4 juillet 2010

L'énigme Dati

Rachida Dati est une énigme. Quand elle s'exprime, on ne comprend pas toujours ce qu'elle dit. On ne sait pas toujours si elle croit à ses propres propos, si elle comprend le sujet sur lequel elle exprime. Puis, parfois, elle est extraordinairement lisible, et ses déclarations font mal.

Interrogée longuement vendredi dernier dans Parlons Net, Rachida Dati a prouvé qu'elle n'est jamais aussi efficace que quand elle est attaquée par son propre camp.

L'ancienne Garde des Sceaux a longtemps été raillée (y compris sur ce blog) pour son incompétence, ses propos approximatif, son arrivisme évident, l'instrumentalisation politique de ses origines au service de Nicolas Sarkozy. Au ministère de la Justice, elle ne faisait que répéter comme un robot vocal la vulgate sarkozyenne. Quelque soit le sujet, elle n'avait que les éléments de langage du programme élyséen en bouche pour expliquer les peines planchers (inefficaces), le durcissement de la répression contre les mineurs (inefficace), ou la rétention de sûreté (anecdotique). Elle était incapable d'expliquer le sens de sa réforme de la carte judiciaire qui a mis à mal la justice de proximité. Elle s'est mise à dos l'ensemble du corps judiciaire. Elle n'a jamais justifié l'abandon d'une mise à niveau des prisons. Elle a usé les membres de son cabinet à une vitesse inégalée dans les premiers mois de son ministère. Ses gaffes lors des élections européennes ont atterré son camp et fait rire l'opinion. Ses penchants bling bling ont dérangé l'image irréprochable que la Monarchie sarkoyenne voulait se donner. Son dilettantisme au Conseil de Paris a fait les beaux jours des humoristes audiovisuels. Bref, Rachida Dati est apparu comme tout sauf un animal politique hors norme. Plutôt une belle erreur de casting, placée là où elle était par le fait du Monarque.

Quand la rumeur de relations adultérines au sein du couple élyséen a agité Nicolas Sarkozy, les services secrets, et Pierre Charon, elle fut désignée à la vindicte par quelques proches du Monarque. Quelque chose s'est brisé, et Rachida Dati s'est défendue. Des mois plus tard, on constate que la vengeance est un plat froid qu'elle n'a pas commencé à déguster. L'ancienne ministre était l'invitée de Parlons Net, une web-émission de France Info, animée par David Abiker.

La voici qui critique l'échec de Brice Hortefeux (« il y a peut-être quelque chose à reprendre»). Elle suggère aussi à demi-mots que le ministre devrai tirer les conséquences d'un éventuel échec de son appel suite à sa condamnation pour injure raciale. «Si vous êtes condamnés pour injures raciales, ça a un sens.» Fadela Amara en prend également pour son grade. Sur les affaires des cigares, jet et autres dérapages, «vous avez raison de dire qu'il y a eu des abus.»

Selon elle, Eric Woerth ne devrait pas être attaqué, mais il devrait clarifier ses fonctions, c'est-à-dire quitter la trésorerie de l'UMP («Il faut peut-être de la clarification»). A l'égard de Pierre Lelouche, adversaire pour la candidature UMP à la mairie de Paris (déjà !), elle n'a aucun état d'âme, et traite de minable ses récentes déclarations (« Je suis élu à Paris depuis bien plus longtemps qu'elle et moi je ne connais pas Dior. »)

Suprême critique, Rachida Dati effleure son mentor, Nicolas Sarkozy lui-même: « Il faut arrêter de dire que tout va bien. […] Les gens ne sont pas contents. On ne voit peut-être pas les mêmes Français. »

Evidemment, l'ex-Garde des Sceaux conserve sa déconcertante capacité à commettre des bourdes incroyables. Ainsi, à propos d'Eric Woerth et la Suisse : «Demander aux autorités suisses. Pendant longtemps ,Eric Woerth a été interdit de séjour en Suisse justement parce que c'est l'homme qui a le plus traquer et les paradis fiscaux et la fraude fiscale.» Rachida Dati ne lit sans doute pas la Tribune de Genève...

Clap, clap, clap...




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1 commentaire:

  1. Elle a été tellement complaisante avec Woerth que j'ai coupé le bouton en suivant. J'ai eu tort...

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