11 juin 2010

La droite antisociale, nouveau cache-misère idéologique du sarkozysme ?

L'UMP veut s'adresser aux classes moyennes. Exit les classes populaires, que le candidat Sarkozy avait su convaincre en 2007. Ce glissement est surtout la preuve de l'échec sarkozyen à réaliser ses promesses.

Retraites, réforme exemplaire
Jusqu'au dernier jour, le 15 juin prochain quand il dévoilera les contours de sa réforme, Eric Woerth est intervenu dans les médias... pour ne rien dire, rien confirmer, alors que les fuites opportunes se multiplient dans les médias. Mercredi et jeudi, il a annoncé vouloir mobiliser les sommes du Fonds de réserve, constitué sous Lionel Jospin. Il s'est surtout limité à des généralités sur l'alignement des cotisations vieillesse entre les secteurs public et privé. Quant à la contribution exceptionnelle et provisoire des hauts revenus, motus et bouche cousue.  On sait qu'elle ne concernera que les très hauts revenus, et de façon marginale et temporaire.

Les efforts de Laurent Wauquiez pour épargner les classes moyennes n'ont pas été vains: «le problème, c'est que, depuis une vingtaine d'années, les plus riches ont profité de la mondialisation et les plus pauvres ont bénéficié très fortement du système social : les perdants, ce sont les classes moyennes.» expliquait-il aux Echos mardi 8 juin. Le clivage a été bien trouvé : le gouvernement s'est attaché à segmenter les classes sociales, plutôt que les revenus (capital, travail). Le travail contribue beaucoup plus que la rente. Les grands perdants sont les classes populaires. Et pas que pour les retraites...

L'échec social de Sarkozy
En 2007, le candidat Sarkozy avait porté haut les couleurs du travail et de la sécurité. L'ouvrier de Lorraine était devenu l'une des icônes de cette France qui se lève tôt célébrée par le futur Monarque. A l'été 2007, la fameuse loi Tepa traduisait en actes la promesse du Travailler Plus (avec la défiscalisation partielle des heures supplémentaires) et de la France propriétaire (avec celle des intérêts d'emprunt immobilier). Trois ans plus tard, ces deux mesures n'ont servi à rien, et la France populaire en a surtout retenu l'inique bouclier fiscal abaissé à 50% et la quasi-exonération des droits de succession pour les hauts revenus. La crise immobilière, le durcissement des conditions de crédit et la pénurie de logement ont eu raison de l'efficacité des ambitions sarkozyennes en matière d'accession populaire à la propriété. Le chômage a explosé, la précarisation des ménages modestes, accélérée par la crise et une politique antisociale a consacré le divorce de Nicolas Sarkozy avec les ménages modestes. Quant à la lutte contre l'insécurité, l'échec de Nicolas Sarkozy est si patent que son gouvernement se réfugie désormais derrière des faits divers anecdotiques (polygamie, etc).

Pour 2012, certains à droite s'imaginent donc qu'il vaut mieux cibler les classes moyennes. Il y a quatre raisons à cela.

Premièrement, la peur du déclassement inquiète nombre de ménages moyens. La mondialisation, le non-emploi, les déficits, la dégradation des régimes sociaux sont autant de menaces et/ou difficultés effectives et anxiogènes. Laurent Wauquiez reprend là un constat partagé.

Deuxièmement, c'est l'aveu d'un lâchage des classes populaires de la part de Nicolas Sarkozy. Il a échoué sur le travail. Les réformes majeures de Nicolas Sarkozy menacent et affectent en premier lieu les ménages modestes : l'allongement de la durée d'activité pour financer les retraites touchera durement celles et ceux qui ont travaillé jeune. Les déremboursements médicaux et l'affaiblissement des services publics de l'éducation ou de la police (à cause de la réduction des effectifs depuis 2007) concernent également au premier chef les classes modestes.

Troisième raison à ce recentrage vers les classes moyennes, elles constituent aussi le socle électoral du parti socialiste, alors que le Front National a récupéré une partie de son électorat populaire. C'est de bonne guerre, mais c'est aussi et surtout le signe d'une inquiétude sarkozyenne : sa base électorale ne peut se réduire à quelques centaines de milliers de contribuables aisés.

Quatrième et dernier motif, il est plus facile de défendre les plus fortunés en défendant les classes moyennes, notamment sur le sulfureux sujet de la fiscalité du capital. Sarkozy n'a pas réussi à faire rêver les plus pauvres au rêve américain version Sarkofrance, le voici qu'il devrait viser «plus haut» ou plutôt «plus riche». Le contraste est saisissant avec la démarche de Martine Aubry, qui cherche à vulgariser sa théorie sur la société du «care», plus large, plus ouvert, moins clivant.

Laurent Wauquiez, droite sociale, ou droite médiocre ?
Evidemment, Laurent Wauquiez, comme d'autres supporteurs de la «droite sociale», avancent d'autres préoccupations. Ainsi, mardi dernier, le secrétaire d'Etat à l'Emploi mettait en valeur deux mesures phares pour revaloriser les classes moyennes: le financement des études de leurs enfants (à l'aide de prêts à coûts réduits et aménageables dans la durée) et l'accession à la propriété. Il pratique également bien la langue de bois : «J'ai la conviction qu'il n'y aura pas de sortie de crise s'il n'y a pas sortie de crise pour les classes moyennes.» Le constat est évident. On sait bien que la sortie de crise ne reposera pas sur quelques protégés du bouclier fiscale.

Sa définition des classes moyennes est également troublante: «Elle est double. Il y a d'abord le revenu du foyer, compris entre 1.400 et 4.500 euros net, qui les oblige à compter chaque mois. Mais il y a aussi un sentiment et des valeurs : l'espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants, l'attachement au travail et à l'effort.» Laurent Wauquiez voulait-il dire que les ménages modestes et les hauts revenus n'ont ni espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants, ni attachement au travail et à l'effort ? Laurent Wauquiez est coutumier de ces approximations sémantiques ou théoriques.

Wauquiez avance que les très riches ont profité de la mondialisation tandis que « les plus pauvres ont bénéficié très fortement du système social». Sacrés profiteurs ! Ces derniers sont prévenus. Retraite, assurance maladie, école, la menace sur les «acquis sociaux» et les services publics est générale.

Jeudi, en visitant un chantier de travaux publics avec son ministre de tutelle, Laurent Wauquiez a encore lâché une formule dont il a le secret: «Augmenter l'âge de départ à la retraite, c'est avant tout créer les conditions du maintien ou du retour à l'emploi pour les seniors.» C'est presque une tautologie. Son argument est qu'en reculant l'âge de départ à la retraite, les seniors seront contraints de travailler plus longtemps... ou de pointer au chômage. Le 1er juin dernier, le même Wauquiez n'hésitait pas à s'exclamer que «les seniors coûtent trop chers.» Puis il confirmait la volonté du gouvernement de supprimer la dispense de recherche d'emploi dont bénéficient les préretraités de 58 ans et plus. L'arguemnt est cocasse : cette dispense serait injuste ! «Ce dispositif injuste s’éteindra progressivement d’ici 2012Pire, le secrétaire d'emploi a même annoncé que pôle emploi se passera de renforts en 2011. Le chômage a-t-il a ce point baissé en 2010 ?

La messe est dite. Cette droite se veut sociale jusqu'aux portes d'un pôle emploi surchargé. Au-delà, circulez, y a rien à voir !

Ami sarkozyste, où es-tu ?








Crédit illustrations gouvernement.fr


http://www.wikio.fr

1 commentaire:

  1. Roselyne Bachelot aussi touche sa retraite parlementaire.

    Interrogée sur sa propre situation, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, qui a été 14 ans députée, a confié : « Je touche ma retraite parlementaire, comme d’ailleurs des ministres, des gens qui exercent des fonctions au Conseil constitutionnel, le Médiateur de la République. »

    http://www.liberation.fr/politiques/0101640895-bachelot-touche-aussi-sa-retraite-parlementaire

    Concrètement :

    1- Combien touche Roselyne Bachelot en tant que ministre ?

    2- Et combien touche Roselyne Bachelot en tant que députée retraitée ?

    Combien, au total ?

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