8 juin 2010

De Paris à Karachi ou à Berlin, Sarkozy cumule les soucis

Nicolas Sarkozy a mal commencé sa semaine. Un nouveau record d’impopularité, un rendez-vous avec Angela Merkel annulé, l’affaire Karachigate qui rebondit, les logements de fonction des ministres en question, les nuages s’amoncèlent en Sarkofrance.

Impopulaire et isolé
Le gouvernement avait crié victoire trop tôt. Les ténors de Sarkofrance s’étaient modestement félicités de la faible mobilisation des syndicats le 27 mai dernier. A l’époque, le Figaro titrait, comme d’autres, qu’Eric Woerth avait les mains libres pour achever sa réforme des retraites. Les déclarations provocatrices de Laurence Parisot la semaine suivante sur le même thème ont jeté un peu d’huile sur le feu. Après le recul de l’âge de départ à la retraite (de 60 à 63 ans), le gouvernement a laissé entendre qu’il envisageait un allongement de la durée de cotisation et un recul de l’âge pour bénéficier d’une retraite à taux plein (actuellement de 65 ans). Une semaine plus tard, Sarkozy tombe à l’un de ses plus bas niveaux de popularité, entre 28% et 34% suivant les instituts. Ses apparitions aux côtés d’agriculteurs, de gendarmes ou de chefs d’Etat africains n’y auront rien changé.

Lundi, le président français se déplaçait à Berlin pour rencontrer Angela Merkel. Les deux dirigeants devaient accorder leur violons sur la régulation de la finance (et la fameuse taxe bancaire inaboutie à ce jour faute de consensus au sein du G20) et la gouvernance économique de la zone euro. La chancelière a annulé le dîner de travail à la dernière minute, pour des « contraintes de calendrier ». Pour s’excuser, elle avance ses propres négociations internes sur le plan de rigueur allemand, environ 11 milliards d’euros d’économies budgétaires d’ici 2014, avec la suppression de nombreuses allocations sociales. A 10 jours du Conseil européen du 17 juin, la nouvelle fait mauvais effet. La mésentente entre Sarkozy et Merkel est réelle. Les deux dirigeants cherchent à masquer leurs désaccords, pourtant nombreux, sur les sujets du moment. Merkel est favorable à une supervision des budgets pour les Etats demandant une aide financière. Sarkozy y est hostile. L’Allemagne a maintenu sa proposition de nouvelles sanctions et de la mise en faillite des pays trop endettés. Sarkozy préfère miser sur une institutionalisation de l’Eurogroup, sous la forme de réunions plus régulières qu’il se verrait bien présider. Même sur la lutte contre la spéculation, Angela Merkel s’est distinguée, en interdisant les « ventes à nu » sur les marchés spéculatifs. La France attend.

Seule « bonne nouvelle », les ministres des finances de la zone euro sont parvenus à un compromis le week-end dernier, sur les modalités techniques du futur fonds européen de stabilisation financière. Ce dernier, dont la création a été décidée le 9 mai dernier pour sauver l’euro, pourra réaliser des emprunts garantis par tous les pays de la zone euro. A l’époque, Christine Lagarde avait expliqué que la France apporterait sa garantie à hauteur de 80 milliards d’euros, sur les 440 milliards d’euros de l’ensemble.
1. Les Parlements nationaux ne seront pas sollicités à chaque activation du fonds. L'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et la Finlande défendaient la position inverse et ont dû céder.
2. Le fonds empruntera aux conditions de marché et sera hébergé par une société de droit luxembourgeois, l’un des rares paradis fiscaux de l’Union (sic !)
3. L’Eurogroup, qui rassemble les dirigeants des 16 Etats membres de la zone euro, décidera des bénéficiaires des prêts par le fonds.
4. Tous les pays de la zone euro garantiront ces emprunts. L’Allemagne était hostile à ce principe.

Inquiet et menacé
En France, le débat sur la maîtrise des dépenses publiques déborde sur des sujets symboliques et dangereux. Rama Yade découvre, à cinq jours de l’évènement, que l’équipe de France de football est logée dans un hôtel cinq étoiles ; la Cour des Comptes critique le coût de la protection des personnalités ; et un député socialiste a proposé de supprimer les logements de fonction des ministres.

A l’UMP, on est gêné aux entournures. Dimanche, le secrétaire général de l’UMP trouvait normal d’un ministre qui vien de province soit logé aux frais de la République, en plus de ses émoluments. Le même expliquait, voici deux ans, il trouvait « raisonnable » qu’un chômeur accepte une offre située à deux heures de transport quotidien. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement soutenait, lundi matin sur France Inter, qu’il doit y avoir de la transparence. Il paraît que le gouvernement veut éviter la démagogie. L'ancien Haut Commissaire aux Solidarités Actives Martin Hirsch ne comprend pas pourquoi des ministres, déjà bien payés, se feraient en plus loger aux frais de la République. Il est vrai que la pratique du cumul des mandats (ministre + élu local), quasiment institutionnalisée par Nicolas Sarkozy, procure à nombre de membres du gouvernement de beaux émoluments mensuels frôlant les 20 000 euros mensuels, hors logement ! Il y a 15 jours, les députés UMP solidaires de leurs ministres (de tutelle ?) ont refusé, à trois reprises, d'interdire que les ministres ne perçoivent une indemnité au titre d'un mandat local...

Plus gênant, l'affaire du Karachigate rebondit à nouveau. Quelques jours après les révélations de Mediapart sur un rapport de la police luxembourgeoise impliquant Nicolas Sarkozy, voici de nouvelles révélations. Dans son édition du 7 juin, le Parisien rapporte que des cadres de la société offshore créée quand Nicolas Sarkozy était ministre du budget d’Edouard Balladur pour faire transiter les commissions d’intermédiaires lors de contrats de vente d’armes, avaient écrit au dit ministre pour l’alerter.

1. Les cadres de la société HEINE n’ont pas apprécié le règlement que le gouvernement français leur a proposé en 2004 comme indemnité transactionnelle suite à la fermeture de leur entreprise: 600 000 euros, alors qu’ils réclamaient 8 millions d’euros.

2. Un courrier a d’abord été adressé à Jacques Chirac en avril 2006 par Yves Schmit, administrateur de la société HEINE : « De très gros montants ont circulé entre DCNI et Heine SA. […] J'attire votre attention sur la personnalité des destinataires, des sommes versées. Je me permets donc de vous solliciter : […] Faute de recevoir de votre part des instructions écrites et précises, le risque fiscal et pénal de la société DCNI et de son actionnaire pourrait être très élevé. » Risque pénal… le terme est lâché.

3. Jean-Marie Boivin, directeur général de HEINE, écrit à Michèle Alliot-Marie à la même période, et à Nicolas Sarkozy en novembre 2006. A l’époque, ce dernier était ministre de l’intérieur, et en campagne pour l’élection présidentielle de 2007. Boivin lui précise : « Votre lettre du 28 septembre dernier nous est bien parvenue. Mais à ce jour, elle n'a pas été suivie d'effets. Nous n'avons toujours pas reçu d'instructions de la part de l'Etat français. Il y a cependant une grande urgence à agir. » Nicolas Sarkozy a donc répondu à un précédent courrier. Une fable ?

Bref, Nicolas Sarkozy était au courant de l’existence de cette société luxembourgeoise baptisée HEINE et de ses activités. Difficile d’imaginer le contraire. La police luxembourgeoise le soupçonne d’en avoir supervisé la création en 1994. L’heure des comptes approche-t-elle ?



Crédit illustration FlickR CC

http://www.wikio.fr

3 commentaires:

  1. J'adore cette photo, serait-elle prémonitoire ? ^^

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  2. Très bien la photo !

    La cupidité de ce président est telle qu'il est maintenant pieds et poings liés avec ses amis du CAC et de la finance. Il n'est pas étonnant que le couple franco-allemand vole en éclats puisque tout les oppose. Il serait pourtant simple de prendre les mêmes décisions de simple bon sens de Mme Merkel comme l'interdiction des VAD. Pourquoi ne met-on pas également en place comme est en train de le faire B.O., à savoir la distinction entre banque d'investissement et banque de dépôts ?

    Il faut que le monarque arrête de se considérer comme le sauveur du monde, c'est un pompier-pyromane.

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  3. Attentat de Karachi : François Léotard balance Renaud Donnedieu de Vabres et Hervé Morin.

    Lisez cet article :

    L'ancien ministre a toutefois minimisé sa connaissance du dossier, assurant que "c'étaient principalement les membres de son cabinet qui recevaient les négociateurs" et citant à ce propos ses directeurs de cabinet (civil et militaire) d'alors, son conseiller spécial Renaud Donnedieu de Vabres et... l'actuel ministre de la Défense Hervé Morin, qui n'était pourtant qu'un simple collaborateur.

    http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2010-06-08/info-lepoint-fr-karachi-leotard-croit-a-une-vengeance-liee-aux-commissions/917/0/464301

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