9 août 2010

Insécurité : les voyous, les lâches et les soutiers du stratagème présidentiel

L'hebdomadaire Marianne titrait samedi sur «Nicolas Sarkozy, le voyou de la République.» L'argument, développé par le journal, était simple : Nicolas Sarkozy n'a aucune espèce de frontière morale ou idéologique pourvu qu'il se maintienne au pouvoir.  Mais le voyou n'est pas seul. Il y a ceux qui font où on leur dit de faire. Il y a ceux qui sont troublés, mais ne disent mot. Il y a ceux qui oeuvrent en coulisses. Le stratagème sécuritaire de Nicolas Sarkozy se dévoile un peu plus chaque jour

Les voyous
Ils sont une poignée à le suivre aveuglement. Ils ne sont même pas dans la confidence du chef. Brice Hortefeux ne savait pas, la veille du discours de Grenoble, que Sarkozy allait parler de déchéance de la nationalité. Nadine Morano, Christian Estrosi et Frédéric Lefebvre sont les aboyeurs de circonstance. Ils suivent, ils vont où on leur dit d'aller. Ils n'ont jamais d'état d'âmes, ou en tout cas, ne les laissent jamais transparaître. Voyous comme leur chef, ils sont prêts à tout pour le défendre.

Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, est celui qui doit occuper le terrain tout l'été. Il faut tenir bon jusqu'à la rentrée. «Pas de trêve pour les voyous» a-t-il encore déclaré ce week-end. Sarkozy lui a demandé de ne pas en faire trop, juste ce qu'il faut. Les sondages seraient bons. Le ministre de l'intérieur jubile. Il est trop content. Vendredi dernier, un proche de Nicolas Sarkozy s'est confié au Monde :
«La déchéance de la nationalité, cela va marcher à fond. Même Le Pen n'est jamais allé aussi loin.» 
Avec des phrases comme ça, certains s'inquiètent ... à droite. Ils craignent un rétrécissement électoral majeur. Le Front National attend son heure. Effectivement, personne chez lui n'était allé aussi loin. Hortefeux a donc visité Grenoble (mercredi et jeudi), puis Perpignan. Un affichage médiatique puisque le ministre n'annonçait rien de concret. Ni renoncement aux réductions d'effectifs dans la police, ni renforts de moyens. A Perpignan, Hortefeux a certes annoncé la création de la 35ème Uteq (Unité territoriale de quartier), mais il a 15 mois de retard. Début 2009, sa prédécesseur Michèle Alliot-Marie en promettait une centaine, une promesse rapidement abandonnée sur l'autel des réductions budgétaires... A Perpignan, Hortefeux a indiqué qu'il planchait sur les conditions de mise en oeuvre «élargie» des annonces présidentielles: «Je ferai des propositions d'ici à la fin du mois au président de la République pour la mise en oeuvre juridique de la mesure de déchéance de la nationalité contre les auteurs d'homicides de dépositaires de l'autorité publique, de polygamie et d'excision». Eric Besson l'a un peu refroidi, par interview interposée.

Les lâches
Ce sont les soutiens modérés du camp Sarkozyste. Depuis le 30 juillet, ils se cachent. Simone Veil, si prompte à dénoncer le climat des années 30 dans une tribune commune avec Michel Rocard voici deux mois au plus fort de l'affaire Woerth, cette fois-ci ne dit rien. Bernard Kouchner ou Fadela Amara se terrent en vacances, sans réaction publique. Christine Boutin ou les villepinistes ont affiché fermement leur désapprobation. Jean-Marie Bockel, l'ex-socialiste et actuel secrétaire d'Etat à la Justice, s'accroche à une soi-disant mission que lui a accordée Sarkozy sur la prévention des jeunes délinquants, trois jours après le discours de Grenoble avec lequel il est «en accord complet.» Il y a aussi ces ministres anonymes, tétanisés.

Même Eric Besson semblait gêné. Directement concerné, en tant que ministre de l'identité nationale, par les promesses en cascade de déchéance de nationalité, il a tenté de calmer le jeu vendredi dernier dans les colonnes du Figaro: «tous les jeunes étrangers ou Français d'origine étrangère ne sont pas, loin s'en faut, des délinquants, et la France est aussi riche de ses entrepreneurs, chercheurs, artistes, sportifs issus de l'immigration, symboles d'une intégration réussie. En tant que ministre de l'Intégration, je revendique le droit à la nuance.» Et sur les outrances calculées du discours de Grenoble :  «Quant aux annonces du président sur la déchéance de la nationalité, n'extrapolons pas et ne créons pas d'inutile épouvantail. Son raisonnement est simple: quelqu'un qui acquiert la nationalité française (par exemple par le mariage) et qui commet dans les années qui suivent un crime grave contre un policier, un gendarme, un magistrat, un préfet… doit se voir déchu de la nationalité française.» Et Besson de rappeler son principal argument pour parer aux critiques d'inconstitutionnalité : «c'était la loi jusqu'en 1998».

Les soutiers
En coulisses, Sarkozy a de fidèles soutiers. Ils lui mâchent le travail, voire l'encouragent. Ils lui rédigent ses discours, organisent ses déplacements. Ils écrivent le contenu des sondages du Figaro, commandent des réactions publiques à tel ou tel; ils font fuiter ce qu'il faut quand il faut à la presse. Claude Guéant est leur chef. Initiateur, puis maître d'oeuvre du stratagème sécuritaire, il est désormais tout entier dévoué au service après vente du discours de Grenoble. Il se défend de toute outrance. Ecoutez-le confier à Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde toujours très bien introduit au Palais de l'Elysée : «il n'est pas question de retirer sa nationalité à quelqu'un de naturalisé depuis 20 ans.» Ou encore : «il faut quand même qu'on défende nos valeurs». Second soutier en chef, Franck Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Il tente de convaincre que les annonces sarkozyennes ne sont pas électoralistes. Des problèmes avec les Roms ? «cela montait dans la presse régionale, j'en avais parlé au président.» L'insécurité ? «Le ministère de l'intérieur indiquait qu'on avait à faire à un nouveau gangstérisme mené par l'économie de la drogue

Il y a aussi Maxime Tandonnet, conseiller pour l'immigration. Avant d'intégrer le cabinet présidentiel, il s'était fendu de deux ouvrages, «Immigration, sortir du chaos» (2006) et «Géopolitique des migrations, la crise des frontières» (2007). C'est lui, avec le concours du jeune chef de cabinet de Guéant, Cédric Goubet, qui a rédigé le discours de Grenoble. Et d'ailleurs, on reconnaît ses expressions, comme celle sur les 50 ans d'échec de l'intégration. Tandonnet est un adepte de la théorie de l'invasion étrangère qui, selon lui, a démarré en 1967. Il dénonçait «l'impact considérable» de l'immigration «sur le plan du volume». En mars 2007, il convainquit Nicolas Sarkozy, un peu affaiblit dans les sondages, de lancer l'idée d'un ministère de l'identité nationale. Il parlait déjà de « morcellement du territoire national», de «repli communautaire», de «haine du policier» dans certaines banlieues. Il fustigeait «l’augmentation des mariages mixtes entre 1997 et 2004».  Dans une interview donnée à Afrik.com en décembre 2007, il expliquait que les mouvements de banlieue, comme les émeutes de 2005, était la conséquence «d’une concentration excessive de populations issues de l’immigration récente sur quelques territoires.» Ou encore : «parmi les causes de cette situation [les émeutes de 2005], il faut bien admettre qu’il y a eu 50 ans de politique migratoire insuffisamment maîtrisée qui ont conduit à des concentrations urbaines excessives de populations migrantes et une politique de l’intégration largement défaillante.»

A Grenoble, Sarkozy réchauffait un vieux plat.

http://www.wikio.fr

16 commentaires:

  1. la souris atomique9 août 2010 à 07:47

    Oui, article fort juste, explicite.
    Mais pour Mme. Veil, cela fait un bon moment, qu'elle se tait. Que ce soit comme maintenant sur la déchéance de la nationalité, ou sur l'identité nationale. Et même sur la fermeture, un à un de certains planing familiaux, de structure pour avortement, etc, etc.....
    Bref, je me demande ce qu'elle fait encore avec toute cette clique, et j'espère que dans un moment de lucidité, elle mettre au feu sa carte de l'UMP.
    Mais revenons un bref instant sur la déchéance de la nationalité, admettons qu'un individu soit déchu, donc apatride, on en fait quoi? On le met ou? On construit des centres pour les mettre dedans, avec miradors et barbelés? On les renvois dans un quelconque pays réputé pour les "droits de l'homme"?
    On croirait être revenu effectivement dan la France d'avant, des années 30, celle qui sent bon le renfermé. On pensait avoir, jeté le pot de mauvaise confiture, mais quelques uns essaient de ré ouvrir le couvercle.
    Tristement,
    La souris atomique

    RépondreSupprimer
  2. Les lâches sont légion. Toutes la classe politique qui garde le silence. En particulier à droite et au centre.
    Les gentils NKM, Fadela, Apparu, Jouanno, etc...

    Une fameuse droite morale...

    De Villepin pour marquer sa ferme opposition à rempiler à l'UMP.

    RépondreSupprimer
  3. je ne comprend pas que les français restent silencieux, on peut se demander si les leçons du passé récent (une soixantaine d'année) ce n'est pas si loin c'est effraynat.
    La rentrée va t-elle changer les choses???

    RépondreSupprimer
  4. Oui, le silence est parfois éloquent.

    RépondreSupprimer
  5. Le 4 septembre, des manifestations contre ces dérives anti-déclaration des droits de l'homme sont prévues.
    "Aucun être humain ne sera jugé en fonction de son origine"
    "Tout être humain a le droit de choisir l'endroit où il veut vivre"

    Porter un brassard noir pour marquer le deuil de la mort annoncée des droits de l'homme devrait être le mot d'ordre.
    C'est ma suggestion faite partout où je peux m'adresser à d'éventuels participants de ces manifestations : vais-je être entendue ?

    RépondreSupprimer
  6. Balle du Palais

    La politique est morte, vive le politique !

    Est-ce que l’Elysée s’affole ou s’étiole ?
    C’est la question qui tue pour tous ceux qui prétendent que le Président a perdu sa stature et son statut ?
    Qu’il a eu droit à toutes les balles perdues du dehors comme du dedans avec une prime au passage : une chute sans précédent dans les sondages !
    Sur toutes les chaînes ce sont les mêmes questions qui s’enchainent :
    La fifille à Delors ou la fifille à Le Pen ne risquent – elles pas de profiter de cette aubaine ?
    Vont-elles remonter sur la balance et peser sur l’avenir des français qui risquent de perdre leur nationalité ?
    Rien n’est moins sûr parce que les temps sont durs pour tous les dirigeants, qu’ils soient gentils ou méchants! Quant à la marge de manœuvre des prétendants, elle est plus que jamais réduite aux caprices du vent !
    Y a plus rien à faire : à part, expédier les affaires courantes ou créer de nouveaux expédients pour noyer le poisson qui n’arrive plus à survivre dans le bocal de l’Etat nation.
    Pour toute future gouvernance il n’y aura pas de bain de jouvence parce que le monde a trop vieilli et les hommes n’ont plus la moindre envie de se battre pour une cause déjà perdue !

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20du%20Palais

    RépondreSupprimer
  7. Le voyou de la République (sic MARIANNE),devient de plus en plus dangereux, pour nos libertés. Il serait peut-être temps de réagir énergiquement - Pour ce faire qu'attendent les partis politique, et les nombreuses associations qui défendent les valeurs de notre République - Vite une manif à Paris pour dénoncer cette politique, afin de faire comprendre la pente dangereuse dans laquelle Sarko et sa clique veulent nous embarquer.
    "Aux armes citoyens".

    RépondreSupprimer
  8. Un régal, votre billet!
    Ce sont tous ceux-là que Badiou nomme magistralement les "rats"
    de la république

    RépondreSupprimer
  9. « La seule cohérence de [Sarkozy] est le pouvoir (...). Il agit en fait comme le petit voyou qui peut dire tout et son contraire quand il est pris la main dans le sac, qui persiste dans ses mensonges, qui change de vérité à tout instant, qui se victimise, qui s’insurge, qui accuse les autres. Un voyou utilise tout ce qui est à sa portée pour réussir son coup. Sarkozy dans ce sens-là est un voyou. Du reste son langage et son comportement y font penser. »

    (Imhotep, 23/10/2007)
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/guaino-la-caricature-de-sarkozy-ou-30568

    RépondreSupprimer
  10. La réalité :

    "250 100 emplois détruits en 2009, c'est un record jamais observé depuis l'après-guerre."

    "Un million d'entre eux va perdre ses droits à l'assurance chômage en 2010."

    Notre président a raison, face à l'incapacité du pouvoir d'influer l'économie (sauf aider nos banques en fonds propres sans contrepartie ) , il faut exploiter ce filon.

    Pourquoi ? parce que ça marche.

    RépondreSupprimer
  11. Ce pays devient irrespirable, non je me trompe, pas ce pays une petite partie de ses habitants. En allemagne aussi la grosse cata à été lancée par une petite partie de ses habitants. A quand la nuit de christal ?????

    RépondreSupprimer
  12. commentateurs,vous aboyez bien,mais la caravane passe.

    RépondreSupprimer
  13. homo corsus fatigus10 août 2010 à 17:56

    francois hollande????
    L'artificier et le maitre lyrique du ps pendant 11 ans ne prononce plus un mots .
    ce préparerait t'il pour 2012?
    ENFIN JE L'ESPÈRE.

    RépondreSupprimer
  14. Pour ma part je suis peu surpris de l'état d'esprit qui règne en ce moment ; habitant de la Haute Loire, je suis presque quotidiennement confronté au racisme primaire. Il y a une semaine en sortant d'une cafétéria, j'entends : "sale nègre" ... et oui mon fils est métisse et que ce soit au club de sport, à l'école ; les réflexions fusent : "Touche pas à ma table ; t'es noir tu vas la salir" et j'en passe.
    Vous êtes surpris de l'état d'esprit qui règne ? Moi pas nous vivons avec au quotidien.

    RépondreSupprimer
  15. bravo la gauche je crache je critique et je ne bouge
    toujours pas facile

    RépondreSupprimer
  16. Je ne suis pas d'ici mais chez moi ce n'est pas mieux alors que fais je ?

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.