24 juin 2010

Retraites : comment Sarkozy multiplie les distractions et diversions...

Ce jeudi, une partie du pays manifestera. L'ampleur de la protestation contre la réforme des retraites semble peu concerner le gouvernement. Sarkozy a trouvé sa réponse, l'aménagement de la prise en compte de la pénibilité et des polypensionnés. Pour un peu, il s'afficherait presque social !

Distractions
Lundi, le Monarque arpentait les rues de Draguignan, durement touchée par les graves intempéries des jours précédents. Il a promis qu'il n'y aurait plus de constructions dans les zones à risques. Le ton était solennel : «Tant que je serai président de la République, personne ne construira dans une zone reconnue comme dangereuse (...) Si la zone est dangereuse, au nom de l'Etat nous interdirons les constructions». Sans connaître les résultats d'une enquête qui ne fait que démarrer sur les causes de la catastrophe humaine, le Monarque s'avance... pour rien. Comme hier après la tempête Xynthia, on oublierait presque que le même président a promis d'alléger les règles d'urbanisme et de construction pour favoriser la reprise... Il a même osé déclarer : «Cela fait trop longtemps que, dans notre pays, on prend avec l'application des règles un certain nombre de libertés et, quand il y a une catastrophe, on demande des comptes». En avril 2009, le même président expliquait : «Il faut libérer l'offre, déréglementer, augmenter les COS (coefficient d'occupation des sols), rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, permettre aux propriétaires d'agrandir leur maison individuelle, rendre constructible les zones inondables, utiliser les interstices, changer les procédures, changer la façon d'appliquer le droit...» Ou encore: «Il faut sortir du respect passif d'une réglementation de plus en plus pesante, changer la philosophie du droit de l'urbanisme. »Un an plus tard, deux catastrophes naturelles l'ont fait rapidement oublié et caché ses propres déclarations.

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy a interrompu son planning pour regarder la nouvelle défaite de l'Equipe de France en Coupe du Monde de football. Le lendemain, il a demandé à François Fillon d'organiser un Grenelle du Foot. Sarkozy aurait demandé aux ministres de veiller à ce qu'aucun avantage financier ne soit versé à l'ensemble de l'équipe de France. Le ridicule ne tue plus depuis longtemps en Sarkofrance. Un député UMP veut mobiliser temps et moyens d'une Assemblée surchargée pour enquêter sur un tel sujet. Marc Laffineur, vice-président UMP de l'Assemblée nationale, a en effet demandé le même jour la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Fédération française de football. «J'ai demandé une commission d'enquête sur la Fédération française de football et sur son fonctionnement. Comment peut-on arriver à un tel niveau de risibilité et que la France soit humiliée dans cette affaire ?» Qui est le plus risible ? De son côté, Rama Yade, décrédibilisée par son manque de solidarité mal placé au démarrage de Coupe du Monde a été contrainte d'annuler son plan média post-premier tour de la compétition, après le naufrage des Bleus mardi dernier.

Diversions
Un nouveau sondage est tombé, révélant l'hostilité des Français interrogés au projet Woerth/Sarkozy. A ce propos, l'une des critiques récurrentes contre le projet est l'ampleur du chômage des seniors. Lors de sa présentation mercredi dernier, Eric Woerth promettait que l'allongement de la durée d'activité, via le recul de l'âge de départ en retraite, allait mécaniquement augmenter l'emploi des seniors. Les évolutions récentes démontrent le contraire. Depuis 2003, la durée de cotisation du secteur privé puis du secteur public a été allongée, et les préretraites surtaxées par la réforme Fillon. Une étude du ministère du travail sur l'évolution des préretraites, rappelée récemment par le Monde, se concluait par un constat inquiétant mais connu : même si le nombre de préretraites subventionnées a largement diminué depuis 2002, les seniors restent l'une des variables d'ajustement préférées des entreprises: «la forte diminution des entrées en préretraite publique s'est accompagnée depuis 2002 d'une augmentation très sensible du nombre d'entrées en chômage indemnisé des personnes de plus de 55 ans».  La réforme risque ainsi de pénaliser l'industrie, qui souffre de sureffectifs importants et d'une pyramide des âges de ses salariés déséquilibrée en faveur de salariés âgés. D'aucuns anticipent une accélération des plans de réduction d'effectif aux détriments des salariés âgés.

En marge de sa visite dans les Pyrénées-Atlantiques mardi dernier, Nicolas Sarkozy, l'air toujours grave et compatissant, avait glissé quelques phrases de commentaires: Il sera «très attentif dans les semaines» qui viennent aux discussions avec les syndicats concernant «la situation de ceux qui ont commencé à travailler très tôt, la situation de ceux qui ont des emplois pénibles et sur la question difficile des polypensionnés, c'est-à-dire de ceux qui (...) ont fait plusieurs carrières». «Je serai très à l'écoute sur tout ça. (...) je serai aussi très attentif au fait qu'on maintienne le dialogue. Mais en même temps, je veux que dans les dix années qui viennent, vos régimes de retraite soient à l'équilibre». La manoeuvre est évidente : la pénibilité a été jetée comme un épouvantail, pour cristalliser les critiques.

Pour le reste, le Monarque met en oeuvre, par petites touches, une rigueur inéquitable mais insuffisante. Après les 20 milliards d'euros d'économiser via les mesures d'âge, les régimes de retraites seront toujours déficitaires d'une grosse quinzaine de milliards d'euros par an, dans le scenario très optimistes (croissance, plein emploi) du gouvernement. Côté budget, Claude Guéant a tenté de déminer la polémique née de ses propos au Financial Times le week-end dernier. Une récente analyse de la banque HSBC estime que les mesures annoncées (45 milliards d'euros d'économies en 3 ans) n'auront que peu d'impact sur le niveau de la dette publique.

Scandales
Il est des diversions dont Sarkozy se serait bien passer. Empêtrés dans des scandales à répétition, ses proches ont tenté de répliquer les uns après les autres. Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération et heureux propriétaire d'un permis de construire de 1974 (sic !) pour agrandir sa maison de Saint-Tropez, a finalement renoncé à son douteux projet immobilier.

Christian Blanc, secrétaire d'Etat au Grand Paris, croit avoir trouvé la taupe de son équipe qui aurait balancé ses déboires avec le fisc ET l'achat de 12 000 euros de cigares. En mai dernier, il s'est séparé de son chef de cabinet. Il accuse ce dernier d'avoir monté de toutes pièces l'opération «cigares», en organisant la mise en place, selon Blanc, d'une distribution généralisée de cigares dans son service. Pas sûr que l'accusation soit très crédible. On se demande aussi comment un secrétaire d'Etat aussi peu occupé (deux ans pour réfléchir aux contours du Grand Paris) peut être aussi peu vigilant. «Dès que j'ai réalisé cela, j'ai immédiatement fait un chèque de 4.500 euros au Trésor» a expliqué Blanc. Le secrétaire d'Etat a convoqué quelques journalistes pour leur délivrer ses accusations... François Fillon, lui, n'est pas dupe. Il a demandé à Christian Blanc de rembourser TOUS ses cigares.

Eric Woerth, enfin, n'en finit pas de se justifier sur ses liens, indirects, avec Liliane Bettencourt. Mardi soir sur France 3, il a refusé d'indiquer si Mme Bettencourt faisait partie des exilés fiscaux identifiés par ses services quand il dirigeait le ministère du Budget. Au nom du «secret fiscal. »

Nicolas Sarkozy n'est pas en reste. Il a fait savoir, mercredi, qu'il annulait la garden party de l'Elysée traditionnellement organisée le 14 juillet. En 2009, elle avait coûté 5 millions de francs (740 000 euros). Sans compter le concert de Johnny Halliday que l'Elysée avait fait organiser pour un montant estimé à un million d'euros...  Prendrait- il peur ?



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2 commentaires:

  1. Salut Juan. Félicitations pour ton billet comme d'habitude, et aussi pour la refonte de ton site qui est superbe! :)

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