27 juin 2010

Retraites ou G20: les dialogues de sourds

Puisque son chef était tout occupé à réfléchir à l'avenir du football français avant de s'échapper pour une nouvelle tenue du G20 à Toronto, François Fillon s'est livré à l'exercice de la réaction officielle aux manifestations de jeudi.

Sarkozy, seul au G20
Sarkozy, à Toronto, sera confronté à une difficile situation. Il aura du mal à convaincre ses interlocuteurs de la mise en place d'une nouvelle régulation des échanges monétaires. Les inquiétudes sont ailleurs. En 2008 déjà, Sarkozy et Obama s'étaient opposés sur le sujet. Le Monarque français pensait régulation, le président américain était soucieux des mesures de relance.

Les spéculateurs attaquent à nouveau les dettes portugaise et grecques, quelques semaines à peine après la mise en oeuvre d'un plan conjoint de l'Union européenne et du FMI pour juguler des attaques similaires. Christine Lagarde, vendredi matin, trouvait cela normal. Autre sujet, la croissance économique des pays industrialisés marque le pas. Il y a 10 jours, Barack Obama a critiqué les politiques d'austérité en place en Europe: « souvenez vous du passé, quand les mesures de relance avaient été retirées trop vite », faisant allusion à la crise de 1929. En France, la croissance du PIB a affiché un timide 0,1% au dernier trimestre, selon l'INSEE. L'Europe est «l'homme malade» du G20, avec une devise attaqué, des finances publiques déficitaires et une croissance molle. Les Etats-Unis craignent que la rigueur européenne n'étouffe la reprise économique.

La France suit une trajectoire ambigüe : sa rigueur est insuffisante pour redresser ses finances. Le gouvernement Sarkozy est d'abord idéologiquement bloqué par son souci de protéger les hauts revenus et de ne pas toucher à la fiscalité. Effrayé par la perspective d'une révolte sociale de grande ampleur, il se garde ensuite de lancer un large plan d'économies. Bref, le voici contraint à une austérité par petites touches, injuste et inefficace à la fois.

Samedi, lors du G8 précédent le G20, Nicolas Sarkozy s'est rapproché de Barack Obama. Pas folle la guêpe ! «Pour la France, la consolidation budgétaire est une nécessité à long terme [...] le retrait du stimulus doit se faire à partir de 2011, de manière progressive, selon la situation de chacun» a-t-il expliqué. Le plan de relance français fut, faute d'argent et de volonté, l'un des plus modestes du G20. L'austérité se fait progressive, sans s'assumer, les comptes publics sont autant plombés qu'ailleurs et la croissance atone...

Le monarque a aussi livré un message de soutien, par conseiller interposé, à son ministre du travail Eric Woerth. La Sarkofrance est ainsi au complet pour défendre l'un se ses membres trésorier du Parti présidentiel, ministre du Budget, et proche, par épouse interposée, de la plus grosse fortune françaises soupçonnée de la plus grosse évasion fiscale du moment. Clap, clap, clap...

Fillon, seul au poste
Vendredi matin, François Fillon a voulu répondre et se défendre.«Il ne faut pas attendre de moi une faiblesse.» Sur les retraites, le gouvernement ne renoncera pas à son projet. Qu'importent les 2 millions de manifestants la veille, il ne reculera pas. Ou si peu. Le dialogue de sourds était évident à l'écouter. «Quelles que soient les oppositions, quelle que soit leur force, nous avons le devoir d'assurer le financement des retraites des Français» a-t-il déclaré.

Personne ne nie la nécessité d'une réforme pour sauver le système. Les critiques portent sur l'injustice et l'insuffisance du projet gouvernemental. Sur les 24 milliards d'euros d'économies attendus en 2018, 85% proviennent des mesures d'âge et de l'alignement (partiel) du régime public sur celui du privé. Fillon ajouta que le report de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, était «le seul paramètre réellement efficace pour éviter la faillite». Pas un mot sur le maintien d'une durée de cotisations parmi les plus longues d'Europe. Avec cette réforme, répétons-le, la France se dote d'un système les plus durs d'Europe. Pour le reste, Fillon table sur l'essoufflement de la contestation et la résignation générale, notant que les réformes de 1993 et de 2003 avaient également été «contestées» et «sont maintenant admises par tout le monde».

Sur l'affaire Woerth, le premier ministre a répété les arguments développés pour la défense de son ministre du Travail: «Eric Woerth n'a commis aucune espèce de faute, il n'a commis aucune faute dans l'exercice des ses fonctions de ministre du Budget. (...). Toutes les assertions sont parfaitement inexactes. Je pense qu'elles seront suivies d'un certain nombre de conséquences en termes judiciaires. (...) Eric Woerth a été certainement le ministre de la Ve République qui a le bilan le plus fort en matière de lutte contre la fraude fiscale. Beaucoup de ceux qui aujourd'hui, notamment à gauche, sont prompts à donner des leçons, n'ont pas tout à fait le même bilan à présenter». Le premier ministre s'est ainsi bien gardé de répondre directement aux véritables critiques. Personne n'accuse Eric Woerth de malversations. Mais Woerth est trésorier de l'UMP, son épouse travaillait pour une grande fortune, par ailleurs évadée fiscalement.

Pour le reste, Fillon a fait peu de nouvelles annonces : il est sûr de ses prévisions de croissance économique. Il a promis 8,5 milliards d'euros de réduction de niches fiscales (en incluant les 3 milliards trouvés dans la réforme des retraites). Et de nouveaux prélèvements sociaux viendront alourdir de quelques euros le bulletin de paye des salariés.

Au final, au G20 comme à Paris, le dialogue de sourds se poursuit.



Crédit Illustration FlickR CC


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