13 avril 2010

Sarkozy recevait son ami Berlusconi... pour rien.

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy recevait le président du Conseil italien Silvio Berlusconi. L'homme est un soutien, un allié, un modèle et un repoussoir.Mais à quoi pouvait donc servir cette rencontre ?

Berlusconi est en pleine forme
Donné perdant aux récentes élections régionales, Silvio Berlusconi a largement limité la casse. Son parti a remporté un total de six régions contre sept à la gauche, un résultat au-delà de ses espérances. En France, Sarkozy a subi une déroute historique, alliant abstention, regain du Front National et effondrement des votes en faveur de la droite classique. Le premier ministre italien est parvenu à redresser sa cote de popularité. En France, celle de Sarkozy stagne toujours. «Berlu» a subi des attaques sur sa vie privée nettement plus fortes et offensives que son homologue français. Il faut avouer que ses déboires conjugaux avaient une autre ampleur (relations avec mineur, photos nues avec call-girls, etc). En France, Sarkozy a transformé une simple rumeur d'infidélités conjugales en affaire d'Etat. Bref, «Il Cavaliere» est un modèle inatteignable pour Sarkozy.

Du nucléaire français en Italie ?
La visite de l'ami italien a été l'occasion de signer un accord entre ENEL et AREVA pour la refonte du parc nucléaire transalpin. Sarkozy se félicite trop rapidement de cette «décision historique du gouvernement italien de M. BERLUSCONI de faire le choix du nucléaire». Berlusconi l'annonçait déjà il y a deux ans.
Enfin un succès pour la filière nucléaire française ? Pas vraiment. L'accord ne fait que préciser les champs d'une «possible» coopération entre EDF, Enel et Ansaldo Energia, qui détient 100% de la société Ansaldo Nucleare, pour le développement et la construction des 4 réacteurs nucléaires de technologie EPR en Italie. En fait, la décision de construction de nouvelles centrales n'est pas encore prise, contrairement à ce qu'a laissé entendre Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse qui suivit leur rencontre. Silvio Berlusconi l'a précisé, en termes bien maladroits : « la décision de relancer le nucléaire est une décision nécessaire. Nous devons convaincre les citoyens qui vivent dans les zones où seront construits ces réacteurs qu'il s'agit de centrales totalement sûres.  Le Président Sarkozy me rappelait que beaucoup de centrales françaises, de toute façon, sont situées près des Alpes, donc de notre frontière. Par conséquent, si jamais -- c'est impensable - mais s'il devait y avoir un accident, les conséquences seraient ressenties également en Italie. Nous pensons lancer des campagnes à la télé et aussi en coopération avec les télévisions françaises pour faire des interviews, pour faire connaître au peuple italien l'opinion de ceux qui, en France, vivent près des centrales nucléaires. Donc, il y aura effectivement toute une période de maturation, de préparation de l'opinion publique italienne.»

Pour le reste, ce mini-sommet franco-italien n'a rien apporté de concret... n'en déplaise à Nicolas Sarkozy. Il faut écouter les deux présidents lors de leur conférence de presse. On peut supposer que la moindre décision aurait été portée aux nues médiatiques. Nous n'avons rien trouvé. Les deux hommes ont loué leur volonté commune sur divers sujets (sécurité énergétique, politique d'immigration, régulation, ect). A la Grèce toujours menacée par la spéculation, ils ont réaffirmé leur soutien. Aux journalistes qui leur demandaient comment ils comptaient résoudre leurs problèmes respectifs de déficits publics, ils ont affiché un peu d'autosatisfaction: d'après Nicolas Sarkozy, le gouvernement est «déterminé», et cela se verra dans les actes. Ensuite, petite leçon à nos «amis italiens»:  «Deuxième élément, je le dis pour nos amis italiens, nous avons engagé une politique qui est extrêmement volontariste avec le Premier ministre de ne pas remplacer plus d'un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. 100 000 postes de fonctionnaire ont été supprimés en trois ans. Jamais aucun gouvernement français n'avait engagé une action aussi profonde et elle continuera» a expliqué Sarkozy. Enfin, les déficits français sont moins importants que prévu, s'est-il réjouit.

Du côté de Berlusconi, même son de cloche: «En ce qui nous concerne, nous sommes sereins

Finalement, à quoi donc ce sommet a-t-il servi ? Aucune décision, aucune prise de position fracassante ou nouvelle, aucun prétexte international. On ne retient donc que cette signature d'une ébauche de partenariat en matière nucléaire. L'Elysée semble bien décider à redorer le blason de sa filière échaudée par l'échec faramineux de l'appel d'offre d'Abou Dhabi voici quelques mois.

Dès samedi, les mauvaises affaires reprennent
Quelques heures après le départ de son ami italien, le Monarque est entré dans une colère folle. Pas moyen de rester présidentiel plus de quelques heures. La venue de Berlusconi est chassée par un nouveau scandale très ... berlusconien. La rumeur de la prochaine nomination d'Alexandre Bompard, ancien collaborateur de François Fillon (en 2002-2003), et actuel président d'Europe 1 à la tête de France Télévisions, a franchement énervé Nicolas Sarkozy. Non pas que la nouvelle soit fausse. Mais Sarkozy n'a pas apprécié qu'elle fut ainsi dévoilé. Le blog du journaliste Renaud Revel,  de l'Express, parle de «vent de panique», avec colère et réunion improvisée à la Lanterne, cette résidence secondaire en bordure du Chateau de Versailles.

Ce week-end, Nicolas Sarkozy aurait mis son conseiller Pierre Charon «au piquet». Il lui aurait interdit d'assister à la réunion quotidienne des conseillers élyséens. La sortie publique de Charon contre Rachida Dati à propos de la rumeur d'infidélités conjugales aurait eu raison de la passion du Monarque. Pourtant, ce dernier a littéralement tétanisé la présidence, et par ricochet le gouvernement, il y a 10 jours. Pierre Charon a démenti : c'est la réunion elle-même qui a été annulée par Sarkozy...

Lundi, Nicolas Sarkozy s'est envolé pour Washington. Son exercice nucléaire franco-italien n'avait sans doute pas d'autres objectifs que de renforcer la position français au sommet sur le sujet qui s'y tient lundi. Sarkozy veut défendre l'industrie de l'atome, tout en jouant les durs et fermes contre le terrorisme nucléaire, et, notamment, l'Iran. La France n'apprécie pas la position américaine. Obama souhaite que les puissances nucléaires s'engagent vers un désarmement de leurs arsenaux atomiques. La France préfère conserver sa dissuasion nucléaire, grand principe intangible de sa politique de défense depuis le Général de Gaulle. Il n'est pas sûr que le rapprochement franco-italien impressionne Barack Obama.

A Washington, Nicolas Sarkozy a trouvé surtout un autre sujet d'agacement. Le ministre de la défense brésilien y est arrivé pour signer un accord de partenariat avec son homologue américain. C'est le premier dans le domaine militaire entre les deux pays depuis 33 ans. La vente des avions Rafale, annoncée comme signée par Nicolas Sarkozy à l'automne 2008 paraît compromise. Les industriels français sont, paraît-il, inquiets. Il y a de quoi.

2 commentaires:

  1. Dans les Etats européens, la dette publique s'est emballée. Selon la Banque des règlements internationaux, la charge de la dette va atteindre 10 % du budget de tous les Etats européens.

    This is confirmed by the projected interest rate paths, again in our baseline scenario. Graph 5 shows the fraction absorbed by interest payments in each of these countries. From around 5% today, these numbers rise to over 10% in all cases, and as high as 27% in the United Kingdom.

    C'est à la page 9 :

    http://www.bis.org/publ/work300.pdf?noframes=1

    Pour le Royaume-Uni, la Banque des Règlements Internationaux a prévu que la charge de la dette va atteindre 27 % du budget de l’Etat.

    Je dis bien : 27 %.

    C’est un pourcentage insupportable pour les Etats européens.

    C’est intenable car, pour payer un pourcentage toujours plus grand destiné à la charge de la dette, chaque Etat privatise, chaque Etat démantèle, chaque Etat détruit toutes les protections sociales.

    Or, en faisant cette politique-là, chaque Etat détruit la demande intérieure.

    Conclusion : un cercle vicieux est enclenché. Ce qui est en train d’arriver à la Grèce est ce qui va arriver aux autres Etats européens. En voulant rembourser ses dettes, l’Etat s’endette encore plus. En voulant rembourser ses dettes, chaque Etat détruit encore plus sa demande intérieure. Chaque Etat se prive de ses propres recettes futures.

    C'est un cercle vicieux.

    C’est un cercle vicieux qui nous emmène droit dans le mur.

    En Europe, nous allons assister à une longue épidémie : les défauts de paiement des Etats européens.

    La Grèce ne sera que le premier d'une longue série.

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  2. Berlusconi et Sarkozy, c'est un peu Fernandel et Stan Laurel, non !? En beaucoup moins drôle, évidemment !

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