23 mai 2010

Agriculture : Sarkozy improvise des tables rondes

Finalement, il les aime, ces agriculteurs. Surtout depuis qu'ils ont délaissé les urnes. Electorat fondateur du RPR devenu UMP, il faut le choyer. Vendredi, il est venu en avion visiter une exploitation agricole, dans le Lot-et-Garonne.

Visite improvisée
Il tenait ensuite une table ronde, filmé de face, assis et l'air sérieux, un champs de maïs et un tracteur en arrière plan. «J'avais dit notamment après les régionales, que j'allais m'investir dans le dossier». Il était temps. Peu de temps avant, des agriculteurs en colère avaient manifesté dans les parages. «L'agriculture, c'est pas simplement le terroir, c'est pas simplement l'identité nationale, l'agriculture c'est stratégique économiquement. » Sarkozy voulait montrer son engagement, avec une table ronde, retransmise à la télévision, que l'on imaginait préparée de longue date avec ses participants. Détrompez-vous !

La visite du président fut une surprise. L'agriculteur visité n'a été prévenu que la veille. « La semaine dernière, des gens des cabinets sont arrivés en m'annonçant la venue d'hôtes de marque (...). Mais à aucun moment, le nom de Nicolas Sarkozy n'a été prononcé. En fait, j'ai appris qu'il venait chez moi par le journal.» a-t-il expliqué à un journal régional. Sarkozy est obligé de débarquer à l'improviste pour éviter les manifestants, et surprendre ses interlocuteurs.

Auto-défense
Sur place, Sarkozy joue la compassion, et la défense. Il lance les chiffres posés sur une note devant lui. Interpelé sur ses mesures structurelles, il défend ses mesures, notamment l'étalement du paiement des cotisations sur plusieurs années. La mesure n'est pas nouvelle, et certainement pas historique comme le Monarque le prétend. Sarkozy n'a fait qu'allonger d'un an le délai initial de 3 ans. Autre mesure, l'exonération de cotisations sociales pour l'année 2010.

Sarkozy voulait démontrer qu'il s'occupe déjà des agriculteurs. Devant son assistance, Sarkozy s'est ainsi livré à un vibrant plaidoyer en faveur de la défiscalisation des droits de succession. Il faut faire croire à l'agriculteur qu'il partage le même sort que les millionnaires exilés à Genève: «c'est aussi en pensant à vous et à 95% des Français qui ne payent plus de droits de succession.» Autre exemple, la réglementation. Sarkozy était trop heureux de mentionner le moratoire qu'il a annoncé la veille sur toute nouvelle réglementation. Il rappelle aussi qu'il a toujours souhaité épargner les agriculteurs de contraintes que les autres n'auraient pas... comme la taxe carbone.

Bourdes et mauvaise humeur
Parfois, il s'emmêle dans ses exemples, et commet une bourde qui fait rire l'assistance : «la tomate, on doit être à 20 degrés, les fraises vous êtes à 10 degrés et vous êtes tranquilles» (pour la chauffer)... «10-15 ? Bon, bon... Quelle erreur !» Son hôte, un producteur de fraises est l'un des leaders du coin. Ce fut l'occasion de s'interroger sur la crise du secteur, même si la fraise s'en est mieux sorti que d'autres fruits et légumes. La séquence qui suit est drôle.

Le Monarque joue l'indignation facile, avec deux bourdes au passage. Il commence par s'étonner de la réduction par deux des capacités de production de la fraise en 10 ans alors que la consommation de fraises en France est cinq fois supérieure à la production locale. Il ajoute ensuite: «qu'on ne vienne pas me dire qu'il y a une trop grande capacité !» Personne ne le dit. Le problème est ailleurs. Un responsable syndical local indiquait peu avant l'intervention présidentielle  :« L'entrée de l'Espagne dans la communauté européenne lui a permis de développer une filière grâce à une main-d'œuvre peu chère. Elle produit 350 000 tonnes aujourd'hui. L'Europe a financé les autoroutes qui ont facilité le transport ». Mais Sarkozy n'avait pas lu ses fiches. Puis il se trompe à nouveau: «vous produisez quoi... 20 ... 25 000 tonnes ?» Un membre de l'assistance lui lance «46 000 tonnes». Comment Sarkozy termine-t-il son argumentation défaillante ? Mal: «J'veux pas le protectionisme... Mais... euh... Bon... Voilà un produit où on cherche la qualité... Les Français aiment ce fruit qu'est la fraise... y a aucune raison qu'on ... Bon... Bon». C'est tout ? Oui.

Un peu plus tard, au détour d'une question, Sarkozy lance un tacle direct mais anonyme contre Jacques Chirac : «on a souvent traité l'agriculture de façon folklorique. C'est ce que je pense. Il n'y a pas que la faute de ceux qui ont fait cela. Il y a aussi la faute du milieu. On était très content, on allait dans une ferme, on flattait la vache, on passait des heures au salon... On goûte de tout... On s'en va, on vous aime, au revoir, et merci.» Sarko règle ses comptes. On sent qu'il n'a pas apprécié qu'on le traite de trouillard à chacune de ses hésitations à venir au Salon de l'Agriculture.




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