8 juillet 2010

Outrance et calomnie, les réponses prévisibles du clan Sarkozy.

Il faut serrer les rangs, démonter l'adversaire, fustiger, calomnier, qu'importe l'argument. N'importe qui dit n'importe quoi, mais qu'importe, c'est pour la bonne cause. La défense du président. Sarkozy attaqué, c'est toute la Sarkofrance qui tremble sur ses bases. Depuis mercredi matin, les consignes sont claires. L'équipe au pouvoir tente un jeu d'équilibriste inattendu et périlleux : insulter Mediapart, et les journalistes en général, tout en feignant de conserver son calme et l'image d'un gouvernement au travail.

Sauve qui peut !
Nicolas Sarkozy et ses proches ont été gravement secoués par le témoignage de l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, lundi à la brigade financière et sur le site Mediapart. Le monarque était directement accusé de financement illégal de sa campagne électorale de 2007. La riposte fut organisée sur 3 arguments, répétés par les proches de Nicolas Sarkozy :

1. Valoriser la douleur d'un homme, Eric Woerth. Ce fut le cas dès mardi soir, à 20h, au journal télévisé de TF1. Le ministre du travail était interrogé par Laurence Ferrari. «C'est pour moi insupportable, c'est inacceptable».

2. Ensuite, attaquer nommément Mediapart, le site d'informations et d'investigations fondé par Edwy Plenel, et plus généralement les journalistes. Le cercle proche du président ont usé des mêmes éléments de langage fustigeant Mediapart: Xavier Bertrand a parlé de «méthodes fascistes», Nadine Morano qualifié Mediapart de «site de ragots», Christian Estrosi l'a comparé à «une certaine presse des années trente».  Benjamin Lancar, le patron des Jeunesses sarkozyenne a comparé les articles de Mediapart aux montages photo soviétiques sous Staline. L'outrance et la calomnie sont des réponses attendues du camp sarkozyste. Edwy Plenel a annoncé mercredi matin qu'il allait porter plainte pour diffamation. Le journaliste rappelait également qu'après les révélations de Mediapart, Bettencourt allait régulariser sa situation fiscale, Florence Woerth avait quitté la gestion de la fortune Bettencourt,

3. Enfin, expliquer qu'on ne cèdera pas à la pression. Woerth ne démissionnera pas. «Le gouvernement est au travail (...). Il y a une stabilité gouvernementale que l'on trouve peu ailleurs aujourd'hui» justifia Luc Chatel «L'autorité exige de ne pas céder aux humeurs du jour (...) Tout pouvoir rencontre un jour ce cortège de coups bas et de calomnies » ajouta François Fillon, à l'issue d'une rencontre avec des députés UMP. Et Sarkozy, lors du Conseil des ministres de mercredi, n'a pas dit autre chose: «le gouvernement est au travail et continue à agir. Il a sa feuille de route, c'était l'esprit du message du président» a rapporté Luc Chatel.

Sauve qui peut ! (bis)
Mercredi en fin de matinée, la police confirmait l'un des dires de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt: le retrait de 50 000 euros le 26 mars 2007 sur l'un des comptes de Mme Bettencourt a bel et bien eu lieu. Dans la journée, on apprenait aussi qu'elle avait enfin mis la main sur les fameux carnets de comptes, où l'ex-comptable de Mme Bettencourt consignait ses retraits et versements. On attend la suite. Le rapport de l'IGF est attendu vendredi. Que prouvera-t-il ? Rien sur un financement illégal éventuel. Cette enquête concerne une éventuelle intervention d'Eric Woerth pour éviter à Liliane Bettencourt tout contrôle fiscal, une accusation ... que personne n'a faite !

Autre enquête, préliminaire celle-là, la police continuait ses investigations sur la véracité des enregistrements pirates. Mais à la demande de Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, elle a commencé à enquêter, toujours de façon préliminaire, sur les propos de Claire T de lundi. On imagine qu'elle marche sur des oeufs. Une enquête préliminaire, contrairement à une instruction d'une juge indépendant, n'est pas encadrée par le périmètre d'une plainte officielle. Elle peut aller loin (Julien Dray en a fait l'amère expérience l'an dernier) ou s'arrêter très vite.

D'ailleurs, l'affaire Woerth-Sarkozy nourrit deux nouvelles interrogations : si les calomnies sont si insupportables, pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas porté plainte pour diffamation ? Le ministre du Travail a choisi, mercredi, de porter plainte contre X pour «dénonciation calomnieuse», suite aux accusations de lundi. Ce choix n'est pas inintéressant: pour avoir gain de cause, Eric Woerth devra prouver, en justice, que «la réalité du fait [contesté] n'est pas établie ou que celui-ci n'est pas imputable à la personne dénoncée. » Autrement dit, Eric Woerth veut prouver, par voie de justice, qu'il n'a pas touché 150 000 euros en espèces pour le compte de la campagne de Nicolas Sarkozy. Soyons précis: qu'il les ait perçu ou pas n'est pas le sujet. Le sujet de cette affaire, rappelons-le, est de savoir si oui ou non Nicolas Sarkozy a bénéficié d'une dotation en espèces de 150 000 euros pour financer sa campagne électorale. Pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas porté plainte ? Parce qu'Eric Woerth doit jouer son rôle de bouclier jusqu'au bout. S'il saute, Sarkozy saute ensuite.

Le Monarque peut rester confiant. En matière de financement politique illégal, la prescription est de ... 3 ans, soit cette année pour des faits remontant à l'année 2007. Quelle bonne nouvelle ! Autre interrogation, pourquoi donc chaque ministre et secrétaire d'Etat s'est-il créé, à l'instar d'Eric Woerth, un micro-parti politique personnel ? Les trois versements, non contestés à droite, réalisés par Liliane Bettencourt à Valérie Pécresse, Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, via trois associations politiques distinctes, ont permis à la milliardaire de dépasser légalement les 7 500 euros de dons annuels autorisé à un même parti. 

Parmi les membres du gouvernement, il en est qui visiblement n'a rien compris au contexte, n'a tiré aucune leçon des polémiques du moment. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, était le 28 juin dernier à Londres pour dîner avec des ... financiers français de la City. Le Point, dans son édition du 8 juillet 2010, rapporte qu'il «a également demandé  leur soutien financier pour son mouvement politique Nouvel Oxygène. »

Il n'a rien compris.

Ami sarkozyste, as-tu compris ?




Crédit illustration Patrick Mignard

http://www.wikio.fr

3 commentaires:

  1. Excessivement juste et bien analysé.
    Le bouclier Woersth n'a effectivement pas le droit de sauter.
    Ceci dit, leurs réactions sont tellement révélatrices...

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  2. Florence Woerth, l'épouse du ministre du Travail éclaboussé par l'affaire Bettencourt, a demandé au parquet de Nanterre à être entendue dans les meilleurs délais, a annoncé jeudi son avocat.

    Elle a écrit au procureur de Nanterre, Philippe Courroye, "afin de lui décrire les conditions de son embauche et les fonctions qu'elle a exercées", a dit Maître Antoine Beauquier dans un communiqué.

    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE6670OB20100708

    Pourquoi Florence Woerth a-t-elle écrit au procureur de Nanterre Philippe Courroye ?

    Parce que Philippe Courroye est un ami : lui-aussi fait partie du clan Sarkozy.

    Lisez ces enregistrements dévastateurs : ce sont deux dialogues entre Liliane Bettencourt (L.B.), Patrice de Maistre son gestionnaire de fortune (P. de M.), et Fabrice Goguel son avocat (F.G.) :

    12 juin 2009.

    – P. de M. : Bonjour, Madame. – F.G. : Bonjour, comment allez-vous ? – L.B. : Bien. Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vu ! – F.G. : Une semaine. Je suis ravi que vous trouviez le temps long quand vous ne me voyez pas, mais…– L.B. : Alors, où en sommes-nous ? – F.G. : Je sors du bureau du procureur de la République. Je suis allé discuter avec M. Courroye, le procureur, du dossier. J’ai voulu lui expliquer pourquoi vous refusiez qu’il y ait une nouvelle expertise [médicale]. – L.B. : Est-ce qu’il a compris, d’abord ? – F.G. : Je pense qu’il a compris, mais ça l’ennuie. En réalité, il voudrait faire juger l’affaire par l’expert. Pour lui, en fait, l’expertise est une façon de ne pas avoir de décision à prendre lui-même. Donc, il est déçu que vous n’acceptiez pas l’expertise. Mais je lui ai expliqué que vous aviez le sentiment que c’était votre fille qui poussait toute cette procédure. – L.B. : Il faut lui dire que je suis expertisée tout le temps ! (De Maistre rit.) – F.G. : C’est un peu ce que je lui ai dit. (Elle rit.) Je lui ai dit qu’il y avait une question de dignité de votre part, et que refuser de se contenter des expertises que vous avez déjà faites, ce serait sous-entendre qu’elles auraient pu être manipulées, qu’elles ne correspondraient pas à la vérité, et que vous trouvez que ce serait contraire à votre dignité. – L.B. : (S’adressant à de Maistre.) Vous êtes d’accord ? – P. de M. : Cent pour cent. – F.G. : La conclusion de cet entretien, c’est qu’il va réfléchir maintenant au dossier. Et il ne m’a absolument pas dit s’il allait arrêter l’affaire ou s’il allait saisir le tribunal. […] Il n’y aura en tout cas pas de juge d’instruction. – P. de M. : Moi, j’ai été appelé par l’Elysée pendant que Maître Goguel était chez le procureur, et donc j’y vais cet après-midi. Je ne sais pas ce qu’il va me dire. Mais, enfin, tout le monde suit ce cas. – L.B. : Qui va me voir ? – P. de M. : Non, moi, je vais à l’Elysée cet après-midi puisque le conseiller de Sarkozy m’a appelé ce matin – je ne lui avais rien demandé – pour me dire : « Je sais que Maître Goguel est chez le procureur et je veux vous voir. » […] Donc peut-être que cet après-midi, j’aurai quelque chose de nouveau. – L.B. : C’est quand même plutôt bon signe, non ? – P. de M. : Oui, il suit l’affaire…– L.B. : Et s’il s’en lavait les mains ? – P. de M. : Il suit l’affaire. Mais ils font ce qu’ils peuvent. C’est Courroye qui est le nœud du truc. C’est pas Sarkozy, c’est Courroye. – L.B. : Il est gêné aux entournures. – F.G. : Courroye aussi est très gêné. Il a très peur de devoir prendre une décision. Il pense qu’il y a des risques. C’est pour ça qu’il aurait préféré l’expertise, qui lui aurait évité le risque. – P. de M. : En tout cas, Maître Goguel et moi, on est tout à fait derrière vous pour dire que les expertises, ça suffit. Vous en avez eu assez. Et il ne peut pas vous l’imposer. – F.G. : D’autant plus que – il me l’a dit ce matin – l’expertise qu’il voulait aurait été quelque chose de très long et de très approfondi, donc de très désagréable pour vous. Il voulait faire beaucoup de recherches…

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  3. 21 juillet 2009.

    – L.B. : Vous êtes content ? – P. de M. : Je suis très content. Pour vous. – L.B. : Pourquoi ? – P. de M. : Euh, il faut vraiment que ça ne parte pas vers François-Marie [Banier] ce que je vais vous dire. J’ai eu l’Elysée et l’Elysée m’a dit que…– L.B. : Qui ? – P. de M. : Le palais de l’Elysée. Le conseiller de Nicolas Sarkozy. Il m’a appelé, il y a… – L.B. : Sarkozy ? – P. de M. : Non, son conseiller juridique, à l’Elysée, que je vois régulièrement pour vous. Et il m’a dit que le procureur Courroye allait annoncer le 3 septembre, normalement, que la demande de votre fille était irrecevable. Donc classer l’affaire. Donc, voilà. Mais il ne faut le dire à personne, cette fois-ci. Il faut laisser les avocats travailler. Voilà.

    http://www.lepoint.fr/societe/document-affaire-bettencourt-les-enregistrements-secrets-05-07-2010-1211175_23.php

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