’ai entendu le message des Français » s’est-il exclamé. La charge contre Sarkozy reste sans appel, y compris contre les actions de ces derniers jours : «Ce ne sont pas les conciliabules dans les palais nationaux, les aménagements techniques, les changements de personnes qui sont attendus.» Les attaques ont fusé : « rétrécissement du parti majoritaire », «dispersion», «réformes éparpillées», et «à contre-temps». « C’est également l’échec d’une politique. » Villepin, comme d’autres, n’a pas digéré la fausse promesse de rupture sarkozyenne : «C’était un contre-sens de penser qu’on pouvait rompre avec la France». Il évoque la situation de souffrance « partagée par tous les Français ». 15 ans après son mentor Chirac, Villepin ressort la « fracture sociale » : « 15 millions de nos compatriotes ont des fins de mois difficiles à quelques dizaines d’euros près ». Et appelle à un changement de politique. « Aujourd’hui, la vraie question, c’est la politique qui est menée par le pouvoir en place est-elle la bonne ? »

C'est sans doute la seule question que Nicolas Sarkozy ne s'est jamais posée. Il évoque ses pistes, « le temps de surmonter la crise » : suspendre le bouclier fiscal, augmenter la plus haute tranche de l’impôt sur le revenu (de 40 à 45%), une surcote de l’Impôt sur les Sociétés pour les plus grandes , et la création d’une charte des salaires en France.

Le soir même, Villepin était invité de CANAL+. Il réitère ses deux thèmes de prédilections, justice sociale et rassemblement des Français, et avoue avoir voté Valérie Pécresse aux dernières élections régionales. Bingo !

25 mars 2010

Sarkozy après les régionales : aveugle, sourd, et muet.

Mercredi 24 mars, à une heure inhabituelle pour une intervention présidentielle, Nicolas Sarkozy s'est calé derrière un pupitre pour lire un discours, le visage fatigué, le verbe lent, collé à un mur aux drapeaux mal plantés. La gifle électorale de dimanche soir n'a laissé de traces qu'en surface. Sur le fond, le Monarque n'a rien appris, rien compris, rien entendu, sauf une chose : à droite, toute !


Chut ! Le Monarque parle
Comme prévu, Nicolas Sarkozy s’est exprimé publiquement à l’issue du conseil des ministres. Le visage était marqué par la fatigue. L’intervention se déroula en trois temps : reconnaissance du signal national, mais rappel du contrat de mandature et message aux clientèles principales de l’UMP. Trois motifs d’incompréhension ou de polémique. Primo, Sarkozy a dû se déjuger, et reconnaître implicitement l’ampleur de la débâcle. Deuxio, Sarkozy s’adresse avant tout aux électeurs de l’UMP, et non pas à l’ensemble du pays. Cette vision bassement politicienne de la présidence de la République à un moment de crise nationale est un sale coup de Sarkozy. Tertio, malgré la débâcle de dimanche soir, le Monarque n’annonce aucun changement ni même d’infléchissement de sa politique. Celle-ci a pourtant échoué. Comment faut-il l’expliquer ? En près de trois ans, et malgré une agitation tous azimuts que d’aucuns à droite ont qualifié d’activisme, les « réformes » de Nicolas Sarkozy ont é-c-h-o-u-é.

En introduction, il sembla s’adresser à ses « chers compatriotes », et non aux journalistes qui l’écoutaient. « Il s’agissait certes d’un scrutin local, mais par vos choix et par l’abstention qui a atteint un niveau extrêmement élevé, vous avez voulu exprimer ce que vous ressentiez dans un contexte de crise économique, de crise financière, de crise agricole, qui rend si dure la vie quotidienne de tant d’entre vous ». La crise sociale n’est pas évoquée, les manifestations de la veille non plus. Le président poursuivit : « mon devoir est d’entendre ce message. Mes chers compatriotes, vous m’avez élu pour sortir le pays de l’immobilisme qui l’empêchait d’entreprendre les réformes nécessaires que tous les autres pays mettaient en œuvre. Nous avions accumulé beaucoup de retard». L’incantation au changement, ou à la réforme, est une constante chez Nicolas Sarkozy. La référence, même erronée, aux pratiques de nos voisins en est une autre. Sarkozy rappela ensuite le « chemin parcouru ». Une vision forcément partiale, et que les électeurs ont déjugés dimanche dernier.

Sarkozy l'agité loue la constance :  « Depuis trois ans beaucoup de réformes ont été mises en œuvre. Elles ont demandé à nombre d’entre vous une somme considérable d’efforts, elles ont, j’en ai bien conscience, bousculé bien des habitudes. Elles ont fait naître des incertitudes, parfois même des angoisses. » Le Monarque parla de « sang-froid » et de « constance ». Quelques heures après l’abandon de la taxe carbone, le propos est truculent. Ou triste.

Rien ne changera dans la politique sarkozyenne : « Nous devons continuer à alléger nos charges sur le travail et sur l’investissement, nous devons continuer à refuser toute augmentation d’impôts. » Ou encore : « Les réformes, la politique économique, la République irréprochable, ce sont des choix qui exigent de la constance qui doivent s’inscrire dans la durée. » En quelques phrases, Sarkozy explique qu'il ne changera rien à sa politique fiscale. Les efforts sont mal partagés, les niches fiscales détruisent la solidarité nationale. Et pour quel résultat ? Rien.

Gros mensonge au passage : « Cette politique nous a permis de mieux traverser la crise que la plupart de nos partenaires. Elle nous permettra de mieux profiter de la reprise. » La France n’est pas sortie de la crise, et sa « résistance » tient au modèle social que le même Nicolas Sarkozy dénonce dans le même discours , ce modèle « immobile » , « coûteux », « peu compétitif ». Le monarque n'est plus à une contradiction près.

A ceux, dans son camp, qui critiquaient l’ouverture – un gadget sarkozyen -, le Monarque répond par un tacle : « J’avais promis lors de ma campagne électorale une République irréprochable et une Démocratie exemplaire, c’est l’intérêt de notre pays, c’est mon devoir de continuer sous le signe du refus de l’esprit partisan et du sectarisme. »


Côté réforme, Sarkozy se voulait rassurant sur les retraitesmon devoir de chef de l’Etat est de garantir que nos retraites, vos retraites, seront financées. Je ne passerai pas en force. ») ou l'hôpital. En fait, il fit surtout de gros clins d'oeil appuyés à ses clientèles électorales perdues : aux agriculteurs, il promet la défense de la PAC coûte que coûte. Aux médecins, il promet la compréhension. Aux électeurs frontistes, il promet l'interdiction de la Burqa. Aux chômeurs en fin de droits, il ne promet rien.

Sarkozy se permet le luxe de parler de valeurs. Après l'Epad, l'augmentation de salaire, le pantouflage des proches aux têtes de quelques banques et grandes entreprises, la Fondation de Madame, la nomination des patrons de l'audiovisuel public, les voyages privés financés par le contribuables, parlons donc valeurs et République irréprochable !

Sarkozy a resservi un discours de campagne présidentielle: sécurité, travail, mérite, laïcité, égalité, autorité, protectionnisme. «Trop longtemps on a toléré que la violence pénètre à l’école, que l’agresseur soit traité avec plus d’égard que la victime, que le travail soit dévalorisé, que le mérite ne soit plus récompensé. » Trop longtemps, on a toléré des promesses non tenues, serait-on tenté de répondre au monarque. Sarko le protecteur, Sarko le volontariste, celui qui déplacerait toutes les montagnes se voulait de retour. Echec et mat. Sarko a été élu... en 2007. En quelques phrases, il annonce la suppression des allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes, l'interdiction de la Burqa et une taxe carbone ... européenne.

Sarko écolo ? Sarko pipo !
Parlons taxe carbone. Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué son abandon, en rase campagne électorale. En moins d'un an, il a carbonisé le projet de taxe carbone : à l’issue des élections européennes de 2009, le Monarque avait fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’un de ses slogans de campagne pour conquérir les faveurs d’une fraction de l’électorat écolo. Un groupe de travail présidé par Michel Rocard lui avait fait des recommandations l’été dernier, puis Sarkozy avait annoncé la mise en œuvre d’une taxe carbone immédiatement jugée insuffisante et injuste par l’opposition socialiste et écologiste. La gauche attaqua l’inéquité du projet : le renchérissement du prix des énergies fossiles devait être partiellement et forfaitairement remboursé par l’Etat, sans rapport avec le niveau de revenu et les conditions de vie des foyers concernés. S’ajoutaient l’exonération totale des plus grosses entreprises - au motif qu’elles supportent déjà des quotas européens – et quelques cadeaux attribués aux transports et à l’agriculture, deux secteurs par ailleurs en difficulté. Les écologistes pouvaient ajouter aux critiques que le prix du carbone était largement sous-évalué (17 euros versus les 32 euros la tonne suggéré par le rapport Rocard), et que la taxe carbone épargnait l’électricité, alors que tous les pics de consommation génèrent de la production d’électricité à partir d’énergies fossiles pour cause de centrales nucléaires en manque de capacité.

En décembre dernier, à quelques jours de son entrée en vigueur le 1er janvier 2010, le Conseil Constitutionnel annulait le projet, au grand dam du président français. L’échec du sommet de Copenhague décourage l’énergie présidentielle. Depuis, jamais le Monarque n’est parvenu à reprendre la main. Il avait promis un nouveau texte pour le printemps, puis une mise en œuvre en juillet prochain. Le 12 mars, le Monarque laissait entendre dans une interview au Figaro qu’il lui faudrait sans doute attendre une taxe carbone européenne avant d’avancer. Au Salon de l’Agriculture, il a voulu se concilier les représentants de la filière agricole en évacuant les normes environnementales. Et mardi 23 mars, François Fillon a enterré le projet de taxe de carbone devant des députés UMP qui ne demandait que cela. « Je n'ai jamais dit cela » s’est excusé François Fillon devant Sarkozy quelques heures plus tard. Mercredi soir sur CANAL+, Eric Woerth accuse les socialistes de l'échec de la taxe carbone, puisqu'ils ont porté le projet devant le Conseil Constitutionnel. Trop tard, le coup est parti. Le rétropédalage ne prend pas. La secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, se dit « désespérée », le MEDEF « soulagé ». Le couac gouvernemental est énorme.

En moins d’un an, comme sur de nombreux autres sujets, Nicolas Sarkozy a commis une de ces pirouettes politiques dont il a le secret. « Je trouve hallucinant qu'il apparaisse comme celui qui ne tient pas sa parole » s’est énervé Jean-Louis Borloo. Pourtant, c'est factuellement vrai.

Mercredi 24 mars, à l’issue du Conseil des Ministres, Sarkozy rétro-pédale avec difficulté : « Je confirme sans ambiguïté notre choix d'une fiscalité écologique » mais « le dumping environnemental menace nos emplois. Il serait absurde de taxer les entreprises françaises en donnant un avantage compétitif aux entreprises des pays pollueurs. » Ou encore : « Mais je subordonne la création d'une taxe carbone intérieure à une taxe aux frontières qui protégera notre agriculture et nos industries contre la concurrence déloyale de ceux qui continuent à polluer sans vergogne ». En coulisses, on tire à vue. L’Elysée accuse les technocrates (qui auraient transformé la taxe carbone en nouvelle TVA sur le pétrole et le gaz) et le camp chiraquien (Jean-Louis Debré préside le Conseil Constitutionnel).

Hier inefficace, désormais autiste, Nicolas Sarkozy n'est pas sorti grandi de ses quelques jours.

Ami sarkozyste, es-tu rassuré ?


Crédit illustration : pterjan

24 mars 2010

Députés hyper-stressés contre hyperprésident

Les députés UMP s’agitent, le Monarque parle fermeté contre le terrorisme, et la France manifeste. Près de 800 000 personnes sont sorties dans les rues, partout dans le pays, pour protester contre les « réformes sociales » du gouvernement. Au passage, la fiscalité verte est enterrée. L'hypocrisie tombe.

Le show inutile des députés UMP
La réunion fut houleuse. « Je pense que les coups de pied au derrière font avancer » a déclaré Jean-François Copé en introduction. « La marmite est en train de bouillir » a commenté le député UMP Bernard Debré. Trois cent députés UMP (et Nouveau Centre) gonflés à bloc contre un Monarque qui leur a planté les élections régionales ont tenu leur séance de « débriefing » post-scrutin et pos-remaniement mardi matin. L’un d’entre eux a envoyé un texto à la presse : « Ça cogne pas mal. Je n'ai jamais vu autant de monde ».

Il faut scénariser la grogne, en faire un spectacle pour l’électeur sarkozyste déçu ait le sentiment que ça bouge à droite. C’est bien là le paradoxe. La gauche gagne, la droite perd pour cause d’abstention, mais rien ne change sur le fonds. La réponse politique de Sarkozy fut de la technique politique «interne » : on ressoude, et on laisse les UMPistes se défouler le temps d’une réunion à huis clos à l’Assemblée Nationale. Trois députés UMP relayent sur Twitter la séquence parlementaire: Lionel Luca a fustigé le discours au soir du 1er tour, silencieux sur l’inquiétude sociale. Copé demande à la « majorité » de se recentrer sur 3 piliers : réformes vitales, ruralité, et valeurs républicaines. « le président doit nous respecter » déclare un autre. On attaque les mesures incomprises comme Hadopi , le bouclier fiscal ou les franchises médicales, le rajeunissement soudain des listes UMP aux régionales, le découpage territorial, et, évidemment, « l’ouverture » (les noms de Didier Migaud ou Jean-Marie Bockel furent brocardés).

La fin de l'hypocrisie écologiste de Sarko
François Fillon, présent, a été fortement applaudi. Il a leur a annoncé que la taxe carbone française était abandonnée. Les ambitions écologistes du Monarque, fussent-elles antisociales, n’ont pas survécu à la débâcle de dimanche soir. Jean-Louis Borloo, ministre du développement durable, qui avait pourtant répété son entrée en vigueur en juillet prochain en sera pour ses frais. Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, s’est dite « désespérée » par cet abandon : « Je ne suis pas en phase avec cette décision ». Quelques heures plus tard, François Fillon a précisé en séance publique à l’Assemblée Nationale, que la France s’abriterait derrière une éventuelle régulation européenne, afin de ne « pas nuire à la compétitivité économique de la France », a-t-il justifié. Pas de taxe carbone franco-française!

Les nouveaux ministres en poste, et en panne.
Le remaniement « technique » lundi matin n’a pas produit d’effet, au-delà d’une certaine frange de l’UMP. « L’UMP parle à l’UMP » a commenté le socialiste Claude Bartolone, résumant le sentiment général. Nicolas Sarkozy consolide son équipe à droite pour faire taire les voix discordantes avant les prochaines échéances électorales. Et nul besoin d'attendre pour savoir si François Baroin, nouveau ministre du Budget, sera toujours aussi critique contre le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. La magie de la solidarité gouvernementale a déjà opérée. Le théâtre de Guignol se poursuit. Lors de sa « passation de pouvoir » mardi, le nouveau et jeune ministre a confirmé : « Il est incontestable que tout ce qui a été engagé sera poursuivi ». Les commentaires dans la presse sont très critiques contre ces « ajustements ». Même au Figaro, on s’étonne du « sacrifice » du soldat Darcos : « L'issue est d'autant plus cruelle pour Xavier Darcos qu'il savait d'avance que la droite n'avait aucune chance de remporter l'Aquitaine. Il n'a été au combat qu'à la demande expresse de Nicolas Sarkozy et avec l'assurance, encore rappelée avant le premier tour par le chef de l'État, que les ministres engagés dans une campagne difficile n'avaient pas d'inquiétude à avoir sur leur avenir ministériel. » Les députés UMP étaient ravis de la fin de la « surenchère écologiste » (dixit François Goulard, villepiniste)

Eric Woerth, devenu ministre du travail (le 3ème à se poste en moins d'un an), va pouvoir user de sa « bonhommie », un trait de caractère loué par Yves Thréard (du Figaro) pour convaincre les syndicats de la prochaine réforme de retraites. Mardi, il a parlé de « réforme protectrice pour les Français » : « Aucune réforme ne sera acceptable pour les Français si ce n'est pas une réforme marquée du sceau de l'équité » Ces derniers n’ont pas laissé de répit au Monarque. Mardi 23 mars, un mouvement de grève, assortie de 150 manifestations dans toutes la France, à l’appel de 5 centrales syndicales, frappait les transports publics, la Poste, les impôts, Air France, les hôpitaux, et l’éducation nationale. De 400 000 (selon la police) à 800 000 (selon la CGT) se sont ainsi rassemblés, avec un taux de grévistes de 20 à 40% dans la Fonction Publique.

A l'Elysée, Claude Guéant a modifié l’agenda présidentiel : la réunion de communication, celle ont sont préparés, sauf actualité chaude, les « éléments de langage » que doivent servir les porte-parole de la « majorité » présidentielle se tiendra désormais chaque mardi matin. Xavier Bertrand y est présent, évidemment. Il s'agit d'être plus réactif à l'actualité... à droite.

Sarkozy «prend de la hauteur»
Nicolas Sarkozy, lui, s’est affiché à l’enterrement d’un policier, tué par un terroriste de l’ETA voici deux semaines. Pour l’homélie funèbre, il usa de ses expressions fétiches, la détermination verbale: «Que les choses soient claires, monsieur le chef du gouvernement espagnol : la France ne se laissera jamais intimider par le terrorisme». Ou encore : «Nous allons éradiquer une à une toutes les bases de l'ETA en France. Nous allons les débusquer un à un et nous démantèlerons tous les soutiens de cette organisation terroriste. (…) Nous ne laisserons pas le territoire français devenir la base arrière de terroristes et d'assassins (...) La France est plus que jamais aux côtés de la démocratie espagnole. (…) Je n'accepterai jamais qu'on banalise ces violences et qu'on s'y résigne».

Parallèlement, le Monarque a nommé une femme à la tête de la HALDE. Le socialiste Malek Boutih n’a pas été retenu. Avec Mme Bougrab, Sarkozy fait d’une pierre trois coups. Il ne joue pas l’ouverture, Jeannette Bougrab était candidate UMP aux municipales à Paris. Il clot aussi la polémique ouverte par Gérard Longuet, le sénateur UMP qui avait suggéré qu’on nomme une personnalité du « corps traditionnel français ». Et, enfin, il nomme une femme, alors que de précédentes nominations, au Conseil Constitutionnel étaient exclusivement masculines.

En quelques jours, Nicolas Sarkozy a recadré sa fonction : la présidence de la République n'est que la présidence d'un clan.

A droite, toutes !


Faire la taxe carbone, "c'est une question d'honnêteté"
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23 mars 2010

Le plan de secours de l'UMP pour éviter le syndrome Giscard.

Ce mardi, Jean-François Copé, le président des députés UMP, par ailleurs maire de Meaux, avait rassemblé, dans le huis clos de la salle Colbert à l'Assemblée, les quelques 300 députés UMP pour une «réunion de crise» après le fiasco des élections régionales. Copé en avait touché un mot à Nicolas Sarkozy mercredi dernier. La tenue de cette réunion accrédite l'idée que l'échec du camp sarkozyste aux élections régionales a bien une signification nationale. On imagine mal les députés UMP se réunirent ainsi uniquement pour débattre des éventuels contre-pouvoirs régionaux contre la politique du gouvernement. L'objectif est donc de contenir la grogne.


Continuer les réformes... sans Sarkozy ?
On est surpris par l'agenda « officiel», celui chuchoté aux journalistes. La droite présidentielle ne s'interroge pas sur l'échec des «réformes». Au programme, il faudrait relancer les réformes. La "pause" annoncée par Nicolas Sarkozy a fait grand bruit. Inutilement car le Monarque ne parlait que du second semestre 2011. Ces inquiétudes sont plutôt le reflet d'une prise de conscience: Nicolas Sarkozy s'agite mais n'agit pas. Que s'est-il passé depuis août 2007 ? Pas grand chose. La gauche a involontairement participé à faire croire que Sarkozy réformait tous azimuts. En fait, sur les sujets majeurs, il n'a rien fait. La crise financière elle-même n'a été qu'une suite d'incantations contre les paradis fiscaux et le maigre plan de relance ressemblait à une programme de grands travaux colbertiste sans vision de la France d'après demain.

Sarkozy s'est mis à dos les chiraquiens (c'est normal), les libéraux (c'est surprenant), et les centristes (c'est logique). Que lui reste-t-il ? Un quarteron de fidèles. Il lui faut tout reprendre à zéro et reconstruire sa base à droite.

La fin du parti unique ?
L'échec régional a encouragé les critiques contre la stratégie de parti unique développée, avec succès, par Nicolas Sarkozy: parti unique, liste unique, flop collectif. Hervé de Charette a quitté l'UMP pourle Nouveau Centre et appelé François Bayrou à venir discuter de l'avenir du centre-droit. La disparition (provisoire) du Modem a aiguisé les appétits. D'autres suggèrent la constitution d'un pôle centriste et écolo autour du Parti Radical dirigé par Jean-Louis Borloo. Un vrai gadget. Le Parti radical valoisien n'est écolo que parce que son patron est actuellement ministre du développement durable.

Autre sujet d'agacement, voire de défoulement, l'ouverture aurait vécu. La belle affaire ! Les Français se fichent de l'ouverture version sarkozyenne. Le monarque a débauché quelques "talents" socialistes pour leur faire appliquer sa politique. Qu'y a t-il de gênant pour le camp sarkozyste ?

Il y a deux ans, nous dressions un parallèle entre les présidences Giscard et Sarkozy. La trajectoire politique de VGE s'est arrêtée net le 10 mai 1981. Il y a quelques jours, L’économiste Nicolas Baverez écrivait le Point : «le pays se dirige en 2012 vers un nouveau 1981, avec une menace de vote sanction contre le Président et contre la crise.»

Pour Sarkozy, l’heure des comptes n’a pas sonné
Une abstention à 48,8%, en recul de plus de quatre points par rapport au second tour, une gauche à un niveau « historique » de 53,6% des suffrages, la droite gouvernementale qui se console avec sa résistance en Alsace (« la mère de toutes les batailles » a regretté le socialiste Jacques Bigot), et la conquête de la Guyane et de la Réunion. Le paysage politique ce lundi 22 mars était désolant pour le Monarque. Claude Guéant avait lâché qu’un remaniement « technique » aurait bien lieu. Un qualificatif utilisé pour minorer l’ampleur de la défaite, et de la réaction présidentielle. La droite a même perdu dans son fief des Hauts de Seine !
Le déni de réalité est toujours de mise du côté du camp présidentiel. La leçon retenue, et propagée, par les stratèges de l’Elysée à propos des élections régionales est que le scrutin n’était que loocal, que la crise a effrayé les Français, et que les « réformes » sarkozyennes doivent se poursuivre.

A minima, Jean-François Copé, le président du groupe UMP, demande un changement de méthode et un retour aux fondamentaux qui ont fait le succès de Nicolas Sarkozy. Il demande notamment le report de la taxe carbone (les ambitions écologistes de l’UMP n’étaient-elles qu’une circonstance électorale ?) et « la fin de l’ouverture », un épouvantail bien facile pour cacher les difficultés politique du parti unique de la droite. Jean-Pierre Raffarin (UMP) reprend les termes de Copé : la droite doit reconstruire un « pacte majoritaire », une façon de reconnaître la portée nationale du scrutin. Mais comment oublier que les slogans sarkozyens ont été disqualifiés par les faits ? Le mot d’ordre « Travailler plus pour gagner plus » est devenu anachronique en période de chômage de masse et de précarité devenue collective. L’ajustement fiscal n’a consisté qu’à alléger la facture d’impôt des plus fortunés sans rétablir la compétitivité du pays. La réduction de certaines dépenses publiques (pas touche au nucléaire mais haro sur les fonctionnaires) inquiètent des Français sur la survie d’un modèle social dont tout le monde s’accorde à dire, à droite y compris, qu’il a joué son rôle de filet de sécurité dès le déclenchement de la crise.

Remaniement: Sarkozy, débordé, parle à la droite
Nicolas Sarkozy n'avait pas bien entendu le message de ses caciques : contesté à droite, il a donc décidé d’un remaniement « technique ». Il se révèle si important qu'on en oublierait qu'il ne devait être que technique : Sarkozy veut d'abord consolider sa base, et couper l'herbe sous le pied à Dominique de Villepin. L'ancien premier ministre a laissé entendre, dès dimanche soir, qu’il se préparait à créer un mouvement politique ce jeudi, une initiative agaçante pour les proches du Monarque. Ainsi, George Tron, député Ump mais villepiniste s'est vu proposé la Fonction Publique. Sarkozy a dû sacquer l'affaibli Xavier Darcos (Travail). Fadela Amara (Ville) et Bockel (Justice) ont failli perdre leur poste.. Lundi, dès 9 heures, Fillon a accouru à l’Elysée. Il s'est opposé à son patron, réclamant plus de démissions que prévu par l'entourage du président. Toute la journée, les candidats au départ ou au gouvernement se sont succédés à l'Elysée. La débâcle des ministres et secrétaires d'Etat aux régionales est impressionnante. Fillon a ensuite reçu Gérard Larcher, Gérard Longuet, Jean-François Copé, et même Xavier Bertrand. Les consultations se sont multipliées. Martin Hirsch veut partir. Xavier Darcos, sévèrement défait, est remplacé par le fidèle Eric Woerth. François Baroin le chiraquien critique doit être neutralisé, et récupère le Budget.

Lundi 22 mars, Nicolas Sarkozy a donc été contraint de faire le tri. Contraint par sa majorité, il a préparé son gouvernement de campagne.

Pour 2012.

Eric Besson n'a pas supporté Stéphane Guillon. Dommage pour lui

Il ne fallait être grand clerc. Ni expert ès humour pour comprendre que Stéphane Guillon, lundi matin sur France Inter, s'amusait comme un fou avec sa vraie fausse biographie d'Eric Besson. Le ministre de l'Identité nationale n'a pas supporté. Il ne l'avait pas entendu. Il l'a reconnu. Cela ne l'a pas empêché de monter au créneau. Dommage pour lui. Le président de Radio France s'est excusé. Dommage pour lui.

Merci Guillon.


Eric Besson accuse Stéphane Guillon de racisme
envoyé par bergheim. - L\'info internationale vidéo.


Eric Besson accuse Stéphane Guillon de racisme 2
envoyé par bergheim. - L\'info video en direct.

22 mars 2010

Régionales : la réaction "technique" de Nicolas Sarkozy

Dans l'après midi, des journalistes belges annonçaient la gauche à 56%. Le score sera de 54%. Nicolas Sarkozy reconnaît la défaite mais prévient qu'il ne changera rien.

Le Monarque pouvait se satisfaire de la division de la gauche, sur l'île de la Réunion (850 000 habitants). Elle a permis la victoire de Didier Robert. Ce dernier n'a pas attendu 20 heures pour se proclamer vainqueur. Comme en Guyane (220 000 habitants). L'Alsace reste à droite.

En 2004, la gauche l'avait emporté avec 49,9% des suffrages, la droite au gouvernement n'avait recueilli que 36,8% et le Front National 12,4%. En 2010, la gauche et les écologistes réalisent 54%. La droite régresse. Et le FN, s'il fait moins de suffrages qu'en 2004, il sort ressuscité de ce scrutin, améliorant son score dans les 12 régions où il a pu se maintenir. Pourtant, les responsables de la majorité ont tout fait pour instrumentaliser les funestes thèmes de l'immigration et de l'insécurité. Cette fois-ci, cela n'aura servi à rien.

Vers 18 heures, Nicolas Sarkozy a réuni ses conseillers avec François Fillon, comme pour le premier tour. Ce dernier a ensuite organisé une autre réunion de travail, vers 19 heures. Il s'agissait de préparer les "éléments de langage" : reconnaître la défaite, accuser la crise, maintenir le cap sur les "réformes" car elles vont porter leurs fruits. Pas un mot sur le fond, le vrai, l'unique : les Français ne croient plus à l'(in)action sarkozyenne. La totalité des ministres et secrétaires d'Etat candidats ont été défaits. Sarkozy s'est pris une claque, personnelle et sévère. Valérie Pécresse parle "d'expérience humaine enrichissante".

La défaite nationale
Faudrait-il le rappeler ? L'UMP n'avait pas grand chose à perdre dans ses élections régionales: la jauge initiale était basse. En 2004, la gauche avait arraché 20 régions sur 22 en métropole. L'impopularité de Nicolas Sarkozy ne devait pas pénaliser trop durement la droite. Pourtant, elle joua à plein.

* Alsace : UMP à 46%
* Aquitaine: PS/EE 57%
* Auvergne: PS/EE 59%
* Basse-Normandie: PS/EE 57%
* Bourgogne: PS/EE 53%
* Bretagne: PS 50%
* Centre: PS/EE 50%
* Champagne-Ardenne : PS/EE 45%
* Corse: PS/EE 37% (face à trois listes)
* Franche-Comté: PS/EE: 47%
* Guadeloupe: PS 56% (dès le 1er tour)
* Guyane: UMP ?
* Haute-Normandie: PS/EE 55%
* Île-de-France: PS/EE 57%
* La Réunion: UMP 45%
* Languedoc-Roussillon: Frêche 53%
* Limousin: PS/EE 48%
* Lorraine: PS/EE 50%
* Martinique: autonomiste
* Midi-Pyrénées: PS/EE 68%
* Nord-Pas-de-Calais: PS/EE : 52%
* Pays de la Loire: PS/EE 57%
* Picardie: PS/EE 48%
* Poitou-Charentes: PS/EE 61%
* Provence-Alpes-Côte d'Azur: PS/EE 44%
* Rhône-Alpes: PS/EE 51%

Les éléments de langage, version second tour
Quelques minutes après 20 heures, Xavier Bertrand a la mine contrite, la bouche serrée, et reconnaît: "Objectivement ce soir, la gauche a remporté les élections régionales. (...) C'est une déception." Il répète l'expression. La leçon du premier tour aurait-elle été entendue ? Sur France 2, Jean-François Copé répète des termes similaires: "il faut se rappeler ce que nous ont dit les gens". Luc Chatel renchérit : "C'est une victoire de la gauche aux élections régionales". "Pourquoi le cap changerait-il aujourd'hui ?" Un peu plus tard, Fillon intervient et relaye le discours présidentiel : "Nous n'avons pas su convaincre (...).  Cela constitue une déception pour la majorité.  La crise mondiale ne nous a pas facilité la tâche. (...) Ce vote, nous devons l'analyser lucidement et nous devons le respecter." Fillon dénonce la crise mondiale et des enjeux régionaux non mobilisants. Pour l'avenir, rien ne changera. Fillon veut convaincre les électeurs que le pire serait de stopper les réformes sarkozyennes. "Le combat pour la croissance et pour l'emploi est notre priotiré absolue". Il promet : "en 2010, notre croissance sera positive." Il avance : "Ces élections ont montré que les Français étaient inquiets pour leur mode de vie", c'est-à-dire "un haut niveau de  développement et un haut niveau de protection sociale." "Les Français ont raison, notre mode de vie est menacé. Mais il n'est pas menacé par les réformes."

Il est 21 heures 10, TF1 termine son émission politique; les ténors se rejoignent sur France 2. Xavier Bertrand ressasse le message, les réformes doivent se poursuivre. Benoit Hamon et Cécile Duflot l'interpellent. Bertrand continue en nov-langue, sans répondre. "Arrêtez de lire de vos fiches." s'écrie Duflot. "Nous marchons sur deux jambes." lui rétorque le secrétaire général de l'UMP. France 2 rend à son tour l'antenne à 21h30. S'en suit un film, "Je préfère qu'on reste amis". Ironique ?

Au final, le message sarkozyen est limpide : on a peut être perdu des élections régionales, mais on ne change rien. Sur France2, Rama Yade reste lyrique à propos de son chef : "Nicolas Sarkozy, c'est une bête politique. (...) la France l'a choisi comme guide."

Le déni de réalité se poursuit.




Crédit illustration: Frederic Godec