1 juin 2010

De Gaza en Françafrique, Sarkozy est si prévisible

Nicolas Sarkozy a fait un peu de diplomatie depuis la fin de semaine dernière. Une visite du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu jeudi à l'Elysée, puis un déplacement à Genève pour convaincre l'UEFA d'accorder à la France l'organisation de l'Euro 2016. Un vrai sujet d'importance... Mais lundi, on ne pensait qu'à l'attaque israélienne contre un convoi maritime humanitaire au large de Gaza, et à la célébration de la Françafrique.

Le sommet de la Françafrique
Lundi 31 mai et mardi 1er juin se tient à Nice le 25ème sommet "Afrique-France". La Françafrique est morte, paraît-il. Ce sommet change. L'ensemble de l'Afrique, y compris anglophone, est représentée. Des entreprises françaises et africaines ont été conviées. Sarkozy a promis: «la France veut être aux côtés de l'Afrique pour accompagner le décollage du secteur privé sur le continent». A Nice, le Monarque français a surtout répété un discours connu.  Il démarra par un : «Il n'est plus possible d'évoquer les grandes questions du monde sans la présence de l'Afrique.» Puis continua : «L'échec de l'Afrique serait le drame de l'Europe. L'Europe et la France, nous avons un intérêt majeur à la réussite de l'Afrique. Douze kilomètres séparent nos deux continents, il y a une communauté de destin, une communauté d'intérêts». Ou encore: «Longtemps en marge, le continent africain s'impose chaque jour davantage comme un acteur absolument majeur de la vie internationale.» Nicolas Sarkozy déroula ensuite les trois thèmes retenus pour ce sommet : premièrement, la place de l'Afrique dans la gouvernance mondiale. Sarkozy soutient la demande de plusieurs Etats africains que leur continent soit représenté au Conseil de Sécurité de l'ONU. Deuxièmement, la paix et la sécurité en Afrique. Sarkozy se permet de (se) rappeler que « les Droits de l'Homme (...) ne sont pas des valeurs occidentales, ce sont des valeurs universelles.» Troisièmement, climat et développement. Deux thèmes que l'on sait chers au président français : il espère toujours vendre des centrales nucléaires en Afrique. Sarkozy finit par conclure: «ensemble, nous pouvons construire la gouvernance mondiale du 21ème siècle.» Au mot près, c'est ce qu'il a également promis à la Chine, et au Brésil.

De la Françafrique, de ces relations troubles mêlant influence économique et militaire contre ressources naturelles et rétro commissions, il n'en fut pas question. Tout le monde en Sarkofrance fait semblant d'ignorer ces sujets. A Nice, un journal gratuit distribué dans les rues à l'occasion du sommet a pourtant clairement annoncé ce que signifierait la fin réelle fin de la Françafrique : obliger les entreprises françaises à «respecter les principes de responsabilité sociale, environnementale et fiscale» (on pense à Elf/Total ou au groupe Bolloré), suspendre les relations diplomatiques avec les régimes ne procédant pas à des élections démocratiques (Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, etc), ou fermer les bases militaires françaises sur place.

Quelle indépendance ?
Ce sommet franco-africain succédait à des journées de célébration. Depuis des semaines, quatorze États africains fêtent le 50ème anniversaire de leur indépendance. Les 13 et 14 juillet prochain, leurs présidents et chefs de gouvernements sont invités à Paris, avec défilé militaire sur les Champs-Elysées en prime. Bizarrement, aucun des chefs d'état interrogés ne semblent savoir ce qu'est la Françafrique, cette emprise néocolonialiste de la France sur ses anciennes colonies africaines, faite de soutiens militaire, économique et politique aux régimes en place en échange de faveurs notamment financières. Ni Ali Bongo, fils d'Omar Bongo du Gabon, ni Denis Sassou Nguesso n'en ont un quelconque souvenir. Le premier a sans doute les faits d'armes de son père Omar Bongo, soupçonné d'avoir financé presque toutes les campagnes françaises majeures et de s'être enrichi personnellement grâce son appui sans faille à l'installation économique des entreprises françaises. En 2008, Omar Bongo était même parvenu à faire virer Jean-Marie Bockel de son secrétariat à la Coopération. L'ex-socialiste avait cru pouvoir annoncer la fin de la Françafrique. Funeste erreur ! Ce fut la fin de Bockel. Depuis, son remplaçant n'a cessé de donner des gages à tous les dictateurs du coin: «le détournement d’argent public en Afrique ? Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression» expliquait-il en juillet 2008. Il resta également bien silencieux devant les fraudes électorales au Gabon.

L'hypocrisie est également et surtout française. La rupture avec la Françafrique fut la première des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy. A l'automne 2006, le futur président s'engageait : «Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus. (…) On ne fera pas bouger les choses par le seul tutoiement entre le chef de l’Etat français et ses homologues du continent, mais par la conscience collective d’un intérêt commun.» Mais déjà à l'époque, Sarkozy s'appuyait sur les réseaux occultes entretenus et développés dans les Hauts-de-Seine, avec Claude Guéant et l'avocat Robert Bourgui. Depuis 2007, le soutien et l'influence de l'administration sarkozyenne sur les anciennes colonies n'ont cessé de se démontrer. On se rappelle la libération exigée et obtenue des Français coupables d'avoir kidnappé des enfants tchadiens en août 2007. On se souvient comment le parquet a fait enterrer les plaintes pour détournements de fonds contre une poignée de dirigeants africains. Fâcheux symbole, Nicolas Sarkozy a choisi la date du 2 juin pour officialiser la nomination de Dov Zérah à la tête de l'Agence française de développement (AFD). Cet homme est le candidat parfait de la Françafrique. Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine et proche de l'intriguant avocat Robert Bourgui, il a été directeur de cabinet au ministère de la Coopération sous Michel Roussin dans les années 1990, et connaît tous les réseaux. « Cette nomination est un très bon choix, c'est le choix du président de la République », a-t-on commenté à l'Elysée. « Ce n'est pas un signe de rupture avec la Françafrique, mais un vrai message de continuité adressé à certains chefs d'Etat pour qu'ils continuent à dormir tranquille », semblait répondre Bernard Pinaud, délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement.

En Afrique, Nicolas Sarkozy n'est toujours pas entré dans l'histoire.

France, Israël, et la Palestine
La tenue du sommet a surtout été occultée par l'assaut de l'armée israélienne contre un convoi maritime humanitaire en route vers Gaza. Dix-neuf morts au compteur, et la classe politique française (comme ailleurs) s'indigne. Il y 4 jours, le premier ministre israélien était en visite à Paris chez Nicolas Sarkozy. Les deux hommes ont parlé de l'Iran et de la poursuite du processus de paix. Benjamin Netanyahu était tout heureux de célébrer l'admission d'Israël à l'OCDE. Ce lundi, la réaction de Nicolas Sarkozy fut étonnamment brève. Trois petites phrases dans un communiqué officiel pour déplorer l'incident la boucherie:
«Le Président de la République exprime sa profonde émotion devant les conséquences tragiques de l'opération militaire israélienne contre la "flottille de la liberté" à destination de Gaza.
Il condamne l'usage disproportionné de la force et adresse ses condoléances aux familles des victimes.
Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette tragédie, qui souligne l'urgence d'une relance du processus de paix.»

Le fidèle conseiller, et porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre a évoqué sur LCI des «provocations» de la part de «ceux qui se disent les amis des Palestiniens»: «A partir du moment où il y a des morts, on ne peut que le regretter, et puis il y a peut-être une surréaction d'Israël».

En Afrique comme à Gaza, la Sarkofrance sous-réagit.


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2 commentaires:

  1. La sarkozie ne peut être autrement puisqu'elle-même fait partie d'un ordre mondial libéral.

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  2. Sarkozy est là pour presser le citron Africain tout comme le fait le gouvernement Chinois.Sarkozy a perdu des marchés que la Chine a gagné : tout ce blabla pour des pecos...

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