13 mars 2010

149ème semaine de Sarkofrance : le piège régional

A quelques heures du premier tour des élections régionales, Nicolas Sarkozy a annonce une pause dans ses réformes, pour le second semestre 2011. Ensuite il confirmera qu’il est bien candidat, et le Parlement aura quelques mois pour digérer la diarrhée législative du Monarque. Pour l’année 2010, le président français promet déjà peu, avec quelques « mesures importantes » sur l’identité nationale, en avril, puis, surtout, la réforme des retraites en septembre prochain.

La campagne ratée de Sarkozy
En fin de semaine, le président est redevenu social et écolo. Mercredi, il s’est joint à Angela Merkel et Jean-Claude Junker pour demander l’interdiction de toute spéculation sur les produits dérivés. On appelle cela « crier au vent ». Cela permet aussi d’éviter de parler des bonus des traders. Les principales banques françaises ont toutes dévoilé leurs résultats. Globalement, leurs 7750 traders percevront quelques 2 milliards d’euros au titre de 2009 : 250 000 euros en moyenne chez BNP Paribas, 245 000 euros chez Crédit Agricole, 214 000 euros à la Société Générale, et 131 000 euros chez Natixis. On se souvient de la fameuse « super-taxe » du gouvernement, que Christine Lagarde avait dû endossée en décembre dernier – après l’avoir combattue fermement. La ministre promettait à l’époque quelques 360 millions d’euros de recettes fiscales, soit … un petit 18% de ces primes faramineuses. A l’époque, la ministre s’était renseignée auprès des banques pour faire son évaluation.

L’UMP a conduit une campagne exécrable pour ces élections. A la différence du scrutin européen, la stratégie du parti unique à droite est cette fois-ci grandement contestée jusque dans les rangs mêmes de la majorité. Il faut dire que le scrutin est cette fois-ci à deux tours. Faute de dynamique, l'UMP s'inquiète pour cette fameuse « réserve de voix » qui risque de lui faire défaut au second tour. On comprend mieux pour Nicolas Sarkozy a exigé le passage au scrutin uninominal à un tour pour les prochaines élections des futurs conseillers territoriaux en 2014… Gouverner avec le soutien de 10% du corps électoral, quelle démocratie !


Ces élections n’ont pas motivé les foules. L’abstention ce dimanche est attendue à un niveau record, près de 50%. On oublie souvent en France que l’abstention est de surcroît minorée car elle se calcule sur les inscrits aux listes électorales. On nous explique que le socle électoral de l’UMP s’est affaissé : sa cote de soutien est en chute chez les seniors, les classes populaires, les agriculteurs, les commerçants et artisans. Gouverner avec le soutien des seuls bénéficiaires du bouclier fiscal n’est donc pas évident. Quelle surprise !

L’UMP a aussi raté sa campagne faute de projet : Sarkozy a cru un temps pouvoir crier au loup, en agitant ses trois thèmes favoris fiscalité, insécurité et immigration. Le débat sur l’identité nationale s’est fourvoyé, comme prévu, et a fait un temps le jeu du Front National. Depuis le 15 février, Eric Besson a été prié de la mettre en sourdine. Vendredi, le ministre a quand même cru bon de refuser toute réunion avec les représentants de travailleurs sans-papiers. L’UMP a même donné la pire image qui soit des travers de ce funeste débat : en Ile-de-France, les attaques contre le candidat socialiste Ali Soumaré furent ignobles et indignes de notre démocratie. Mercredi dernier, le président des sénateurs UMP Gérard Longuet s’est aussi lâché en disqualifiant Malek Boutih de la présidence de la HALDE, au motif que ce dernier ne serait pas issu du « corps français traditionnel». Préjugé quand tu nous tiens ! Côté insécurité, les régions ne sont pas dotées de polices régionales. Le maintien de l’ordre est encore une fonction régalienne de l’Etat. Et le bilan de Sarkozy n’est pas fameux. Enfin, le poids fiscal des régions reste minime au regard de l’explosion des déficits et de l’endettement publics. Fin janvier, la Cour des Comptes a relevé que le que la politique fiscale et économique de Nicolas Sarkozy avait aggravé le déficit budgétaire de 0,6 points de PIB depuis 2007, hors impact de la crise sur les recettes fiscales et hors plan de relance.

Malgré tout, Nicolas Sarkozy a tenu une promesse, qu’il avait pourtant rapidement publiquement niée le 25 janvier dernier sur TF1 : celle de faire campagne. Il a ciblé ses déplacements pour soutenir ses têtes de listes dans des régions menacées ou sensibles : en Guyane, avec « l’Eric Besson local », dans le Centre avec Hervé Novelli, en Franche-Comté avec Alain Joyandet, ou en Corse. Son interview, vide d’idées et de vision, dans le Figaro Magazine du 12 mars, était un dernier soutien de campagne. Sarkozy s’est fait piéger. Son impopularité a nationalisé le scrutin plus qu’il ne le souhaitait.

« C'est un grand problème français que de confondre tout le temps les échéances. A élections régionales, conséquences régionales. A élections nationales, conséquences nationales ».

Par cette petite phrase, le Monarque agacé tentait de desserrer la future pression d'un échec aux élections régionales. Laissez-moi tranquille ! semble-t-il nous dire. Last but not least, il a terminé la semaine à refuser de commenter les rumeurs nées du Web sur les infidélités conjugales de son couple.

Une « pause » dans l'agitation ?
La « pause » des réformes fut la seule annonce notable de cette interview présidentielle au Figaro vendredi 12 mars. Le Parti Socialiste s'est trompé en exagérant l’action réformatrice de Sarkozy. Sarkozy ne réforme pas, il communique. Le Monarque agit somme toute peu. Ses véritables actions – reconnaissons-le – sont concentrées sur quelques sujets très ciblés : la mise au pas de tous les contre-pouvoirs, et l’abaissement de la fiscalité pour les plus riches. Aux nouveaux sages du Conseil Consitutionnel, Sarkozy rappelle que « la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République» Son incapacité à agir contre la précarisation du plus grand nombre – aggravée par la crise, contre la progression fulgurante des déficits publics, ou la réforme de l’Etat est incroyable pour quelqu’un qui se proclamait en « rupture ». On ne travaille pas plus en Sarkofrance qu’avant. On n’est pas davantage protégé des violences physiques. On construit toujours autant d'autoroutes et de centrales nucléaires. On tarde à prononcer des moratoires contre un OGM autorisé par l'Europe. On soutient et encourage les dictateurs de tous poils.

Ses ministres-collaborateurs multiplient les appels au calme, face à une contestation tous azimuts. Lundi,  le ministre de l’agriculture a fait semblant de détailler l’utilisation des 20 millions d’euros promis la semaine dernière pour les victimes de la tempête Xynthia. Il va « mobiliser » le Fonds national de garantie des calamités agricoles et débloquer une première tranche de 5 millions d'euros pour prendre en charge les cotisations sociales concernés ou remplacer du matériel. Les agriculteurs peuvent se méfier, les indemnisations de la précédente tempête Klaus, il y a 13 mois, se sont faites attendre.  Son collègue de l'Education Nationale Luc Chatel est bien embêté avec la plainte déposée par 50 familles contre son ministère pour non-remplacement de professeurs absents. Et vendredi, un gros tiers des enseignants (12% selon la «police», 50% selon les syndicats) faisaient grève contre le manque de moyens et la suppression de 16 000 postes en 2010.  Mardi, les professions judiciaires s’étaient rassemblées pour protester contre l’engorgement de la justice et les restrictions qui vont peser sur son indépendance :  des prisons et des tribunaux débordés, des instances de proximité supprimées par la réforme de la carte judiciaire, les instructions prochainement placées sous la coupe du Parquet, la coupe est pleine. Et quand les effectifs de police et de gendarmerie baissent, que ceux des surveillants de prison sont insuffisants, le gouvernement préfère répondre par une loi truffée de dispositions « électroniques » (la fameuse LOPPSI II), avec ses caméras, ses mouchards, ses fichiers en tous genres et autres extensions liberticides. Enfin, Christian Estrosi, le ministre de l'Industrie, a été pris de court par la contestation syndicale chez Total. Le conseil d'administration de la multinationale française, lundi 8 mars, a déçu. La CGT a déposé un recours contre la suppression de la raffinerie de Dunkerque.

En 2011, Nicolas Sarkozy a donc promis de se calmer, au risque de brouiller son image. Les élections régionales lui ont-elles fait comprendre l'ampleur du désastre de sa mandature ? 

Il n’agit pas, il s’agite. Les Français l'ont-ils compris ?

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

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