24 avril 2010

155ème semaine de Sarkofrance: Sarko le malin.

Un volcan a arrêté la mondialisation, mais Nicolas Sarkozy ne commente pas. Il préfère ressortir sa panoplie de shérif des banlieues, à Bobigny, et agiter la majorité silencieuse d'une nouvelle polémique sur la Burqa et l'Islam. Pour cette 155ème semaine de Sarkofrance, Sarkozy ne fait plus le malin. Il s'inquiète.

Un volcan, ou son vacarme inattendu
Des milliers d'avions, y compris les charters d'Eric Besson ou l'Airbus présidentiel, sont cloués au sol. Des milliers de Français sont coincés à l'étranger. Des marchandises pourrissent dans des entrepôts. Il n'a fallu qu'un petit volcan islandais du nom d'Eyjafjallajokull pour en arriver là. Nicolas Sarkozy ne dit rien. Ses proches justifient : à quoi bon ? Il risquerait de se montrer impuissant. L'homme ne peut rien contre la nature.  Il ne faut pas l'exposer. Dimanche, il a préféré rester en France, au château de la Lanterne, près de Versailles, avec sa belle-famille, aux frais du contribuable, plutôt que de prendre le train pour assister les funérailles du président polonais.

Pour assumer l'impuissance des hommes face au nuage de cendres, Sarkozy a laissé son gouvernement s'exprimer, s'empêtrer, négocier. Samedi, Jean-Louis Borloo expliquait qu'il fallait étudier l'impact des cendres sur les vols. Dimanche, François Fillon prolongeait encore l'interdiction de vols en métropole. Mardi, les premiers vols reprennent. Borloo intervient sur tous les plateaux télévisuels. Même Chantal Jouanno, sa secrétaire d'Etat à l'Ecologie, est contrainte d'aller défendre le transport aérien. Vendredi soir, quelques 25 000 Français étaient encore bloqués à l'étranger. Kouchner s'avance un peu vite en leur promettant un retour d'ici dimanche. Le Quai d'Orsay libère un million d'euros d'aide d'urgence pour financer leur séjour et leur retour.

Cette éruption volcanique, comme hier la grippe A, fut un vacarme inattendu pour distraire l'attention des vrais sujets.

Les renoncements que l'on voudrait cacher
Ce fut une belle déception pour les partisans du Grenelle de l’Environnement: le gouvernement a confirmé le report de la taxe spéciale sur les transports en poids lourd jusqu'en 2012. Elle devait rapporter 1,3 milliards d'euros aux collectivités locales. Chantal Jouanno a dû avaler la couleuvre.

Autre renoncement, heureux celui-là, Michèle Alliot-Marie a abandonné l'un des cadeaux promis aux milieux d'affaires : le raccourcissement des délais de prescription pour les délits économiques et financiers, qu'elle avait tenté d'inclure dans sa réforme de la procédure pénale.

A Bruxelles, Christine Lagarde faisait semblant de défendre un projet de taxe bancaire. L'Allemagne l'a déjà adopté. Pas la France. L'idée est de prélever davantage les établissements financiers pour constituer des réserves en cas de faillite généralisée. Les auteurs d'un rapport, commandé par la ministre, expliquent que le risque systématique est mal couvert par les règles actuelles de réserves prudentielles. Mais à Bruxelles, il faut l'unanimité des 27 Etats membres...

Discret, Eric Woerth poursuit ses consultations sur la réforme des retraites. Dimanche, il refusait, une nouvelle fois, toute hausse des impôts ou augmentation générale des cotisations retraite. Xavier Bertrand entame un tour de France sur le sujet. Depuis quelque jours, le gouvernement s'est offert une belle campagne de publicité dans la presse pour louer sa future réforme. Jean-Pierre Raffarin parle de pénibilité, mais sans que « des métiers tout entiers » soient concernés. L’UMP tente ainsi d’individualiser au maximum la question de la pénibilité des carrières. Elle promeut l’anecdote contre la généralité, pour mieux botter en touche. La semaine passée, le rapport du Conseil d'Orientation des Retraites avait été largement instrumentalisé, en détaillant des prévisions d'un pessimisme a priori inouï (plus de 70 milliards d'euros de déficit du régime en 2050, dans le scénario le plus optimiste). Pourtant, le COR livrait des recommandations évidentes, ... et gênantes pour le discours umpiste : le rétablissement des comptes ne pourra pas être obtenu par un simple ajustement des trois variables habituelles (montant des pensions, âge de départ et durée de cotisations). Une hausse des prélèvements est inévitable.

L'inévitable Sarko-ritaire
Le Monarque a préféré jouer la carte sécurité et immigration. Un diptyque qui, croit-il, lui sied bien. Mardi à Bobigny, il installait le nouveau préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert. Les costumes étaient sombres, et les mines sérieuses. Il a ressorti sa même rengaine sécuritairefermeté absolue », « action en profondeur »), sans plus d’effet que les précédentes. Il promet la suspension systématique des allocations familiales, la mise en internats forcée, des interventions policières « sans restriction » dans les halls d’immeubles, et même des mesures... déjà en place, comme la radio-localisation des bus, déjà effective sur 2 100 bus depuis 2007, et prochainement sur 1 932 supplémentaires. La panoplie du shérif est complète, mais connue et peu crédible. Répétons-le : Sarkozy n'a de sécuritaire que le discours. Vendredi soir, comme un pied de nez à cette (fausse) démonstration de force, deux bus étaient encore caillassés en Seine-Saint-Denis, à Sevran.

L'insécurité violente contre les personnes progresse, les moyens de la police et de la gendarmerie régressent.  Le Figaro a publié quelques extraits d’un édifiant rapport sur les effectifs des forces de l'ordre : ces derniers ont stagné en 10 ans, à 222 000 personnes, alors que, dans le même temps, la population française a cru de 6%, et le nombre de violences a « explosé ». Pire, à peine la moitié de ces personnels sur réellement sur le terrain. Dans les campagnes, on compte un gendarme pour 994 habitants (contre 1 pour 485 il y a 10 ans). 

Mardi, Brice Hortefeux se félicitait du bilan de la lutte contre la délinquance au premier trimestre 2010. Vraiment ? Les violences contre les personnes ont encore progressé. Plus de 240000 faits de violences physiques non crapuleuses ont été enregistrés entre avril 2009 et mars 2010, soit un niveau parmi les plus élevés depuis 1996. La diminution du nombre d'escroqueries et d'infractions économiques résulterait, d'après le propre rapport du ministre, d'un changement de méthode d'enregistrement !

Mercredi, Nicolas Sarkozy réactive la polémique que la Burqa. Dans une semaine, un projet de loi sera présenté par Michèle Alliot-Marie, sa Garde des Sceaux, visant à interdire totalement le port du voile intégral partout en France. Et qu'importe si le Conseil d'Etat avait prévenu qu'une telle loi risquait d'être anti-constitutionnelle. Une jeune conductrice s'insurge d'avoir été verbalisée par des policiers, à Nantes, parce qu'elle portait le Niqab. Alerté sur la situation par le policier qui la verbalisa, Brice Hortefeux, vendredi 23 avril, demande à son collègue Eric Besson d'étudier la déchéance de nationalité française du mari, supposé polygame (4 femmes et 12 enfants) et fraudeur aux allocations familiales. «Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir faire étudier les conditions dans lesquelles, si ces faits étaient confirmés, l'intéressé pourrait être déchu de la nationalité française» . Franck Louvrier, le conseiller pour la communication de Nicolas Sarkozy, se félicite de «l'instinct prémonitoire » du policier. Il envoie des textos aux journalistes pour qu'ils reprennent l'information. A l'Elysée, on s'agite pour que cette polémique se développe, et qu'elle cache la misère de Sarkofrance. Depuis le lancement du funeste débat sur l'identité nationale, les édiles de Sarkofrance se sont bel et bien engagés dans une «purification symbolique de la nation».

Inaudible et fatigué
Le Monarque ne réalise pas que ce type de vacarme ne fait plus illusion. Les sondages se suivent et se ressemblent. Les Français ne croient plus à l'efficacité sarkozyenne. Deux tiers des sondés répètent régulièrement qu'ils désapprouvent la politique du gouvernement. Leurs soucis sont ailleurs, dans la crise, la précarité, les retraites. Les attaques spéculatives contre la Grèce menacent la stabilité de la zone euro.

«En 2012, je changerai tout » a confié Nicolas Sarkozy à un proche. Il semble conscient de son échec: impopulaire, instable, inaudible, le Monarque cherche à rebondir. Tout le monde l'écoute mais personne ne le croit. Depuis des mois, il répète qu'il veut être plus sobre, plus calme, plus présidentiel. Et pourtant, presque chaque semaine, le voici qui replonge. Une rumeur d'infidélités conjugales le frappe, et il lance les services de contre-espionnage à la traque des auteurs. Depuis des mois, il (se) répète qu'il doit se concentrer sur les plus grands dossiers. Et le voici qui se réfugie dans les sujets anecdotiques comme les 2000 Burqas.

Jeudi, il était à Chambéry. Le déplacement devait être paisible. Il s'agissait de célébrer le 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie à la France. Sarkozy a tenté de s'afficher apaisé et presque lyrique. Il loue la Savoie comme «comme un condensé de France», il applaudit l'identité savoyarde, son «ardent patriotisme français»

Sur son chemin, il salue un jeune homme goguenard, qui aussitôt s’essuie la main ostensiblement sur son pull. Sarkozy ne peut s'empêcher de réagir par une vanne de caïd : « Fais pas le malin, toi. Fais pas le malin ». Décidément, ce Monarque est incapable de maitriser son calme.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

1 commentaire:

  1. La baisse dans les sondages a l'air durable mais, comme je le disais chez Le Coucou, je vois qu'on prépare 2012 sur les mêmes bases que 2007 : trouver un sauveur, un chef, un leader idéal. On risque les mêmes ennuis après le scrutin !
    :-)

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