16 avril 2010

Comment Sarkozy se moque des fins de droits

C'est l'histoire d'un président obnubilé par ses élections qui choisit, en novembre, de parler identité nationale plutôt que chômeurs en fin de droits et fin de ressources. Qui subit une déroute électorale comme jamais son camp n'en a eu en quelques décennies. Qui redécouvre une belle après-midi d'avril que le sujet est finalement grave... pour ne lâcher qu'une «allocation exceptionnelle» ... sous condition.

C'est une histoire, celle de Nicolas Sarkozy, un président roublard, mais fébrile. 


1. Sarkozy a ignoré le problème pendant 6 mois.
La nouvelle avait fait grand bruit, début janvier. Près d’un million de chômeurs allaient perdre leurs droits à indemnisation d’ici l’automne. L'information avait été livrée par la direction des statistiques, enquêtes et prévisions de Pôle emploi en novembre. Mais Eric Besson lançait son funeste débat sur l’identité nationale. L'attention médiatico-politique était ailleurs. Sur ce total, on annonçait déjà que 38 % d’entre eux seulement auront accès à une aide sociale. Lors de son sommet social préfabriqué le 15 février dernier, Nicolas Sarkozy n'avait pas grand chose à dire sur le sujet.

Après une première réunion en mars entre Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat à l’Emploi et les partenaires sociaux, le gouvernement reconnaissait enfin le problème : 360 000 personnes vont perdre tout revenu d'ici la fin de l'année. Il a fallu attendre 6 mois pour le Monarque daigne se pencher sur le problème. Des mois où l'identité nationale, les quelques centaines de Burqas recensées en France, ou la fiscalité de régions ont été préférées par les stratèges de l'Elysée et de l'UMP à la situation - pourtant connue - des fins de droits.

2. Sarkozy refuse d'abord.
En janvier, lors d'une première réunion avec Wauquiez, les syndicats préconisaient une extension des durées d’indemnisation (+555 millions de surcoût pour un mois ; 1,3 milliards d’euros pour 3 mois). Cette piste a été refusée par le gouvernement. Wauquiez a préféré recommander de «répartir» différemment l’assurance chômage puisque, selon lui, ce problème est avant tout une « question de gestion de l'assurance dans la crise ».

3. La défiscalisation des heures supplémentaires a aggravé le problème.
On oublierait presque que la défiscalisation des heures supplémentaires a précipité davantage de salariés précaires (intérim, CDD) dans les bras de pôle emploi, qui, une fois chômeurs, sont allés constituer le gros des bataillons des « fins de droits. » Dès avril 2008, l'emploi intérimaire s'est effondré.

4. Sarkozy propose ... peu
Jeudi, Sarkozy profita d’une visite d’une agence de pôle emploi, à Gonesse (Val d'Oise), pour demander au gouvernement et aux partenaires sociaux de prévoir une «allocation exceptionnelle». Il a choisi de jouer la compassion: «nous ne laisserons personne au bord de la route» . La débâcle aux régionales est passée par là. L'Elysée a rapidement publié un communiqué, le même jeudi dans l'après midi: « »
Le geste sarkozyen est somme toute minable: l'Elysée a confirmé que «l'Etat était prêt, avec les partenaires sociaux et, si possible, avec les régions, à dégager plusieurs centaines de millions d'euros supplémentaires afin de proposer à tous ceux qui sont aujourd'hui sans solution.» Vous avez bien lu: «plusieurs centaines de millions d'euros supplémentaires.» Au final, l'aide évoquée par le monarque serait d'un «montant proche à celui de l'ASS» - soit 450 euros par mois au maximum. Un bien maigre «filet de sécurité», de surcoût que l'Etat ne veut pas assumer seul. Sarkozy a annoncé en effet qu'il attendait des régions qu'elle cofinance le dispositif. Les caisses sont vides, rappelez-vous

5. Sarkozy y met quand même des conditions.
La droite sarkozyenne n'aime pas l'assistance. C'est un terme tabou. Jeudi, il fallait sauver les meubles. Sarkozy a donc rappelé «la logique de droits et devoirs. » Il faut qu'il y ait du donnant-donnant, un joli principe, mais qui élude la question principale : quelles seront les conditions imposées aux chômeurs en fin de droits et sans ressources aux formations ou contrats aidés qui leur seront proposées ? Si ces conditions sont inacceptables (par exemple un éloignement géographique plus coûteux que la faible rémunération proposée), que deviendront-ils ? L'Elysée a rappelé la menace:
«Quand ceci ne sera pas possible, le chef de l'Etat a donné son accord pour qu'un filet de sécurité puisse être mis en place de manière exceptionnelle et indiqué que l'Etat était prêt à cofinancer avec l'assurance chômage cette aide exceptionnelle, d'un montant qui pourrait être proche de celui de l'allocation spécifique de solidarité. Il a précisé que cette aide ne serait pas accordée si le demandeur d'emploi a préalablement refusé une formation ou un contrat aidé.»

Jeudi soir, le gouvernement, puis l'Elysée se sont félicités, sans surprise, de la conclusion d'un accord à l'issue de la réunion organisée chez Laurent Wauquiez. La belle affaire ! Sarkozy commence par ignorer le problème, en novembre, subit une déroute électorale en mars, répond enfin, a minima, en avril, et voici le communiqué triomphant: «Cet accord est une nouvelle illustration de la volonté qu'ont l'État et les partenaires sociaux d'apporter ensemble des solutions concrètes à des situations difficiles. »Quelques 705 millions d'euros seront consacrés à un «plan de rebond pour l'emploi» qui comprend des formations rémunérées pour 70 000 personnes, des contrats aidés pour 170 000 autres, 50 000 contrats initiatives-emplois (CIE), et 120.000 contrats d'accompagnement pour l'emploi.

Le plan prévoit aussi une allocation temporaire, sous conditions elle aussi.

Comme le voulait le président.

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1 commentaire:

  1. Bonjour Juan !

    Le locataire provisoire de l'Elysée est donc bien égal à lui-même : il est le président de tous les français.... qui ont de la thune. Les autres, passez votre chemin, ou allez rejoindre l'abbé Pierre là où il est maintenant.

    Les enfants sont sans pitié !

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