30 mai 2010

Elysée, députés, ministres : la rigueur n'est pas pour eux.

Vendredi 28 mai, Nicolas Sarkozy rentrait souriant de Genève. Grâce à lui, la France organisera le championnat d'Europe de Football en 2016. Le même jour, un député s'est attaqué en vain au cumul des indemnités de ses ministres. Le même député a pointé du doigt le dérapage des dépenses de l'Elysée en 2009. Une association a dénoncé les juteuses retraites de nos parlementaires.

Les députés ont une belle retraite.
«Un député touche, après 5 ans d’activité, la même retraite que le salarié du privé qui a travaillé 40 ans». L'association Sauvegarde Retraites a mis les pieds dans le plat, vendredi dernier. Il suffit d'un mandat à un député pour s'assurer 1 550 euros de retraite, 3 096 euros pour 2 mandats, 4 644 euros pour trois avec un maximum de 6 192 euros. En moyenne, cette dernière s'élève à 2 700 euros mensuelles. «Ainsi un député qui a exercé deux mandats et qui prend sa retraite à 60 ans, avec une espérance de 20 ans touchera, au total, 743 000 euros de pension alors qu’il n’aura versé que 137 160 euros de cotisation.» Ce régime est financé à 88% par des subventions de l'Etat. Il a coûté 56 millions d'euros en 2009, pour 60 millions de prestations. Les députés, comme les sénateurs, peuvent cotiser double pendant leurs trois premiers mandats, une possibilité qui est facultative pour les sénateurs. Ces dernières ont un système également très favorable mais couverts par leurs cotisations et par la capitalisation.

Last but not least, députés et sénateurs peuvent cumuler ces retraites confortables avec celles acquises au titre d'activités parallèles. A la différence du commun des citoyens, les parlementaires peuvent cumuler mandats publics et activité salariée en même temps. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, est un très bel exemple : député, il est aussi maire (de Meaux) et avocat d'affaires. Son collègue René Muselier (UMP) est député de Marseille, conseiller municipal et directeur de clinique privée. 

Rappelons qu'en France, le montant moyen de retraite globale s'élevait à 1535 euros pour un homme, et 979 euros pour une femme (données 2004).

Les dépenses de l'Elysée dérapent
Le député apparenté socialiste René Dosière agace. Il vient de réclamer un gel des dépenses de l'Elysée: « Je préconise que le budget de l'Elysée ait désormais une progression zéro volume, c'est-à-dire qu'il ne bouge pas, tout comme d'ailleurs le budget de l'Assemblée nationale» a-t-il expliqué.

Les dépenses de la Présidence se sont élevées à 114,3 millions d'euros en 2009, en apparente stabilité par rapport à 2008. Mais si l'on retranche les frais afférents à la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008, la progression ressort à 2,5%, soit 2,855 millions d'euros. Six fois plus que le budget général de l'Etat (0,4%). Dans le détail, on constate que les frais de déplacements du Monarque ont à nouveau explosé : 7,4 millions d'euros, soit une progression de 51% par rapport à 2008. Nicolas Sarkozy voyage beaucoup. La présidence de la République ne donne aucun détail sur ces déplacements.

Pire, l'Elysée ne sait pas maîtriser son budget: les dépenses réelles ont dérapé de 2,6 millions d'euros l'enveloppe allouée.

Le député Dosière mentionne  quelques points croustillants: ainsi, aucune explication n'aurait été donnée «sur la baisse du remboursement, par Matignon, du coût du pavillon de la Lanterne (à Versailles) 200 000 en 2008 et 153 000 en 2009. En 2010 sont prévus 35 000 euros

Nous avons l'explication : le château de la Lanterne, propriété de la Présidence de la République, n'est quasiment plus utilisé par les services du Premier ministre. Nicolas Sarkozy l'a réquisitionné à son profit pour ses weekends au repos quand il ne descend pas au Cap Nègre dans la résidence de la famille Bruni. On connaît donc désormais le coût de ces repos versaillais : près de 200 000 euros par an.

Autre détail livré par René Dosière, l'Elysée consacre de moins en moins d'argent aux «aides sociales accordées traditionnellement par la Présidence de la République aux personnes en difficulté démunies de ressources.» Les sommes n'ont certes jamais été très importantes, mais la diminution quasiment de moitié depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy est à noter: de 298 000 euros en 2006, elles sont tombées à 174 000 euros en 2009.

Les ministres cumulent les indemnités.
Autre sujet d'inquiétude du député Dosière, le cumul d'indemnités par les ministres: on frise la gabegie, et la nausée. La plupart des ministres cumulent des mandats locaux en sus de leur fonction au gouvernement : Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, est également première adjointe à la mairie de Saint-Jean-de-Luz; Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la Justice, vient de lâcher la mairie de Mulhouse, mais reste conseiller municipal. Tout comme Pierre Lellouche (Affaires européennes) à Paris, Nora Berra (Aînés) à Lyon et Benoist Apparu (Logement) à Châlons-en-Champagne. Chantal Jouanno, Rama Yade, Valérie Pécresse sont conseillères régionales en Ile-de-France;  Nadine Morano (Famille) cumule les mandats de conseillère municipale à Toul et conseillère de Lorraine. Certains ministres sont carrément maires : Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, à Nice ; Hubert Falco à Toulon; Nathalie Kosciusco-Morizet (quand elle ne twitte pas ses états d'âme de secrétaire d'Etat au numérique) à Longjumeau; Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, au Puy-en-Velay (depuis 2008); Luc Chatel (Éducation nationale) à Chaumont; Eric Woerth à Chantilly; Éric Besson à Donzère (Drôme); Hervé Morin à Épaignes (Eure).

Vendredi 28 mai, René Dosière a donc déposé trois amendements prévoyant que les ministres qui ont conservé un mandat de maire ou d'élu local ne perçoivent, «au titre de ses mandats locaux, aucune rémunération, aucune indemnité et aucun avantage».

Sans surprise, ces amendements ont été refusés ... sans aucune explication.



Crédit illustration: FlickR CC





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