30 juin 2010

Sarkozy est-il contreproductif ?

Nicolas Sarkozy est-il contreproductif ? La question se pose, sur deux sujets différents de l'actualité récente: ses interventions répétées dans les médias, de France Inter au Monde, d'une part, et ses récentes annonces sur le plan d'économie de fonctionnement dans ses ministères, d'autre part.

Médias, ou l'effet repoussoir
Le conseil de Surveillance du Monde a voté, de justesse, en faveur de l'offre de reprise conjointe de Mathieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel. Jusqu'au bout, l'Elysée avait cru dans les chances de l'offre concurrente, portée par Claude Perdriel et France Télécom. Ce weekend, les différentes sociétés représentants le personnel avaient plébiscité le trio «BNP».

Las, Perdriel, déjà administrateur du groupe Le Monde, a annoncé en séance lundi qu'il retirait sa proposition, et se rangeait en faveur du trio, un «geste de grand seigneur». Malgré cela, le vote fut serré, 11 voix favorables contre 9 abstentions. «Le Monde vote contre Sarkozy» pouvait titrer le JDD. C'est exactement cela. Le Monarque a soudé contre lui la totalité du journal.

A France Inter, le directeur Philippe Val répète sur tous les toits que sa grille de rentrée aura beaucoup d'humour. Mais l'éviction de Sétphane Guillon et Didier Porte, ainsi que la suppression de plusieurs autres émissions, aura des séquelles. Une manifestation est prévue ce jeudi, devant la Maison de la Radio, à Paris, à l'appel des syndicats et des humoristes licenciés. «Le licenciement de Stéphane Guillon est tout sauf un drame national.» écrit notre confrère Philippe Bilger. Il a raison. La France médiatique s'emballe. Il est des causes plus sérieuses et plus graves. Mais la direction de Radio France s'est plantée. C'est dommage pour elle, et dommageable pour la station publique.

A France Télévisions, il était dit que Nicolas Sarkozy voulait Alexandre Bompard, actuel président d'Europe 1 à la tête de France Télévisions. Quand la nouvelle fut fuitée en avril dernier, le président entra dans une vive colère. A force de personnaliser ainsi la conduite du pouvoir, le Monarque entretient toutes sortes de phénomènes de cour. Quelques courtisans se sont ainsi vantés trop tôt du choix présidentiel. Le président sortant de France Télévisions n'était pas officiellement prévenu. Las, Sarkozy changea son fusil d'épaule. Hier soir, France info annonçait que Remi Pflimin, un ancien de France 3, serait finalement le futur PDG des chaînes publiques. Patatras !

Rigueur, ou tartufferie ?
Le courrier de rigueur adressé par Nicolas Sarkozy lundi à son premier ministre a fait flop. Il y avait de quoi se frotter les yeux en le lisant. Sarkozy parle de «lutte contre les gaspillages», et réclame que le gouvernement soit exemplaire en la matière. Soit. Mais à lire ce courrier, on a surtout l'impression que le Monarque et ses proches sont déconnectés de toute réalité et exigence éthique.

1. Selon Sarkozy, cela signifie que les ministres doivent désormais régler eux-même leurs dépenses privées et n'ont plus se servir de l'argent du contribuable: «Il est également impératif que tous les frais liés à leur vie privée soient acquittés sur leurs deniers personnels et non sur des budgets publics. » On croit rêver. N'est-ce pas une règle évidente de bonne gouvernance, crise ou pas ? Sur le même registre, Sarkozy précise : «Concernant plus généralement les agents publics, je demande que les avantages en nature qui sont concédés à certains d'entre eux soient strictement circonscrits à l'exercice de leurs fonctions.»

2. Sarkozy promet de vendre les deux moyens courriers quand son bel avion Air France One sera livré. On avait quelques difficultés à croire que l'Elysée aurait conservé la jouissance de ces avions en plus de l'Airbus A330 qu'elle a du commander sur instruction présidentiel. Le nouvel Airbus, acheté à Air Caraïbes et rénové de fond en comble, coûtera environ 176 millions d'euros à l'Etat , sans compter  le réaménagement de l'aéroport de Villacoublay en banlieue parisienne (incapable d'accueillir en l'état un tel avion), ni les deux nouveaux Falcon tous neufs (35 millions d'euros prix catalogue) surnommés par l'Armée «Air Carla». SaL'inflation des dépenses présidentielles depuis 2007 est particulièrement affectée par le nombre de déplacements, publics ou privés (aller-et-retour avec le Cap Nègre une vingtaine de weekend par an). Chaque déplacement du président sur le terrain nécessite un cortège impressionnant de voitures officielles, une sécurisation massive des lieux, des centres-villes vidés de leur circulation, etc. Sarkozy s'appliquera-t-il à lui-même la consigne de recourir «de manière privilégiée aux transports ferroviaires» et de limiter le nombre de personnes qui l'accompagnent ? Le Monarque précise même que «les déplacements en avion des agents publics seront prohibés, dès lors qu'existe une liaison ferroviaire de moins de trois heures.» Pourquoi n'a-t-il pas été exemplaire lorsqu'il a récemment visité le Loir-et-Cher (le 1er juin, moins de 3 heures de train), à Marignane, à Morteau et à Laon (en mars), ou à Bruxelles (en avril) ?

3. Sarkozy aimerait que les effectifs ministériels soient réduits (20 conseillers par ministre, et 4 par secrétaire d'Etat). Il n'a jamais respecté sa promesse d'un gouvernement restreint (21 ministres contre 15 promis, et presque autant de secrétaires d'Etat). De surcroît, ses propres effectifs à l'Elysée ont cru de façon incroyable (+10% la première année selon le Figaro).

4. Sarkozy supprime les chasses présidentielles... déjà supprimées depuis 1995 par Jacques Chirac comme l'ont relevé tous les journalistes. Pourquoi donc faire une telle annonce invalidée aussi rapidement ? Sarkozy ne savait-il pas que l'imposture serait aussi vite dévoilée ?

5. Enfin, on attendait quelques clarifications des règles de bonne gouvernance. Le permis de construire d'Alain Joyandet, le cumul des fonctions de trésorier de l'UMP et de ministre par Eric Woerth, les pantouflages à répétition de proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, la rémunération des personnalités missionnées par l'Elysée. En marge de l'affaire Woerth, on apprenait d'ailleurs que la nomination de François Pérol, ex-conseiller économique de Nicola Sarkozy et nommé à la tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires (depuis fusionnées) ferait bien l'objet d'une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêt ». 

Au final, cet inventaire à la Prévert paraît mal préparé, brouillon, incomplet voire contradictoire. Le Monarque croyait corriger l'image désastreuse donnée par ses ministres et lui-même depuis plusieurs mois. Ses annonces ont peut-être eu l'effet inverse.




Crédit illustration Patrick Mignard


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29 juin 2010

G20 et rigueur: Sarkozy fait semblant d'y croire.

Nicolas Sarkozy est revenu bredouille des sommets du G8 (samedi) puis du G20 (dimanche). Il n'attendait pas de grands résultats. Mais le fiasco fut cette fois-ci total. Un fiasco qu'il a bien tenté de masquer lors d'une conférence de presse fatiguée et fatigante.


Un G20 planté d'avance
L'administration américaine avait prévenu voici 15 jours : Barack Obama craint que les divers plans d'austérité budgétaire en vigueur ou en cours d'élaboration en Europe ne brise une relance déjà fragile. On croyait cependant que quelques efforts seraient âprement négocié en matière de régulation financière internationale. Deux sujets au moins méritaient quelques efforts: la taxation bancaire et une plus grande régulation des marchés financiers, de façon à éviter les tourments subis à l'automne 2008. Il n'en fut rien. Les grandes déclarations des G20 de l'an dernier ont été oubliées.

En 2009, chaque réunion internationale était pour lui l'occasion de tirer la couverture à lui, d'accuser les autres d'immobilisme, de fustiger l'ancien monde et le mauvais capitalisme boursier. Un an plus tard, le constat est rude. Les saillies contre les paradis fiscaux sont occultées par l'affaire Woerth-Bettencourt; l'Allemagne a décidé d'interdire sans attendre les ventes à découvert de créances souveraines. Le Royaume Uni a mis en place une taxation des bonus de traders plus rudes que la petite tentative franco-française de l'hiver dernier. En août 2009, le Monarque promettait d'inscrire à l'ordre du jour du G20 du mois de septembre suivant la mise en oeuvre d'une «taxe assise sur les bonus distribués dont le produit alimenterait les systèmes de garantie des dépôts» «une limitation globale des bonus distribués en pourcentage des revenus des banques», et «une limitation des bonus les plus élevés». Le 17 juin dernier, il réitérait: «les membres européens du conseil proposeront au G-20 l'instauration d'une taxe sur les transactions financières.» Dimanche soir, le Monarque ne veut pas reconnaître publiquement son échec.

Sarkozy fatigué
Sa conférence de presse d'une trentaine de minutes, dimanche soir, fut éloquente. Il a commencé par lancer ce petit cri de victoire, si ridicule au vu des enjeux: «Je crois que pour la première fois dans un document, dans un communiqué officiel d'un sommet du G20, du G8, d'un sommet international, les mots 'bank levy' sont employés. Très clairement, la possibilité de taxer les banques est reconnue comme légitime par le G20. (...) Donc, la France, sur ce premier point, a obtenu satisfaction : un cadre est reconnu comme légitime pour taxer les banques.»

Disons-le autrement : sans cette reconnaissance, les Etats membres du G20 auraient-ils été empêchés de mettre en oeuvre une taxe bancaire ? Non.

Second résultat, encore plus minime que le premier, sur les financements innovants... Sarkozy insiste lourdement sur l'effort qui lui a fallu fournir pour décrocher un bien maigre résultat : «Deuxièmement, s'agissant des financements innovants, et en particulier de la taxation sur les transactions financières, la France, soutenue par l'Allemagne, s'est battue sur cette question, et dans le communiqué final, à la dernière minute, nous avons arraché le texte suivant (roulement de tambour): le G20 attend avec intérêt les résultats du groupe consultatif de haut niveau du secrétaire général des Nations Unies sur les financements qui exploreront les financements innovants.» Après ces quelques mots, il s'arrête quelques secondes, le doigt en l'air, et contemple l'assistance. Au cas où les journalistes n'auraient pas compris, le Monarque traduit: «clairement, le G20 s'investit sur les financements innovants.» On a pourtant lu la même conclusion officielle que lui : le G20 attend, avec «intérêt» un rapport d'experts de l'ONU qui ne sera que consultatif. Pire, cet «intérêt» ne s'est manifesté qu'à la dernière minute, aux dires mêmes de Sarkozy... C'est dire si les autres membres du G20 se sont emparés du sujet !

Clairement.

Troisième sujet, «l'affaire de la réforme du système monétaire international (...) progresse, avec les ouvertures chinoises... Le président Hu Jintao a d'ailleurs évoqué dans une de ses interventions l'intérêt d'un nouveau système monétaire international... Et donc c'est de bon augure pour la préparation de la présidence française du G20... ce sujet n'est plus tabou.»... Quelle affaire ! Comme s'il souhaitait se contredire lui-même, le Monarque a confié dès lundi une mission de réflexion à Lionel Stoleru, un ancien ministre de Giscard et Mitterrand, sur les risques systémiques du réseau bancaire. «Je vous confie en conséquence une mission de réflexion, de contacts internationaux et de propositions en vue d'aborder ce sujet, presque absent des dernières réunions du G20, lors des prochains G20 de Corée et de France

Mais revenons à Toronto.  Le quatrième point évoqué par le Monarque en préambule de sa conférence de presse dimanche portait «sur la gouvernance mondiale»: «là aussi, les plaques tectoniques se dégèlent.» Passons sur la métaphore approximative, le résultat est, là aussi, très faible : «le sujet est sur la table. » Il y a un an, Sarkozy clamait également haut et fort que la gouvernance mondiale devait s'élargir à de nouveaux pays tels l'Inde, le Brésil voire à un représentant permanent du continent africain, et quelque soit l'instance (Conseil de Sécurité de l'ONU, G8, etc). Le fiasco de Copenhague a visiblement refroidi ses ardeurs. En décembre dernier, la France avait suivi une partition solitaire, aux détriments de l'Europe, tentant un jour de s'accommoder l'Afrique, un autre le Brésil, pour finir à la remorque de la Chine et des Etats-Unis pour un accord minimaliste. A Toronto, Sarkozy se contente de remettre le sujet sur la table.

Bref, devant la presse - et l'opinion française - Sarkozy devait sauver la face. Le plus curieux est qu'il a lui-même sabordé ses efforts oratoires. En coulisses, tout le monde reconnaissait, au sein de la délégation française et ailleurs, que ce G20 n'avait débouché sur rien. Le Canada, très hostile à toute taxation bancaire, criait même victoire. Ce weekend à Toronto, Sarkozy s'est fait étonnamment discret. Il a justifié sa discrétion : «Les temps étant plus apaisés, il est normal qu'on rentre dans des G20 à connotation moins dramatique». Christine Lagarde a également qualifié de G20 de sommet de transition. Un conseiller du président en a même regretté l'organisation: «Dans cette période où la situation reste incertaine, on aurait pu décider de ne pas avoir ce G20».

Sarkozy acculé
Le reste de cette conférence de presse fut surprenant par son manque d'énergie, comme si l'échec du G20 avait résigné l'assistance. L'un des journalistes, Michael Darmon, de France 2, a failli réveillé le public. Il lui a demandé si Eric Woerth était toujours à même de défendre la réforme des retraites, compte tenu du temps qu'il passe à se défendre dans l'affaire Bettencourt. Sarkozy s'agace... «Vous m'avez déjà posé la même question hier. C'est vous qui êtes obsédés par cette question.(...) La réponse est oui. (...) Monsieur Woerth est un homme qui a toute ma confiance.» Il ajoute: «essayez de vous intéresser à des sujets qui se posent..

La question suivante traitait de la santé maternelle dans le monde. Une journaliste canadienne aux accents québécois demanda au président français si le programme décidé la veille par le G8 pourrait soutenir l'avortement dans les pays en voie de développement. Sarkozy confirme, sourit, et ... fait référence à son épouse: «peut être avez vous vu que Carla a fait une tribune dans un journal français sur ce sujet, elle est elle même très impliquée» La politique française s'incarnerait donc aussi par l'action de la «première Dame» ? Pourquoi faut-il que Sarkozy résume l'action de la France, quand il est en déplacement à l'étranger, à l'action bénévole de son épouse ? «Je dois dire que j'ai découvert ces chiffres, que seulement 4 enfants étaient nés avec le virus du Sida contaminé par la mère en une année en France, dans le même temps... que 400 000... euh... la même année... naissaient en Afrique avec la transmission du virus. C'est un sujet absolument central» Si les fautes de grammaire, dans cette intervention, sont d'origine, l'ignorance du sujet l'est également. En France justement, la politique du gouvernement est fortement critiquée en matière de lutte et de prévention contre le Sida.

Une question suivante porta sur la pénalisation des banques françaises par la future taxe bancaire franco-française. Sarkozy s'est abrité derrière une réunion, dès lundi, avec le premier ministre Fillon. «L'Europe doit montrer le chemin. » Ou encore : «Si on dit qu'on va attendre tous les autres pays pour la mettre en oeuvre, alors on va attendre longtemps.» C'est exactement la critique servie à l'encontre de Sarkozy à propos de la timidité française à agir sur le sujet... Cruel paradoxe ! Le Monarque a aussi confirmé, ce soir, que le G20 ne s'était pas entendu sur une réduction précise des déficits. Attaqué sur l'utilité du G20, Sarkozy s'est braqué: «A chaque sommet, on ne peut pas prendre des décisions historiques.» Ou encore : «Vous ne croyez pas que c'est utile qu'on se parle ? (...) C'est pas un plaisir, c'est une nécessité !»

Il ne semblait même pas convaincu par ses propres propos.

Alors qu'il rentrait sur Paris, Nicolas Sarkozy a fait publier un communiqué de presse sur les efforts qu'il demande à son gouvernement en matière d'économies. Il a adressé un courrier à son premier ministre, lui confirmant que les dépenses de fonctionnement et d'intervention devaient baisser de 10% dans les 3 ans. Sarkozy découvre que le Bling Bling n'est plus de mise, et réclame une modeste cure d'austérité à ses ministres. Dans la liste des économies symboliques que le Monarque s'inflige, l'Elysée cite la suppression de la garden-party du 14 juillet à l'Elysée, la fin des chasses présidentielles, la suppression de 7000 logements de fonction et de 10 000 véhicules d'ici 2013, et la fin de la prise en charge par l'Etat de la location de logements dans le parc privé (on est mieux logé dans les palais de la République). Sarkozy prévient également, enfin, que les ministres paieront de leur poche leurs frais de déplacements et de restauration en cas d'utilisation abusive. 

«À l'heure où nos concitoyens sont frappés par la crise, l'Etat doit, plus que jamais, faire preuve d'exemplarité. La recherche d'économies au sein des administrations est une nécessité pour redresser nos finances publiques. Elle est également un impératif moral.»

2012 approche, il faut faire oublier trois années et demi de Bling-Bling, abus et privilèges.

Et vite.

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28 juin 2010

Woerthgate: pourquoi Eric Woerth ne sera pas premier ministre

Avec les nouvelles révélations du weekend, on imagine mal Nicolas Sarkozy retenir Eric Woerth comme premier ministre potentiel. Comme Alain Juppé en 1995, Woerth risque de payer le prix fort d'une affaire négligée.

Nicolas Sarkozy a apporté son soutien à Eric Woerth, par conseiller interposé. le Monarque «n'a strictement rien à reprocher à Eric Woerth. On ne peut rien lui reprocher. C'est un excellent ministre» a indiqué l'Elysée samedi. Effectivement, Eric Woerth est devenu un fidèle, placide et efficace... jusqu'à cette affaire Bettencourt. En Suisse, le trésorier de l'UMP a constitué le plus gros bataillon de supporteurs hors de France de l'UMP pour l'élection présidentielle. Une situation cocasse quand on sait que son épouse y a trouvé un job quelques mois après l'élection.

Ce soutien présidentiel ne fut pas la seule nouvelle du weekend.

L'embauche de Mme Woerth par la société Clymène, cette holding gérant les actifs de Mme Bettencourt, avait soulevé plusieurs questions : était-elle au courant de l'évasion fiscale de son employeur ? Son embauche avait-elle été forcée ? Son mari de ministre a réfuté ces soupçons. Florence Woerth ne travaillait qu'au placement des dividendes, conséquents, de Mme Bettencourt, une compétence qu'elle pratique depuis des années et pour laquelle elle a été recrutée par Clymène, la société de gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Or voici que Mediapart a livré de nouvelles révélations sur le sujet: Clymène affiche de gros déficits depuis des années : «Le plus intrigant est que Clymène, loin de contribuer à faire prospérer la fortune de Liliane Bettencourt, «créer de la valeur» comme le revendiquent les financiers, perd systématiquement de l'argent, détruit du capital. Sur les neuf exercices depuis sa création, elle a été cinq fois en pertes» écrit Martine Orange.


Le 25 juin, on a aussi appris que François-Marie Banier avait subi un contrôle fiscal, quelques mois après que Florence Woerth ait été embauchée parle gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. L'homme est au centre du procès qui doit se tenir dans quelques jours, et oppose Liliane Bettencourt à sa fille. Cette dernière accuse sa mère de n'avoir plus toutes ses facultés quand elle a légué sa fortune à M. Banier. «Eric Woerth (...) souligne que c'est sous son autorité qu'a été lancé un contrôle fiscal sur Monsieur Banier» a confirmé le ministère du Travail. A l'inverse, le directeur général des Finances publiques du ministère du Budget, Philippe Parini, a précisé dans un communiqué «qu'il n'a reçu aucune instruction de la part d'Eric Woerth, alors ministre du Budget, concernant le dossier fiscal de Mme Liliane Bettencourt». C'est bien le problème ! L'hebdomadaire Marianne a publié, dans son édition du 26 juin, des courriers adressés par M. Banier à Mme Bettencourt faisant état de l'acquisition d'une île aux Seychelles, jamais mentionné par Bettencourt dans son patrimoine et ses revenus déclarés au fisc. Or ces courriers sont entre les mains du Parquet depuis début 2008. Et le procureur en charge de l'affaire n'a jugé bon d'alerté ses collègues des Impôts...

Que dire de ce dernier ? Philippe Courroye est un proche de Nicolas Sarkozy, comme de nombre de membres de la Jet-set du Fouquet's, comme le rappelait l'hebdomadaire l'Express en novembre dernier : «C'était un dîner intime, comme on les aime entre amis. Sauf que, ce soir-là, les hôtes de Philippe et d'Ostiane Courroye sortaient quelque peu de l'ordinaire: Nicolas Sarkozy, président de la République, et Carla, son épouse, étaient à la table du procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine). Etaient aussi présents le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, lui aussi un proche du chef de l'Etat, et sa femme. Selon la confidence d'un proche, Nicolas Sarkozy n'a que deux "amis" dans la magistrature: Yves Bot, ancien procureur à Paris, et Philippe Courroye, qui pourrait bientôt accéder à ce poste prestigieuxDès vendredi, Courroye a démenti avoir tardé à informer les services fiscaux des infractions dont il avait connaissance. Et pan ! Selon Philippe Courroye, Eric Woerth était donc bien informé, mais n'a rien fait.

On nage en plein mélange des genres. Un ministre lance un contrôle fiscal contre le protégé d'une milliardaire, mais pas contre cette dernière qui emploie par ailleurs l'épouse du ministre... Vous suivez ?

Dimanche, le successeur de Woerth au Budget, François Baroin, a annoncé qu'un contrôle fiscal venait d'être décidé à l'encontre de Liliane Bettencourt. Cette dernière avait de toutes façons affirmé lundi dernier qu'elle souhaitait rapatrier tous ces actifs en France. le même jour, Eric Woerth s'est défendu, en fin de journée, lors de l'émission du Grand Jury de RTL. Une défense inchangée, qui plaide la bonne foi et l'ignorance. A l'ouverture de l'émission, il répète : «ne sous-estimez pas ma capacité de résistance.» Puis : «je ne souffre pas du tout parce que je n'ai rien à me reprocher. (...) C'est une affaire très compliquée à laquelle je ne comprends rien, je ne sais pas ce qu'on me reproche». Mieux: «Je suis une totale cible politique». Eric Woerth, dimanche, fut habile mais peu convainquant. Il a clamé, sans preuve, que toutes les accusations sont fausses et archi-fausses. Sans gêne, comme d'autres, il n'a pas vu de problème d'éthique à sa situation. Et pour évacuer les questions gênantes, il a divergé sur ses propres efforts contre la fraude fiscale. Nous n'avons jamais lancé autant de contrôles fiscaux, justifie-t-il. La Cour des Comptes, justement, vient de rendre un rapport sur la lutte contre la fraude fiscale. Elle y dénonce «une couverture plus inégale des différentes catégories de contribuables et de dispositifs fiscaux par le contrôle fiscal.» Elle rappelle aussi que les droits rappelés et pénalités appliquées en 2008 se sont élevées à 15,6 milliards d'euros. Dix ans auparavant, en 1998, ils se chiffraient à ...  15,0 milliards. Où est la hausse ? «Le problème, c'est que les journalistes ne comprennent pas comment fonctionne le fisc» s'est-il exclamé. «Moi, j'ai peur de comprendre», rétorqua Jean-Michel Apathie.

Au final, Eric Woerth est affaibli. Il y a quelques mois à peine, on le présentait comme l'un des successeurs potentiels de François Fillon à la tête du gouvernement. Nicolas Sarkozy avait laissé entendre, en janvier dernier, qu'il procèderait à un remaniement gouvernemental à l'automne, une fois la réforme des retraites passées. Eric Woerth, placide et fidèle, était le candidat tout trouvé. Il a aussi très bien mené la fausse concertation sur les retraites, alternant confessions anonymes à la presse d'un côté, et grandes dénégations officielles de l'autre.

Aujourd'hui, on imagine mal Sarkozy décider de confier les rênes d'un gouvernement de combat à Eric Woerth.

Le Monarque, justement, est resté assez discret vis-à-vis de l'affaire. Il s'est senti obligé d'afficher un soutien à Woerth ce samedi. Mais il a lancé un autre contre-feu, sur le coût des G20. A Toronto, Nicolas Sarkozy a ainsi promis que les prochains G8-G20 que la France organisera en 2011 seront «dix fois» moins chers. Le Monarque est tout à la peine pour convaincre qu'il est rigoureux. On a peine à le croire. La présidence française de l'Union européenne avait atteint des sommets de dépenses inutiles, comme cette réunion de 4 heures au Grand Palais à Paris pour 16 millions d'euros, douches incluses. Une polémique s'est emparée des deux sommets organisés par le Canada, dont le coût est estimé à un milliard de dollars (environ 800 millions d'euros). «Nous prévoyons un montant d'environ 80 millions d'euros, pas plus, pour financer le G8 et le G20 » a confié un membre de la délégation française samedi dernier. Gaffeur, Sarkozy s'est rattrapé pour ne pas vexé ses hôtes: «Ici nous sommes accueillis dans un confort très raisonnable et qui n'a rien de somptueux ».

Le soutien de Sarkozy n'a Woerth n'a rien de somptueux non plus...



Crédit illustration: Patrick Mignard

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27 juin 2010

Rencontre avec Thierry Henry: Sarkozy se défend

Pas content le Monarque ! Jeudi dernier, il a fait annuler une rencontre prévue avec des ONG pour pouvoir recevoir le footballeur Thierry Henry, fraîchement débarqué d'Afrique du Sud. Le collectif des ONG s'est ému d'avoir été ainsi traité comme quantité négligeable. Un communiqué indigné, le lendemain, était publié sous le titre: «Thierry Henry vaut 3 milliards.»

Vendredi 24 juin, l'Elysée a à son tour sorti son propre communiqué:

«La Présidence de la République tient à rappeler que la rencontre du chef de l'Etat avec les représentants des ONG, qui devait se tenir ce jeudi 24 juin à 11h00, n'a pas été déplacée au Quai d'Orsay en raison de l'entretien du Président de la République avec M. Thierry Henry, prévu à une autre heure, mais en raison de contraintes liées à la préparation des sommets du G8 et du G20 qui débutent demain 25 juin au Canada.


Le Président de la République, comme il le fait chaque année, aura l'occasion de recevoir les représentants des ONG dans les semaines à venir, pour préparer le sommet du « Millénaire + 10 » de New York en septembre.»
Incroyable calendrier présidentiel ! Le président a le temps de rencontrer, en urgence, un Thierry Henry à peine atterri de son avion, mais pas des ONG. Le footballeur trouve un créneau, comme si sa visite à l'Elysée allait changer le cours des choses. Les ONG doivent patienter.

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Retraites ou G20: les dialogues de sourds

Puisque son chef était tout occupé à réfléchir à l'avenir du football français avant de s'échapper pour une nouvelle tenue du G20 à Toronto, François Fillon s'est livré à l'exercice de la réaction officielle aux manifestations de jeudi.

Sarkozy, seul au G20
Sarkozy, à Toronto, sera confronté à une difficile situation. Il aura du mal à convaincre ses interlocuteurs de la mise en place d'une nouvelle régulation des échanges monétaires. Les inquiétudes sont ailleurs. En 2008 déjà, Sarkozy et Obama s'étaient opposés sur le sujet. Le Monarque français pensait régulation, le président américain était soucieux des mesures de relance.

Les spéculateurs attaquent à nouveau les dettes portugaise et grecques, quelques semaines à peine après la mise en oeuvre d'un plan conjoint de l'Union européenne et du FMI pour juguler des attaques similaires. Christine Lagarde, vendredi matin, trouvait cela normal. Autre sujet, la croissance économique des pays industrialisés marque le pas. Il y a 10 jours, Barack Obama a critiqué les politiques d'austérité en place en Europe: « souvenez vous du passé, quand les mesures de relance avaient été retirées trop vite », faisant allusion à la crise de 1929. En France, la croissance du PIB a affiché un timide 0,1% au dernier trimestre, selon l'INSEE. L'Europe est «l'homme malade» du G20, avec une devise attaqué, des finances publiques déficitaires et une croissance molle. Les Etats-Unis craignent que la rigueur européenne n'étouffe la reprise économique.

La France suit une trajectoire ambigüe : sa rigueur est insuffisante pour redresser ses finances. Le gouvernement Sarkozy est d'abord idéologiquement bloqué par son souci de protéger les hauts revenus et de ne pas toucher à la fiscalité. Effrayé par la perspective d'une révolte sociale de grande ampleur, il se garde ensuite de lancer un large plan d'économies. Bref, le voici contraint à une austérité par petites touches, injuste et inefficace à la fois.

Samedi, lors du G8 précédent le G20, Nicolas Sarkozy s'est rapproché de Barack Obama. Pas folle la guêpe ! «Pour la France, la consolidation budgétaire est une nécessité à long terme [...] le retrait du stimulus doit se faire à partir de 2011, de manière progressive, selon la situation de chacun» a-t-il expliqué. Le plan de relance français fut, faute d'argent et de volonté, l'un des plus modestes du G20. L'austérité se fait progressive, sans s'assumer, les comptes publics sont autant plombés qu'ailleurs et la croissance atone...

Le monarque a aussi livré un message de soutien, par conseiller interposé, à son ministre du travail Eric Woerth. La Sarkofrance est ainsi au complet pour défendre l'un se ses membres trésorier du Parti présidentiel, ministre du Budget, et proche, par épouse interposée, de la plus grosse fortune françaises soupçonnée de la plus grosse évasion fiscale du moment. Clap, clap, clap...

Fillon, seul au poste
Vendredi matin, François Fillon a voulu répondre et se défendre.«Il ne faut pas attendre de moi une faiblesse.» Sur les retraites, le gouvernement ne renoncera pas à son projet. Qu'importent les 2 millions de manifestants la veille, il ne reculera pas. Ou si peu. Le dialogue de sourds était évident à l'écouter. «Quelles que soient les oppositions, quelle que soit leur force, nous avons le devoir d'assurer le financement des retraites des Français» a-t-il déclaré.

Personne ne nie la nécessité d'une réforme pour sauver le système. Les critiques portent sur l'injustice et l'insuffisance du projet gouvernemental. Sur les 24 milliards d'euros d'économies attendus en 2018, 85% proviennent des mesures d'âge et de l'alignement (partiel) du régime public sur celui du privé. Fillon ajouta que le report de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, était «le seul paramètre réellement efficace pour éviter la faillite». Pas un mot sur le maintien d'une durée de cotisations parmi les plus longues d'Europe. Avec cette réforme, répétons-le, la France se dote d'un système les plus durs d'Europe. Pour le reste, Fillon table sur l'essoufflement de la contestation et la résignation générale, notant que les réformes de 1993 et de 2003 avaient également été «contestées» et «sont maintenant admises par tout le monde».

Sur l'affaire Woerth, le premier ministre a répété les arguments développés pour la défense de son ministre du Travail: «Eric Woerth n'a commis aucune espèce de faute, il n'a commis aucune faute dans l'exercice des ses fonctions de ministre du Budget. (...). Toutes les assertions sont parfaitement inexactes. Je pense qu'elles seront suivies d'un certain nombre de conséquences en termes judiciaires. (...) Eric Woerth a été certainement le ministre de la Ve République qui a le bilan le plus fort en matière de lutte contre la fraude fiscale. Beaucoup de ceux qui aujourd'hui, notamment à gauche, sont prompts à donner des leçons, n'ont pas tout à fait le même bilan à présenter». Le premier ministre s'est ainsi bien gardé de répondre directement aux véritables critiques. Personne n'accuse Eric Woerth de malversations. Mais Woerth est trésorier de l'UMP, son épouse travaillait pour une grande fortune, par ailleurs évadée fiscalement.

Pour le reste, Fillon a fait peu de nouvelles annonces : il est sûr de ses prévisions de croissance économique. Il a promis 8,5 milliards d'euros de réduction de niches fiscales (en incluant les 3 milliards trouvés dans la réforme des retraites). Et de nouveaux prélèvements sociaux viendront alourdir de quelques euros le bulletin de paye des salariés.

Au final, au G20 comme à Paris, le dialogue de sourds se poursuit.



Crédit Illustration FlickR CC


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26 juin 2010

164ème semaine de Sarkofrance : privilèges, mépris et indifférence

On reconnaît notamment un chef d'Etat à son sens des priorités. Nicolas Sarkozy, pour sa 164ème semaine à l'Elysée, n'en a avait aucun. A moins qu'il ne s'agisse d'une volonté délibérée de préférer le football aux retraites, de visiter les banlieues en pleine nuit et sans caméra, de critiquer les constructions en zones dangereuses après avoir demander la dérégulation de l'urbanisme.

Le Var contre les Verts
Le gouvernement s'est fait discret sur le rejet sine die d'un projet de taxe carbone au sein de l'Union européenne. La règle de l'unanimité des 27 Etats membres pour ce type de décision a eu raison du projet. La Grande-Bretagne en a déjà créé une et ne souhaite pas en ajouter; l’Allemagne et la Pologne consomment trop de charbon pour y être favorables. La secrétaire d'Etat à l'écologie Chantal Jouanno n'a même pas été interrogée à ce propos. L'attention écolo était dans le Var, où des crues violentes ont causé la mort de 25 personnes. Sarkozy s'y est rendu lundi. Il a réaffirmé sa détermination à interdire les constructions dans les zones reconnues dangereuses. Une carte de ces zones sera proposée l'an prochain, a prévenu Jouanno. Le même Sarkozy expliquait, en avril 2009, qu'il fallait au contraire «déréglementer», «permettre aux propriétaires d'agrandir leur maison individuelle, rendre constructible les zones inondables» et «changer les procédures».

Autre sujet d'inquiétude dans les milieux écologistes, certains dispositifs fiscaux «écolo» ont déjà été abandonnés, comme la défiscalisation de la vente d'électricité produite par certaines installations photovoltaïques.

Mardi, le Monarque s'est échappé dans les Pyrénées-Atlantiques. Officiellement, il visitait une usine opportunément choisie ... dans la circonscription de François Bayrou. Le leader centriste est resté distant, refusant d'accompagner seul le Monarque à son retour à l'aéroport local. Sarkozy cherchait sa photo aux côtés du patron du Modem. Il l'a eu.

Sarkozy préfère le foot
Mardi, puis jeudi, le président français a annulé deux rendez-vous prévus de longue date pour cause de ... football. Le premier, avec la première ministre suisse, coïncidait avec le dernier match de l'équipe de France en Afrique. Sarkozy préférait se consacrer aux piètres performances des Bleus. Le second, avec des ONG internationales, fut annulé pour laisser place à une rencontre avec Thierry Henry, le jour même d'une journée de contestation sociale. La démarche est inédite, incongrue, déplacée. Sarkozy cherche la diversion ou témoigne son mépris. Dans les deux cas, c'est détestable. Roselyne Bachelot, la ministre de la santé et des Sports, ne s'est pas non plus ménagée pour attaquer les Bleus et leur entraîneur, elle qui les soutenait encore voici 10 jours, contre vents et marées. L'expulsion d'Anelka samedi, la grève de l'entrainement dimanche, la déroute face à l'Afrique du Sud mardi, puis le retour piteux et séparé des Bleus vers Paris ont été instrumentalisés par l'Elysée comme un feuilleton de diversion bien utile à quelques heures d'une manifestation nationale contre la réforme des retraites.

Mercredi, Nicolas Sarkozy s'est rendu en catimini en banlieue parisienne, en Seine-Saint-Denis. Sans prévenir, sans journalistes, il a voulu visiter Tremblay-en-France, bousculée par des caillassages et incendies de bus voici trois mois, la cité des 4000 à la Courneuve, et la gare SNCF de Saint-Denis. Sa visite n'a pas du être si discrète que cela puisqu'il a réussi à se faire insulter par un jeune, d'abord présenté comme multi-récidiviste par police, dont l'interpellation fut difficile, toujours d'après la police. Le jeune homme a écopé de plusieurs heures de garde à vue, d'une comparution immédiate vendredi, et d'une dizaine de jours d'arrêt de travail après son arrestation musclée. En juin 2005, la visite de Nicolas Sarkozy sur place, alors qu'il était ministre de l'Intérieur, avait choqué jusqu'aux émeutes inouïes en banlieue au mois de novembre suivant. Autre incident, un journaliste de France 3 Ile-de-France, en reportage sur place, a été giflé par l'un des membres du service de sécurité de l'Elysée.

Mercredi, le Monarque a également fait savoir qu'il annulait sa traditionnelle Garden Party à l'Elysée le 14 juillet prochain. Il veut montrer qu'il fait lui aussi des économies en ces temps difficiles. Annuler l'évènement à 20 jours de son organisation est une belle hypocrisie. Les bons de commandes sont partis... Et d'autres ministères et ambassades maintiendront les leurs... L'an dernier, cette coterie avait coûté 700 000 euros, sans compter les 3 millions d'euros du concert de Johnny Halliday le soir même, une facture dont le montant a finalement été avoué cette semaine par  Frédéric Mitterrand. L'an dernier, les communiquants de l'Elysée avaient soutenu qu'elle coûtait deux fois moins... La veille de ce jour férié, le mardi 13 juillet, Sarkozy a organisé un conseil des ministres qui validera le projet de réforme des retraites en vue de sa présentation au Parlement en septembre. On est sûr que la mobilisation sociale, la veille d'un pont de 5 jours, sera faible. On imagine aussi qu'il filera ensuite, en avion présidentiel, vers la résidence du Cap Nègre de son épouse.


«Parce qu'ils le "Woerth" bien»
L'utilisation des moyens publics à des fins privées est l'une des autres spécificités françaises. En d'autres lieux, sous d'autres cieux, les ministres Christian Blanc, Eric Woerth, Christian Estrosi, Fadela Amara, et Alain Joyandet auraient tous démissionné. En Allemagne, l'utilisation d'une voiture de fonction pour un déplacement privé a coûté sa place à un ministre. Au Canada, il n'y a pas de voiture de fonction. En Angleterre, le scandale des notes de frais a eu raison du tout nouveau ministre des finances de David Cameron.

En France, on cultive nos bananes et on donne des leçons au monde entier. Christian Blanc s'est empressé de dénoncer l'un de ses anciens collaborateurs comme l'auteur de ses dépenses de cigares et des fuites à la presse. Du vrai courage ! Son collègue Joyandet a abandonné son projet d'agrandissement contesté de villa à Saint Tropez.

Eric Woerth a tenté de déminer l'affaire qui l'emporte depuis la publication, le 16 juin dernier, d'enregistrements pirates de conversation entre Liliane Bettencourt et son gestionnaire de fortune. Le Woerthgate est devenu une affaire d'Etat. L'épouse du ministre, qui conseille les placements de Mme Bettencourt, a été embauchée quelques mois après l'élection de Sarkozy en 2007. Le gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, a été décoré de la Légion d'Honneur, quelques semaines plus tard par Eric Woerth, ministre du Budget. Des soupçons d'évasion fiscale sont apparus. Eric Woerth, trésorier de l'UMP, était allé en Suisse en mars 2007 récolter quelques fonds auprès de sympathisants UMP. Le comité suisse de soutien à Nicolas Sarkozy comptait environ 150 000 supporteurs avant l'élection présidentielle. La riposte, le week-end dernier, usa de trois arguments. Eric Woerth, soutenu par les proches du président, a crié au complot. Ensuite, il a répété que ni son épouse ni lui n'avaient rien commis d'illégal, ce qui est vrai. Florence Woerth a confirmé cependant qu'elle quitterait les services de Mme Bettencourt d'ici quelques semaines. Enfin, François Baroin a promis de publier les bons résultats de l'action de son prédécesseur Woerth contre la fraude fiscale. Un milliard d'euros auraient été récupérés en 12 mois. On se souvient des gesticulations du ministre du budget en 2009. Il avait créé une cellule spéciale pour accueillir les évadés fiscaux soucieux de régulariser leur situation. Il leur avait donné jusqu'au 31 décembre pour se mettre en conformité avec la loi. Il avait même brandi une liste de suspects, récupérée dans des conditions troubles auprès de la banque HSBC.

Le jeune homme interpellé mercredi soir pour outrage à chef de l'Etat n'aura pas bénéficié de la même clémence. Il n'est pas millionnaire, ni exilé en Suisse.

En fin de semaine, la France médiatique s'inquiétait du licenciement des humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte sur France Inter. L'affaire est symbolique. Après les intrigues présidentielles pour sécuriser la reprise du quotidien Le Monde, voici la fin de l'humour caustique et souvent politique, sans oublier d'autres départs ou mises au placard à France Inter. La tranche était la plus écoutée de la station, avec près de 2 millions d'auditeurs. Les patrons de Radio France et de France inter souffrent d'un péché originel prévisible et involontaire : leur nomination directe par le Monarque. Il est aussi toujours surprenant de constater que la complaisance journalistique choque moins que les «saillies» verbales d'une poignée d'humoristes.

Retraites, dialogue de sourds
Les comptes ne sont pas bons. Le chômage a augmenté en mai, dans des proportions inégalées depuis 7 mois. Même le Figaro s'en inquiète. Jeunes et seniors sont durement frappés. La croissance économique restera faible cette année. L'INSEE l'estime à 1,4%. Le gouvernement espérait mieux. Ses prévisions de recettes fiscales en dépendent... Partie au G20 en fin de semaine, Christine Lagarde a tenté de faire bonne figure. La France serait sur de bons rails, avec un plan de rigueur maîtrisé, des investissements stratégiques garantis grâce au Grand Emprunt et une note Triple A stable auprès des agences de notation internationale. Le weekend dernier, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, avait choisi le Financial Times pour annoncer que de nouvelles mesures de rigueur étaient nécessaires. Parmi les pistes, dévoilées par les Echos, le gouvernement entend réduire de 100 000 nouveaux postes la Fonction publique de 2011 à 2013, dont 34 000 l'an prochain. L'Education nationale perdra 16 000 emplois, et la police retombera, dès 2011, a son niveau d'effectifs de ... 2002.

Après le succès, un 24 juin, à une semaine des vacances scolaires d'été, des manifestations sociales contre la réforme des retraites, le gouvernement joue la montre. Plus de deux millions de personnes se sont retrouvées dans les rues. La grève a frappé les transports publics, les établissements scolaires, les hôpitaux, et même Radio France.

Eric Woerth a dû reconnaître l'importance du mouvement. Lui comme Lagarde ont répété que le Monarque leur avait donné blanc-seing pour aménager certaines dispositions sur la pénibilité, les poly-pensionnés et les carrières longues. Sur le déséquilibre général de leur projet, pas un mot. Les salariés, surtout modestes, supporteront 20 milliards d'euros de l'effort annuel d'économie. Les hauts revenus 230 millions; l'épargne et les entreprises 3,5 milliards. Où est l'équilibre ? Pire, la réforme, qui relève l'âge de départ sans réduire la durée de cotisation, transforme le système français en l'un des durs d'Europe : notre régime national cumulera en effet une durée de cotisations parmi les plus longues (41,5 ans contre 30 ans au Royaume Uni, 35 ans en Allemagne, 36 ans en Italie, 40 ans en Espagne) et des âges de départ et de retraites à taux plein élevés (62 et 67 ans).

Jeudi après-midi, on pouvait entendre des témoignages de salariés au travail précoce se plaindre d'avoir à cotiser 44 ans, des mères de familles aux carrières incomplètes s'indigner de devoir pousser le boulot jusqu'à 67 ans. Nicolas Sarkozy est resté silencieux. Son premier ministre Fillon est intervenu vendredi matin pour signifier une fin de non-recevoir : «Aucune mobilisation ne réglera le problème démographique». A l'Elysée, la messe est dite.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

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Thierry Henry vaut 3 milliards d'euros

«Paris, jeudi 24 juin 2010. Prenant acte des priorités du Président de la
République à la veille du G8, les ONG ne participeront pas au rendez-vous
avec MM. Kouchner et Joyandet ce jour.

Les ONG françaises étaient invitées par le Président Nicolas Sarkozy jeudi 24 juin à 11 heures pour discuter des positions françaises pour le G8 et le G20 au Canada.

Mercredi 23 au matin, elles ont été informées que cette réunion se tiendrait en réalité avec le ministre Bernard Kouchner et le secrétaire d'Etat Alain Joyandet, l'agenda du Président étant trop chargé pour les recevoir. Les responsables des ONG ont bien sûr accepté ce changement de format.

Les ONG ont ensuite appris que le Président Sarkozy recevra jeudi matin Thierry
Henry.

"Pour le Président de la République, recevoir un footballeur est plus
important que la situation des trois milliards de pauvres des pays en
développement. C'est un très mauvais signal pour la politique de coopération
de la France" s'indigne Jean-Louis Vielajus, président de Coordination SUD.

Prenant acte de cet ordre de priorité, les ONG d'urgence et de développement ont
décidé de ne pas participer au rendez-vous avec MM. Kouchner et Joyandet.
»




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25 juin 2010

Sarkozy joue à cache-cache avec la banlieue et les retraites

Mercredi soir, Nicolas Sarkozy s'est rendu en banlieue parisienne, sans médias et sans prévenir. Le président français ne voulait pas laisser l'impression qu'il est indésirable dans certains territoires du pays. Jeudi matin, Nicolas Sarkozy recevait Thierry Henry, ex-footballeur de l'Equipe de France, tandis que 2 millions de personnes manifestaient contre la réforme des retraites.

Visiter la banlieue
Mercredi 23 juin, Sarkozy a donc passé trois heures en Seine-Saint-Denis, accompagné du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, du préfet de police, Michel Gaudin, du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, et du préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert. Au programme, une visite de la Courneuve et sa fameuse cité des 4000, Tremblay-en-France, et de la gare SNCF de Saint-Denis. Le déplacement était anonyme, sans journaliste. Il avait été organisé en début de semaine. Le choix du lieu et du moment n'est pas anodin. La Seine-Saint-Denis concentre la plupart des faits divers d'insécurité depuis le début de l'année, comme des attaques de bus, l'augmentation des trafics de drogue ou des violences en milieu scolaire. En juin 2005, le ministre de l'intérieur était joué les provocateurs contre les «racailles» qu'il avait promis de débarrasser au «Karchër.» Sarkozy voulait pouvoir dire qu'il va où il veut, quand il veut. Quitte à se cacher ! Cette visite, la veille d'une manifestation nationale contre la réforme des retraites proposée par son gouvernement, été également bien calée. Il s'agissait aussi de faire diversion.

Que le président soit obligé de se cacher pour visiter les banlieues, même les plus difficiles, illustre combien l'échec de sa politique sécuritaire est grand. Sur place, Nicolas Sarkozy n'a pas évité les incidents. Un jeune a été interpellé à la Courneuve, vers 23H, pour avoir insulté le président. Son arrestation a été violente... d'après la police. Même caché, Sarkozy réussit à provoquer des incidents ! Un comble !

Masquer les manifestations
Jeudi, Nicolas Sarkozy a reçu le footballeur Thierry Henry. La veille, les conseillers du président expliquait que le joueur en avait fait la demande. Il semblerait que l'initiative vient plutôt du Monarque. Cette politisation du fiasco sportif de l'équipe de France est incongrue voire inacceptable. Sarkozy a annulé un rendez-vous prévu de longue date avec des ONG de solidarité internationale. Le foot d'abord ! Ces dernières n'ont pas apprécié : «Pour le président de la République, recevoir un footballeur est plus important que la situation des trois milliards de pauvres des pays en développement. C'est un très mauvais signal pour la politique de coopération de la France», s'est indigné Jean-Louis Vielajus, président de Coordination Sud. Mercredi, l'Elysée communiquait sur l'attention présidentielle à l'encontre des piètres performances de l'équipe nationale en Afrique du Sufd : «Le chef de l'Etat a demandé aux ministres de faire en sorte que les responsables tirent rapidement les conséquences de ce désastre. » Quelle attention !

Tandis que le président français recevait un footballeur, deux millions de manifestants sillonnaient les rues de France. Provocateur, Eric Woerth a jugé la mobilisation plus faible qu'en 2003: «C'est une mobilisation assez forte, mais c'est une réforme ambitieuse. (...) Je note que la mobilisation est légèrement plus faible qu'en 2003, au moment de la réforme des retraites qui ne touchait pas à l'âge légal, portée par François Fillon.» Environ 200 cortèges se sont rassemblés partout en France. La performance est rare, car l'impact de la réforme des retraites ne se fera réellement sentir que dans quelques années. Certains slogans étaient gentiment humoristique, comme «La Rolex à 50 ans, la retraite à 60 ans», repéré au Mans, «Pour vos retraites, faites comme moi: planquez vos milliards aux Seychelles ou en Suisse, c'est net d'impôts» à Paris. Les futurs retraités ont raison de s'inquiéter. Les nouvelles du front du chômage sont à nouveau mauvaises. Travailler plus longtemps ... ou chômer plus longtemps ? En mai, la France vient d'enregistrer la plus forte hausse du chômage depuis 7 mois. « La baisse du chômage des jeunes est bel et bien grippée» note le Figaro. «Même constat sombre enfin pour les seniors qui retrouvent en mai une progression élevée de leur nombre d'inscrits (oscillant entre 1,3% et 1,4%, selon les catégories) non atteinte depuis plusieurs mois.»

Oublier les affaires
La presse étrangère ne comprend pas la complaisance française sur les différentes affaires de privilèges indus qui ont frappé le gouvernement depuis des semaines. On le sait, aucun des ministres et secrétaires d'Etat concernés par ces cigares, ses doubles appartements, ses permis de construire douteux ne seraient encore en poste s'ils étaient membres des gouvernements britannique ou allemand. Au Royaume Uni, le secrétaire au Trésor, l'équivalent anglais de notre ministre des finances, n'a pas tenu 3 semaines en poste quand il fut révélé qu'il se faisait rembourser une partie de son logement sur notes de frais. En Allemagne, un ministre a démissionné parce qu'il avait utilisé son véhicule de fonction à des fins privées. L'affaire Woerth suscite le trouble. On pouvait ainsi lire dans le Temps, quotidien suisse (sic !) : «Il ne suffit pas à la France d'être la risée de l'univers footballistique. Son équipe gouvernementale en rajoute.» Ou encore : «Bien plus que la déculottée de footballeurs, le fossé entre les surintendants du Fouquet's et le peuple appelé aux sacrifices pourrait provoquer, lui, un véritable "désastre moral".» Qui écrit aussi bien en Sarkofrance ?

Et que dire du Karachigate ? «Au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy serait mort !» expliquait Charles Bremner, correspondant du Times.En France, Nicolas Sarkozy est politiquement bien vivant.




Crédit illustration FlickR CC

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24 juin 2010

Retraites : comment Sarkozy multiplie les distractions et diversions...

Ce jeudi, une partie du pays manifestera. L'ampleur de la protestation contre la réforme des retraites semble peu concerner le gouvernement. Sarkozy a trouvé sa réponse, l'aménagement de la prise en compte de la pénibilité et des polypensionnés. Pour un peu, il s'afficherait presque social !

Distractions
Lundi, le Monarque arpentait les rues de Draguignan, durement touchée par les graves intempéries des jours précédents. Il a promis qu'il n'y aurait plus de constructions dans les zones à risques. Le ton était solennel : «Tant que je serai président de la République, personne ne construira dans une zone reconnue comme dangereuse (...) Si la zone est dangereuse, au nom de l'Etat nous interdirons les constructions». Sans connaître les résultats d'une enquête qui ne fait que démarrer sur les causes de la catastrophe humaine, le Monarque s'avance... pour rien. Comme hier après la tempête Xynthia, on oublierait presque que le même président a promis d'alléger les règles d'urbanisme et de construction pour favoriser la reprise... Il a même osé déclarer : «Cela fait trop longtemps que, dans notre pays, on prend avec l'application des règles un certain nombre de libertés et, quand il y a une catastrophe, on demande des comptes». En avril 2009, le même président expliquait : «Il faut libérer l'offre, déréglementer, augmenter les COS (coefficient d'occupation des sols), rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, permettre aux propriétaires d'agrandir leur maison individuelle, rendre constructible les zones inondables, utiliser les interstices, changer les procédures, changer la façon d'appliquer le droit...» Ou encore: «Il faut sortir du respect passif d'une réglementation de plus en plus pesante, changer la philosophie du droit de l'urbanisme. »Un an plus tard, deux catastrophes naturelles l'ont fait rapidement oublié et caché ses propres déclarations.

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy a interrompu son planning pour regarder la nouvelle défaite de l'Equipe de France en Coupe du Monde de football. Le lendemain, il a demandé à François Fillon d'organiser un Grenelle du Foot. Sarkozy aurait demandé aux ministres de veiller à ce qu'aucun avantage financier ne soit versé à l'ensemble de l'équipe de France. Le ridicule ne tue plus depuis longtemps en Sarkofrance. Un député UMP veut mobiliser temps et moyens d'une Assemblée surchargée pour enquêter sur un tel sujet. Marc Laffineur, vice-président UMP de l'Assemblée nationale, a en effet demandé le même jour la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Fédération française de football. «J'ai demandé une commission d'enquête sur la Fédération française de football et sur son fonctionnement. Comment peut-on arriver à un tel niveau de risibilité et que la France soit humiliée dans cette affaire ?» Qui est le plus risible ? De son côté, Rama Yade, décrédibilisée par son manque de solidarité mal placé au démarrage de Coupe du Monde a été contrainte d'annuler son plan média post-premier tour de la compétition, après le naufrage des Bleus mardi dernier.

Diversions
Un nouveau sondage est tombé, révélant l'hostilité des Français interrogés au projet Woerth/Sarkozy. A ce propos, l'une des critiques récurrentes contre le projet est l'ampleur du chômage des seniors. Lors de sa présentation mercredi dernier, Eric Woerth promettait que l'allongement de la durée d'activité, via le recul de l'âge de départ en retraite, allait mécaniquement augmenter l'emploi des seniors. Les évolutions récentes démontrent le contraire. Depuis 2003, la durée de cotisation du secteur privé puis du secteur public a été allongée, et les préretraites surtaxées par la réforme Fillon. Une étude du ministère du travail sur l'évolution des préretraites, rappelée récemment par le Monde, se concluait par un constat inquiétant mais connu : même si le nombre de préretraites subventionnées a largement diminué depuis 2002, les seniors restent l'une des variables d'ajustement préférées des entreprises: «la forte diminution des entrées en préretraite publique s'est accompagnée depuis 2002 d'une augmentation très sensible du nombre d'entrées en chômage indemnisé des personnes de plus de 55 ans».  La réforme risque ainsi de pénaliser l'industrie, qui souffre de sureffectifs importants et d'une pyramide des âges de ses salariés déséquilibrée en faveur de salariés âgés. D'aucuns anticipent une accélération des plans de réduction d'effectif aux détriments des salariés âgés.

En marge de sa visite dans les Pyrénées-Atlantiques mardi dernier, Nicolas Sarkozy, l'air toujours grave et compatissant, avait glissé quelques phrases de commentaires: Il sera «très attentif dans les semaines» qui viennent aux discussions avec les syndicats concernant «la situation de ceux qui ont commencé à travailler très tôt, la situation de ceux qui ont des emplois pénibles et sur la question difficile des polypensionnés, c'est-à-dire de ceux qui (...) ont fait plusieurs carrières». «Je serai très à l'écoute sur tout ça. (...) je serai aussi très attentif au fait qu'on maintienne le dialogue. Mais en même temps, je veux que dans les dix années qui viennent, vos régimes de retraite soient à l'équilibre». La manoeuvre est évidente : la pénibilité a été jetée comme un épouvantail, pour cristalliser les critiques.

Pour le reste, le Monarque met en oeuvre, par petites touches, une rigueur inéquitable mais insuffisante. Après les 20 milliards d'euros d'économiser via les mesures d'âge, les régimes de retraites seront toujours déficitaires d'une grosse quinzaine de milliards d'euros par an, dans le scenario très optimistes (croissance, plein emploi) du gouvernement. Côté budget, Claude Guéant a tenté de déminer la polémique née de ses propos au Financial Times le week-end dernier. Une récente analyse de la banque HSBC estime que les mesures annoncées (45 milliards d'euros d'économies en 3 ans) n'auront que peu d'impact sur le niveau de la dette publique.

Scandales
Il est des diversions dont Sarkozy se serait bien passer. Empêtrés dans des scandales à répétition, ses proches ont tenté de répliquer les uns après les autres. Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération et heureux propriétaire d'un permis de construire de 1974 (sic !) pour agrandir sa maison de Saint-Tropez, a finalement renoncé à son douteux projet immobilier.

Christian Blanc, secrétaire d'Etat au Grand Paris, croit avoir trouvé la taupe de son équipe qui aurait balancé ses déboires avec le fisc ET l'achat de 12 000 euros de cigares. En mai dernier, il s'est séparé de son chef de cabinet. Il accuse ce dernier d'avoir monté de toutes pièces l'opération «cigares», en organisant la mise en place, selon Blanc, d'une distribution généralisée de cigares dans son service. Pas sûr que l'accusation soit très crédible. On se demande aussi comment un secrétaire d'Etat aussi peu occupé (deux ans pour réfléchir aux contours du Grand Paris) peut être aussi peu vigilant. «Dès que j'ai réalisé cela, j'ai immédiatement fait un chèque de 4.500 euros au Trésor» a expliqué Blanc. Le secrétaire d'Etat a convoqué quelques journalistes pour leur délivrer ses accusations... François Fillon, lui, n'est pas dupe. Il a demandé à Christian Blanc de rembourser TOUS ses cigares.

Eric Woerth, enfin, n'en finit pas de se justifier sur ses liens, indirects, avec Liliane Bettencourt. Mardi soir sur France 3, il a refusé d'indiquer si Mme Bettencourt faisait partie des exilés fiscaux identifiés par ses services quand il dirigeait le ministère du Budget. Au nom du «secret fiscal. »

Nicolas Sarkozy n'est pas en reste. Il a fait savoir, mercredi, qu'il annulait la garden party de l'Elysée traditionnellement organisée le 14 juillet. En 2009, elle avait coûté 5 millions de francs (740 000 euros). Sans compter le concert de Johnny Halliday que l'Elysée avait fait organiser pour un montant estimé à un million d'euros...  Prendrait- il peur ?



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Guillon et Porte évacués de France Inter. Ecoutez l'indifférence.

Stéphane Guillon a tiré sa révérence, mercredi sur France Inter. Quelques Heures plus tard, le patron de Radio France confirmait dans les colonnes du Monde qu'il ne pouvait plus se faire «insulter» dans la tranche d'humour de France Inter chaque matin vers 7h55.

Radio indépendante ?


Crédit illustration: Patrick Mignard



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23 juin 2010

Privatisation, austérité, Sarkozy se cache toujours...

Ce pourrait être un jeu si les sujets n'étaient graves. Sarkozy évite toujours de s'afficher sur les sujets du moment, qu'il s'agisse du renforcement de la privatisation du secteur élcctrique, ou des nouvelles mesures de rigueur promises par Claude Guéant au Financial Times. Mardi, Nicolas Sarkozy s'est rendu dans les Pyrénées-Atlantiques. Il visite une usine du fabricant Turboméca. Il y a quelques jours, un journal local révélait qu'une équipe présidentielle était venue caster les figurants. L'entreprise a démenti.

Privatisation...
Le 15 juin dernier, l'Assemblée nationale a adopté le projet de loi portant sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité. Le texte met en place à titre transitoire un accès régulé et limité à l’électricité nucléaire produite par EDF. Les conditions de cessions par EDF à ses concurrents distributeurs, dont le volume d'électricité ainsi vendu, seront définies par le gouvernement, «en fonction des caractéristiques et des prévisions d’évolution de la consommation finale effective des consommateurs finals» et dans un plafond défini par le ministre concerné. Ce plafond sera progressivement augmenté: «À compter du 1er août 2013, les droits des fournisseurs sont augmentés de manière progressive en suivant un échéancier sur trois ans défini par arrêté du ministre chargé de l’énergie, pour tenir compte des quantités d’électricité qu’ils fournissent aux gestionnaires de réseaux pour leurs pertes».

Les réactions à cette aggravation de la privatisation de la fourniture d'électricité en France ont été faibles, occultées par la réforme des retraites puis la polémique Woerth-Bettencourt. Le ministre Borloo a démenti toute hausse des tarifs de l'électricité à cause cette mise aux normes européennes du marché français: «J'ai entendu dire ici ou là qu'il pourrait y avoir des augmentations de tarifs. Evidemment non !» Le marché étant un peu plus déréglementé, cette posture est stupide. Borloo a ajouté que cette concurrence renforcée serait même favorable au maintien de prix bas. «Nous avons des prix de l'électricité à peu près 30% inférieurs à la moyenne européenne. Il faut qu'on maintienne pour les consommateurs et pour les industriels cet avantage compétitif, c'est ce que ce texte permet de faire». Ces tarifs ont déjà augmenté de 9,7% en moyenne, en avril dernier, pour les ménages. Et 3,5 millions de ménages précaires ont du mal à acquitter leurs factures d'énergie, rappelait un député socialiste.  Jusqu'à maintenant, EDF répercute insuffisamment le coût de rénovation de son parc de centrales nucléaires. Qu'en sera-t-il demain, quand l'entreprise publique sera obligée de céder à des tarifs réglementés, jusqu'à 25% de sa production nucléaire à des concurrents?

Austérité...
Nicolas Sarkozy a laissé son secrétaire général Claude Guéant annoncer de nouvelles réductions budgétaires... à la presse anglo-saxonne: «Il y aura d'autres annonces. Nous devons faire plus, bien sûr. Beaucoup plus» a-t-il confirmé au Financial Times. La démarche est incongrue. L'homme n'est pas élu, ni membre du gouvernement. Il s'est érigé en porte-voix du monarque, avec le soutien de ce dernier. Ce n'est pas la première fois qu'on s'interroge sur sa légitimité institutionnelle à parler de tels sujets politiques. Les premières pistes d'austérité supplémentaires ont été mentionnées par les Echos. On ne peut pas dire que l'on est surpris. Le gouvernement cache mal ses efforts à plaire aux marchés :
- réduction de 100 000 nouveaux postes de fonctionnaires de 2011 à 2013, dont 34 000 l'an prochain. L'Education nationale perdra 16 000 emplois, et la police retombera, dès 2011, a son niveau d'effectifs de ... 2002. La gendarmerie, de son côté, va voir ses effectifs baisser de 3.500 entre 2009 et 2011, sur 98.000 postes au total, rappelle le journal :

Le gouvernement est déjà parvenu à faire annuler certaines niches fiscales mises en place pour satisfaire les engagements verts du Grenelle de l'environnement, comme la défiscalisation de la vente d'électricité produite par certaines installations photovoltaïques. D'autres suppressions suivront.
Le Financial Times évoque également de son côté un gel des salaires des fonctionnaires l'an prochain. Les négociations sur l'évolution salariale de la Fonction publique débutent vendredi, le lendemain du mouvement de grève annoncé par les syndicats au sujet des retraites. Depuis 2006, les rémunérations de la Fonction Publique n'ont jamais dépassé 1%, oscillant entre 0,5% (2006) et 0,8% (les autres années).

... et Sarkozy ?
Mardi, le monarque rendait visite à François Bayrou. Un éventuel rapprochement entre les deux hommes a été fermement démenti par le leader centriste. Ce dernier n'accepte pas qu'on puisse douter de sa parole d'opposant. Il faut dire que ce dernier est resté plutôt en retrait du débat sur les retraites. Tout juste a-t-il commenté que la réforme projetée par Sarkozy et Woerth n'était pas équitable. Nicolas Sarkozy a choisi de soutenir le patron du Modem. Le Figaro appelle cela une stratégie d'apaisement. Nicolas Sarkozy cherche à rassurer l'électorat centriste d'ici l'élection présidentielle de 2012.

François Bayrou s'est montré quelque peu plus offensif contre l'attitude d'Eric Woerth. Le ministre du Travail, justement, est abasourdi par cette polémique. L'UMP fait bloc derrière le ministre. Mais l'affaire a gentiment glissé vers le vrai sujet: la confusion des genres. Eric Woerth cumule les fonctions de trésorier de l'UMP et de ministre. Après de multiples tentatives de riposte à l'UMP, le ministre reste stoïque. Dimanche, Eric Eric Woerth lui-même annonce la démission de son épouse de la société gestionnaire de la fortune de Mme Liliane Bettencourt. Quelques heures plus tard, Florence Woerth contredit son mari.

Nicolas Sarkozy, de son côté, reste toujours étonnamment discret. Pas un mot sur Woerth, ni sur les prochaines mesures de rigueur, encore moins sur la nouvelle ouverture du marché de l'électricité. Sur le renforcement de la concurrence du marché de l'électricité, il marche sur des oeufs. En 2004, il promettait à un syndicaliste qu'il n'y aurait pas de privatisation d'EDF ni de GDF. Voici la première confrontée à une vraie concurrence. Quant à la seconde, GDF est privatisée depuis bien longtemps...


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