15 avril 2010

Retraites : la mère de toutes les batailles ?

Ce mercredi, le Conseil d'Orientation sur les Retraites, a rendu son fameux rapport sur «l'actualisation des perspectives à long terme du système de retraite». La concertation a enfin commencé. Nicolas Sarkozy avait pourtant annoncé, lors de ses voeux le 31 décembre dernier, que la réforme des retraites serait l'un de ses grands chantiers pour l'année 2010. Quatre mois plus tard, le gouvernement n'a pas dévoilé ses intentions. Comme s'il s'agissait de faire traîner le débat jusqu'à l'été, avant de légiférer dans le creux des vacances.

Retraites, un sujet fédérateur à droite ?
L'Elysée aurait pu se servir du débat sur les retraites pour mobiliser son camp. Il y a peu de clivages à droite sur le sujet : allonger la durée de cotisation et retarder l'âge de départ à la retraite sont les deux (fausses) bonnes idées de la droite classique. Le débat sur les retraites pouvait aussi être l'occasion pour remettre le fameux slogan du travailler plus au goût du jour.

Mais la mayonnaise prend mal. Les élections régionales sont passées par là. La déroute électorale de l'UMP et la gronde de la majorité contre Nicolas Sarkozy ont laissé des traces. L'obstination présidentielle sur le bouclier fiscal a mis à mal le consensus à droite. A cause du bouclier fiscal, les inévitables futures hausses d’impôts pour rééquilibrer les comptes publics et sociaux comme ceux des retraites ne concerneront pas les foyers les plus fortunés.Voici le hic, fiscal cette fois-ci : le financement des retraites a été pénalisé par les niches fiscales, comme par exemple, la défiscalisation partielle des heures supplémentaires qui coûte 2,5 à 3 milliards d'euros de cotisations retraites, remboursée par l'Etat à la Sécu chaque année.

Bloqué dans ses principes, le gouvernement jure que les impôts n'augmenteront pas, ni pour les riches, ni pour les pauvres. Eric Woerth a clairement annoncé, lundi dernier, que le gouvernement n'envisageait aucune hausse des prélèvements: «Il y a un sujet sur lequel évidemment le gouvernement n'est pas ouvert, c'est l'augmentation des prélèvements». Pas touche aux impôts ! Certains totems sarkozens sont toujours debout. 

Pour ce fichu débat, l'Elysée, en la personne du conseiller spécial Raymond Soubie, a concocté un calendrier faussement long, franchement très serré : première rencontre entre Eric Woerth et les organisations syndicales le 12 avril,  rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) le 14 avril, discussions bilatérales entre gouvernement et syndicats jusqu'en mai, chiffrage parallèle des propositions par le COR. Le gouvernement ne dévoilera ses propres options quà la mi-juin. En juillet, le texte définitif de la réforme sera présenté en Conseil des ministres, pour un vote en septembre.

Mercredi, Eric Woerth s'est ainsi permis d'envoyer un courrier à presque tous les partis politiques: «je serais très heureux de pouvoir vous rencontrer, d'ici la fin du mois d'avril, afin que vous puissiez me faire part de l'analyse que votre formation politique fait de la situation des régimes de retraite français et de vos propositions en la matière». La consigne est claire. Il faut jouer à la concertation jusqu'au bout.  Les destinataires étaient le Parti socialiste, l'UMP, le PCF, le Parti de Gauche, le Nouveau Centre, les Verts, le MPF (de Philippe de Villiers), le PRG (de Jean Michel Baylet), le Modem, et même le Front national. On notera l'absence du NPA.

La peur du vide
C'est une bombe, la vraie, celle que tout le monde attendait. Pour sa réunion d’information du 14 avril, le COR a donc chiffré différents scénarii d’évolution de nos régimes de retraites : le plus optimiste place l’assurance vieillesse toujours déficitaire (-71 milliards d’euros) en 2050. Il parie sur un retour (improbable) au plein-emploi en 2024 avec un taux de chômage à 4,5 %, et une augmentation annuelle de la productivité du travail de 1,8 %. Le pire scenarii porte le déficit à 114 milliards d’euros en 2050. Le chiffre astronomique de 2 600 milliards d'euros de déficit cumulé s'est affiché en grand sur une page du quotidien Le Monde. Sans rire ? Le quotidien précise cependant sa source : «selon des sources gouvernementales». Avec les retraites, il faut faire peur. Et c'est facile. Chacun s'imagine vieux et sans ressources. C'est une peur collective facile.

Mercredi, chaque responsable de la majorité y est allé de son commentaire, grave et sombre. «Les contraintes sont implacablement démographiques et c'est pourquoi nous avons besoin, non pas de mesures conjoncturelles et symboliques, mais de mesures structurelles. Ne nous y trompons pas, la crise a aggravé le déficit, elle n'en est absolument pas la cause (...). Face à ce constat, nous sommes obligés d'agir, sinon notre système de retraites s'effondrera sous le poids des déficits» a expliqué François Fillon.

Comme le rappelait le Monde, Nicolas Sarkozy a trois objectifs : rassurer les marchés financiers (pour conserver la fameuse note AAA qui régit la signature de la France pour ses emprunts), rassurer l’opinion après avoir agiter la menace d’un effondrement du système, et … diviser l’opposition en la plaçant au pied du mur. Mais Sarkozy est lui-même coincé par l’un de ses propres tabous, la non-augmentation des prélèvements obligatoires. Toute fissure du bouclier fiscal ou élargissement du financement des prélèvements – par exemple aux revenus financiers – pourra et devra être perçu comme une victoire des opposants à Nicolas Sarkozy. Le rapport du COR souligne d’ailleurs que le simple report de l’âge de départ à la retraite après 60 ans n’est certainement pas la panacée. Il faudra jouer avec tous les paramètres (augmentation des financements, réduction des droits, etc).

Retraites, le faux débat ?
On l'a dit et répété : le débat est mal enclenché. Primo, la question de l'âge de départ à la retraite est une question inopérante tant que l'on omet de discuter assiette et modalités de calcul de cette solidarité nationale. La retraite à taux plein suppose un départ à 65 ans pour les salariés et non-salariés du secteur privé. Et la durée d’assurance sera de 164 trimestres, à compter de 2012. Pourquoi le gouvernement Sarkozy s'acharne-t-il à brandir l'âge de 60 ans comme un épouvantail faussement clivant ? Laurence Parisot, présidente du MEDEF, a d'ailleurs encore exhorté le gouvernement ce week-end à bouger cette âge vers 62 ou 63 ans. Le COR, dans ses derniers chiffrages, estimait qu'un relèvement à 61 ans et demi et 166 trimestres de cotisations améliorerait les finances de l'assurance vieillesse de 4 milliards d'euros, alors que le déficit est estimé à près de 100 milliards en 2050 (dixit Parisot).

Secundo, on ne parle aussi que trop peu de la complexité d'un système de retraite construit il y a plus d'un demi-siècle sur des fondamentaux socio-économiques qui ont changé. Et l'allongement de l'espérance de vie n'est pas le changement le plus déterminant. La variété des parcours professionnels, les alternances de périodes d'activité et de chômage, les changements de statuts ou d'entreprises rendent incompréhensibles et imprévisibles les retraites futures pour nombre de Français. Tertio, les précarités nouvelles sont insuffisamment prises en compte dans le calcul des retraites. Le Medef refuse - pour le moment - toujours de tenir compte des écarts d’espérance de vie entre catégories professionnelles.

Un président tacticien, une grosse peur, un débat encadré et partiel.... Sarkozy joue gros, et la France aussi.


Lire aussi :


Fiscalité : la nouvelle donne ??
envoyé par politistution. - L'info internationale vidéo.

6 commentaires:

  1. Article très bien ficelé ; une fois de plus, et osé-je dire : comme toujours chez vous SARKOFRANCE. J’aime les textes où la rigueur est au rendez-vous, où la rigueur de la pensée et dans l’expression de celle-ci prime la polémique même. Et en fait de polémique, ce que vous mettez au jour est la réalité pure et simple ; c’est malheureusement un constat plus que du dénigrement, avec les yeux de la clairvoyance plus que le travers de la caricature. Pardon si mon modeste billet reste dans la simple considération générale : je voulais remercier l’auteur du susdit article. Son blog fait œuvre d’utilité publique.

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  2. Merci pour le lien vers mon article sur le bouclier antisocial :)

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  3. Grèce : le FMI enverra lundi une mission pour discuter d'un prêt.

    Le Fonds monétaire international a annoncé jeudi qu'il enverrait lundi 19 avril une mission de ses représentants à Athènes pour discuter des conditions permettant un éventuel prêt à la Grèce, qui traverse une grave crise financière.

    http://www.romandie.com/ats/news/100415134601.2cqtu5wr.asp

    C'est terminé.

    L'Union Européenne est morte.

    Maintenant, son cadavre va pourrir.

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  4. Les retraites : comment collecter, comment payer

    I – La collecte
    A – Pour les employés des entreprises, professions libérales
    1 ) Augmenter de 5% la part employé pour le premier seuil, de 7% la part employé pour le second seuil
    2 ) Augmenter de 9% la part patronale
    3 ) Supprimer toutes les exonérations patronales
    4 ) Ajouter une pénalisation de 2% à la part patronale pour les emplois en CDD
    5 ) Ajouter une pénalisation de 2% à la part patronale pour les temps partiels (cumulable avec le N°4)
    B - Pour les fonctionnaires
    1 ) Augmenter de 7% la part agent
    2 ) Augmenter de 7% la part de l'État
    3 ) Ajouter une pénalité de 4% à la part de l'État pour les contrats simples
    C – Pour tous
    1 ) Les retraites complémentaires sont interdites par la loi. Les sommes collectées par les sociétés de retraite complémentaire sont reversées avec les intérêts au système général.
    2 ) Les revenus de placement sont taxés de 7% au titres des cotisations à retraites

    II – Les prestations
    A – Les montants
    1 ) Les employés du public comme du privé, les personnes à leur compte, les chefs d'entreprises, les professions libérales : pour ceux à plein temps le minimum est fixé au SMIC sur la base de la durée réelle moyenne du travail, soit 39 heures. Le SMIC est majoré de 20%.
    2 ) Pour les temps partiels, le montant ne saurait être inférieur à 75% du SMIC
    3 ) Pour ceux dont la durée de cotisation manque de trimestres pour arriver au taux plein, la minoration est de 2% par trimestre
    4 ) Le montant maximum de la retraite ne doit en aucun cas dépasser 3 fois le SMIC quelle que soit la profession.
    B ) Les cas spéciaux
    Sauf erreur ou omission, il n'y a plus de cas spéciaux. Ainsi, les Représentants du Peuple ne peuvent avoir une retraite en tant que tels que sur la base de trois fois le SMIC selon le calcul des trimestres manquants.
    C – Les conditions
    1 ) Le droit officiel à la retraite est atteint au bout de 37 ans et 6 mois de cotisation, pour tous.
    2 ) L'âge butoir maximal de départ à la retraite est 65 ans, l'âge moyen prévu étant 60 ans. Une liste de métiers particulièrement pénibles est créée, donnant le droit à la retraite à 55 ans sans minoration. Soit dit en passant, cela oblige nos vieux politiciens à quitter tout mandat avant 65 ans : bonjour, la soupe à la grimace !

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  5. Du grand bourgeois apatride jusqu'au populo patriote, tous ont le coeur pourri depuis l'école, par le matérialisme... Que voulez-vous ?... Si on oppose un ordre naturel on est taxé de facho, donc de nazi, etc... Vous pouvez crier pendant des décennies aux manquements du Système, d'autres sont passés avant. Mais tant que les gens auront ces coeurs pourris, tous de la même fibre cupide, pognonisés, ce sera toujours le grand pognon qui baisera le reste... Et cela, pour le coup, de façon très naturelle !...

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