5 juin 2010

161ème semaine de Sarkofrance : pourquoi Sarkozy est rétrograde

Il voudrait s'afficher comme moderne, actif et réformateur. Cette semaine écoulée a permis, une nouvelle fois, de dresser un portrait bien différent, plus inquiétant, trop persistant. Celui d'un président  facilement complaisant avec les régimes autoritaires, et éminemment rétrograde en matière sociale. Celui d'un homme dissimulateur de ses échecs, et opaque sur ses pratiques. 

Complaisant
Lundi, l'actualité était internationale en Sarkofrance. Nicolas Sarkozy accueillait une trentaine de chefs d'Etat africains à Nice, pour le 25ème sommet Afrique-France. En arrivant à Nice, le Monarque devait surtout commenter l'assaut meurtrier des forces israéliennes contre une flottille de bateaux humanitaires en route pour Gaza. La France a été l'un des derniers pays occidentaux à condamner l'attaque, et le communiqué officiel de l'Elysée fut étonnamment succinct : trois petites phrases pour s'émouvoir, condamner et demander à ce que la lumière soit faite. Pire, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a condamné les «provocations» pro-palestiniennes. Alain Juppé, maire de Bordeaux, avait des propos plus courageux et lucides que le gouvernement qu'il soutient à demi-mot. A Nice, Sarkozy a fait semblant de jouer la rupture. La Françafrique, c'est fini ! La preuve, Sarkozy n'organise plus de dîner restreint avec les quelques présidents africains proches la veille du sommet. Quel changement ! Ni Sarkozy, ni ses invités ne voulaient surtout parler des relations troubles mêlant influence économique et militaire contre ressources naturelles et rétro commissions, des droits de l'homme oubliés et de la démocratie bafouée qui marquent la Françafrique depuis 50 ans. En 2006 pourtant, le candidat Sarkozy promettait de cesser «d’aider les gouvernements corrompus.» Mais à l'époque, le président des Hauts-de-Seine Sarkozy s'appuyait déjà sur les réseaux occultes entretenus et développés dans son département avec ces dictatures africaines, avec Claude Guéant et l'avocat Robert Bourgui. A Nice, Sarkozy préféra défendre la place de l'Afrique dans la gouvernance mondiale, le développement et la croissance économique. Environ 150 entreprises africaines avaient fait le déplacement. En Afrique, la France a surtout la trouille de se voir détrônée par l'Inde ou surtout la Chine.

Rétrograde
Sur les retraites, le jeu du chat de la souris continue. Le gouvernement distille ses informations au compte-goûte, mais grâce à Laurence Parisot on comprend mieux vers où Nicolas Sarkozy nous emmène. Assurée d'être réélue à la tête du MEDEF, la patronne des patrons dit tout haut ce que Sarkozy pense tout bas. Elle a répété, cette semaine, les arguments habituels du patronat: il faudrait reculer à au moins 65 ans l'âge de départ à la retraite, allonger également la durée de cotisation, ne pas toucher aux prélèvements obligatoires (ni sur les entreprises, ni sur les hauts revenus et le capital), et ne prendre en compte la pénibilité que de manière dérogatoire et individuelle via une commission médicale installée dans chaque entreprise. Il est toujours frappant d'entendre ces grands patrons qui jonglent d'un conseil d'administration à un dîner au Fouquet's nous expliquer que le travail à la chaîne dans une usine automobile ou des heures devant une caisse de supermarché n'est pas si fatiguant que cela. Dans l'une de ses dernières livraisons, l'INSEE notait une aggravation du chômage des seniors. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, ne pouvait que reconnaître : «Il faut arrêter de se voiler la face, les entreprises n'embauchent pas les seniors car ils coûtent trop cher». Transformer les retraités en chômeurs de longue durée,  serait-ce le projet du gouvernement ? François Fillon, en déplacement à Epinal pour y inaugurer une rue Philippe Séguin, confirme le recul de l'âge de départ à la retraite (après Éric Woerth la semaine dernière), et, pour faire bonne figure, annonce un coup de rabot sur les niches fiscales : à peine 5 milliards d'euros de défiscalisations (et sur deux ans s'il vous plaît !) seront supprimés.

Opaque
Le Karachigate continue d'alimenter l'actualité douteuse de Sarkofrance.  Selon Mediapart, Nicolas Sarkozy est cité dans un rapport de la police judiciaire luxembourgeoise, daté du 19 janvier 2010. Cette dernière met directement en cause le président français. Elle accuse Sarkozy, alors ministre du budget, d'avoir supervisé la création d’une société offshore, baptisée Heine, pour y faire transiter les commissions et rétro commissions dans le cadre de contrats d'armements de la Direction des constructions navales (DCN), et notamment Agosta. Cette nouvelle est explosive. Depuis un an, l'Elysée déploie nombre d'efforts pour étouffer l'affaire. Le journaliste Fabrice Lhomme, coauteur d'un récent livre sur l'affaire, n'est même pas étonné du silence des médias français, qu'il juge blasés, fragiles et globalement dépendants du pouvoir politique. Le journaliste était un peu sévère, puisque France2, ARTE, Le Monde et même France24 (dans sa version anglaise) ont traité le sujet. Jeudi, Claude Guéant a qualifié ces soupçons de «montagnes imaginaires». Luc Chatel dénonce une «grande manipulation». Franck Louvrier parle d'«histoire ubuesque». Un an après que Sarkozy lui-même ait qualifié de fable les accusations du Karachigate, les proches du président usent de qualificatifs synonymes. La police luxembourgeoise a pourtant adressé ses «compliments à celui qui a mis ce système en place, il s'agit d'un travail méticuleux

Autre sujet, la réforme des collectivités territoriales est un autre exemple de l'affaiblissement démocratique du pays. Cette semaine, le gouvernement a dévoilé sa répartition géographique des 3471 futurs conseillers territoriaux qui remplaceront les actuels conseillers généraux et régionaux, dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales examinées à l'Assemblée nationale. Tollé dans les rangs, jusqu'à la droite. Les territoires classés à droite auront davantage de conseillers que ceux de gauche. Etes-vous surpris ? Les opposants dénoncent aussi la menace que fait peser sur la parité homme/femme le mode de scrutin retenu. A l'Assemblée, l'UMP a fini par concéder une avancée, pénaliser les listes électorales qui ne respecteront pas l'équilibre homme/femme dans leurs candidatures aux législatives.

Partial
Depuis 2007, Nicolas Sarkozy se comporte en chef de clan, et, surtout, en président de parti. Ses proches expliquent que tous les présidents sont restés attentifs à leur parti d'origine, que la seule différence avec Nicolas Sarkozy serait sa franchise. Il ne se cache pas. La vraie différence est ailleurs : Nicolas Sarkozy, à la différence de ses prédécesseurs, ne pense qu'à ça: pas une semaine ne s'écoule sans un meeting à huis clos avec des militants UMP invités sur carton personnalisé, ou sans une réunion d'échange avec les parlementaires de son camp.

Récemment, le Monarque a sonné la charge contre Martine Aubry. Convaincu qu'elle est la seule candidate dangereuse contre lui en 2012, il a a demandé à ses proches de la pilonner par tous les moyens. Quand la première secrétaire du Parti Socialiste l'a gentiment comparé à Madoff, l'hallali a été général. Mais quand Brice Hortefeux, son ministre de l'intérieur, est condamné à 750 euros d'amende pour injures raciales, les éminents membres de Sarkofrance défilent sur les ondes pour afficher leur solidarité avec l'ami de 30 ans du Président. L'honneur, c'est gênant.

Dissimulateur
A lire un bilan de la réforme du régime spécial des cheminots à la SNCF, on commence à douter des économies générées par la réforme. En 2009, à peine 40% des cheminots qui pouvaient partir à la retraite l'ont fait : 4 800 contre 7 200. Mais l'économie générée pour les caisses de retraites n'est que de 31 millions d'euros alors que le gouvernement promettait un gain 10 fois supérieur d'ici deux ans. En fait, les agents les plus âgés, donc les mieux rémunérés, restent dans l'entreprise et la SNCF doit supporter des mesures d'accompagnement accordées aux cheminots par le gouvernement pour faire passer sa réforme en 2007, un surcoût qui se chiffre déjà à 112 millions d'euros par an.

Autre bilan, bien caché celui-là, une étude de la DARES sur la défiscalisation des heures supplémeentaires en 2007/2008 et le rachat des congés a enfin été publié. La DARES avait mené une enquête auprès de 5 500 entreprises en octobre 2008 sur les premiers effets de la loi TEPA. La période est intéressante car la récession économique n'avait pas démarré. Le gouvernement l'a soigneusement masqué jusqu'au ... 21 mai dernier. Il faut avouer que les résultats sont défavorables aux thèses sarkoyennes : (1) 20% des entreprises interrogées seulement ont accru leur volume d'heures supplémentaires depuis TEPA ; (2) près de la moitié d'entre elles reconnaissent avoir ainsi évité des recrutements et le recours à l'intérim; (3) à peine 4% des salariés ont demandé des heures supplémentaires qui leur ont été refusées; (4) moins de 15% des salariés ont demandé à racheté leurs congés. Globalement, on ne travaille pas plus depuis l'entrée en vigueur de TEPA, crise ou pas. Pour un dispositif qui coûte quand même 3 milliards d'euros aux comptes publics, l'addition est salée.

Borné
Jeudi, Nicolas Sarkozy rencontrait quelques gendarmes dans le Loir-et-Cher. Ces derniers sont inquiets du maintien de leur statut militaire, un an et demi après le rapprochement avec la police nationale. A huit-clos, le Monarque a refusé d'accéder à certaines requêtes. Alors qu'il défend le rapprochement au nom de la similitude des missions dans la lutte contre l'insécurité, le Monarque refuse aux gendarmes le droit à l'expression syndicale. Il a aussi confirmé la baisse des effectifs des gendarmes, en application de la sacro-sainte règle du non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Pour lui, le Taser, «c'est mieux que les effectifs.» La lutte contre l'insécurité n'a-t-elle pas besoin de plus de moyens ? N'est-elle pas une préoccupation majeure du gouvernement ? Il y a 15 jours, un François Fillon grandiloquent expliquait que la violence «prend sans cesse des formes nouvelles, qui exigent de la part de notre société une adaptation constante.». Quelle est donc cette obstination à vouloir réduire les effectifs des forces de l'ordre ? Sarkozy est tranquille. Ni les policiers ni les gendarmes ne feront grève.

La même règle a conduit Luc Chatel à des propositions effarantes. Un site a révélé le contenu des nouvelles instructions délivrées aux inspecteurs d'académie. Il faut trouver 16 000 postes supplémentaires à supprimer dans l'Education nationale en 2011. Pour ce, le ministre leur demande d'identifier des gisements d'économies : augmenter les effectifs des classes primaires et secondaires (alors que la France est déjà dans le haut de la fourchette des pays de l'OCDE en la matière), supprimer les RASED, transférer certaines formations sur le temps hors scolaire, réduction des décharges horaires, etc. La douzaine de pistes suggérées par le ministère, exemples chiffrés et méthodes d'évaluation à l'appui, a provoqué un tollé. Mercredi, Luc Chatel paraissait tout embarrassé par ces révélations, mais ne cède rien. Son document s'abrite derrière des études et l'expérience. Une étude, justement, réalisée par deux chercheurs en 2006 sur l'impact de la taille des classes sur les résultats scolaires dans les écoles, collèges et lycées, infirme les propos du ministre. Par exemple, l'écart de notes moyennes entre ZEP (Zones d'Education Prioritaire) et non-ZEP est réduit de 46% quand on réduit de 5 élèves la taille d'une classe de CE1.

La réduction des effectifs de la fonction publique est donc devenu le dernier marqueur d'un Nicolas Sarkozy en panne d'idées et inquiet de rassurer les marchés financiers. Victime de sa gabegie budgétaire, il est incapable de revenir sur ses tabous fiscaux et préfère s'attaquer aux symboles de la solidarité nationale. Profondément rétrograde, il tente de faire passer des raisonnements hérités du 19ème siècle pour un pragmatisme moderne.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


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2 commentaires:

  1. Ici.
    Je respecte biensûr vos opinions, mais je me suis amusé à lire votre billet.
    Il aurait suffit de changer la photo et le nom, et les adjectifs attribués au président en exercice collaient parfaitement au seul vrai monarque élu depuis la 5ème: tonton.
    Mais la mémoire courte et sélective sont les attributs de tout partisan .

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  2. Bien vu ! Mais je pense tout de même qu'il y des spécificités sarkozyennes qui le distingue de Sarko : sur la réduction des effectifs de la Fonction publique, ou sur ses mesures sociales de la période 1981-83.

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