31 mai 2010

Eric Woerth est individuellement pénible.

Eric Woerth a confié au Journal du Dimanche du 29 mai qu'il veut bien tenir compte de la pénibilité du travail dans la réforme des retraites, mais à condition que cette pénibilité soit évaluée individuellement. Eric Woerth finit par être pénible. Individuellement.

La réforme pénible d'un ministre pénible
Le ministre du Travail semble s'amuser à n'annoncer qu'au compte-goutte ses pistes de réforme des retraites. Ainsi, Eric Woerth a attendu le lendemain du mouvement de grève et de manifestations pour avancer d'un pas de plus sur la réforme des retraites : il souhaite de relever l'âge légal de 60 à 61, 62 ou 63 ans. Mardi, il indiquait qu'il faudrait reporter l'âge de départ. Vendredi, il précise la fourchette. «62, 63, 61, nous verrons tout cela». A la question de savoir si la barre des 65 ans pourrait être dépassée, le ministre reste évasif : «Il y a des fourchettes, ces fourchettes bougeront». Le recul à 62 ou 63 ans de l'âge de départ permet d'économiser rapidement 4 à 6 milliards d'euros. Qui paiera ces milliards ? Celles et ceux qui auront débuter tôt leurs carrières, c'est-à-dire les ouvriers, les employés, les artisans. Bref, les classes populaires. A côté de cela, la fameuse taxe exceptionnelle sur les hauts revenus génèrerait 600 millions d'euros. Un chiffre grotesque, et mal évalué. L'UMP débat encore de ce qu'est un «haut revenu». Xavier Bertrand a prévenu: «Je tiens à ce que le plafond soit défini de manière à ne pas toucher les classes moyennes ni même les classes moyennes supérieures

Samedi, Eric Woerth ajoutait une nouvelle information au dossier : «Nous réfléchissons à une logique d'individualisation». «Il ne s'agit pas seulement de la pénibilité intrinsèque des tâches, mais des effets différents qu'elle peut avoir sur différentes personnes, et de vérifier ces effets». Eric Woerth a une idée simple en tête: que l'ouvrier épuisé par une carrière débutée tôt aille chez le médecin justifier que son corps ne suit plus et mérite un repos amplement mérité. Qu'importe si statistiquement un ouvrier a 7 ans d'espérance de vie de moins qu'un cadre. Pas de question de généraliser ! Pas question que l'on se prive du travail pendant quelques années supplémentaires ! Le JDD confirme ainsi que le ministre du travail a retenu une approche dite par «exposition», soit-disant «consensuelle» : trois types de risques seulement sont retenus: «le contact avec des produits chimiques, le travail de nuit et le port de charges lourdes». Sont exclus le stress, les métiers aux gestes répétitifs comme caissière de supermarché. Le MEDEF suggère de laisser le médecin apprécier l’usure du salarié. Eric Woerth précise «Je ne vais pas recréer des régimes spéciaux». La réforme de ces derniers mériterait justement d'être évaluée... enfin.

La fausse réforme des régimes spéciaux
A la SNCF, les cheminots partent moins qu'avant à la retraite. Pour le gouvernement, c'est l'effet de la réforme des régimes spéciaux de l'automne 2007. En fait, comme pour l'ensemble du secteur public, c'est plutôt la crise qui semble responsable de cet allongement des carrières, les agents préférant retarder leur départ à la retraite à cause de la précarité de leur conjoint. En 2009, seuls 40% des cheminots qui pouvaient partir à la retraite l'ont fait : 4 800 contre 7 200. Les économies générées pour l'Etat s'élèvent à 31 millions d'euros. En juillet 2008, le gouvernement annonçait que sa réforme allait générer 282 millions d'euros d'économie dès 2012 sur la seule caisse de la SNCF. On voit mal comment ce chiffre très optimiste sera atteint en l'espace de 2 ans.

En 2009, l'assurance retraite a affiché un déficit de plus de 7 milliards d'euros. Le grand chahut gouvernemental sur les régimes spéciaux, et en premier lieu celui de la SNCF, était donc bien inutile. Surtout, la réforme s'est révélée au final coûteuse pour la SNCF : primo, les agents les plus âgés, donc les mieux rémunérés, restent dans l'entreprise. Secundo, la SNCF doit supporter des mesures d'accompagnement accordées aux cheminots par le gouvernement pour faire passer sa réforme en 2007. L'an dernier, un sénateur UMP établissait à 112 millions d'euros annuels le surcoût de ces avantages.

Déficits de la Sécu contre niches fiscales
Avant d'être au Travail, Eric Woerth a passé presque trois ans au ministère du Budget. Il connaît bien ses chiffres, et notamment l'importance relative des niches fiscales et des déficits de la Sécurité sociale.
La Sécurité sociale est sous-financée. On peut argumenter sur le poids des prélèvements nécessaires à son financement, cela ne change rien à la réalité du problème. Quand l'Etat dérembourse des frais de santé, il ne génère aucune économie. Il transfère la charge aux familles. En 2009,  la Sécurité sociale a ainsi coûté 313 milliards d'euros. Mais, crise oblige, la CSG a rapporté 1,7 milliards d'euros de moins qu'en 2008 (pour atteindre 68,4 milliards d'euros au total). Les dépenses ont cru de 3,1%, notamment à cause de la grippe H1N1. Le déficit global de la Sécu s'affiche ainsi à 20 milliards d'euros, dont 11 pour l'assurance maladie, 7 pour les retraites et 2 pour la branche famille.

Par comparaison, les niches fiscales ont coûté 75 milliards d'euros au budget de l'Etat la même année : le crédit d'impôt-recherche compte pour 5,8 milliards. S'ajoute l'ISF PME, créé en 2007, qui permet de réduire l'impôt de solidarité sur la fortune en investissant dans une PME, qui a coûté 670 millions d'euros. Ces dispositifs sont très critiqués : l'effort de recherche privé a stagné l'an dernier (+0,3%) et ce crédit est une aubaine pour les grandes entreprises alors qu'il était destiné aux PME innovantes. Seconde niche, la réduction de TVA à 5,5% pour travaux de rénovation coûte 5,15 milliards d'euros. Suit la prime pour l'emploi (4 milliards), le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile (une mesure pour les classes supérieures), l'imposition réduite des bons et contrats de capitalisation et d'assurance-vie (3 milliards), la réduction de la TVA sur la restauration (3 milliards, totalement gâchés), le nouveau crédit d'impôt pour développement durable (2,8 milliards), et l'abattement de 10% sur le montant des pensions (2,65 milliards). La plupart de ces niches ont été sous-évaluées lors de leur examen parlementaire: la Cour des Comptes avait relevé que ces 75 milliards d'euros de niches fiscales dépassent de 6 milliards le coût prévu au moment de leur adoption.

Au final, on peut ainsi dresser quelques comparaisons : le recul de 2 ans de l'âge de retraite représente peu ou prou ce que coûte l'exonération de charges sociales pour l'emploi de babysitter et femmes de ménages par les classes moyennes. Chacun ses priorités, n'est-ce-pas ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?




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30 mai 2010

CIVIPOL: des ventes d'armes au ministère de l'identité nationale

En lisant le dernier rapport de performance budgétaire du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, on tombe page 47 sur cette curieuse annotation:
L’exercice 2009 a vu une consommation très soutenue des crédits de la LFI. Ce résultat doit être mis en corrélation avec l’impact de trois mesures qui ont mobilisé, au-delà des missions classiques, la ressource du ministère :
- l’exécution d’une décision de justice visant à indemniser la société Eurotunnel (3 M€ en AE, 1,5 M€ en CP) dans le cadre du contentieux de Sangatte ;
- la mise en œuvre d’une action de coopération policière confiée à la société CIVIPOL (3,06 M€ en AE/CP) ;
- diverses actions spécifiques (migrants non admis sur le territoire : 0,92 M€ en AE et 0,98 M€ en CP ; démantèlement de la zone de regroupement des migrants en situation irrégulière située à proximité de CALAIS : 0,1 M€ en AE/CP).
Ainsi, les services d'Eric Besson ont eu recours à la société CIVIPOL Conseil. Et pour une belle somme : 3 millions d'euros pour la mise en oeuvre d'une action de coopération policière. Kessako ?

Sur son site, cette entreprise se décrit sommairement : «CIVIPOL est la société de conseil et de service du ministère français de l'Intérieur. Créée en 2001, elle propose à l'étranger des prestations de service dans les domaines d'expertise du ministère de l'Intérieur, en particulier en matière de sécurité intérieure et de protection civile. Son équipe est composée de cadres du ministère de l'Intérieur et de collaborateurs issus du secteur privé.» Son PDG est un préfet hors cadre, Alain Rondepierre, qui siège depuis 2003 en tant que représentant de l'Etat. CIVIPOL, société anonyme, est en effet détenue à 49% par l'Etat.

Son équipe repose sur «des experts ayant exercé des responsabilités professionnelles à un haut niveau dans leur domaine d'intervention (sécurité intérieure, protection civile, administration territoriale)» et «des spécialistes de la gestion de projets internationaux.»

Elle organise des séminaires, comme celui-ci sur le blanchiment d'argent de décembre 2009 à juin 2010. Elle réalise des missions de conseil, comme par exemple l'installation de caméras de videosurveillance à Paris. Elle conseille beaucoup en Françafrique, notamment pour le maintien de l'ordre: elle a ainsi travaillé en août dernier pour le Togo à la «sécurisation du processus électoral», à travers le «renforcement des capacités des responsables de la sécurité publique et la mise en place d’une structure de maintien de l’ordre pérenne, équipée et formée aux pratiques démocratiques de maintien de l’ordre.» Elle réalise des rapports sécuritaires de pays étrangers pour des entreprises voulant s'implanter. Elle fait du conseil en protection des expatriés.

Mais elle assure également la mise en oeuvre de ventes d'armements et équipements militaires. Son nom est ainsi apparu dans l'affaire Miksa. Ce contrat, finalement remporté par EADS en 2009, portait sur la fourniture d'équipements de surveillance des frontières  à l'Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy, dès sa nomination au ministère de l'intérieur en 2002, avait confié à CIVIPOL le contrôle de la bonne exé­cution du contrat.

Huit ans plus tard, CIVIPOL apparaît comme l'un des principaux sous-traitants du ministère de l'identité nationale. On aimerait en savoir davantage.

Elysée, députés, ministres : la rigueur n'est pas pour eux.

Vendredi 28 mai, Nicolas Sarkozy rentrait souriant de Genève. Grâce à lui, la France organisera le championnat d'Europe de Football en 2016. Le même jour, un député s'est attaqué en vain au cumul des indemnités de ses ministres. Le même député a pointé du doigt le dérapage des dépenses de l'Elysée en 2009. Une association a dénoncé les juteuses retraites de nos parlementaires.

Les députés ont une belle retraite.
«Un député touche, après 5 ans d’activité, la même retraite que le salarié du privé qui a travaillé 40 ans». L'association Sauvegarde Retraites a mis les pieds dans le plat, vendredi dernier. Il suffit d'un mandat à un député pour s'assurer 1 550 euros de retraite, 3 096 euros pour 2 mandats, 4 644 euros pour trois avec un maximum de 6 192 euros. En moyenne, cette dernière s'élève à 2 700 euros mensuelles. «Ainsi un député qui a exercé deux mandats et qui prend sa retraite à 60 ans, avec une espérance de 20 ans touchera, au total, 743 000 euros de pension alors qu’il n’aura versé que 137 160 euros de cotisation.» Ce régime est financé à 88% par des subventions de l'Etat. Il a coûté 56 millions d'euros en 2009, pour 60 millions de prestations. Les députés, comme les sénateurs, peuvent cotiser double pendant leurs trois premiers mandats, une possibilité qui est facultative pour les sénateurs. Ces dernières ont un système également très favorable mais couverts par leurs cotisations et par la capitalisation.

Last but not least, députés et sénateurs peuvent cumuler ces retraites confortables avec celles acquises au titre d'activités parallèles. A la différence du commun des citoyens, les parlementaires peuvent cumuler mandats publics et activité salariée en même temps. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, est un très bel exemple : député, il est aussi maire (de Meaux) et avocat d'affaires. Son collègue René Muselier (UMP) est député de Marseille, conseiller municipal et directeur de clinique privée. 

Rappelons qu'en France, le montant moyen de retraite globale s'élevait à 1535 euros pour un homme, et 979 euros pour une femme (données 2004).

Les dépenses de l'Elysée dérapent
Le député apparenté socialiste René Dosière agace. Il vient de réclamer un gel des dépenses de l'Elysée: « Je préconise que le budget de l'Elysée ait désormais une progression zéro volume, c'est-à-dire qu'il ne bouge pas, tout comme d'ailleurs le budget de l'Assemblée nationale» a-t-il expliqué.

Les dépenses de la Présidence se sont élevées à 114,3 millions d'euros en 2009, en apparente stabilité par rapport à 2008. Mais si l'on retranche les frais afférents à la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008, la progression ressort à 2,5%, soit 2,855 millions d'euros. Six fois plus que le budget général de l'Etat (0,4%). Dans le détail, on constate que les frais de déplacements du Monarque ont à nouveau explosé : 7,4 millions d'euros, soit une progression de 51% par rapport à 2008. Nicolas Sarkozy voyage beaucoup. La présidence de la République ne donne aucun détail sur ces déplacements.

Pire, l'Elysée ne sait pas maîtriser son budget: les dépenses réelles ont dérapé de 2,6 millions d'euros l'enveloppe allouée.

Le député Dosière mentionne  quelques points croustillants: ainsi, aucune explication n'aurait été donnée «sur la baisse du remboursement, par Matignon, du coût du pavillon de la Lanterne (à Versailles) 200 000 en 2008 et 153 000 en 2009. En 2010 sont prévus 35 000 euros

Nous avons l'explication : le château de la Lanterne, propriété de la Présidence de la République, n'est quasiment plus utilisé par les services du Premier ministre. Nicolas Sarkozy l'a réquisitionné à son profit pour ses weekends au repos quand il ne descend pas au Cap Nègre dans la résidence de la famille Bruni. On connaît donc désormais le coût de ces repos versaillais : près de 200 000 euros par an.

Autre détail livré par René Dosière, l'Elysée consacre de moins en moins d'argent aux «aides sociales accordées traditionnellement par la Présidence de la République aux personnes en difficulté démunies de ressources.» Les sommes n'ont certes jamais été très importantes, mais la diminution quasiment de moitié depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy est à noter: de 298 000 euros en 2006, elles sont tombées à 174 000 euros en 2009.

Les ministres cumulent les indemnités.
Autre sujet d'inquiétude du député Dosière, le cumul d'indemnités par les ministres: on frise la gabegie, et la nausée. La plupart des ministres cumulent des mandats locaux en sus de leur fonction au gouvernement : Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, est également première adjointe à la mairie de Saint-Jean-de-Luz; Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la Justice, vient de lâcher la mairie de Mulhouse, mais reste conseiller municipal. Tout comme Pierre Lellouche (Affaires européennes) à Paris, Nora Berra (Aînés) à Lyon et Benoist Apparu (Logement) à Châlons-en-Champagne. Chantal Jouanno, Rama Yade, Valérie Pécresse sont conseillères régionales en Ile-de-France;  Nadine Morano (Famille) cumule les mandats de conseillère municipale à Toul et conseillère de Lorraine. Certains ministres sont carrément maires : Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, à Nice ; Hubert Falco à Toulon; Nathalie Kosciusco-Morizet (quand elle ne twitte pas ses états d'âme de secrétaire d'Etat au numérique) à Longjumeau; Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, au Puy-en-Velay (depuis 2008); Luc Chatel (Éducation nationale) à Chaumont; Eric Woerth à Chantilly; Éric Besson à Donzère (Drôme); Hervé Morin à Épaignes (Eure).

Vendredi 28 mai, René Dosière a donc déposé trois amendements prévoyant que les ministres qui ont conservé un mandat de maire ou d'élu local ne perçoivent, «au titre de ses mandats locaux, aucune rémunération, aucune indemnité et aucun avantage».

Sans surprise, ces amendements ont été refusés ... sans aucune explication.



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29 mai 2010

160ème semaine de Sarkofrance : comment Sarko a endormi les Français sur les retraites

Nicolas Sarkozy aurait réussi son coup : briser la résistance des Français sur la réforme des retraites. Grâce à une communication hypocrite, un faux débat, des chiffres truqués, et une bonne dose de mauvaise foi, le Monarque a évité une démonstration de force massive dans les rues jeudi dernier. Les rentiers seront heureux. Sarkozy a joué son rôle, celui d'un chef de clan, d'un président de classe qui protège leurs intérêts.

La retraite au compte-goutte
Le weekend dernier, quelques journaux publiaient les pistes de réforme des retraites retenues par Nicolas Sarkozy. Fidèle  son habitude, Sarkozy a fait démentir ces fuites bien opportunes. Rien ne serait tranché. Depuis des semaines, le gouvernement joue ainsi à cache-cache. Cette communication hypocrite se joue à deux niveaux : des conseillers, Raymond Soubie en tête, briefent quelques journaux de l'état des réflexions gouvernementales, pendant que des ministres assurent, la main sur le coeur, que la concertation doit se poursuivre. Les options retenues sont en fait connues depuis longtemps : le recul de l'âge de départ à la retraite dès le 1er janvier prochain (progressivement jusqu'à 63 ans) et l'allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein (au-delà des 41,5 annuités initialement fixées pour 2020). Mardi, Eric Woerth a enfin officiellement confirmé le premier point. Il y a deux ans, le président français expliquait encore publiquement qu'il ne toucherait pas à ce curseur car il n'avait pas été élu pour cela. Eric Woerth a aussi expliqué, juste avant la grève du 27 mai, que l'alignement du secteur public sur les conditions du secteur privé serait pour plus tard. La démarche est habile, et illustre la stratégie présidentielle. Il s'agit de cliver à tout prix, diviser pour mieux régner. Sarkozy est en campagne. Il est président de l'UMP et déjà futur candidat. En isolant les régimes spéciaux du reste de la réforme, Woerth se protège de grèves trop importantes, comme en 1995, et clive le pays suivant une ligne de partage qu'il affectionne particulièrement.

«Cliver plus »
Pour cliver un peu plus le débat, le Monarque a demandé à ces proches de taper sur l'opposition. Mardi, en marge d'un déplacement officiel à Beauvais, Nicolas Sarkozy a réquisitionné le palais des congrès voisin pour un meeting politique à huis clos avec 1200 militants UMP. Il s'est lâché contre ... François Mitterrand, et la retraite à 60 ans, instaurée en 1983. Le Monarque se trompe de siècle. Tout est bon pour protéger le capital et la rente. Ces derniers ne contribuent que pour 20% aux 860 milliards de prélèvements obligatoires qui financent notre système public et social. Le taux de prélèvements obligatoires sur le capital reste modeste (18%). Insupportable pour Sarkozy. La grande imposture continue: après le «Travailler plus», voici le «Travailler plus longtemps».  Le gouvernement a bien concédé le principe d'une taxation supplémentaire des hauts revenus et du capital. Mais elle sera finalement symbolique, partielle et ridicule : on annonce 600 petits millions d'euros. Aucune mesure de contribution des revenus du capital et de la rente n'est avancée pour le moment. Le gouvernement «réfléchit». Quand il s'agit de taxer les plus riches, il prend son temps. Quel contraste avec le plan de sauvetage des banques de l'automne 2008 ! La Cour des Comptes vient d'en dresser le bilan. Elle épingle l'absence de contreparties négociées par le gouvernement. L'Etat ne tirera aucun profit des sommes prêtées ou garanties aux banques françaises : à court terme, Sarkozy s'était félicité des 1,4 milliards d'euros d'agios récoltés. En fait, des coûts différés (350 millions d'euros dès 2011) vont progressivement annuler ces bénéfices d'un jour.

Sur les retraites, certains pompiers pyromanes n'ont d'ailleurs pas compris la leçon de la catastrophe boursière d'il y a deux ans. Hervé Novelli, le secrétaire d'état au Commerce et au Tourisme, a exprimé tout haut ce que certains pensent tout bas à l'UMP : il regrette que la capitalisation soit exclue des réflexions. Placer l'avenir de sa retraites dans les mains de quelques traders ? Quelle bonne idée !

Vendredi, le Figaro relayait les propos de l'Elysée: les manifestations de la veille ont été modestes, la grève aurait été peu suivie. La tactique gouvernementale serait validée. La une du journal semble plus que jamais se concocter à l'Elysée : «la faible mobilisation ouvre la voie à la réforme». Raymond Soubie confie que «le débat a fait du bien dans le pays.» Quel débat ? Le même conseiller explique d'ailleurs, en off cette fois-ci, que la communication «au compte-gouttes » du gouvernement a permis de «mithridatiser» les Français. 

Peaufiner l'image
Discrètement, un web-documentaire sur Carla Bruni a été retiré de la Toile. Constitué d'images publiques, et notamment d'extraits d'Eurotrash en 1996 où elle traduisait bien volontiers quelques extraits d'un guide sur le sexe et l'amour, il dérangeait visiblement les communicants élyséens. L'image de la première dame doit être lisse et claire.  L'élection approche. Il faut effacer toutes les traces Bling Bling qui pourraient heurter l'électorat conservateur. Le weekend dernier, Nicolas ne travaillait pas, Pentecôte oblige. Mais il s'est affiché au bras de son épouse Carla sur les Champs-Elysées. L'image souriante du couple présidentiel se promenant parmi des agriculteurs et des badauds tout aussi souriants a fait le tour des rédactions. Et quand Nicolas transpire, Carla lui essuie gentiment le front.

Le lendemain, à Beauvais, Sarkozy voulait également se montrer souriant et détendu au milieu d'élèves du collège Fauqueux. Mais il fut chahuté. Un malotru lui a jeté une bouteille d'eau en plastique vide sur l'épaule.

Vendredi, Nicolas Sarkozy revenait heureux de Genève. L'UEFA a accordé l'organisation de l'Euro 2016 à la France. Le Monarque pouvait être tout sourire. Michel Platini a même déclaré que son déplacement avait été utile. Pour une fois que Sarko sert à quelque chose !

Le 18 juin prochain, le Monarque jouera à de Gaulle. Il se retrouvera dans les locaux de la BBC, là où le général de Gaulle prononça son appel du 18 juin. Les conseillers élyséens l'ont martelé aux journalistes : c'est une première pour un président français.  La comparaison avec le sauveur du 18 juin risque d'être difficile pour Nicolas Sarkozy.

Cette communication organisée veut présidentialiser le Monarque. Est-ce efficace ?

Emploi, Sécurité, banlieues: des promesses pour qui ?
Mercredi et jeudi, Sarkozy et Horefeux ont fait de la politique sur le dos d'une morte, une jeune policière tuée par balles la semaine précédente lors d'un accrochage violent avec des gangsters à Villiers-sur-Marne. Nicolas Sarkozy s'est précipité à l'enterrement pour prononcer son oraison funèbre. Cette fébrilité présidentielle crée le trouble. On oublierait presque qu'il est responsable de la baisse des effectifs de la police et de la gendarmerie depuis 2007, et que ses propres résultats en matière de lutte contre l'insécurité sont tout simplement mauvais. Dès dimanche, Brice Hortefeux annonçait qu'il avait signé un décret autorisant l'équipement des polices municipales en Taser. Amnesty International s'indigne. Les syndicats de policiers dénoncent la mesure gadget et inutile.

Jeudi, François Fillon a enterré une réforme de plus: la politique de la ville. On ajoutera ce renoncement à la longue liste des promesses non tenues. En 2007, Nicolas Sarkozy promettait un plan Marshal pour les banlieues. En fait, nous avons un plan minable. En 2010, François Fillon répond qu'on n'a plus d'argent et qu'il faut attendre la réforme des collectivités territoriales. Fadela Amara, secrétaire d'état en charge du sujet, espérait convaincre de concentrer les aides sur les quartiers les plus pauvres. C'est raté. Elle devra attendre 2011. Ou 2012. Il paraît qu'elle voterait bien Strauss-Kahn si ce dernier était candidat. Pourrait-elle commencer par démissionner d'un gouvernement où elle ne sert à rien ?

Le chômage est reparti à la hausse. Avait-il vraiment baissé ? « Fin avril 2010, en France métropolitaine, 3 926 200 personnes inscrites à Pôle emploi étaient tenues de faire des actes positifs de recherche d'emploi (4 165 300 y compris Dom), dont 2 677 000 étaient sans emploi (catégorie A) et 1.249.200 exerçaient une activité réduite, courte ou longue (catégories B et C) » indique la DARES vendredi. Le cap des 4,5 millions de chômeurs est donc franchi. La ministre Lagarde ose l'explication suprême : «Le nombre de demandeurs d'emploi envoyés en formation ou bénéficiant de contrats aidés continue de progresser. Cette évolution encourageante permet de maintenir les compétences acquises et favorise le retour vers l'emploi». En d'autres termes, on cache autant que possible les chômeurs dans des dispositifs annexes. Cela ne créé aucun emploi, mais c'est bon pour les statistiques ! Seuls 22% des sorties des fichiers de Pôle Emploi sont attribuables à des reprises d'emploi. Les 78% restant sont des mises en formations, des radiations ou des cessation de recherche. Tous les curseurs sont mauvais : le chômage de longue durée augmente, tout comme celui des moins de 25 ans, des plus de 50 ans, des femmes, etc.

Des économies, pour qui ?
Le gouvernement cherche 600 nouveaux millions d'euros d'économies sur le dos de la Sécurité sociale. Pourquoi ? Le seuil d'alerte a été dépassé. Les frais "dérapent", nous explique-t-on.  François Baroin et Roselyne Bachelot ont rapidement identifié des pistes d'économies: baisses de prix de médicaments, baisse des indemnités journalières d'arrêt maladie, gel de certains crédits, les idées ne manquent pas… D'autres dépenses dérapent, mais les autorités de Sarkofrance n'en font pas tout un plat: vendredi, le député René Dosière s'est inquiété de l'évolution des dépenses élyséennes: en 2009, elles ont progressé de 2,9 millions d'euros, dépassant l'enveloppe allouée pour l'exercice. L'Elysée ne tient pas ses comptes. Les seuls frais de voyages ont dérapé de 8 millions d'euros par rapport à 2008. Au passage, on apprend que l'utilisation du château de la Lanterne, à Versailles, pour les weekends du monarque coûte près de 200 000 euros l'année. 

Vendredi, l'Assemblée nationale a également refusé, à trois reprises, des amendements de l'opposition visant à ce que les ministres qui ont conservé un mandat de maire ou d'élu local ne perçoivent, «au titre de ses mandats locaux, aucune rémunération, aucune indemnité et aucun avantage». La quasi-totalité des ministres et secrétaires d'état sont concernés. La rigueur n'est pas pour tout le monde.

Le même jour, une association dénonçait l'avantageux système de retraites des parlementaires, et surtout des députés: il suffit d'un mandat de 5 ans pour qu'un élu à l'Assemblée nationale dispose de l'équivalent de 40 annuités de cotisation d'un salarié. Bravo !

Ami sarkozyste, où es-tu ?




Les fausses promesses de Sarkozy sur les retraites



28 mai 2010

Cliver, effrayer ou lâcher : les vieilles recettes gouvernementales.

Près d'un million de manifestants (beaucoup moins selon la police) se sont rassemblés un peu partout en France. La réforme des retraites énerve. Nicolas Sarkozy joue à un mauvais cache-cache. La concertation initiée en janvier n'a trompé personne. Sur un sujet que Sarkozy a voulu présenté comme d'intérêt national et au-dessus des clivages, deux visions s'affrontent. A gauche, on aimerait parler répartition de l'effort de financement. A droite, on est coincé dans les tabous fiscaux du Monarque : pas touche aux riches !

Diviser
Les sondages concordent. Les Français interrogés sont défavorables à l'option défendue par le gouvernement. Ce dernier s'accroche à son nouveau slogan du «travailler plus longtemps» alors que l'emploi peine à redécoller. Dans le camp présidentiel, on fait feu de tous bois contre l'opposition. Il faut faire peur. La semaine dernière, Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, a bien gaffé en accusant le Parti Socialiste de vouloir taxer l'intéressement et la participation d'un tiers des Français. Un argument repris par François Fillon. On devine que le discours a été rodé à l'Elysée. Encore faudrait-il rappeler que l'intéressement est déjà taxé comme un salaire. Et que la participation ne concerne qu'un petit 20% de nos concitoyens.

«Alors que le gouvernement n'a annoncé sa mesure principale, le décalage au-delà des 60 ans, qu'il y a 24 heures, la réaction est relativement rapide. (...) Le gouvernement a choisi la méthode la plus injuste en décalant l'âge de départ, du coup les salariés se sentent concernés, notamment ceux qui ont des travaux précaires ou pénibles», s'est félicité le timide François Chérèque (CFDT). Il a raison. C'est le signe d'une inquiétude, non pas tant sur les retraites que sur une mauvaise réforme. Le projet de loi sera présenté le 20 juin prochain en Conseil des ministres, puis son examen débutera en septembre à l'Assemblée Nationale. Eric Woerth a confirmé le calendrier : «toujours est-il que la réforme se mettra en place dès 2011. Cette réforme ne concernera néanmoins pas dans l'immédiat les salariés des régimes spéciaux, notamment de la SNCF». En isolant les régimes spéciaux du reste de la réforme, le gouvernement joue un joli coup : il se protège de grèves trop importantes, comme en 1995, et clive le pays suivant une ligne de partage qu'il affectionne particulièrement.

Effrayer
Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, s'est distingué cette semaine. Mercredi, il a proposé d'équiper les policiers municipaux en Taser après la fusillade du jeudi 20 mai qui coûta la vie à une jeune policière à Villiers-sur-Marne. Jeudi matin, il confirmait avoir signé le décret Taser: «il y avait un obstacle juridique à ce que les polices municipales soient équipées de pistolets à impulsions électriques, c'est-à-dire en clair, pour l'essentiel, les Taser. Cet obstacle juridique est désormais levé puisque ce (jeudi) matin a été publié un décret que j'ai signé il y a quelques jours, permettant aux communes ayant des polices municipales de s'en équiper».

Que peut le Taser contre des armes à feu ? Les policiers ne sont pas dupes. «C'est se foutre de notre gueule», a expliqué Patrice Masante, du syndicat SNPM-CFTC. «Le Taser est un gadget ! Il faudrait plutôt que le ministère oblige tous les policiers municipaux à être armés». Le même jour, Nicolas Sarkozy n'avait pas de mots assez durs pour fustiger facilement, médiatiquement, opportunément, les auteurs du meurtre de la policière: «Les meurtriers d'Aurélie Fouquet, je le dis devant son cercueil, seront punis avec la sévérité qu'exige l'ignominie de leur crime (...) L'enquête est en cours, un suspect a été arrêté, un autre formellement identifié. Que nul n'en doute, la police dispose des éléments qui permettront d'interpeller tous les membres de cette bande de lâches assassins, tous. »  On appelle cela faire de la politique sur le dos des morts.

Le ministre de l'intérieur a également présenté son fameux plan Tranquillité Seniors au Conseil des Ministres de mercredi. Sa mise en place est annoncée pour le 1er juillet prochain. Hortefeux doit aussi travailler sur un «renforcement des peines réprimant les actes de délinquance les plus graves commis contre les personnes âgées ».  

Lâcher
Autre gaffeuse, Fadela Amara. La secrétaire d'Etat à ... (la Ville ?) ne sait toujours pas pour qui voter. On la comprend. Jeudi, Fillon a annoncé le report à 2011 de la réforme de la politique de la Ville, et notamment en faveur des banlieues. Le premier ministre a aussi gelé une proposition phare de Fadela Amara de recentrer les aides sur les quartiers les plus pauvres. La secrétaire d'Etat peut être déçue. Depuis mai 2007, on ne sait pas vraiment à quoi elle sert. Ministre de Nicolas Sarkozy, elle se déclare tentée par Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier fait un carton dans les sondages, auprès de l'électorat de droite. CQFD ? «Je trouve que Dominique Strauss-Kahn a des positions qui sont plus proches des miennes sur certains sujets, pas sur tous.» Bernard Kouchner aurait les mêmes états d'âmes. Incroyable?

Cacher
Il n'a pas 25 ans mais une biographie sort déjà en librairie. Il est l'un des fils du Monarque. L'éditeur a raison. Depuis l'affaire de l'EPAD, incroyablement mal gérée par Sarkoz-père, Jean Sarkozy s'est fait discret mais fait vendre. «Il est plus dans la réflexion, il ne veut pas que ses actes portent atteinte à son père et ses proches» explique un conseiller général Nouveau Centre des Hauts-de-Seine. Le fiston est surtout coaché par Claude Guéant, qui lui prépare des notes techniques pour ses assemblées départementales. La monarchie se met en place. Plus troublant est une autre révélation : Jean Sarkozy aimait jouer au football avec Yvon Colonna, plus tard condamné pour l'assassinat du préfet Erignac en Corse.

Tarder
François Fillon a annoncé que les misérables 450 euros d'allocations mensuelles et exceptionnelles pour les chômeurs en fin de droits qui (1) n'auraient pas refusé les offres de reclassements et/ou de formation proposées, et (2) se retrouveraient sans le sou, seraient versés à compter du 1er juin prochain. Le chômage s'est envolé depuis l'automne 2008. Les premières catégories frappées furent l'intérim et les contrats à durée déterminée, et ce dès avril 2008. Dès novembre 2009, les syndicats s'inquiétaient du nombre de fin de droits. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont attendu 6 pour discuter du problème, et encore 3 mois pour mettre en oeuvre quelque chose.

Communiquer
Il y a 10 jours, le gouvernement avait fait fuité dans les médias ses engagements pour les retraites, avant même de les transmettre aux partenaires sociaux. Concertation ... ou manipulation ? Eric Woerth teste et prépare l'opinion en dévoilant par petites touches et médias interposés ses propositions.







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Les Français, champions de la productivité.



27 mai 2010

Pourquoi Sarkozy attaque Mitterrand

Nicolas Sarkozy a choisi de politiser le débat sur les retraites. Un changement de tactique réfléchi après la débâcle des élections régionales de mars dernier. Il exige de ses proches qu'ils tapent sur l'opposition, reprend lui-même ses rencontres de militants UMP, et cible ses attaques sur des thèmes d'avant la crise. Nicolas Sarkozy s'est-il trompé de siècle ?

Président de l'UMP
En marge de sa visite dans un collège de Beauvais mardi dernier, le président de l'UMP - et accessoirement de la République - a rencontré un millier de militants UMP, à huis-clos, dans un Palais des Sports fermé aux journalistes. Heureusement, le Figaro était là pour relayer l'image d'un président satisfait et combatif.

Le Monarque est donc apparu content du débat en cours sur les retraites: «Les Français sont râleurs, parfois bougons. Mais en même temps ils sont lucides, intelligents et responsables. Ils sauront reconnaître qu'il n'y a pas d'autre alternative à nos réformes». Cette citation présidentielle peut sembler curieuse. Les conseillers élyséens et Eric Woerth s'échinent à démentir que leurs choix sont arrêtés, qu'il faut laisser sa place à la concertation et à l'échange. Mais les Français, croit savoir Sarkozy, seront de toutes façons convaincus qu'il n'y a pas d'autres alternatives que ses propres propositions. Pourquoi se concerter s'il n'y a aucun choix ? Pourquoi expliquer que rien n'est tranché si la messe est dite ? Le débat était en fait vicié dès le départ. A la fin de l'année dernière, le Monarque l'annonçait comme son chantier principal pour l'année à venir. La réforme des retraites était un sujet en or pour cliver l'opposition sur le funeste sujet de l'âge de départ. Il suffisait de peu pour raviver les divisions entre ceux favorables à son report (Bayrou, DSK) et les autres (Aubry, Front de Gauche, etc). Le piège n'a pas fonctionné. Le débat a rapidement glissé sur la fiscalité, et la juste répartition des prélèvements pour financer la solidarité nationale dont les retraites sont l'un des emblèmes. Eric Woerth a rencontrer tout le monde, sans jamais vouloir dévoiler les options gouvernementales que tout le monde pressentait. A droite, pas un responsable politique n'a omis de rappeler qu'il faudrait travailler et cotiser plus longtemps. Chacun a cherché à disqualifier les propositions de taxations supplémentaires. Mais, épuisés par la polémique sur le bouclier fiscal, Sarkozy et Woerth ont dû lâcher du lest, et promettre une minable contribution exceptionnelle de 600 millions d'euros sur les hauts revenus. Quand Woerth publia enfin ses 14 engagements en matière de retraites, l'opposition socialiste livra ses propositions, rapidement jugées plus équitables dans tous les sondages. Sarkozy s'agace. Il exhorte ses proches de taper sur Martine.

Candidat sans programme

Sarkozy semble surtout à court d'arguments nouveaux. Remplacer le "travailler plus" par un "travailler plus longtemps" ne convainc pas grand monde. Mardi à Beauvais devant ses militants, il a choisi de lancer quelques tacles d'un autre âge contre le parti socialiste : la retraite à 60 ans, instaurée par François Mitterrand en 1983,  serait une erreur. Et «cela irait nettement mieux si les socialistes n'avaient pas fait les 35 heures.» A l'Assemblée nationale, François Fillon s'en est donné à coeur joie pour relayer l'attaque sarkozyenne contre François Mitterrand. Le camp présidentiel s'est-il trompé de siècle ?

Sarkozy rejoue aussi sa partition du président qui travaille (sauf le lundi de Pentecôte), et qui n'aime pas l'insécurité: «Y en a certains, à gauche comme à droite, qui passent leur temps à penser à la présidentielle. Vous ne croyez pas qu'ils ont autre chose à faire ! Moi, mon travail, c'est de sortir les Français de la crise». Ou encore : «Les Français attendent que le président soit au front et pas derrière». On appelle cela «remettre le couvert» (dixit le Figaro).

A la Courneuve, dans la cité des 4000, des dealers sèment toujours la terreur, rapportait 20 Minutes. Où est donc Nicolas Sarkozy ? Mercredi, il assistait aux obsèques de la jeune policière Aurélie Fouquet, tuée le week-end dernier à Villiers-sur-Marne lors d'une fusillade de gangsters. Le président est toujours là pour prononcer les éloges funèbres de policiers ou soldats morts en service, et remplacer les actes par des discours. «Dans son esprit, la sécurité, c'est toute une chaîne» pouvait-on lire dans le Figaro. Les conseillers de l'Elysée ne savent plus quelle formule trouver.

On cherche vainement quelques bonnes nouvelles de l'action gouvernementale. Hervé Novelli s'est ainsi félicité, une nouvelle fois, du succès du statut d'autoentrepreneur. Les 338000 autoentrepreneurs inscrits avant le 31 décembre 2009 ont déclaré aux Urssaf un chiffre d'affaires global de 934 millions d'euros. dans le détail, à peine un autoentrepreneur sur deux a déclaré un revenu. La formule plaît, même si elle ne créé pas d'emploi. Hervé Novelli a surtout des idées très sérieuses sur les retraites. Les mêmes que le Medef. Malgré la crise financière, il aimerait qu'on ne néglige pas la piste de la retraite par capitalisation. Suggérer le soutien aux fonds privés d'épargne quelques mois après la quasi-faillite du système est surprenant. La proximité du secrétaire d'Etat au Commerce avec les milieux patronaux en devient troublante. Son directeur de cabinet vient d'être recruté par le Medef pour sa direction générale. Le pantouflage public-privé, en pleine mandature, ne choque plus personne.

Mardi, son collègue Eric Woerth a confirmé ce que tout le monde savait déjà, le report de l'âge de départ à la retraite. «Si on veut résoudre les difficultés de nos régimes d'ici à 2020 et augmenter la durée d'activité dans les prochaines années, il faut agir sur l'âge légal de départ à la retraite». Il n'a pas précisé de combien d'années il souhaite ce report. A l'UMP, on évoque un minimum de 62 ans. Il y a deux ans, le président français expliquait encore publiquement qu'il ne toucherait pas à l'âge de départ en retraite. A l'époque, il n'avait «pas de mandat pour cela.» Effectivement, son programme de candidat mentionnait explicitement que «le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer».
Que s'est-il donc passé ?



26 mai 2010

Sarkozy peaufine son image de candidat

Dimanche dernier, le couple Sarkozy déambulait sur les Champs Elysées, décorés aux couleurs de l'agriculture française. «Vous avez vu tout ce que je fais en ce moment» a lâché le président français. depuis des semaines, il ne ménage pas ses efforts pour séduire un électorat déçu, avec trois déplacements dans des fermes depuis janvier et une visite (controversée et cloîtrée) au Salon de l'Agriculture. Cette fois-ci, les médias s'en sont donnés à coeur joie: l'image souriante d'un couple présidentiel se promenant parmi des agriculteurs et badauds tout aussi souriant a fait le tour des rédactions. Quand Nicolas transpire, Carla l'essuie, un «geste sympathique de la Première Dame», a commenté Ruth Elkrief sur BFM TV. La visite était encore une fois surprise. Le comité d'organisation de "Nature Capitale" avait gardé le secret pour assurer au Monarque un bain de foule des plus tranquilles. Une communication bien organisée.



Après un lundi de Pentecôte au repos, Nicolas Sarkozy s'est rendu à Beauvais pour parler de violences scolaires et absentéisme. Le Monarque a assoupli son discours. Lui qui voulait supprimer, puis suspendre les allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes promet désormais de reverser rétroactivement ces allocations si l'élève reprend les cours. Un projet de loi sera examiné le 16  juin prochain à l'Assemblée nationale. Il prévoit qu'au bout de quatre journées et demie d'absence non justifiées, le principal de l'établissement proposera aux parents de l'élève fautif un « contrat de responsabilisation ». En cas de récidive, les allocations seront suspendues. Lors de cette visite, Sarkozy voulait s'afficher souriant et détendue au milieu d'élèves du collège Fauqueux. Il fut quelque peu chahuté, une bouteille d'eau en plastique, vide, fut jetée sur son épaule. On imagine déjà la DCRI en train d'analyser les images vidéos de l'incident. Un peu plus tard, Sarkozy oubliait vit son rôle de Président de la République. A l'écart des journalistes, il rencontrait 1 200 militants UMP, à huis clos, au Palais des sports de la préfecture de l'Oise. L'occasion de critiquer l'abaissement à 60 ans de l'âge de départ à la retraite, et d'afficher sa satisfaction du débat en cours sur la réforme des retraites. Le temps est donc venu de politiser l'affaire: «Vous savez quand on pense à ce qu'a fait François Mitterrand en ramenant l'âge légal du départ à la retraite de 65 à 60 ans ! On aurait beaucoup moins de problème s'il s'était abstenu.»

L'attention médiatique était plus lâche, la semaine dernière, sur un nouveau rebondissement venu troubler l'affaire du Karachigate. Un nouvel épisode de la guerre des droites. Ziad Takieddine s'exprimait dans les colonnes du Nouvel Obs du 20 mai dernier. Présenté comme l'un des intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur dans la vente des sous-marins français au Pakistan (le contrat Agosta), il dément toute implication dans l'affaire: «je clame haut et fort que je n'ai jamais participé à la moindre négociation sur le dossier Agosta.» Surtout, il accuse le camp chiraquien, qui l'aurait mouillé dans Mercor, une société intermédiaire agissant dans l'affaire: «Je ne connais pas la société Mercor. C'est un complot pour me faire porter le chapeau de l'attentat de Karachi. J'accuse les chiraquiens d'être à l'origine de cette opération

Takieddine mentionne aussi des menaces sur sa vie. Les propos sont graves. La guerre des droites ne s'est jamais calmée. Il affirme qu'au cours de l'été 2007, l'Elysée sarkozyen lui montre une note blanche identifiant le commanditaire et les tueurs à l'origine d'un faux accident en 2004 qui le plongea dans le coma.

L'homme souhaite clamer son innocence. Cette interview pourrait aussi apparaître comme un contre-feu. Il faut lire entre les lignes, repérer les confirmations cachées sous les démentis: il explique ainsi qu'il a agi comme intermédiaire «non opérationnel» sur un autre contrat de vente, de frégates cette fois-ci, entre la France et l'Arabie Saoudite (Sawari II). Au détour, il révèle une incroyable esclandre provoquée par Jacques Chirac chez le prince héritier saoudien en juillet 1996, l'accusant d'avoir participé au financement de la campagne électorale de Balladur.

Une question n'a pas été posée à l'homme d'affaires. Une question pourtant essentielle dans toute cette histoire : Qu'il s'agisse du contrat Agosta ou du contrat Sawari II, la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 a-t-elle perçu des rétro-commissions ?



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25 mai 2010

Sarkozy ne sauvera pas les retraites comme il a sauvé les banques

Est-ce l'effet de la crise, ou de la soudaine pression sur les déficits publics ? On en apprend un peu plus chaque jour sur l'efficacité de certains cadeaux de Nicolas Sarkozy. Et l'on découvre que les effets d'aubaine ne sont pas pour tout le monde.

Sauver les banques... à quel prix ?
A l'Elysée, on se félicitait ainsi du crédit d'impôt recherche, modifié depuis le 1er janvier 2008. En 2009, quelques 14 000 entreprises en ont bénéficié, pour un coût fiscal de 4,1 milliards d'euros. Elles n'étaient que 5 300 en 2007, pour une charge de 1,5 milliards. Ce succès est artificiel. L'effort de recherche privé n'a que peu progressé en 2008. La Cour des Comptes comme la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale ont aussi souligné que le dispositif bénéficie majoritairement aux grandes entreprises qui, même sans la mesure, auraient de toutes façons investi. On appelle cela un effet d'aubaine.

Autre effet d'aubaine, l'aide aux banques décidée à l'automne 2008. Didier Migaud, remplaçant de Philippe Séguin à la présidence de la Cour des Comptes, a publié un rapport sur le sujet le 20 mai dernier, intitulé «Les concours publics des établissements de crédit - bilan et enseignements à tirer.»
En préambule, la Cour rappelle les deux mécanismes «originaux» du plan français, la société de prise de participation de l’Etat (SPPE), qui «visait à apporter des fonds propres aux établissements de crédit», et la société de financement de l’économie française (SFEF), qui «avait pour objet d’aider à leur refinancement selon des modalités complémentaires à celles des interventions de la Banque
centrale européenne
.» Depuis 2009, Nicolas Sarkozy et ses proches ont répété à l'envie combien ce plan avait été nécessaire (ce qui est vrai), et profitable (ce qui l'est moins). Il n'aurait rien coûté aux contribuables français. A lire le rapport de la Cour des Comptes, on découvre que la réalité, comme souvent en Sarkofrance, est plus grise. Le gouvernement apparaît au mieux comme incompétent, au pire comme dissimulateur.

Entre sa mise en place et l’arrêt de ses activités le 22 septembre 2009, la SFEF s'est endettée pour 76,9 milliards d'euros(garantis par l'Etat), qui ont été ensuite prêtés à treize établissements de crédit pour des échéances courant jusqu'en 2014. «En rémunération de sa garantie, l’Etat a perçu 1,4 Md€ pour l’ensemble de la période de soutien». De sont côté, la SPPE a apporté 20,75 milliards d'euros de soutien en fonds propres (titres hybrides, actions de préférence sans droit de vote, actions ordinaires) à six groupes bancaires. Quatre de ces groupes ont entièrement remboursé la SPPE en 2009 pour un total de 13,5 milliards d'euros. En 2009, la SPPE a reçu une rémunération d’environ 1 Md€. En 2010, l'Etat est ainsi encore engagé pour 118 Md€ de garanties (77 milliards d'euros€ de garanties aux treize établissements; 36 milliards d'euros€ de garanties auprès de Dexia; et 5 milliards d'euros€ sur la société américaine FSA), auxquels s'ajoutent les 6 milliards d'euros€ de fonds propres placés dans deux banques. Sur ces bases, le bilan de l'opération dressé par la Cour n'est pas fameux :

1. Les banques françaises (à l'exception de la BPCE dirigée par François Pérol) n'ont pas accru leurs encours de crédit aux entreprises comme elles l'avaient promis. En 2009, les encours n'ont cru que de +2,5% au lieu des 3 à 4% annoncés. Si la Cour reconnaît qu'en «période de crise économique, la demande de crédit de la part des entreprises s’est fortement contractée», elle note aussi que la réponse des banques au credit-crunch, et malgré le soutien de l'Etat, a été tardive (novembre 2009 !). Seconde contrepartie avancée au plan de soutien bancaire, les modestes engagements éthiques ont été «dans l'ensemble» respectés. Et pour cause, ils étaient pour l'essentiel... temporaires.

2. La Cour est plus sévère sur le volet financier du bilan de ces aides : à court terme (sur les années 2008 à 2010), ces concours publics ont généré un profit net de 1,3 milliards d'euros pour le budget de l'Etat. Mais la Cour soulève un lièvre : les coûts indirects de ces prêts et garanties vont annuler ce bénéfice: la charge d’intérêt supplémentaire pour l'Etat serait de l’ordre de 351 M€ par an à partir de 2011. Pire, «la décentralisation des fonds d’épargne représente pour l’Etat une perte de recette non fiscale supérieure à 100 M€ par an pendant 25 ans», soit ... 1,3 milliards d'euros en valeur actualisée. 

3. La Cour s'étonne aussi que l'Etat n'ait finalement pas bénéficié de la reprise rapide des cours de bourses, alors que leur rétablissement était certains au moment où les concours financiers ont été mis en oeuvre. Elle s'interroge sur «l'adéquation entre la prise de risque et la rémunération de l’Etat». «Le choix fait par l’Etat de ne pas assortir les actions de préférence d’une clause de retour à meilleure fortune des établissements de crédit émetteurs, comme cela a été le cas dans d’autres pays, vaut d’autant plus d’être noté qu’au moment du lancement effectif des émissions, les banques concernées savaient que les résultats de leur banque de financement et d’investissement étaient en voie d’amélioration rapide.» D'autres pays ont fait des choix différents: «l’Etat américain aurait bénéficié au total d’un retour sur investissement annuel de 23% pour son injection temporaire de 10 milliards de dollars dans la banque Goldman Sachs, tandis que les actions de préférence souscrites ne devaient servir qu’un dividende de 5%».

Pourquoi donc le gouvernement a-t-il aussi mal conçu son plan de soutien ? S'est-il fait berné ? S'agit-il d'une indulgence coupable. Emmanuel Levy, sur Marianne2, ose une interprétation. Il fallait en sous main soutenir la BNP à racheter Fortis.

Pas d'aubaine pour les retraites
Les propositions de réforme des retraites sont enfin (presque) connues. Le gouvernement masque encore un peu ses cartes, tente d'embrouiller son assistance, mais l'essentiel est là. Le ministre du travail Eric Woerth attend début juin pour confirmer ses propositions: «Nous allons demander aux Français d'avoir une vie professionnelle plus longue, par l'âge, par les cotisations, nous allons encore en discuter, nous verrons ça au mois de juin» a-t-il expliqué dimanche. Il table sur 3 mesures principales:

1. Le recul de l'âge de départ à la retraite dès le 1er janvier prochain, progressivement jusqu'à 63 ans. Pour l'instant, le gouvernement temporise. Dimanche, Christian Estrosi, le ministre (gaffeur) de l'Industrie a pourtant confirmé la mesure: «Forcément, on s'oriente plus ou moins vers une augmentation de l'âge de la retraite qui devrait dépasser les 60 ans». Forcément.

2 L'allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein, au-delà des 41,5 annuités initialement fixées pour 2020 ;

3.  L'alignement du secteur public sur les conditions du secteur privé avec notamment une augmentation du taux de cotisation vieillesse des fonctionnaires.

La taxation supplémentaire des hauts revenus et du capital, un temps annoncée, sera finalement symbolique : elle devrait rapporter 600 millions. Les sommes sont ridicules. Pire, aucune mesure de contribution des revenus du capital et de la rente n'est avancée pour le moment. Le gouvernement hésiterait à taxer davantage les dividendes. Le Monde croyait savoir qu'il n'en était rien. Une fausse joie ? Les 860 milliards d'euros de prélèvements obligatoires proviennent aujourd'hui à 80% des salariés et de la consommation (TVA, etc). Capital et rente ne contribuent que pour 20% à l'économie du système. Le taux de prélèvements obligatoires sur le capital reste modeste (18%). C'est déjà visiblement trop pour le gouvernement Sarkozy.

Pour sauver les banques, Nicolas Sarkozy a réussi l'impossible. Garantir rapidement des sommes folles, sans s'attarder sur les contreparties ni la juste rémunération du risque assumé par l'Etat. Pour sauver les retraites, la démarche semble bien différente. Sarkozy avance lentement, dévoile le moins possible ses intentions, et évite de toucher au capital ou à la rente.

Aubaine pour les uns, injustice pour les autres. Deux poids, deux mesures.



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24 mai 2010

Lundi de Pentecôte, Sarkozy se repose

Le lundi de Pentecôte est un jour férié pour les uns, pas pour les autres. Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, l'avait transformé en journée de solidarité avec les personnes âgées après la canicule de l'été 2003.  L'idée était que cette journée serait "travaillée par solidarité", c’est-à-dire non rémunérée, pour améliorer la prise en charge des personnes âgées en France. Cette mesure rapporte tout de même un peu plus de deux milliards d'euros à l'Etat : 2,29 milliards d'euros en 2008, 2,21 en 2009.


Six ans plus tard, on nage dans la plus grande confusion : les établissements publics ont fermé leurs portes, mais nombre de salariés du privé travaillent.


Nicolas Sarkozy n'a pas ces problèmes d'agenda. 

Pour lui, lundi était férié, comme d'habitude. 

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Finances publiques : le rapport que Sarko n'a visiblement pas lu

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy organisait sa seconde conférence sur les déficits publics. Il s'était fait remettre une multitude de rapports: un diagnostic sur la situation des finances publiques de MM. Champsaur et Cotis, un autre sur la mise en place d'une règle d'équilibre des finances publiques, un troisième sur la maîtrise des dépenses locales, et un dernier sur le pilotage des dépenses d'assurance-maladie. Le premier d'entre eux livrait des conclusions intéressantes, peu explicitées dans les constats et recommandations énoncées par Nicolas Sarkozy à son assistance. Le rapport sur la situation des finances publiques, réalisé par Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis, donne en effet quelques résultats gênants pour l'argumentaire sarkozyen.

1. Le déficit structurel du budget s'est aggravé en de 2000 à 2003, puis à nouveau en 2007 et 2008. Qui gouvernait la France depuis 2002 ?

2. La hausse des dépenses publiques, en valeur relative, provient des prestations sociales (y compris retraites). Parmi les 5 catégories de dépenses publiques, les charges d’intérêts de la dette ont baissé de 4 à 3% du PIB depuis 1996 grâce à la baisse des taux d'intérêt. Mais les auteurs du rapport notent que «les marges de baisse aujourd’hui sont épuisées»: les taux ne baisseront plus. L'investissement public (80% collectivités locales, 10% Etat, 10% hôpitaux) est également stable depuis 30 ans, même s'il a un peu progressé depuis 1998 (de 3,4% à 3,7% du PIB). Les dépenses de fonctionnement ont été maîtrisées: «Depuis le début des années 1980, la tendance à la hausse des dépenses de fonctionnement s’est nettement infléchie». En volume comme en valeur, elles sont plutôt stables. Les prestations sociales ont au contraire progressé systématiquement plus vite que le PIB. Le rapport pointe l'allongement de la durée de vie, et donc la croissance du coût des retraites et de santé.

3. Paradoxe, le financement de l'assurance sociale, même s'il est insuffisant, a été mieux assuré que le financement de l'Etat, grâce à la CSG.

4. Le déficit public est dû à l'Etat, et pour une raison simple : «la liberté qu’a l’État d’avoir des dépenses durablement supérieures à ses revenus contraste en effet avec les règles plus restrictives qui s’appliquent aux autres administrations» (page 19). Les auteurs du rapport insistent à plusieurs reprises sur l'accroissement des défiscalisations, qui ont dégradé le rendement de l'impôt. Au final, les prélèvements obligatoires ont baissé: «Depuis 1999, l’ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont ainsi réduit les recettes publiques de près de 3 points de PIB  : une première fois entre 1999 et 2002 ; une deuxième fois entre 2006 et 2008.» L'ampleur des niches fiscales est impressionnante : «à titre d’illustration, en l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’est en réalité générant ainsi une économie annuelle de charges d’intérêt de 0,5 point de PIB. » (page 18). Entre 2002 et 2008, les gouvernements de droite ont ainsi réduit les impôts (niches ou baisses) de 1,6 points de PIB, tandis qu'ils ne réduisaient les dépenses de l'Etat que de 1,3 point de PIB.

5. Conséquence logique de dépenses en hausse et de recettes en baisse, l'Etat est le principal responsable de l'augmentation de la dette publique:  «la très forte progression de la dette publique au sens de Maastricht, qui est passée de 21,1 % du PIB en 1978 à 67,4 % en 2008, a été essentiellement portée par l’État.» (page 20).

6. «Les dépenses des administrations publiques locales sont celles qui, au sein des APU, ont progressé le plus fortement au cours des trente dernières années, en passant de 7,7 à 11,3 % du PIB de 1978 à 2008, avec une croissance moyenne en volume de 3,3 % par an» pour atteindre 221 Md€ en 2008 (Cf. page 40). C'est un constat qu'affectionne particulièrement Nicolas Sarkozy. Mais depuis 30 ans, les transferts dépenses de l'Etat ont été massifs : l'Etat a transféré l'équivalent de 5 points de PIB par an aux collectivités territoriales et aux organismes sociaux. Les auteurs du rapport relèvent qu'après un infléchissement de cette croissance pendant les années 90, l'inflation a repris de plus belle depuis 2000 à cause «des nouvelles compétences confiées aux départements en matière d’aide sociale (création de l’APA en 2002 et montée en charge progressive depuis lors) et des mesures de décentralisation de compétences existantes (RMI pour les départements et transports ferrés de voyageurs pour les régions par exemple)». A partir de 2005, elle reste soutenue «par les transferts
intervenus dans le cadre de la deuxième vague de décentralisation (personnels TOS, agents de l’équipement, etc.)


7. Les impôts locaux ont presque doublé en 30 ans, mais (1) ils restent marginaux dans l'ensemble des prélèvements obligatoires, (2) la décentralisation explique cette progression.

8. Les effectifs de la Fonction publique ont très peu progressé depuis 20 ans: «les effectifs de la fonction publique d’État, qui s’élevaient à 2 351 000 ETP fin 2007, n’ont progressé que de 0,3 % par an en moyenne au cours des vingt dernières années ; à cela se sont ajoutés les effets d’une certaine modération salariale.» En revanche, le montant des pensions a fortement progressé. Et la charge de la dette représente 11% du budget de l'Etat, contre moins de 3% en 1978.

9. L'assurance sociale coûte environ 480 milliards d'euros par an. Le régime général représente 70% des dépenses sociales. La CSG a permis de faire contribuer les revenus du capital au financement de la Sécu. Mais l'essentiel reste financé par les salariés. Quant à la rente, elle ne contribue quasiment pas  (cf graphique 24).

10. La hausse du coût de la Sécurité sociale est logique compte tenu de l'évolution démographique : la population française croît et vieillit. Les dépenses de santé «sont en effet croissantes avec l’âge : la consommation de soins moyenne d’une
personne de 70 ans est 4 fois plus élevée que celle d’une personne de 20 ans, celle d’une personne de 80 ans 6 fois plus élevée
»

La conclusion de ces constats (Cf. page 45) est plutôt claire:

«l’essentiel du déficit, comme la hausse de la dette, est ainsi au niveau de l’État ; le dynamisme de la dépense relève en revanche plutôt de la sécurité sociale et des collectivités locales ; enfin, la stabilité du taux de prélèvements obligatoires depuis 15 ans recouvre une hausse des prélèvements au profit des administrations locales et des organismes sociaux, plus que compensée par la baisse du taux de prélèvements obligatoires au profit de l’État, alors même que celui-ci est amené à supporter de manière croissante des mesures d’allègements de recettes sociale et locales. »

L'argument sarkozyen, pour valider ses actions de réduction des déficits publics, est quelque peu différent. Selon Sarkozy, (1) L'assurance sociale (maladie en particulier) ne sait plus maîtriser ses coûts (alors que le rapport souligne bien que l'évolution démographique est la cause de cette inflation) ; (2) Les collectivités locales sont responsables des déficits ; (3) l'Etat est trop gras, d'où une cure d'amaigrissement.



Merci à Politistution (pour la video) et à Menilmuche (pour le rapport).

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Psychiatrie : la vision sécuritaire en Sarkofrance



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23 mai 2010

Agriculture : Sarkozy improvise des tables rondes

Finalement, il les aime, ces agriculteurs. Surtout depuis qu'ils ont délaissé les urnes. Electorat fondateur du RPR devenu UMP, il faut le choyer. Vendredi, il est venu en avion visiter une exploitation agricole, dans le Lot-et-Garonne.

Visite improvisée
Il tenait ensuite une table ronde, filmé de face, assis et l'air sérieux, un champs de maïs et un tracteur en arrière plan. «J'avais dit notamment après les régionales, que j'allais m'investir dans le dossier». Il était temps. Peu de temps avant, des agriculteurs en colère avaient manifesté dans les parages. «L'agriculture, c'est pas simplement le terroir, c'est pas simplement l'identité nationale, l'agriculture c'est stratégique économiquement. » Sarkozy voulait montrer son engagement, avec une table ronde, retransmise à la télévision, que l'on imaginait préparée de longue date avec ses participants. Détrompez-vous !

La visite du président fut une surprise. L'agriculteur visité n'a été prévenu que la veille. « La semaine dernière, des gens des cabinets sont arrivés en m'annonçant la venue d'hôtes de marque (...). Mais à aucun moment, le nom de Nicolas Sarkozy n'a été prononcé. En fait, j'ai appris qu'il venait chez moi par le journal.» a-t-il expliqué à un journal régional. Sarkozy est obligé de débarquer à l'improviste pour éviter les manifestants, et surprendre ses interlocuteurs.

Auto-défense
Sur place, Sarkozy joue la compassion, et la défense. Il lance les chiffres posés sur une note devant lui. Interpelé sur ses mesures structurelles, il défend ses mesures, notamment l'étalement du paiement des cotisations sur plusieurs années. La mesure n'est pas nouvelle, et certainement pas historique comme le Monarque le prétend. Sarkozy n'a fait qu'allonger d'un an le délai initial de 3 ans. Autre mesure, l'exonération de cotisations sociales pour l'année 2010.

Sarkozy voulait démontrer qu'il s'occupe déjà des agriculteurs. Devant son assistance, Sarkozy s'est ainsi livré à un vibrant plaidoyer en faveur de la défiscalisation des droits de succession. Il faut faire croire à l'agriculteur qu'il partage le même sort que les millionnaires exilés à Genève: «c'est aussi en pensant à vous et à 95% des Français qui ne payent plus de droits de succession.» Autre exemple, la réglementation. Sarkozy était trop heureux de mentionner le moratoire qu'il a annoncé la veille sur toute nouvelle réglementation. Il rappelle aussi qu'il a toujours souhaité épargner les agriculteurs de contraintes que les autres n'auraient pas... comme la taxe carbone.

Bourdes et mauvaise humeur
Parfois, il s'emmêle dans ses exemples, et commet une bourde qui fait rire l'assistance : «la tomate, on doit être à 20 degrés, les fraises vous êtes à 10 degrés et vous êtes tranquilles» (pour la chauffer)... «10-15 ? Bon, bon... Quelle erreur !» Son hôte, un producteur de fraises est l'un des leaders du coin. Ce fut l'occasion de s'interroger sur la crise du secteur, même si la fraise s'en est mieux sorti que d'autres fruits et légumes. La séquence qui suit est drôle.

Le Monarque joue l'indignation facile, avec deux bourdes au passage. Il commence par s'étonner de la réduction par deux des capacités de production de la fraise en 10 ans alors que la consommation de fraises en France est cinq fois supérieure à la production locale. Il ajoute ensuite: «qu'on ne vienne pas me dire qu'il y a une trop grande capacité !» Personne ne le dit. Le problème est ailleurs. Un responsable syndical local indiquait peu avant l'intervention présidentielle  :« L'entrée de l'Espagne dans la communauté européenne lui a permis de développer une filière grâce à une main-d'œuvre peu chère. Elle produit 350 000 tonnes aujourd'hui. L'Europe a financé les autoroutes qui ont facilité le transport ». Mais Sarkozy n'avait pas lu ses fiches. Puis il se trompe à nouveau: «vous produisez quoi... 20 ... 25 000 tonnes ?» Un membre de l'assistance lui lance «46 000 tonnes». Comment Sarkozy termine-t-il son argumentation défaillante ? Mal: «J'veux pas le protectionisme... Mais... euh... Bon... Voilà un produit où on cherche la qualité... Les Français aiment ce fruit qu'est la fraise... y a aucune raison qu'on ... Bon... Bon». C'est tout ? Oui.

Un peu plus tard, au détour d'une question, Sarkozy lance un tacle direct mais anonyme contre Jacques Chirac : «on a souvent traité l'agriculture de façon folklorique. C'est ce que je pense. Il n'y a pas que la faute de ceux qui ont fait cela. Il y a aussi la faute du milieu. On était très content, on allait dans une ferme, on flattait la vache, on passait des heures au salon... On goûte de tout... On s'en va, on vous aime, au revoir, et merci.» Sarko règle ses comptes. On sent qu'il n'a pas apprécié qu'on le traite de trouillard à chacune de ses hésitations à venir au Salon de l'Agriculture.




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