5 mars 2010

Quand Sarkozy industrialise les effets d'annonce...

Jeudi 4 mars, Nicolas Sarkozy clôturait les Etats Généraux de l’Industrie (EGI), en visitant une usine d’Eurocopter à Marignane dans les Bouches du Rhônes. Que pouvait-on attendre d’une telle réunion médiatique à 10 jours avant les élections régionales ? Des effets d’annonces, encore une fois. Le Monarque « veut » une « véritable politique industrielle ». Mais qu’attend-t-il, lui qui fut élu voici bientôt trois ans ?

Le Monarque « veut »
Jeudi, Nicolas Sarkozy a fixé quatre objectifs ambitieux à l’industrie française. Il veut augmenter de 25% la production industrielle d’ici 2015, pérenniser l’emploi industriel « sur le long terme », retrouver « une balance commerciale industrielle (hors énergie) durablement positive d’ici à 2015 », et gagner « plus de 2% » de part française dans la production industrielle de l’Europe (Europe à 15). Concernant la production, Sarkozy aurait pu dire 30%, ou 40% ou même 50% d'augmentation de la production. Ensemble, tout est possible, n'est-ce pas ? Il aurait pu fixer son horizon à 2014, ou 2017 ou même 2020. Plus loin est l’échéance de ses promesses, plus grosse peut être la tartufferie. Comme sur d’autres sujets, on a toujours quelque peine à identifier les moyens qu’il se donne pour atteindre un tel sommet. Comme sur d'autres sujets, Sarkozy noie le poisson sous l'avalanche des propositions futiles. Il industrialise les effets d'annonces.

Depuis 1980, l’industrie française a perdu 2 millions d’emplois, dont 535 000 depuis 2000. La récession depuis 2008 a aggravé l’hémorragie d’emplois. L’analyse du secteur réalisée par les EGI souligne aussi qu’environ la moitié de ces disparitions d’emplois provenaient de l’externalisation de fonctions non industrielles auprès d’entreprises de services (20 à 25%) et les gains de productivité constatés depuis 1980 (30%). La politique industrielle depuis mai 2007 a été inexistante : un « plan de relance » - ou plutôt de « défense » - avec prime à la casse et soutien à la construction ; un « fonds stratégie d’investissement » pour se substituer imparfaitement aux institutions financières dont le crédit faisait défaut ; et des convocations de patrons à chaque annonce médiatisée de fermetures d’usines (Renault, Total, Arcelor, etc.).

Cette fois-ci encore, Nicolas Sarkozy a joué sur les deux tableaux habituels : de l’argent et des « machins » technocratiques et autres gadgets administratifs. Un épais dossier de presse de 42 pages et beaucoup de texte écrit gros a été remis aux journalistes présents pour compléter le propos présidentiel. Il synthétisait en 22 mesures les « 1000 propositions d’actions en faveur de l’industrie » des EGI, ouverts depuis le 15 octobre dernier, et qui se sont appuyés de 11 groupes de travail thématiques, et 22 ateliers régionaux. A quelques mois des élections régionales, des ateliers régionaux étaient bienvenus, non ?

Les mesures d’ordre financier sont les suivantes :

1.  En septembre, un « produit d’épargne » sera lancé spécifiquement agréé et lancé pour financer l’industrie. C'est une nouvelle défiscalisation d’impôt pour favoriser les placements financiers de ceux qui peuvent vers l’industrie française.  Quelques heures plus tard, Christian Estrosi, le maire de Nice et ministre de l'Industrie s'est lâché: « nous allons définir les modalités pour mobiliser environ 300 milliards d'euros d'épargne des Français sur l'industrie». Trois cent milliards d'euros, rien que cela ! Vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué...

2.  Sarkozy a aussi rappelé les 5,5 milliards d’euros financée par l'Etat dans le cadre du grand emprunt pour les entreprises innovantes, les transports et l'espace. Sur ces sommes, 50 millions d’euros seront affectés à un fonds d’investissement pour les brevets (abondés de 50 millions d’euros par la CDC).

3.  Le Monarque ajoute 500 millions d'euros de prêts bonifiés «verts» aux entreprises qui produiront « propres » (gérés par OSEO), 300 millions d'euros pour la «structuration des filières» industrielles et 200 autres millions en «primes à la relocalisation» des entreprises en France (sur 3 ans). On attend la réaction de la Commission Européenne, si soucieuse d’éviter les subventions « protectionnistes ». Ces primes seront des « avances remboursables », principalement pour les entreprises industrielles de moins de 5 000 personnes, et ayant un projet d’investissement d’au moins 5 millions d’euros créant 25 emplois.

4. Sarkozy souhaite également défiscaliser davantage la cession de brevets en France.

Les autres annonces, nombreuses (22 fausses mesures au total) sont du ressort de l’affichage. Les EGI ont identifié les filières industrielles à soutenir, qualifiés de « porteuses des emplois de demain » : le numérique (et notamment Logiciels et contenus numériques ; les composants électroniques et équipements de réseau ; les transactions électroniques et sécurité) ; les Eco industries et industries de l’énergie ; les Matériels de transport ; la Chimie et matériaux innovants ; l’industrie pharmaceutique et autres technologies de santé ; le luxe et la création ; et l’Agroalimentaire et la nutrition. Le fatras de mesures symboliques et déclarations d’intention qui s’en suit est hallucinant. En voici les principales :

- Une « conférence de l’industrie » va remplacer la Commission Permanente de concertation pour l’industrie. Placée sous l’autorité du premier ministre, elle agira comme un observatoire du secteur, et devra notamment proposer (encore) des «mesures concrètes d'allègement et de simplification» de la réglementation. Sa mesure numéro 15 est justement de « simplifier la réglementation », sans préciser quel type de réglementation doit être simplifié: le droit du travail ? Ou la prévention des risques ?

- Au niveau européen, la France veut convaincre, exiger, promouvoir. Ainsi, la France va insister pour « intégrer la définition d’une véritable stratégie industrielle européenne dans les conclusions des Conseils européens de mars et de juin 2010. » Voilà du concret ! Elle va aussi nommer un « ambassadeur pour l’industrie » pour promouvoir un pacte industriel européen auprès des autres Etats membres. Sarkozy souhaite aussi convaincre ces voisins de mettre en place une taxe carbone européenne (une vieille idée que le Monarque n’a pu (ni voulu) promouvoir lors de la Présidence française de l’Union européenne au second semestre 2008) ainsi que « l’inclusion du dumping social et environnemental dans les procédures de défense commerciale », et l’application du principe de réciprocité dans l’accès aux marchés publics. Sarkozy veut aussi convaincre l’UE de simplifier sa réglementation pour les entreprises européennes (avec notamment un brevet communautaire et des juridictions unifiées), et d’utiliser « réellement » l’instrument anti-subvention (contre les Etats-Unis par exemple). Un vœu pieu (question de rapport de force) et contradictoire (cf l’octroi de 200 millions d’euros de « primes à la relocalisation de l’emploi industriel en France»).

- Nous aurons droit à une « semaine de l’industrie » (mesure numéro 4), pour informer « davantage la population sur la réalité industrielle d’aujourd’hui » ( avec manifestations, présentations en milieu scolaire, campagnes de pub TV et presse, etc.), et les élèves des « actions de découverte de l’industrie » (mesure numéro 5)

- Mesure numéro 7, Sarkozy veut nommer des administrateurs publics supplémentaires dans les groupes dont l’Etat est (partiellement) actionnaires (France Télécom, La Poste, Renault, etc), qui soient « passionnés par l’industrie » ; et que des rencontres annuelles soient organisées entre dirigeants d’entreprises et les ministères de tutelle.

- Le Monarque veut aussi créer des « comités stratégiques filières », qui réuniraient des partenaires sociaux, des dirigeants d’entreprises et des représentants de l’Etat, pour discourir sur les difficultés des PME ; et nommer un « médiateur de la sous-traitance » (pour veiller aux « bonnes pratiques »).

Des millions d'euros - à peine plus que le coût du bouclier fiscal -, beaucoup de gadgets de communication... Voici la politique industrielle de la Sarkofrance, à 10 jours des élections régionales.

Les (anciens) salariés d'Arcelor Mittal à Gandrange apprécieront.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

1 commentaire:

  1. pour info

    Prédateurs

    Par LAURENT JOFFRIN

    Quand les financiers sont en difficulté, les Etats les aident. Quand les Etats sont en difficulté, les financiers les enfoncent. Telle est la morale de requin qui prévaut dans la haute finance depuis deux ans de crise et qui suscite à juste titre l’indignation des peuples. En septembre 2008, le système bancaire est sauvé par les gouvernements rassemblés au chevet des maîtres de l’argent plongés dans une noire panique. Appelés au secours par l’establishment bancaire incapable de maîtriser ses propres errements, les Etats - c’est-à-dire les citoyens - mobilisent crédits et subventions pour éviter le pire aux apprentis sorciers. Un an plus tard, les Etats endettés pour avoir lutté contre la récession se retrouvent en situation de faiblesse. Au lieu de rendre un tant soit peu la pareille, de faire preuve d’un vague début de solidarité, les professionnels de la spéculation, attirés par l’odeur du sang, s’ameutent pour achever les faibles. Ils sont comme ces prédateurs sauvés de la disparition qui finissent par dévorer leur maître. L’instinct du lucre l’emporte sur toute considération sociale, sur toute décence humaine. Spéculez ! Spéculez ! C’est la loi et les prophètes !

    Face au cynisme de ceux qui n’ont rien appris de la crise ni rien oublié de leur folle cupidité, il n’est qu’une seule réaction : la révolte. Avant de parler technique, régulation, réforme bancaire, il faut revenir aux principes élémentaires et affirmer une volonté politique. La finance doit être remise à sa place, qui consiste à faciliter les échanges, à organiser le crédit et à soutenir l’économie. Non à l’asservir.

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