9 juillet 2010

Et la comptable confirma le financement illégal de la campagne de Sarkozy

Le camp Sarkozy a contre-attaqué avec violence, mercredi, au témoignage de l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt. Cette dernière, interrogée par la police puis par Mediapart, s'était réfugiée dans sa famille dans le Sud de la France. Son nom fut dévoilé dès mardi par certains journaux. Claire T. panique : « Je me sentais harcelée» a-t-elle déclaré plus tard aux policiers. Et mercredi, la police la retrouve. C'est l'histoire d'une simple comptable, accusée de mensonges par le Président de la République, et la Sarkofrance toute entière.

Mercredi, la police interrogea à nouveau Claire T. La première question fut relative à son départ dans le Sud. La seconde fut relative à l'interview donnée à Mediapart: «Vous avez fait un certain nombre de déclarations à Mediapart qui ont été publiées  le 6 juillet au matin. Les avez-vous lues? Les déclarations qui vous sont prêtées par Mediapart correspondent-elles à vos échanges avec votre interlocuteur prénommé Fabrice?»  N'est-ce pas curieux ? Lundi déjà, Claire T. a parlé aux policiers. Deux jours plus tard, ces derniers ne lui demandent pas derechef de préciser ses déclarations sur Sarkozy. Ils l'interrogent d'abord sur ... Mediapart. La troisième question porte à nouveau sur Mediapart («Quelles sont les modifications apportées dans l'article de Mediapart par rapport aux échanges téléphoniques avec le prénommé Fabrice?»). La suite de l'interrogatoire fut du même acabit. Les collègues sudistes des policiers parisiens cherchaient à préciser ou infirmer le témoignage de lundi effectué auprès de Mediapart.

Jeudi , Claire T passa trois heures dans les locaux de la police, confrontée à Patrice de Maistre, le gestionnaire de la fortune Bettencourt. Un temps, le camp Sarkozy crut avoir gagné quelque répit. Le Monde annonçait que la comptable s'était rétractée. Libération publiait des extraits des carnets de comptes retrouvés par la police, sans trace de versement de 50 000 euros à Patrice de Maistre le 26 mars 2007.

Claire T se reprend et confirme. Parole contre parole. Et Mediapart, jeudi soir, publie l'intégralité du procès verbal de l'interrogatoire de mercredi.

1. La rétractation de la comptable est limitée à trois points: Claire T ne sait pas si Nicolas Sarkozy a reçu «régulièrement» des enveloppes d'espèces de la part de Liliane Bettencourt quand il était maire de Neuilly; elle n'a pas dit que les bénéficiaires «les plus assidus» étaient du Parti Républicain, et elle n'a jamais impliqué la campagne d'Edouard Balladur de 1995.

2. Le Figaro publie sur site internet, à 13h42,  un extrait du procès-verbal de l'audition de la comptable par la police, réalisée mercredi en fin de journée. Mardi, les ténors de Sarkofrance s'indignaient de voir le secret de l'enquête bafoué par des journalistes. Jeudi, l'Elysée criait (trop rapidement) victoire après cet article du Figaro. Claude Guéant essaye de jubiler: «Ce sont des éléments très intéressants qui font litière à des accusations qui à force d'être répétées devenaient une vérité, cela détruit complètement deux accusations». A 20h25, le site du Figaro publie un second billet au titre triomphant: «pour l'Élysée, «la vérité est rétablie»».  Le Figaro se garde bien de publier l'intégralité des déclarations de l'ex-comptable. Il faut aller chez Mediapart pour les trouver. Mediapart, ce fichu site désigné à la vindicte sarkozyenne sur toutes les ondes de la République Monarchie la veille.

2. Claire T., elle, confirme pourtant l'essentiel, et même pire : «Il y avait des enveloppes d'espèces qui étaient remises par M. Bettencourt ou de temps en temps par Mme Bettencourt à des politiques». Elle détaille ensuite la liste de quelques politiques, de gauche comme de droite, mais surtout de droite, qui venaient régulièrement visiter Mme Bettencourt. Et la comptable précise que lorsqu'elle devait retirer à chaque fois de belles sommes, puis les placer dans des enveloppes, elle constatait ensuite que l'enveloppe était vide après ces rencontres fructueuses.
«Comment pouvez-vous être aussi affirmative sur le fait que des hommes politiques recevaient de l'argent alors que vous indiquez que ceci repose sur des déductions?», l'a relancée le policier. «Comme je vous l'ai expliqué quand quelqu'un vient déjeuner et que l'on demande une enveloppe, enveloppe que je remets à M. de Bettencourt et que cette enveloppe est vide après le déjeuner on peut imaginer que M. Bettencourt ait donné de l'argent à cette personne.»
Et elle a cité, à nouveau et malgré la pression, les noms de Nicolas Sarkozy et d'Eric Woerth parmi les visiteurs de l'hôtel de Neuilly.

3. Si elle confirme n'avoir jamais assisté à une remise d'enveloppes à des hommes politiques,  elle a réitéré les propos délivrés lundi à Mediapart relatifs au financement illégal de la campagn de Nicolas Sarkozy : «M. de Maistre m'avait demandé avant les élections présidentielles de 2007 d'aller lui chercher 150 000 euros à la banque (…). Je lui ai demandé pourquoi une telle somme, il m'a répondu qu'il devait organiser un dîner avec M. Woerth pour la lui remettre. Il voulait que cela se passe par l'intermédiaire de Mme Bettencourt (…) Je lui ai dit que ce n'était pas possible surtout pour l'usage qu'il voulait en faire. Il s'est énervé». A l'Elysée, on peut blêmir.

4. Après trois heures de confrontation entre Patrice de Maistre et Claire T., l'ex-comptable a à nouveau maintenu que Patrice de Maistre lui a demandé de retirer 150 000 euros en liquide pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Maistre dément.

A l'Elysée, on reste lucide. Guéant a confié au Figaro: «Le président attend d'avoir tous les éléments en main. Il aimerait éviter de parler, mais il n'est pas sûr de le pouvoir


Il a eu raison d'être prudent.

Mediapart a promis de nouvelles révélations.



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11 commentaires:

  1. merci juan pour le boulot que vous faites chaque jour depuis plus de 3 ans, on a besoin de citoyen comme vous dans notre pays.
    Ce matin, au sommet de l'Etat, ils se sont cru tranquille mais le répit fut de courte durée et je dis chapeau à cette femme d'avoir un tel cran malgré toutes les pressions qu'elle subit.
    En espérant qu'elle pourra continuer à témoigner.
    Quand il s'agit du procès de Villiers le Bel, la Sarkofrance crie au scandale car les témoins subissent des pressions, lorsque cela les concerne, c'est bien différent.
    En tout cas merci pour vos éclaircissements quotidien et vous lire est toujours un plaisir

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  2. Oui bravo à cette femme et bravo aussi à Juan d'être toujours là ;-)

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  3. Billet très utile pour décrypter et démonter la tentative de contre-offensive Sarkozyste en la matière et rappeler que oui, la comptable dit bien qu'il y a eu des enveloppes.

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  4. Cette Dame à oser dire tout haut les pratiques politiciennes qui ne datent pas d'hier,et nous connaissons tous que les lobbyistes"(comme Frédéric Lefebvre actionnaire majoritaire d'un groupe lobbyistes et conseiller de Sarko)" ont leur entrées et voire bureau avec secrétaire directement dans l'assemblé,ces pratiques ne sont pas seines dans un état de droits,ceci est de la corruption manifeste,et cette dame doit être protéger des pressions qu'elle subit pour avoir parlé,nous sommes en France,Ici doit régner la justice,et il est Temps de faire le Grand Nettoyage dans la Politique et les Finances,et reconstruire la France Ruiné par le Capitalisme Sauvage et lobbyistes qui dirigent les politiques et la Politique de la France.

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  5. merci en effet pour le travail de mediapart et autres qui ces dreniers temps nous confirme une politique que le populisme francais a malheureusement constater depuis le debut qui est basé sur le profit des uns et le mépris total des autres et le manque d'intelligence de ce gouvernement est absolument effrayant!je ne crois pas me tromper si j'affirme que c'est du jamais vu dans la 5éme republique!En verité je vous le dis crise ou pas le peuple francais aurait subi le meme calvaire et pire encore...

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  6. Dans son édition à paraître samedi 9 juillet, Marianne publie en exclusivité les fameux « carnets Bettencourt », ces cahiers de caisse sur lesquels Claire T., l'ex-comptable de la richissime héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, notait scrupuleusement chaque retrait d'argent liquide (environ « 50.000 euros par semaine ») en précisant à qui cet argent était destiné. Un carnet de bord qu'elle a tenu au jour le jour, avec une incroyable minutie, de la date de son embauche en mai 1995 jusqu'à celle de son licenciement en novembre 2008.

    Marianne s’est en effet procuré l'un de ces cahiers, le plus instructif sans doute, celui de l'année 2007. Et plus précisément les pages qui concernent les mois de janvier à avril, c'est-à-dire les quatre mois qui précédèrent l'élection présidentielle et la victoire de Nicolas Sarkozy.

    Ces carnets de caisse, qui sont depuis mercredi dernier entre les mains des policiers de la Brigade financière et de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), comportent, mois par mois, de façon manuscrite, la date de chacune des opérations réalisées en liquide, la désignation de l’opération et, bien sûr, les recettes (l’argent liquide tiré à la banque) et les dépenses. Avec, à la fin de chaque mois, une balance des opérations.

    Première constatation : Claire T. a dit vrai aux enquêteurs. A la date du 26 mars 2007, elle a bien noté, dans la colonne « recettes », un retrait d'argent liquide de 50.000 euros, désigné « BNP ». La BRDP a d'ailleurs retrouvé, à l'agence BNP-Paribas de l'avenue de La Grande-Armée à Neuilly, la trace de ce retrait d'argent, avec la certitude qu'une telle somme était retirée à cette agence au moins deux fois par mois.

    Deuxième constatation, plus frappante : ces retraits en liquide étaient non seulement fréquents, mais très élevés : 45.000 euros le 9 janvier 2007, 50.000 euros le 14 janvier, 50.000 euros le 25 janvier, 50.000 euros le 2 février, 50.000 euros le 12 février, 45.000 euros le 20 février, 50.000 euros le 26 mars, 48.000 euros le 2 avril…

    Au total sur quatre mois, de janvier à avril 2007, pas moins de 388.000 euros sortis en liquide !

    Question : Tracfin, la cellule de renseignements financiers qui dépend du ministère des finances et lutte contre les mouvements suspects de capitaux, a-t-elle ou non été alertée par la ou les banque(s) concernée(s) ? Et si oui, Tracfin en a-t-elle informé Bercy ?

    Ce qui est sûr, c'est que durant les treize années passées au service de Mme Liliane Bettencourt, Claire T. assure que sa patronne n'a jamais été inquiétée de près ou de loin par le ministère des finances ou celui du Budget. Mieux, pendant treize ans, Mme Bettencourt n'a jamais été contrôlée par le fisc ! Ce qui, au passage, contredit les propos d'Eric Woerth, ex-ministre du Budget, et de Philippe Parini, directeur général des finances publiques.

    Laurent Neumann.

    http://www.marianne2.fr/Exclusif-les-carnets-Bettencourt-enfin-reveles-dans-Marianne_a194964.html?com

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  7. Woerth : le rapport déjà contesté.

    François Baroin veut "obtenir de l'inspection générale des finances (IGF) la preuve de l'absence d'intervention de son prédécesseur, Eric Woerth, dans le dossier fiscal de la milliardaire Liliane Bettencourt" constate Le Monde, mais la procédure choisie n'est pas habituelle.

    "Le rapport n'a pas été commandé à l'IGF, comme il est d'usage, mais à son chef, Jean Bassères.
    L'IGF n'a pas travaillé selon ses méthodes habituelles, collectives, contradictoires et inquisitoriales. Ce ne sera pas un rapport de l'IGF, mais de son patron. Il a été confié directement par le ministre au haut fonctionnaire qu'il a nommé ", souligne un ancien chef de l'IGF.

    "Le délai très court imparti à M. Bassères pose aussi question."

    "Ce ne sont pas de bonnes méthodes, relève un autre expert de l'IGF. Comment huit jours peuvent-ils suffire pour voir ce qu'a fait l'administration générale, aller au fond du dossier transmis par le procureur de Nanterre en janvier 2009, sur de possibles fraudes fiscales liées à l'enquête pour "abus de faiblesse" visant le photographe François-Marie Banier ?"

    "Jamais par le passé, rappelle cette source, un rapport de l'IGF n'a mis en cause un ministre ou un gouvernement. On ne peut demander l'impossible à ses membres, ils ne bénéficient pas des garanties de neutralité ou d'inamovibilité des magistrats de la Cour des comptes ou du Conseil d'Etat."

    Gilles Klein.

    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=8619

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  8. L'ancienne secrétaire d'André Bettencourt confirme les dires de l'ex-comptable.

    Chantal Trovel parle elle-aussi d'argent versé à des politiques.

    Chantal Trovel, ancienne secrétaire particulière d’André Bettencourt, "a confirmé", selon son avocat, les affirmations de Claire Thibout sur l’argent versé à des politiques. Chantal Trovel, qui a travaillé pour André Bettencourt de la fin des années 90 jusqu’à son décès en novembre 2007, a été à son tour entendue, hier, par la Brigade Financière. Elle disposait d’un bureau au domicile du couple Bettencourt.

    Si, comme la comptable, elle n’a jamais assisté à la remise d’une enveloppe, explique son conseil Antoine Gillot, elle a assuré aux policiers qu’elle savait que "Monsieur" donnait de l’agent à un certain nombre de personnalités. Selon elle, tout le personnel était "au courant".

    C’est aussi ce qu’affirme le maître d’hôtel, Pascal Bonnefoy, auteur des enregistrements pirates.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100709.OBS6885/info-obs-l-ancienne-secretaire-d-andre-bettencourt-confirme-les-dires-de-l-ex-comptable.html

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  9. merci à tous !! Grosse chronique demain matin !

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  10. Comment L'Elysée a fait fuiter des morceaux "chois" de l'audition de claire T.:

    http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3174

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  11. Le jour ou la vérité viendra au grand jour.Nous verrons les tètes qui tomberont.Ce ne serat pas forçément ce que pensent certains.

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