13 juin 2010

Des ministres exemplaires

Il ne se passe pas une semaine sans que de nouvelles révélations affectent l'exemplarité du gouvernement. Cette semaine écoulée fut ainsi «exemplaire» à plus d'un titre.

Ce billet aurait pu s'intituler «comment les ministres narguent les citoyens». Retour sur une droite recomplexée.

Brice Hortefeux, ministre condamné
Le ministre de l'intérieur a été condamné pour injure raciste en fin de semaine dernière. Il a fait appel. Dont acte. Il aurait pu et dû démissionner. Mais après tout, son honneur ne concerne que lui. Mercredi, ce même ministre a tenu une «conférence de presse». Il a voulu se refaire une virginité politique sur le dos de ce mari suspecté de polygamie et de fraudes aux allocations familiales. Lies Hebbadj a passé 48 heures en garde-à-vue, pour être ensuite déféré devant un juge et poursuivi pour escroquerie, fraudes aux prestations sociales, travail dissimulé, et aide au séjour irrégulier d’étrangers. Mercredi, Brice Hortefeux ne réalisait pas que certaines de ses déclarations pouvaient s'appliquer à son propre cas de ministre condamné : «Au-delà de cette situation particulière, il y a aujourd'hui des dérives que l'on ne peut ni ignorer ni accepter». Hortefeux en rajoute. Il serait ainsi «anormal qu'un étranger naturalisé par mariage conserve sa nationalité s'il est en situation de polygamie avec abus du système d'aides sociales». Le ministre se fiche de savoir si Lies Hebbadj est coupable ou pas. Il accuse, lui qui s'est senti blessé par sa propre condamnation après 10 mois de procédure !

Christine Boutin
L'histoire de Christine Boutin est cocasse, triste et inexcusable. C'est celle d'une ancienne ministre, gentiment troublionne au sein d'une majorité présidentielle, débarquée du gouvernement en juin 2009, députée retraitée à 6000 euros par mois, conseillère municipale à 2600 euros par mois, qui se voit gratifiée d'une incroyable mission, à 9500 euros par mois plus voiture avec chauffeur, sur l'impact de la mondialisation en France par Nicolas Sarkozy lui-même. Le Monarque n'a-t-il pas suffisamment de conseillers et hauts fonctionnaires à sa disposition pour une telle mission ? Pire, Christine Boutin a expliqué mercredi soir sur CANAL+ que sa mission serait longue, sans doute jusqu'en novembre 2011 (deux-mille onze !), puisqu'aucune échéance n'avait été fixée. En droit du travail, on appelle cela un CDI. Après vérification, Boutin se trouve bien seule dans son cas: Juppé, Rocard, Attali et bien d'autres ont tous travaillé bénévolement dans le cadre de missions similaires ces dernières années.

Eric Woerth
Jeudi matin, Christine Boutin a perdu les 9 500 euros de rémunération mensuelle qu'elle n'aurait jamais dû percevoir et auxquels elle s'accrochait encore la veille. Interrogé jeudi matin sur Europe 1, Eric Woerth demanda publiquement à son ancienne collègue de renoncer au traitement qu'il lui a lui-même accordé: «Je vais demander à Christine Boutin de prendre en compte"» cette affaire, et de «renoncer à cette rémunération de 9.500 euros».  Suprême audace, il va même jusqu'à expliquer qu'il faut rendre «non cumulable les fonds de retraite parlementaires et les rémunérations publiques».

On ne cesse de rappeler l'affaire : il y a 15 jours, les députés UMP ont refusé de voter, à trois reprises, une proposition de loi visant à interdire aux ministres de percevoir un salaire d'élu local en sus de leur rémunération de ministre. On pourrait également rappeler le cumul de rémunération publique et privée de certains élus: Jean-François Copé, président du groupe des députés UMP à l'Assemblée Nationale, en est un bel exemple : député, maire, et avocat d'affaires depuis 2007. Eric Woerth lui-même pourrait agacer. Il cumule son traitement de ministre, et ses indemnités de maire de la ville de Chantilly, et ... de trésorier de l'UMP. La belle affaire ! La récente nomination de son épouse chez Hermès rappelle que le ministre savait de quoi il parlait quand il traitait du bouclier fiscal du temps où il oeuvrait au ministère du Budget.

Et combien sont-ils ces anciens parlementaires devenus ministres qui ont gentiment «pris» leur retraite pour mieux cumuler cette dernière avec leur salaire au gouvernement ?

Fadela Amara, Christian Estrosi
La ministre de la ville n'habite pas son logement de fonction. C'est tout à son honneur. Le problème, c'est qu'elle a refusé de lâcher le dit appartement (120 mètres carrés tout de même), et qu'elle le prête de temps à autre à ses proches. Quelle solidarité familiale ! Question cumul, Christian Estrosi est un modèle. Ministre d'Etat, maire d'une ville de 350 000 habitants, président de l'agglomération (520 000 habitants), secrétaire départemental de l'UMP (bénévole ?), Estrosi aime cumuler. Il est tellement occupé par ses journées de 30 heures, qu'il lui arrive de prendre un jet privé à 138 000 euros le vol pour ne pas rater un pot organisé à l'Elysée entre fidèles sarkozystes. Question logement de fonction, Christian Estrosi n'est pas chiche. Il en a deux, de 120 mètres carrés au total, dont l'un est occupé par sa fille.

Alain Joyandet
Le secrétaire d'Etat à la Coopération, par ailleurs maire de Vesoul et ancien sénateur de la Haute-Saône (retraité) possède également une société de distribution de bateaux. On croyait que l'article 23 de la Constitution obligeait les ministres à interrompre « toute activité professionnelle ». Mieux, certains des bateaux que sa société distribue sont équipés en bois précieux africains, dont certains sont interdits d'exploitation. En mars dernier, Joyandet a commis la même erreur que son prédécesseur Estrosi : il a préféré prendre un jet privé, à 116 500 euros le billet, pour rejoindre une conférence internationale, plutôt que d'utiliser les lignes régulières.

Roselyne Bachelot
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot cumule  sa retraite parlementaire. Elle a été 14 ans députée. Elle a avoué à iTélé, vendredi 11 juin: « Je touche ma retraite parlementaire, comme d’ailleurs des ministres, des gens qui exercent des fonctions au Conseil constitutionnel, le Médiateur de la République. » Interrogée sur cette particularité, elle a cette excuse formidable : ce cumul concerne d'autres ministres, «tous ceux qui ont plus de 60 ans.» La ministre a aussi fait parler... par son fils : ce dernier a été nommé «responsable de plaidoyer de la santé dans toutes les politiques publiques» à l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), sous la tutelle de ... sa mère.

Nicolas Sarkozy
En matière d'exemplarité, le Monarque reste le maître. Découvrant que son prédécesseur Jacques Chirac cumulait son traitement de président avec une foule de retraites (parlementaire, conseiller à la Cour des Comptes, etc), il s'est rapidement auto-octroyé un triplement de son salaire début 2008. Ensuite, il s'est ménagé du bon temps et des voyages privés aux frais de la République : Jordanie, Egypte, Mexique, Etats-Unis, Chine, Inde, ou même ces allers-retours avec la résidence du Cap Nègre de sa nouvelle épouse. Même quand il daigne prendre un avion de ligne régulière, quelques Falcons suivent derrière avec les équipes de sécurité et ses conseillers. A l'Elysée, on promet que son hébergement ne coûte rien à la nation, puisqu'il est invité ( un yacht d'industriel, une villa d'un milliardaire mexicain, des 4X4 Nissan à Mégève). Personne ne s'interroge sur l'enjeu éthique de ces invitations de milliardaires à répétition. L'entreprise Sarkofrance pourrait prendre exemple sur la gouvernance de certains groupes qui interdisent à leurs acheteurs de recevoir de tels cadeaux. Sarkozy a aussi défrayé la chronique, en octobre dernier, quand il voulait nommer son fils Jean, 23 ans, à la présidence de l'EPAD (Etablissement Public d'Aménagement de la Défense). La polémique dura quelques jours, avant que le jeune Sarkozy ne renonce.


Crédit illustration: Wikipédia

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