19 mai 2010

Agriculture : Sarkozy ménage ses marges... électorales

Lundi après-midi, Nicolas Sarkozy recevait des représentants de la filière agricole et de la grande distribution pour la signature d'accords de modération des marges dans le secteur des fruits et légumes. Les agriculteurs ont souffert de la crise. L'envolée du prix des matières premières, jusqu'à l'été 2007, est bien loin. Tous les rapports, qu'ils soient français ou européens, soulignent l'extrême dégradation des revenus agricoles. Mais pour Sarkozy, l'enjeu est surtout et avant tout électoral.

Les marges, quelles marges ?
Fin avril, le président français avait répété qu'il souhaitait que les distributeurs signent «avant l'été un accord de modération de marges sur la vente de fruits et légumes en magasin lorsque les prix des fruits et légumes payés aux producteurs sont en crise», faute de quoi ceux «qui n'accepteront pas la modération des marges seront taxés». Le sujet n'est pas nouveau, et le problème loin d'être circonscrit aux seuls producteurs de fruits et légumes : pendant sa campagne électorale, le futur président exigeait déjà que «les produits de terroir doivent gagner en rémunération par des circuits de distribution plus courts et un meilleur partage de la valeur ajoutée entre production et distribution.» Début avril 2010, il avait menacé la grande distribution d'une taxe additionnelle sur les surfaces commerciales. Pourtant, en juin 2008, on croyait que la Loi de Modernisation de l'Economie (LME) devait aider à régler le problème. Cette dernière, pour les producteurs de fruits et légumes comme pour d'autres fournisseurs de la grande distribution, avait supprimé les marges arrières. Six mois plus tard, l'UFC-Que Choisir publiait une étude jugée incendiaire sur la hausse du prix de la viande à cause des intermédiaires entre éleveurs et consommateurs.

Lundi, les communicants de l'Elysée se sont lâchés :  «Accord sans précédent» pouvait-on lire en une sur le site Elysee.fr. Et le discours présidentiel ne fut pas avare, comme d'habitude, en déclarations volontaristes. Sarkozy «assume», «exige», «veut» et «refuse».

«Nous avons fait un choix que j'assume très clairement. La France ne sacrifiera pas ses agriculteurs et son industrie agro-alimentaire.» Ou encore :  «Ils ne seront pas sacrifiés sur l'autel de la volatilité dérégulée du prix des engrais, des semences et des produits agricoles ou celui d'un libéralisme sans aucun contrôle.» Evidemment, pour le président français,  «les engagements que nous avons pris avec Bruno LE MAIRE ont été scrupuleusement tenus.» Effectivement, ils ont été tenus. Ils étaient si minimalistes. Sarkozy a rappelé les mesures fiscales adoptées en faveur de l'agriculture depuis janvier dernier: étalement de l'impôt sur une année supplémentaire dès 2010, déduction fiscale d'une fraction de cotisations sociales, exonération des charges patronales sur les travailleurs saisonniers (coût: 170 M€), suppression de la taxe professionnelle (Coût :400 M€). Au passage, le président justifie l'une de ses reculades en matière d'écologie, l'autorisation dès l'été prochain, des camions de 44 tonnes dans le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire... au nom de cette «exigence de renforcement de compétitivité.» Le Monarque aimerait aussi que la filière se concentre: «nous avons demandé aux agriculteurs le regroupement des producteurs, et la réorganisation des filières pour plus d'efficacité.» Sarkozy a tellement d'envies qu'on oublierait qu'il est président.

Des distributeurs heureux
Ce lundi, les nouvelles annonces sont tout aussi timides :

1. «La conclusion de contrats écrits entre producteurs et acheteurs et entre organisations de producteurs et leurs acheteurs» deviendra obligatoire dans le cadre du projet de loi de modernisation de l'agriculture. C'est une «idée-force», dit Sarkozy. La proposition est vraiment minimale : l'existence de contrats ne garantit pas les abus, ni la rupture, ni les aléas, bien au contraire. Le Monarque est obligé d'en rajouter. «Par la contractualisation, la distribution pourra discuter avec les organisations professionnelles des produits que veulent les consommateurs.» Notez le choix des termes : le contrat sera obligatoire, mais la distribution pourra discuter. Sarkozy impose la forme, mais ne contraint pas le fond.

2. Sarkozy veut une «transparence totale» sur «la répartition des marges aux différents stades de la filière». Bizarrement, il ne dit pas si les fameux contrats interprofessionnels qu'il appelle de ses voeux devront mentionner ces marges, ni si leur publication à l'attention des consommateurs sera obligatoire et sous quelle forme.

3. Sarkozy veut créer un label de fabrication française. L'idée est amusante: elle existe déjà, et tous les producteurs et distributeurs ont aujourd'hui intérêt à labelliser les productions françaises quand ces dernières sont réelles. Rien ne neuf, donc.

4. Sarkozy enfin s'est félicité de l'accord de modération des marges signé devant lui. Puis il a ressorti sa vieille menace: «si dans l'avenir des accords de modération de marges n'étaient pas signés, alors nous demandons au législateur de voter le principe d'une taxe et cette taxe s'appliquerait.» Pourquoi tant tarder ? Pourquoi ne pas prévoir d'ores et déjà un dispositif de sanction (taxe ou autre) ? Fidèle à son habitude, le Monarque gronde, mais n'agit pas.

Au final, les représentants de la grande distribution étaient satisfaits. Il fallait les écouter, relativiser en quelques phrases, l'importance des mesures annoncées aujourd'hui: «le président a souhaité que nous mettions noir sur blanc ce qui était déjà pratiqué. C'est une bonne chose», s'est ainsi réjoui Arnaud Mulliez, président d'Auchan France

Sans commentaire.


http://www.wikio.fr

1 commentaire:

  1. Encore les conséquences d'une réformes ratées de notre Immense président si l'on en juge par ce qu'en disent les auteurs de "Les Réformes ratées du président Sarkozy".
    La loi de modernisation de l'économie est un modèle de trompe-l'oeil. Prétextant la baisse des prix, elle renforce la collusion traditionnelle entre les sept groupes français de la grande distribution (Carrefour, Leclerc, Intermarché,...) et les élus locaux, à nouveau habilités à autoriser
    de nouvelles ouvertures de magasins (comme sous la loi Royer). En ramenant de 1000 m2 à 300 m2 (comme sous la loi Raffarin) le seuil au-delà duquel une autorisation est obligatoire pour la création de magasins, elle contrarie par ailleurs les ouvertures d'enseignes concurrentes à bas prix (comme l'allemand Lidl,...) dans les villes.
    Cette péripétie rappelle les spéculateurs qui, au début du règne de Louis XVI, avaient réussi à faire croire au peuple que les mesures de Turgot pour libérer la circulation des grains allaient les affamer. Il en est résulté la «guerre des farines» et le renversement du ministre... pour le plus
    grand profit desdits spéculateurs.

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