17 juillet 2010

167ème semaine de Sarkofrance : la République reprochable de Nicolas Sarkozy

La contre-offensive a fait choux blanc. Empêtré dans ses affaires, Sarkozy s'est résolu à parler à la télévision. Il a pris son air indigné et grave, et une posture faussement pédagogique. Les cheveux laissés grisonnant dans un décor de palais, il a égrené ses arguments sans comprendre les raisons profondes de ses difficultés.

Inefficace ?
Lundi, Nicolas Sarkozy s'est même agacé de la «détestation» de l'argent qu'il constate dans l'opinion. Il ne comprend pas. A peine a-t-il reconnu que le conflit d'intérêt est un problème. Il a promis une commission sur le sujet. Son intervention n'a pas servi à grand chose. Il n'a pas convaincu. Et le «Sarkogate» continue, malgré la démission annoncée, pour le 30 juillet, d'Eric Woerth de ses fonctions de trésorier du parti présidentiel. Le matin même, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, avait raté une occasion de se taire en déclarant que «cette question n'est pas à l'ordre du jour».

En 65 minutes d'intervention télévisuelle lundi soir, Sarkozy a commis une bonne vingtaine de mensonges et d'approximation lundi soir. Un record pour une interview soi-disant préparée depuis un mois. Il a accusé la retraite à 60 ans et les 35 heures des pires tares, oublié que la pénibilité était l'essence même de nombre de régimes spéciaux, se trompe sur la durée hebdomadaire de travail en Europe et le taux de chômage en France, et reparle d'un bouclier fiscal allemand imaginaire. Lundi soir, Nicolas Sarkozy semblait vivre dans une bulle, éloigné de la réalité. Lundi soir, Nicolas Sarkozy semblait étranger à la République que nous connaissions.

Même sur son propre bilan, le chef de Sarkofrance n'avait pas grand chose à défendre. Il refuse de reconnaître l'échec de la défiscalisation des heures supplémentaires, un effet d'aubaine qui a dégradé l'emploi intérimaire et à durée déterminée dès le printemps 2008. Et l'autre mesure phare de son paquet fiscal de l'été 2007, la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier, est en passe d'être annulée. Elle ne sert qu'aux classes aisées ! La hausse des cotisations sociales sur les salaires de la fonction publique et la réduction prochaine de 6 milliards d'euros d'allocations sociales prévues par le plan de rigueur des François Fillon et Baroin dégradera un peu plus le pouvoir d'achat. En voyage au Japon, Fillon lâche le mot tant honni, «rigueur», un terme que Sarkozy n'ose pas utilisé quand il parle à la télévision. Le président français précisait: «le mot rigueur, ça veut dire baisser les salaires, augmenter les impôts, je ne le ferai pas.» Effectivement, il préfère dégrader les services publics et aggraver les charges pensant sur les ménages modestes. C'est une question de sémantique...

Conflits d'intérêt ?
Le rapport du directeur de l'Inspection Générale des Finances a soulevé plus de questions qu'il n'en a résolu : oui,  il existe bien, au sein du cabinet du ministre, une «équipe dédiée au traitement des situations fiscales individuelles.». Elle a même traité plus de 6000 dossiers individuels pendant les deux ans où Eric Woerth en était le patron. Oui, la situation fiscale de Mme Bettencourt mérite un contrôle. Oui, l'enquête est partielle et insuffisante, à cause des délais impartis et de son objet ultra-étroit. Oui, Eric Woerth était au courant du contrôle fiscal de M. Banier, tout comme de la situation fiscale (bouclier fiscal compris) de Mme Bettencourt. Oui, Patrice de Maistre est intervenu à plusieurs reprises auprès d'Eric Woerth quand il était ministre. Les rencontres entre les deux hommes furent même fréquentes, pour des gens qui ne se connaissent pas. Lundi soir, Sarkozy tenta de s'abriter derrière la seule conclusion positive du rapport : le directeur de l'IGF n'a pas trouvé de trace écrite d'une intervention d'Eric Woerth sur la situation fiscale de Liliane Bettencourt. Quelle trouvaille !

Les soupçons de financements politiques illégaux ou douteux perdurent : Mediapart révèle que Sarkozy s'était créé un micro-parti, une «association de soutien» à son action. Estrosi en était le président, Hortefeux le trésorier. Et la petite association a pu recevoir 400 000 euros en 2006 et 2007. Le Nouvel Observateur publie un memo du gestionnaire de fortune des Bettencourt à son employeur, daté de septembre 2006. Il détaille les dons qu'il suggère de faire, après ses contacts personnels, directs et répétés avec ... Eric Woerth. L'agenda de l'ex-comptable est saisi et confirme les dates. Vendredi, Marianne lance un nouveau pavé : Liliane Bettencourt a retiré 100 000 euros fin 2006, d'un autre compte, chez Dexia celui-là, une somme qui aurait dû être notifiée à Tracfin, l'organisme chargé de lutter contre le blanchiment et qui n'était pas consignée dans les carnets de caisse de l'ex-comptable de la milliardaire.

La lecture des comptes de campagnes est instructive. Nicolas Sarkozy n'était pas le seul dirigeant à contourner (légalement) les plafonds légaux à l'aide d'un micro-parti satellite. Jean-François Copé (450 000 euros en 3 ans), Eric Woerth, mais aussi Laurent Wauquiez se sont dotés de ces utiles véhicules à leurs ambitions personnelles. Le secrétaire d'Etat à l'Emploi, maladroit, a même été pris dans une micro-polémique : le 28 juin dernier, il est allé chercher quelques financements auprès de spéculateurs français installés à la City de Londres. Après un rapide démenti, Wauquiez a reconnu les faits : «Franchement, ce n'était pas des grosses sommes, c'est moins que ce qu'on peut avoir en d'autres occasions». Franchement, est-ce bien sérieux ? On se rappelle également les financements divers obtenus par Carla Bruni-Sarkozy pour sa fondation désintéressée.

L'affaire Woerth-Sarkozy a aussi ses ramifications en Suisse. On rappelle quelques témoignages locaux des visites d'Eric Woerth et de Patrick Devedjian, avec leurs épouses respectives, pour solliciter quelques-uns des 100 000 Français expatriés là-bas pour financer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Le candidat de l'UMP a-t-il été financé par l'argent de l'évasion fiscale ? C'est une autre question à laquelle tout le monde se refuse de répondre. Pierre Condamin-Gerbier, l'ancien responsable du comité local, s'est souvenu que «le soutien des proches de l’UMP en Suisse a été conséquent».

Justice ?
Malgré cette multiplication de faits, aucune enquête indépendante n'a été ouverte. Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, s'active, grâce aux enregistrements pirates publiés par Mediapart. Lundi, sept nouvelles perquisitions ont été effectuées par la brigade financière. Quatre personnes - Patrice de Maistre, François-Marie Banier, Fabrice Goguel (l'ex-avocat de Mme Bettencourt) et Carlos Vejarano, le gérant de l'île d'Arros aux Seychelles, escamotée dans les déclarations fiscales de la milliardaire - ont été placées en garde à vue dès jeudi. Parmi les témoins de la défense sarkozyenne, l'ex-banquière de Mme Bettencourt avait été appelée en renfort pour contester les déclarations de l'ancienne comptable de la milliardaire. Elle n'aurait jamais entendu cette dernière lui faire part, un jour de printemps 2007, d'un don occulte de 150 000 euros à la campagne de Nicolas Sarkozy. La banquière s'avère être une VRP de luxe, amie de Patrice de Maistre et membre d'un cercle d'influence installé... au Fouquet's. Certains symboles font mal.


Mardi, Sarkozy recevait une douzaine de chefs d'Etat africains. La plupart peuvent être qualifiés au mieux d'autoritaires, au pire de dictateurs. La presse, là-bas, est rarement libre. Les détournements de fonds publics, y compris des subventions internationales, y sont légions. Les opposants peinent à se faire entendre, les scrutins électoraux sont manipulés. Qu'importe ! Nicolas Sarkozy n'évoqua rien de tout cela. La Françafrique demeure. Mercredi, quelques contingents africains défilaient sous des trombes d'eau sur les Champs Elysées aux côtés de l'armée française. Le président français insiste: nous avons une histoire commune. Laquelle ? Les colonies, la libération du pays en 1944 ou les pots-de-vin ?

En début de semaine, l'Assemblée nationale adoptait deux lois, toutes deux symboliques de l'état de délabrement moral de notre République devenue reprochable: la transposition française du droit pénal international fixe tellement de conditions à d'éventuelles plaintes contre des crimes de guerre qu'elle en devient impraticable; elle réserve les plaintes à des auteurs résidents en France, à l'absence d'instruction à l'étranger, et à un désistement explicite de la Cour pénale internationale. Autre fâcheux symbole, la loi sur l'action extérieure de la France prévoit la possibilité au gouvernement de réclamer à ses ressortissants otages un remboursement des dépenses engagées pour les libérer. Les grands reporters sont prévenus: n'allez pas enquêter en Afghanistan ni en Irak ! Contentez-vous des communiqués de presse officiels du service d'information des armées.

Manipulations ?
La République reprochable de Nicolas Sarkozy s'incarne ainsi à tous les échelons de la vie publique. Chaque livraison de légions d'honneur donne la nausée, tant cet héritage républicain qui hier récompensait scientifiques et résistants sert désormais à médailler les fidèles. Le 14 juillet dernier, même François Pérol, ancien conseiller du président propulsé à la tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires à l'automne 2008, et poursuivi pour "prise illégale d'intérêt", a eu son hochet sarkozyen !

Jeudi, la Cour des Comptes a livré son troisième rapport sur les dépenses de l'Elysée, avec 6 jours de retard. Didier Migaud avait préféré décaler (sur instruction ?) son annonce après la prestation audiovisuelle du président. La Cour est satisfaite de certaines corrections apportées par la Présidence sur ses recommandations de l'an passé : désormais, Nicolas Sarkozy paye directement ses dépenses privées (sic!), les appels d'offre sont plus fréquents. Même les effectifs ont été réduits. Mais la Cour relève l'inflation des frais de déplacements et de communication du chef de Sarkofrance. L'Elysée se félicite. Certaines révélations sont pourtant stupéfiantes: Sarkozy a porté les dépenses présidentielles à un niveau inégalé, mais personne ne s'en étonne : 5 millions d'euros engloutis pour 56 déplacements en province, un coût des voyages en hausse de 26% en Europe, de 36% en France, de 46% à l'étranger... Lors de ses vols moyens courriers, le chef et son équipe sont restaurés pour 115 à 169 euros le repas en moyenne. Pour habiller chaque visite de terrain, un décor amovible de 141 000 euros a été fabriqué. Le service audiovisuel de l'Elysée, qui ne sert qu'à alimenter le site Elysee.fr, coûte 1,2 millions d'euros par an, une dépense plus que doublée en 12 mois.

Vendredi, on apprenait qu'un gigantesque appel d'offre, pour 120 millions d'euros annuels, a été finalisé il y a quelques semaines par le Service d'information du Gouvernement. Aegis, qui aurait remporté le contrat, serait en charge de mettre en images les messages gouvernementaux à compter de 2011: production de reportages publi-rédactionnels, de sites Web, d'enquêtes diverses et variées. Le SIG a eut vite fait de préciser qu'il n'entendait que moderniser la communication de certaines grandes causes nationales et nouveaux dispositifs. Le soupçon d'une industrialisation du story-telling présidentiel en vue de l'élection de 2012 est bien réel : de 49 millions d'euros en 2008, les publicités gouvernementales sont montées à 100 millions d'euros en 2009, et autant en 2010. Faut-il donc dépenser plus pour la sécurité routière ou la prévention de la grippe ? On se souvient des 7 millions engloutis pour défendre la réforme des retraites, ou cette autre campagne pour le plan de relance.

Après une interview ratée, et des cérémonies du 14 juillet pourries par la météo et les polémiques, Nicolas Sarkozy s'est échappé 8 jours. Il revient mercredi, pour repartir deux jours en province, avec avion, décor et caméras.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


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5 commentaires:

  1. L'audition de Patrice de Maistre met Eric Woerth en difficulté.

    D'après des procès-verbaux d'audition auxquels "Le Monde" a eu accès, la brigade financière traque bien le trafic d'influence et oriente ses investigations en direction du couple Woerth.

    L'enquête, ordonnée par le parquet de Nanterre, dans laquelle quatre personnes avaient été placées en garde à vue jeudi 15 juillet, a été ouverte pour blanchiment de fraude fiscale et trafic d'influence, elle vise donc également les conditions d'embauche de Florence Woerth, l'épouse du ministre du travail. Ce dernier devrait pour sa part être bientôt entendu comme témoin.

    La police dispose, depuis les perquisitions opérées dans les sociétés de M. de Maistre, d'une note datée du 31 août 2007. Un simple curriculum vitae de Mme Woerth, avec cette mention, en bas de page : "rémunération environ 200 000 euros (…) Je suis obligé d'en parler à LB, vu le mari 120 000 euros".

    Interrogé, M. de Maistre s'explique : "Il s'agissait d'une note que j'ai dû amener à M. et Mme Bettencourt pour évoquer le recrutement de Mme Florence Woerth dans mon équipe. Cette démarche était due au fait que son mari était ministre, et que c'était donc sensible…", relate le gestionnaire de la fortune Bettencourt. Il l'assure aux policiers, "Mme Woerth ne représentait pas un risque majeur".

    En 2006, donc, selon ses dires, il appelle Eric Woerth à la demande d'André Bettencourt, qui souhaite financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

    "Je l'ai [M. Woerth] vu ensuite deux ou trois fois début 2007, dit M. de Maistre, parce qu'il m'a demandé de recevoir sa femme et ce pour essayer de la conseiller sur sa carrière alors, me disait-il, qu'elle n'était pas entièrement satisfaite".

    Florence Woerth est embauchée, avec à la clé un CDI, rémunéré 140 000 euros annuels, plus une prime de 60 000 euros et une voiture de fonction.

    Elle travaille pour le compte de la société Clymène, qui gère environ 1,3 milliard d'euros. Elle en a démissionné en juin 2010. Fin juin, Eric Woerth avait affirmé qu'il y avait "une muraille de Chine" entre ses activités et celles de son épouse.

    Dans les enregistrements clandestins, réalisés par le majordome Pascal Bonnefoy chez les Bettencourt, il apparaissait déjà clairement que cette embauche s'était faite à la demande de M. Woerth.

    "Quand je l'ai fait, disait ainsi M. de Maistre lors d'une conversation avec Mme Bettencourt, le 23 avril, son mari était ministre des finances, il m'a demandé de le faire (…). J'lai fait pour lui faire plaisir."

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  2. Cela deviens intolérable cette main mise sur le pays, tant sur le plan de la finance..
    Que la justice..
    Et considérer les français pour des nazes

    Ce jour je suis….
    Ecoeuré de notre justice SARKOSIENE
    1789 n’est plus si loin’ je crains un nouveau mai et août de cette période

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  3. C'est quand même désolant de voir ce voile qu'on essaie de dresser autour de Mme LB pour éviter sa mise en garde à vue. J'habite l'outre-mer, le Pacifique particulièrement, et nous comprenons très bien que Sarkoone protège ses petits favoris. Si cela doit aboutir à un autre watergate et bien il va falloir aller jusqu'au bout. Aussi, il serait bien si Woerth arrêtait de mentir à tout bout de champs ... mirobolant salaire que celui de sa dame 200 000 euros ! Dans un pays où il y a quand même des miséreux (surtout en hiver) on devrait se poser une d'éthique simple : que fait-on de l'égalité et de la fraternité ? Et les sans papiers, les gens de la rue ! Une dernière chose, je suis très content que cette affaire éclate au grand jour pour rappeler à l'UMP et son chef, ce qu'ils avaient fait subir à D Villepin. RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER !!!

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  4. Dépêche AFP :

    L'avocat de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Maître Antoine Gillot, s'interroge sur le fait que celle-ci n'ait pas encore été entendue "sous le régime de la garde à vue", accusant le procureur Courroye de "faire obstruction" à la justice, dimanche sans une interview au Parisien.

    Après l'interrogatoire en garde à vue de quatre proches de Mme Bettencourt par la police, l'avocat de Claire Thibout a dit au quotidien : "Au risque de choquer, la question fondamentale me semble être celle-ci : pourquoi le parquet de Nanterre n'a-t-il toujours pas entendu Mme Liliane Bettencourt sous le régime de la garde à vue ?"

    "Son avocat, Me Georges Kiejman, passe son temps à dire qu'elle est en pleine forme et qu'elle a toute sa raison. Le parquet a rejeté la plainte pour "abus de faiblesse" déposée par sa fille. Mme Bettencourt elle-même reconnaît qu'elle a commis une fraude fiscale et a annoncé qu'elle rapatrierait ses fonds en Suisse", observe Me Gillot qui ajoute ainsi: "Et on ne l'interroge pas ? Et on ne la met pas en garde à vue ?".

    Il y voit deux raisons. "La première", dit-il, "c'est que Liliane Bettencourt fait partie, en raison de ses liens avec le président de la République, de la caste des intouchables" dès lors que "comme l'a révélé ma cliente Claire Thibout, l'héritière de L'Oréal est un des principaux bailleurs de fonds de l'Etat UMP".

    La deuxième raison, c'est toujours selon l'avocat, que le procureur Philippe Courroye "est au fond convaincu que cette vieille dame de 87 ans est affaiblie" et qu'en limitant ses auditions à ses quatre collaborateurs "il reconnaît implicitement qu'elle est vulnérable".

    Jugeant que dans cette affaire le parquet "se décrédibilise chaque jour un peu plus", il juge "urgent qu'une instruction indépendante soit confiée à un juge" et "demande solennellement à Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, d'intervenir".

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  5. « Liliane Bettencourt doit être entendue en garde à vue ».

    Maître Antoine Gillot est l’avocat de la comptable Claire Thibout et du majordome Pascal Bonnefoy, deux personnages clés de l’affaire Bettencourt. Il réclame le placement de la milliardaire en garde à vue.

    LE PARISIEN : Quatre proches de Liliane Bettencourt ont été entendus, plus de 35 heures, par les enquêteurs de la brigade financière. Qu’en retenez-vous ?

    ANTOINE GILLOT : Au risque de choquer, la question fondamentale me semble être celle-ci : pourquoi le parquet de Nanterre n’a-t-il toujours pas entendu Mme Liliane Bettencourt sous le régime de la garde à vue ? Son avocat, Maître Georges Kiejman, passe son temps à dire qu’elle est en pleine forme et qu’elle a toute sa raison. Le parquet a rejeté la plainte pour « abus de faiblesse » déposée par sa fille. Mme Bettencourt elle-même reconnaît qu’elle a commis une fraude fiscale et a annoncé qu’elle rapatrierait ses fonds en Suisse. Et on ne l’interroge pas ? Et on ne la met pas en garde à vue ?

    Pourquoi, selon vous ?

    Je vois deux raisons. La première, c’est que Liliane Bettencourt fait partie, en raison de ses liens avec le président de la République, de la caste des intouchables. Comme l’a révélé ma cliente Claire Thibout, l’héritière de L’Oréal est un des principaux bailleurs de fonds de l’Etat UMP. Elle a été reçue à l’Elysée alors que la procédure engagée par sa fille était toujours en cours. Les liens qu’elle entretient avec le plus haut sommet de l’Etat expliquent la mansuétude dont elle fait l’objet.

    Et la deuxième raison ?

    Le procureur Philippe Courroye est, au fond, convaincu que cette vieille dame de 87 ans est affaiblie. Il sait que, face aux enquêteurs de la brigade financière, sa fragilité risque d’éclater au grand jour. En limitant ses auditions aux quatre collaborateurs de la milliardaire, il reconnaît implicitement qu’elle est vulnérable. Et si d’aventure il se contentait d’entendre Liliane Bettencourt chez elle, sans la soumettre au régime de la garde à vue, ce serait bien la preuve qu’il entend la ménager.

    Vous ne croyez pas à l’autonomie du procureur Philippe Courroye ?

    C’est une fadaise ! Dans cette affaire, le parquet se décrédibilise chaque jour un peu plus. Les écoutes pirates ont été révélées il y a un mois. Immédiatement, Philippe Courroye a placé en garde à vue le majordome, qui les a réalisées. La comptable, Claire Thibout, a également subi le même sort. En revanche, le procureur a attendu jeudi dernier pour entendre les principaux protagonistes de ces enregistrements. Cela a laissé beaucoup de temps à ces personnes pour mettre les documents les plus compromettants à l’abri !

    Que souhaitez-vous ?

    Il est urgent qu’une instruction indépendante soit enfin confiée à un juge. Il y a tellement d’investigations à mener.

    En ce cas, pourquoi ne déposez-vous pas une requête en suspicion légitime contre Philippe Courroye ?

    Pour l’instant, aucun de mes clients n’est poursuivi. Ils ont tous été entendus comme témoins. Ce n’est donc pas à moi de faire une telle démarche.

    Qui doit la faire ?

    Il faudrait poser la question à Maître Olivier Metzner, l’avocat de la fille de Liliane Bettencourt. De mon côté, je demande solennellement à Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, d’intervenir. Il doit être mis fin à ce déni de justice. Dans cette affaire, le procureur Philippe Courroye a choisi son camp. Ce n’est pas celui de la vérité. Vendredi dernier, il s’est encore illustré en refusant de transmettre la transcription des écoutes à la juge Isabelle Prévost-Desprez. Ce que fait ce procureur porte un nom, c’est une obstruction à la justice.

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