29 juin 2010

G20 et rigueur: Sarkozy fait semblant d'y croire.

Nicolas Sarkozy est revenu bredouille des sommets du G8 (samedi) puis du G20 (dimanche). Il n'attendait pas de grands résultats. Mais le fiasco fut cette fois-ci total. Un fiasco qu'il a bien tenté de masquer lors d'une conférence de presse fatiguée et fatigante.


Un G20 planté d'avance
L'administration américaine avait prévenu voici 15 jours : Barack Obama craint que les divers plans d'austérité budgétaire en vigueur ou en cours d'élaboration en Europe ne brise une relance déjà fragile. On croyait cependant que quelques efforts seraient âprement négocié en matière de régulation financière internationale. Deux sujets au moins méritaient quelques efforts: la taxation bancaire et une plus grande régulation des marchés financiers, de façon à éviter les tourments subis à l'automne 2008. Il n'en fut rien. Les grandes déclarations des G20 de l'an dernier ont été oubliées.

En 2009, chaque réunion internationale était pour lui l'occasion de tirer la couverture à lui, d'accuser les autres d'immobilisme, de fustiger l'ancien monde et le mauvais capitalisme boursier. Un an plus tard, le constat est rude. Les saillies contre les paradis fiscaux sont occultées par l'affaire Woerth-Bettencourt; l'Allemagne a décidé d'interdire sans attendre les ventes à découvert de créances souveraines. Le Royaume Uni a mis en place une taxation des bonus de traders plus rudes que la petite tentative franco-française de l'hiver dernier. En août 2009, le Monarque promettait d'inscrire à l'ordre du jour du G20 du mois de septembre suivant la mise en oeuvre d'une «taxe assise sur les bonus distribués dont le produit alimenterait les systèmes de garantie des dépôts» «une limitation globale des bonus distribués en pourcentage des revenus des banques», et «une limitation des bonus les plus élevés». Le 17 juin dernier, il réitérait: «les membres européens du conseil proposeront au G-20 l'instauration d'une taxe sur les transactions financières.» Dimanche soir, le Monarque ne veut pas reconnaître publiquement son échec.

Sarkozy fatigué
Sa conférence de presse d'une trentaine de minutes, dimanche soir, fut éloquente. Il a commencé par lancer ce petit cri de victoire, si ridicule au vu des enjeux: «Je crois que pour la première fois dans un document, dans un communiqué officiel d'un sommet du G20, du G8, d'un sommet international, les mots 'bank levy' sont employés. Très clairement, la possibilité de taxer les banques est reconnue comme légitime par le G20. (...) Donc, la France, sur ce premier point, a obtenu satisfaction : un cadre est reconnu comme légitime pour taxer les banques.»

Disons-le autrement : sans cette reconnaissance, les Etats membres du G20 auraient-ils été empêchés de mettre en oeuvre une taxe bancaire ? Non.

Second résultat, encore plus minime que le premier, sur les financements innovants... Sarkozy insiste lourdement sur l'effort qui lui a fallu fournir pour décrocher un bien maigre résultat : «Deuxièmement, s'agissant des financements innovants, et en particulier de la taxation sur les transactions financières, la France, soutenue par l'Allemagne, s'est battue sur cette question, et dans le communiqué final, à la dernière minute, nous avons arraché le texte suivant (roulement de tambour): le G20 attend avec intérêt les résultats du groupe consultatif de haut niveau du secrétaire général des Nations Unies sur les financements qui exploreront les financements innovants.» Après ces quelques mots, il s'arrête quelques secondes, le doigt en l'air, et contemple l'assistance. Au cas où les journalistes n'auraient pas compris, le Monarque traduit: «clairement, le G20 s'investit sur les financements innovants.» On a pourtant lu la même conclusion officielle que lui : le G20 attend, avec «intérêt» un rapport d'experts de l'ONU qui ne sera que consultatif. Pire, cet «intérêt» ne s'est manifesté qu'à la dernière minute, aux dires mêmes de Sarkozy... C'est dire si les autres membres du G20 se sont emparés du sujet !

Clairement.

Troisième sujet, «l'affaire de la réforme du système monétaire international (...) progresse, avec les ouvertures chinoises... Le président Hu Jintao a d'ailleurs évoqué dans une de ses interventions l'intérêt d'un nouveau système monétaire international... Et donc c'est de bon augure pour la préparation de la présidence française du G20... ce sujet n'est plus tabou.»... Quelle affaire ! Comme s'il souhaitait se contredire lui-même, le Monarque a confié dès lundi une mission de réflexion à Lionel Stoleru, un ancien ministre de Giscard et Mitterrand, sur les risques systémiques du réseau bancaire. «Je vous confie en conséquence une mission de réflexion, de contacts internationaux et de propositions en vue d'aborder ce sujet, presque absent des dernières réunions du G20, lors des prochains G20 de Corée et de France

Mais revenons à Toronto.  Le quatrième point évoqué par le Monarque en préambule de sa conférence de presse dimanche portait «sur la gouvernance mondiale»: «là aussi, les plaques tectoniques se dégèlent.» Passons sur la métaphore approximative, le résultat est, là aussi, très faible : «le sujet est sur la table. » Il y a un an, Sarkozy clamait également haut et fort que la gouvernance mondiale devait s'élargir à de nouveaux pays tels l'Inde, le Brésil voire à un représentant permanent du continent africain, et quelque soit l'instance (Conseil de Sécurité de l'ONU, G8, etc). Le fiasco de Copenhague a visiblement refroidi ses ardeurs. En décembre dernier, la France avait suivi une partition solitaire, aux détriments de l'Europe, tentant un jour de s'accommoder l'Afrique, un autre le Brésil, pour finir à la remorque de la Chine et des Etats-Unis pour un accord minimaliste. A Toronto, Sarkozy se contente de remettre le sujet sur la table.

Bref, devant la presse - et l'opinion française - Sarkozy devait sauver la face. Le plus curieux est qu'il a lui-même sabordé ses efforts oratoires. En coulisses, tout le monde reconnaissait, au sein de la délégation française et ailleurs, que ce G20 n'avait débouché sur rien. Le Canada, très hostile à toute taxation bancaire, criait même victoire. Ce weekend à Toronto, Sarkozy s'est fait étonnamment discret. Il a justifié sa discrétion : «Les temps étant plus apaisés, il est normal qu'on rentre dans des G20 à connotation moins dramatique». Christine Lagarde a également qualifié de G20 de sommet de transition. Un conseiller du président en a même regretté l'organisation: «Dans cette période où la situation reste incertaine, on aurait pu décider de ne pas avoir ce G20».

Sarkozy acculé
Le reste de cette conférence de presse fut surprenant par son manque d'énergie, comme si l'échec du G20 avait résigné l'assistance. L'un des journalistes, Michael Darmon, de France 2, a failli réveillé le public. Il lui a demandé si Eric Woerth était toujours à même de défendre la réforme des retraites, compte tenu du temps qu'il passe à se défendre dans l'affaire Bettencourt. Sarkozy s'agace... «Vous m'avez déjà posé la même question hier. C'est vous qui êtes obsédés par cette question.(...) La réponse est oui. (...) Monsieur Woerth est un homme qui a toute ma confiance.» Il ajoute: «essayez de vous intéresser à des sujets qui se posent..

La question suivante traitait de la santé maternelle dans le monde. Une journaliste canadienne aux accents québécois demanda au président français si le programme décidé la veille par le G8 pourrait soutenir l'avortement dans les pays en voie de développement. Sarkozy confirme, sourit, et ... fait référence à son épouse: «peut être avez vous vu que Carla a fait une tribune dans un journal français sur ce sujet, elle est elle même très impliquée» La politique française s'incarnerait donc aussi par l'action de la «première Dame» ? Pourquoi faut-il que Sarkozy résume l'action de la France, quand il est en déplacement à l'étranger, à l'action bénévole de son épouse ? «Je dois dire que j'ai découvert ces chiffres, que seulement 4 enfants étaient nés avec le virus du Sida contaminé par la mère en une année en France, dans le même temps... que 400 000... euh... la même année... naissaient en Afrique avec la transmission du virus. C'est un sujet absolument central» Si les fautes de grammaire, dans cette intervention, sont d'origine, l'ignorance du sujet l'est également. En France justement, la politique du gouvernement est fortement critiquée en matière de lutte et de prévention contre le Sida.

Une question suivante porta sur la pénalisation des banques françaises par la future taxe bancaire franco-française. Sarkozy s'est abrité derrière une réunion, dès lundi, avec le premier ministre Fillon. «L'Europe doit montrer le chemin. » Ou encore : «Si on dit qu'on va attendre tous les autres pays pour la mettre en oeuvre, alors on va attendre longtemps.» C'est exactement la critique servie à l'encontre de Sarkozy à propos de la timidité française à agir sur le sujet... Cruel paradoxe ! Le Monarque a aussi confirmé, ce soir, que le G20 ne s'était pas entendu sur une réduction précise des déficits. Attaqué sur l'utilité du G20, Sarkozy s'est braqué: «A chaque sommet, on ne peut pas prendre des décisions historiques.» Ou encore : «Vous ne croyez pas que c'est utile qu'on se parle ? (...) C'est pas un plaisir, c'est une nécessité !»

Il ne semblait même pas convaincu par ses propres propos.

Alors qu'il rentrait sur Paris, Nicolas Sarkozy a fait publier un communiqué de presse sur les efforts qu'il demande à son gouvernement en matière d'économies. Il a adressé un courrier à son premier ministre, lui confirmant que les dépenses de fonctionnement et d'intervention devaient baisser de 10% dans les 3 ans. Sarkozy découvre que le Bling Bling n'est plus de mise, et réclame une modeste cure d'austérité à ses ministres. Dans la liste des économies symboliques que le Monarque s'inflige, l'Elysée cite la suppression de la garden-party du 14 juillet à l'Elysée, la fin des chasses présidentielles, la suppression de 7000 logements de fonction et de 10 000 véhicules d'ici 2013, et la fin de la prise en charge par l'Etat de la location de logements dans le parc privé (on est mieux logé dans les palais de la République). Sarkozy prévient également, enfin, que les ministres paieront de leur poche leurs frais de déplacements et de restauration en cas d'utilisation abusive. 

«À l'heure où nos concitoyens sont frappés par la crise, l'Etat doit, plus que jamais, faire preuve d'exemplarité. La recherche d'économies au sein des administrations est une nécessité pour redresser nos finances publiques. Elle est également un impératif moral.»

2012 approche, il faut faire oublier trois années et demi de Bling-Bling, abus et privilèges.

Et vite.

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