22 mai 2010

159ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy ou la guerre des classes

Il parlera fracture sociale, mais plus tard, quand il faudra convaincre les masses populaires de voter une nouvelle fois pour lui. Pour l'instant, il a le FMI et la Commission européenne sur le dos qui s'inquiètent de ses déficits. Il doit trouver 100 milliards d'euros à économiser dans les 3 ans. Augmenter les impôts ? Surtout pas. Il aimerait bien gonfler la TVA, en lui donnant un vernis social ou écolo: elle frappe tout le monde et rapporte gros. Mais cela raviverait le débat sur l'impôt de la rente et du capital. Trop dangereux. Il a été élu par le peuple mais pour les rentiers et les grandes entreprises. Pas question de trahir ce pacte électoral-là. Jeudi, Nicolas Sarkozy s'est donc résolu à livrer ses premières recettes d'austérité pour réduire les déficits : la guerre des classes est de retour.

Sarkozy, candidat des seniors ?
Dimanche après midi, Eric Woerth a dévoilé 14 engagements du gouvernement sur la réforme des retraites. Dans son document, il appelle de ses voeux une « société dans laquelle l’effort est réparti de manière équitable.» Vraiment ? Il garantit que les pensions actuelles ne seront pas diminuées par la réforme. Pourtant, un retraité est en moyenne plus riche qu'un actif. Woerth promet également de ne pas augmenter les prélèvements obligatoires. Qu'importe si la rente et le capital contribuent peu à la solidarité nationale. Tout juste promet-il une «une contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital». Finalement, il ne retient que trois leviers: l'allongement de la durée de cotisation, qui augmentera mécaniquement la durée d'activité des actifs; le recul de l’âge d’ouverture des droits à retraite; et l'alignement des régimes publics sur ceux du secteur privé. Sur la pénibilité, le gouvernement promet d'en tenir compte, mais sur une base individuelle: chacun devra prouver qu'il est suffisamment abîmé pour prétendre à la retraite.

Sarkozy, candidat agricole ?
Cette semaine, le Monarque voulait aussi choyer l'agriculture. Il avait promis en avril dernier qu'il s'occuperait des marges des distributeurs sur les produits agricoles. Les maraîchers ont été déçus. Lundi, l'accord signé sur la modération des marges satisfaisait la grande distribution. On a juste écrit ce qui se pratiquait déjà. Sarkozy a pourtant bien rappelé ce qu'il avait fait pour les agriculteurs : étalement de l'impôt sur une année supplémentaire dès 2010, déduction fiscale d'une fraction de cotisations sociales, exonération des charges patronales sur les travailleurs saisonniers, suppression de la taxe professionnelle, autorisation de circulation des poids lourds de 44 tonnes. Mais pour le reste, les grandes déclarations n'ont pas impressionné grand monde. Distributeurs et producteurs devront conclure des contrats écrits, et créé un label «Made in France». Quelle affaire !

Vendredi, pour la troisième fois depuis janvier, le Monarque s'est rendu dans une exploitation agricole, un producteur de fraises du Lot-et-Garonne, chez qui il tint une table ronde des plus sérieuses, retransmise sur Public Sénat. Il ne pouvait laisser à Dominique de Villepin le tour des campagnes françaises. Il a rejoué la compassion et l'indignation facile. Il a insisté sur toutes les mesures prises en faveur du secteur. Il n'avait rien de nouveau à promettre. Il s'est même agacé qu'on le suspecte de négligence, et s'est permis de sévèrement taclé Jacques Chirac, l'accusant d'avoir «traité l'agriculture de façon folklorique.» Il a enfin promis un engagement personnel de long terme en faveur des agriculteurs. Au moins jusqu'au second tour de l'élection présidentielle de 2012.

En fait, cette visite fut une belle fumisterie : elle fut préparée en secret, annoncée à la dernière minute, à l'image de l'engagement de Sarko en faveur des agriculteurs : improvisés. L'agenda présidentiel ne mentionnait qu'un «déplacement de M. Le Président de la République en province». L'agriculteur visité n'apprit l'identité de son hôte et l'objet de sa visiste qu'en lisant le journal la veille. Sarkozy préfère toujours les visites à l'improviste. On évite mieux les gêneurs.

Sarkozy, candidat des rentiers !
En 2007, le candidat Sarkozy était parvenu à brouiller les pistes: avec quelques citations de Jaurès et de Blum, un débat volontairement orienté sur les valeurs (travail, laïcité, identité, autorité), Sarkozy avait fait illusion auprès des classes populaires. Son slogan «Travailler plus pour gagner plus» figurait comme une version modernisée du «100% des gagnants ont tenté leur chance», cher à la Française des Jeux. La crise, financière et économique, a permis de lever ces ambiguïtés: Sarkozy défend le capital contre le travail, la rente contre l'effort. L'heure de vérité approchant, le Monarque était obligé de se dévoiler. Ce fut chose faite, jeudi dernier, lors de cette seconde conférence sur les déficits organisée à l'Elysée.

Le déséquilibre des comptes publics a plusieurs explications. Mais Nicolas Sarkozy n'a pas tenu compte des différents rapports mis à sa disposition. Il a retenu ce qui l'intéressait: la hausse du coût des prestations sociales et des dépenses des collectivités locales. Certains constats ont été oubliés: les défiscalisations successives et massives depuis l'aube des années 2000 ont aggravé le déficit structurel.  Sarkozy a d'ailleurs réitéré qu'il n'augmenterait pas les impôts. Le coût des niches fiscales est passé de 50 milliards d'euros il y a 10 ans à 66 milliards en 2008, puis 75 milliards en 2010. D'après Vincent Drezet, secrétaire du syndicat national des impôts unifié, ces chiffres sont sous-estimés. Ces dépenses fiscales ne font l'objet d'aucune étude de performance. C'est curieux.

Sarkozy, Fillon et Woerth ne cessent de mettre en valeur leur fameuse révision générale des politiques publiques. Cette dernière devait permettre d'améliorer l'efficacité de l'Etat, en allouant les budgets sur des missions plutôt que des ministères, en identifiant des critères d'évaluation objective. Seules les niches fiscales semblent épargnées de cet effort de rationalisation. L'hypocrisie est totale. A la faveur de la crise, on découvre enfin que la vraie bataille politique est celle de l'impôt. L'impôt sur le revenu a été vidé de sa substance. Même la commission des finances de l'Assemblée nationale dénonce désormais sa régressivité : plus on gagne, moins on paye ! Les 100 000 contribuables réduisant le plus leur impôt en valeur absolue coûtent annuellement trois fois l'économie générée par la suppression de 40 000 postes de fonctionnaires : 1,5 milliards d’euros. Que fait la police ?

Sarkozy, ennemi de classe
Jusqu'à jeudi, le gouvernement jonglait avec les mots : rigueur ou austérité étaient proscrits du vocabulaire sarkozyen. Luc Chatel refusait la convergence préalable des politiques budgétaires demandée par la Commission européenne. Mais jeudi, Sarkozy a livré son programme de rigueur de classe, avec la réduction des dépenses de fonctionnement courant de l'Etat, des aides et prestations sociales de 10% en trois ans, la poursuite des suppressions de postes dans la Fonction Publique, et le gel des concours financiers de l'Etat aux collectivités locales. Qu'importe si on manque de policiers, de gendarmes, de médecins et d'enseignants. Quand aux collectivités locales, leurs dotations seront aussi soumises à « des critères de bonne gestion ». C'est l'hôpital qui se fiche de la charité ! le Monarque va jusqu'à exiger un moratoire immédiat sur les normes réglementaires concernant les collectivités locales. On peut s’attendre au pire quand on veut alléger la réglementation pour faire des économies.

Ces efforts restent largement insuffisants pour résoudre l'équation budgétaire posée à Nicolas Sarkozy : il lui faut économiser 100 milliards d'euros. Les mesures annoncées s'élèvent à moins de 20 milliards. Les prévisions de croissance du gouvernement pour réduire les déficits (2,5% par an de 2010 à 2013) sont jugées farfelues. La dette publique comme le déficit budgétaire provient à plus de 80% de l'Etat. Entre 2002 et 2008, les gouvernements de droite ont réduit les impôts (via les niches ou des baisses de taux) de 1,6 points de PIB, tandis qu'ils ne réduisaient les dépenses de l'Etat que de 1,3 point de PIB.

Comme Sarkozy a annoncé qu'il ne toucherait pas aux prélèvements obligatoires, on peut en déduire que ce programme n'est qu'une première tranche de rigueur avant la véritable austérité. Qui sont les principaux bénéficiaires des régimes sociaux, des aides sociales, des services publics en tout genre ? Les classes modestes et moyennes. Le message est clair. L'injustice l'est tout autant : les niches fiscales seront à peine toilettées, les dépenses présidentielles épargnées, le bouclier fiscal demeurera. Les rentiers sont heureux.

Nicolas Sarkozy a conclu ses annonces par une belle diversion: il souhaite que l’équilibre budgétaire soit inscrit dans la Constitution. Il était sûr, le Président, que ce gadget constitutionnel allait faire jaser. La situation est cocasse. Depuis 2002, la dégradation structurelle et conjoncturelle des comptes publics a été spectaculaire, et injuste. Sarkozy agit comme s'il avait besoin de s'abriter derrière un paravent juridique pour assumer une austérité inévitable.

Il reste du chemin à parcourir d'ici 2012. Et la guerre des classes ne fait que commencer

Ami Sarkozyste, où es-tu ?


http://www.wikio.fr

3 commentaires:

  1. Et à présent, on nous vend dsk comme un paquet de "lessive" qui est pire que sarkosi si en 2012, il faut choisir en la peste et le choléra, il sera préférable de garder la "peste"...

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  3. D'UN LECTEUR ACCRO

    Il faut de la cohésion et de la cohérence pour accoucher d’un roman, mais c’est de la constance qu’il faut, au-delà de ces mêmes cohésion et cohérence, pour assurer la permanence, la rémanence, de ce feuilleton d’envergure : Xième semaine de SarkoFrance (ce samedi 22 mai : la 159ème). Ce travail méticuleux, faute de figurer dans la Bibliothèque nationale, devrait, je dis bien devrait, constituer un viatique dans le quotidien de tout un chacun ; au cœur un peu à gauche, s’entend.

    Je me suis retrouvé avec une joie sans partage à ce nouveau rendez-vous. Et y ai trouvé matière à contentement. Bravo Juan !

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