26 mars 2010

Grèce, finances, droite ou couple Carla/Nicolas, sauvetages en cascade en Sarkofrance

Jeudi, Nicolas Sarkozy a fait quelque chose de grand. Il a convaincu Angela Merkel, son homologue allemande, d'aider la Grèce en péril. Sans doute faut-il y voir aussi la manifestation d'une inquiétude partagée, compte tenu de l'état déplorable des finances publiques françaises.

Sauver la Grèce... ou pas.
Mais le résultat est là, pour une fois, ... à en croire le communiqué triomphant de l'Elysée. La réunion Merkel/Sarkozy «a abouti à un accord sur un texte d’une page et demie qui décrit très précisément les conditions dans lesquelles les pays de la zone euro pourraient être amenés à intervenir». L’Allemagne a été plus modeste, parlant d’une solution de «consensus». Les conseillers du Monarque ont confirmé que la France et l'Allemagne vont en effet proposer au Conseil européen, qui se tient ce vendredi, «un cadre européen constitué par des prêts bilatéraux coordonnés» de la zone euro, complété par des «prêts du FMI avec la claire mention du fait que le financement européen devrait être majoritaire». Des conseillers allemands ont précisé que l'enveloppe pourrait aller jusqu'à 22 milliards d'euros, et ne serait versée qu'«en dernier recours».

Pourtant, l'accord ne serait que factice: «il ne s’agit que d’un simple habillage visant à dissimuler un désaccord profond entre les deux rives du Rhin» a commenté Jean Quatremer, envoyé permanent de Libération à Bruxelles. Pourquoi le journaliste est-il si sévère sur le résultat ? Pour deux raisons très simples, qui illustrent, une fois de plus, l'ampleur des manipulations médiatiques présidentielles : primo, l'aide à la Grèce ne sera accordée qu'en dernier recours. Pire, ces éventuels prêts à la Grèce le seront aux taux du marché. Or la Grèce souffre d'avoir à emprunter à des taux d'intérêt prohibitifs, «ce qui, en année pleine, lui coûte 0,5% de son PIB, pour le plus grand bonheur des marchés financiers», commente Jean Quatremer. Quelle aide formidable ! La Grèce n'a aucune difficulté à emprunter. L'emprunt est simplement hors de prix.

Sauver la droite... ou pas
La séquence présidentielle de ces derniers jours racontées par Paris Match vaut son pesant d’or. Elle valide tous les commentaires établis sur la réaction de Sarkozy et de ses perroquets Umpistes. En vrac, Eric Besson voulait changer de ministère, Sarkozy lui impose d’y rester mais avec l’interdiction de relancer le débat identitaire ; Sarkozy reconnaît à peine la défaite (« On finit à trois régions. La ­semaine dernière, ce n’est pas ce que prévoyaient les commentateurs ! ») mais ne changera pas de politique ; par son remaniement, et son micro-discours de mercredi, il veut souder son électorat uniquement, et couper l’herbe sous le pied des contestataires (Copé, Villepin, etc). Le sort de Xavier Darcos était scellé dimanche soir, le ministre étant lâché par l’influent conseiller Raymond Soubie. Le socle programmatique des mois à venir est quelques réformes phares (retraites et lutte contre les déficits), la ­sécurité et l’emploi, les valeurs républicaines et la place de la France dans le monde. Copé aimerait y ajouter la justice sociale pour convaincre les couches populaires. Enfin, Paris Match confirme, comme toute la presse française, que les relations ne sont plus au beau fixe entre Sarkozy et Fillon.

Jeudi, lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat, François Fillon a voulu éteindre cette polémique naissante. Le Monde a titré, jeudi 25 mars, sur la rivalité entre les deux hommes. Le Monarque a fait annuler l'intervention de son premier ministre au JT de TF1 mercredi soir. Fillon, loyal soldat, se défend de tout problème: «Il n'y en a pas et il ne peut pas y en avoir.» Xavier Bertrand comme Michèle Alliot-Marie ont servi les mêmes propos aux médias du jour.

Sauver le couple Sarkozy
Dans le même Paris Match, on apprenait que l’Elysée a commandé une enquête pour savoir d’où venait les rumeurs sur la vie privée du Monarque. « On sait tout de A à Z », a confirmé Franck Louvrier, son conseiller communication. Effectivement, on sait tout. Deux salariés de Lagardere, l'un directeur des opérations de la filiale gérant le site jdd.fr, l'autre auteur d'un blog sur le JDD.fr, autre propriété du groupe Lagardere, ont présenté leur démission. Un blog hébergé par le JDD, avait propagé la méchante rumeur. On croyait que c'était un jeu entre journalistes sur Twitter.

Carla apaise Nicolas. Et ne souhaite pas qu’il se représente. L’épouse du président français s’exprime dans les colonnes du Figaro magazine. «En tant qu'épouse, je ne le souhaite pas vraiment. Peut-être ai-je peur qu'il y laisse sa santé, peut-être ai-je envie de vivre ce qui nous reste à vivre dans une certaine paix ? » Elle relaye le message présidentiel suivant lequel le Monarque n’aurait pas encore pris sa décision quant à son éventuelle candidature à un second mandat. Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, tentait de calmer les ardeurs des plus contestataires des parlementaires UMP, mardi dernier, en les menaçant du même doute : « Ceux qui se livrent à des attaques contre Sarkozy feraient mieux de réfléchir. Le président n’est pas obsédé par sa réélection. S’il ne se présente pas, nous n’aurons plus de dynamique. Pour la présidentielle, il est le seul qui peut nous faire gagner. »

Sauver les finances publiques, ou Sarkozy ?
A peine nommé ministre du Budget, le chiraquien François Baroin s’est vu épaulé par un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy comme directeur de cabinet. Didier Banquy, était secrétaire général du groupe bancaire BPCE, auprès de … François Pérol, ancien conseiller de Sarkozy nommé dans des conditions encore contestées à la tête du nouveau groupe issue de la fusion des Caisses d’Epargnes et des Banques Populaires.

L’annulation de la taxe carbone prive l’Etat de 1,9 milliards d’euros de recettes fiscales en 2010. Le déficit budgétaire, prévu à 149 milliards d’euros cette année, pourrait franchir le cap fatidique des 150 milliards, soit un déficit public global (en y ajoutant les déficits de la Sécurité Sociale et des collectivités locales) de 8,2% du PIB. La Commission européenne a demandé à la France de revenir sous la barre des 3% d’ici 2013.

Le gouvernement laisse entendre, ces derniers jours, qu’il envisagerait de « tailler dans les niches fiscales ». Sarkozy a promis et répété qu’il ne toucherait pas aux impôts, et notamment au bouclier fiscal. L’exercice sur les niches sera donc périlleux. On ne s'attend pas à grand chose. Au mieux, un toilettage des défiscalisations en faveur de certaines énergies renouvelables (photovoltaïques)... Décidemment, la fiscalité verte est bel et bien enterrée.

Sauver la droite (bis)
Jeudi matin, Dominique de Villepin a lancé son mouvement « libre et indépendant », « au-dessus des clivages partisans », dont un congrès fondateur se tiendra le 19 juin prochain. « J’ai entendu le message des Français » s’est-il exclamé. La charge contre Sarkozy reste sans appel, y compris contre les actions de ces derniers jours : «Ce ne sont pas les conciliabules dans les palais nationaux, les aménagements techniques, les changements de personnes qui sont attendus.» Les attaques ont fusé : « rétrécissement du parti majoritaire », «dispersion», «réformes éparpillées», et «à contre-temps». « C’est également l’échec d’une politique. » Villepin, comme d’autres, n’a pas digéré la fausse promesse de rupture sarkozyenne : «C’était un contre-sens de penser qu’on pouvait rompre avec la France». Il évoque la situation de souffrance « partagée par tous les Français ». 15 ans après son mentor Chirac, Villepin ressort la « fracture sociale » : « 15 millions de nos compatriotes ont des fins de mois difficiles à quelques dizaines d’euros près ». Et appelle à un changement de politique. « Aujourd’hui, la vraie question, c’est la politique qui est menée par le pouvoir en place est-elle la bonne ? »

C'est sans doute la seule question que Nicolas Sarkozy ne s'est jamais posée. Il évoque ses pistes, « le temps de surmonter la crise » : suspendre le bouclier fiscal, augmenter la plus haute tranche de l’impôt sur le revenu (de 40 à 45%), une surcote de l’Impôt sur les Sociétés pour les plus grandes , et la création d’une charte des salaires en France.

Le soir même, Villepin était invité de CANAL+. Il réitère ses deux thèmes de prédilections, justice sociale et rassemblement des Français, et avoue avoir voté Valérie Pécresse aux dernières élections régionales. Bingo !

2 commentaires:

  1. dingue, enfin il se rend compte que l'identité nationale s'est refermé sur lui.

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  2. L’Allemagne a gagné sur tous les tableaux :

    1- Le FMI va intervenir pour sauver la Grèce.

    2- Une opération de sauvetage de la Grèce ne sera déclenchée qu’à l’unanimité des pays de la zone euro. Un seul pays pourra l’empêcher en votant contre.

    3- Chaque Etat membre ne sera pas obligé d’accorder un prêt à la Grèce. Seul les Etats volontaires prêteront quelques milliards d’euros à la Grèce : ce ne sera pas obligatoire.

    4- A partir de là, la répartition prévue ne pourra pas avoir lieu dans la réalité. Selon la répartition prévue par l'accord signé le jeudi 25 mars, deux tiers des prêts seront accordés par les Etats européens. Un tiers des prêts sera accordé par le FMI. Mais dans la réalité, quels seront les Etats européens volontaires pour prêter à la Grèce ? Tous les Etats européens sont endettés, et même surendettés.

    5- En 2014, la dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB. La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB. La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB. La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB. La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB. La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB (calculs du FMI).

    http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf

    Quel Etat européen pourra accorder un prêt à la Grèce ?

    Et, surtout, avec quel argent ?

    Cela impliquerait qu’un Etat européen volontaire emprunte quelques milliards d’euros sur les marchés, et ensuite il les reprêterait à la Grèce !

    Par exemple : la France a déjà une dette publique de 84 % du PIB aujourd’hui, soit 1 500 milliards d’euros. La France devrait donc s’endetter encore plus, pour pouvoir ensuite prêter à la Grèce, et la France ne serait même pas sûre d’être remboursée par la Grèce !

    Conclusion : presque aucun Etat européen ne pourra prêter de l'argent à la Grèce. Seuls deux ou trois Etats européens accepteront de prêter à la Grèce. L’écrasante majorité des prêts sera fournie par le FMI.

    La question n'est même plus de savoir si la zone euro va exploser.
    La question est de savoir quand la zone euro va exploser.

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