20 septembre 2010

Le Plan Alzheimer de Nicolas, Guillaume et François Sarkozy

François Sarkozy
Vendredi dernier, de retour en France, Nicolas Sarkozy a tenu une réunion de suivi du plan Alzheimer : les « aînés » sont un électorat important pour celui qui se veut le candidat des seniors. Cette réunion fut l'occasion d'une communication présidentielle partielle, un exercice de propagande digne de la Corée du Nord.

C'est quoi ce plan ?
Sarkozy a rappelé combien cette affaire d'Alzheimer est importante : son plan, énoncé en février 2008, coûtera 1,6 milliard d'euros, pour partie du recyclage d'un précédent plan lancé sous le gouvernement précédent. Son objectif initial était de « construire un parcours personnalisé pour chaque malade, depuis le diagnostic jusqu'à la prise en charge à domicile et le cas échéant en établissement.» Dix-sept expérimentations ont été conduites depuis 2009. A l'annonce du plan, la faiblesse des moyens prévus avait été soulignée. Une partie du plan, avait promis Sarkozy, serait financé ... par les malades eux-mêmes, par le biais d'une augmentation des franchises médicales mises en oeuvre dès janvier 2008 ! Cette péréquation, par ailleurs incroyablement injuste, est également fausse, tant il est impossible de garantir l'affectation de ces recettes nouvelles à la lutte contre la maladie.

Après le « succès des 17 expérimentations de Maisons pour l'accueil et intégration des malades d'Alzheimer », Nicolas Sarkozy a décidé de généraliser le dispositif dès 2011. On oublierait presque les 2,5 milliards d'euros d'économies sur l'assurance maladie sur lesquels travaillent les ministres Bachelot et Baroin pour la même année.

800 000 Français sont affectés par Alzheimer ou une maladie assimilée, rappelle le dossier de presse élyséen. Seuls 450 000 d'entre eux sont suivis médicalement, dont 300 000 « bénéficient d'une prise en charge au titre de l'affection longue durée

Nicolas le guérisseur...
Il faut lire le dossier de presse pour mesurer le narcissisme du propos présidentiel.

Primo, Nicolas s'approprie les résultats récents de la recherche contre la maladie : en résumé, c'est grâce à lui si la recherche a progressé : sous la rubrique intitulée « Un effort de recherche sans précédent qui porte déjà ses fruits », les conseillers de l'Elysée expliquent que « le plan prévoit un effort de recherche sans précédent.» En fait, la Sarkofrance a financé 92 projets de recherche, pour 44 millions d'euros au total, soit ... 480 000 euros par recherche. Cet effort « sans précédent » représente 6% du coût du bouclier fiscal, ou un gros tiers des dépenses élyséennes. Mais ce n'est pas tout : « 67 nouveaux chercheurs ont été recrutés depuis le début du plan .» Soixante-sept chercheurs !! Incroyable !

Ils détaillent : « Après une avancée majeure en 2009 avec la découverte de deux nouveaux gènes associés à la maladie, on peut d’ores et déjà dénombrer en 2010 plus de vingt publications internationales majeures auxquelles ont contribué les chercheurs français grâce à la coordination de la Fondation Plan Alzheimer et aux financements du plan ». On sait tous que la recherche prend du temps... sauf en Sarkofrance : à peine Sarkozy-tout-puissant a-t-il annoncé son plan en février 2008, qu'un an plus tard les chercheurs trouvent et publient ! Incroyable ! Alléluia !

Secundo, l'offre de soins serait d'ores et déjà suffisante : les auteurs du rapport d'étape présenté au président français se félicitent des 425 structures hospitalières disponibles en France: « Sur tout le territoire, une consultation mémoire hospitalière ou par un spécialiste libéral est ainsi disponible à proximité pour chaque Français qui le souhaite. » Et ils ajoutent : « le délai d'attente (mesuré en octobre 2009 en consultation hospitalière) est raisonnable : 51 jours en moyenne, 4 sur 5 donnent un rendez-vous en moins de trois mois. » Trois mois pour un premier rendez-vous ? 425 hôpitaux pour 800 000 patients ? Tout va bien en Sarkofrance.

... et François Sarkozy, l'investisseur.
Le dossier de presse publié par l'Elysée détaille toutes les actions gouvernementales : revalorisation de la prise en charge des frais de transport, création de postes, maillage territorial prolongé, etc. La Sarkofrance met le paquet, sans aucune perspective.

Mais il est un autre aspect non évoqué du plan Alzheimer. Dès son lancement, Nicolas sarkozy a pris soin d'associer l'industrie pharmaceutique. En mars 2009, le blog Pharmacritique établissait déjà la longue liste des collusions douteuses et rapprochements lucratifs entre institutions publiques, y compris une fondation mise en place par le Plan Alzheimer de Nicolas Sarkozy, et quelques grands noms de la pharmacie.

Les premiers apportent des financements publics, les seconds empochent la propriété intellectuelle des brevets déposés et les bénéfices qui vont avec... Dotée d'un budget de 200 millions d'euros, la « Fondation de la coopération scientifique sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées » est présidée par Philippe Lagayette, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors(1981-1984) et vice-président de JPMorgan Europe Moyen-Orient Afrique. Son directeur vient de l'Institut Pasteur de Lille, l'un des clients d'AEC Partners, la société de conseil de ... François Sarkozy, jeune frère de Nicolas.

Cette dernière société est aux confluences de la spéculation (elle conseille des investisseurs) et du complexe pharmaceutique. Ses spécialités sont la restructuration d'actionnariats, la valorisation d'actifs, le conseil en placements, la négociation d'accords de licences. La liste des clients est impressionnante: Wendel Investissement (la société du baron de Seillère), Oddo ou E. de Rotschild Capital Partners; Areva, Sanofi-Aventis, Roche, ou Pfizer.

Une autre fondation s'intéresse au plan Alzheimer de Nicolas Sarkozy : la fondation Médéric Alzheimer. Et on y retrouve, Ô surprise, un autre frère du président, Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric, et ancien vice-président du Medef.

Osons une question : Nicolas Sarkozy aurait-il lancé son plan Alzheimer avec autant d'énergie si ses deux frères n'étaient pas étroitement parties prenantes du secteur ?

On se souvient d'une vieille affaire, rapidement enterrée au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy : un groupe de bénévoles d'une association baptisée l'Arche de Zoé s'était fait attraper en tentant de kidnapper des enfants tchadiens. or l'Arche de Zoé avait pour secrétaire générale de l'Arche de Zoé la directrice de l'entreprise parisienne Paris Biotech, dont ... François Sarkozy était l'un des membres du comité d'évaluation. Les 6 participants de l'expédition, condamnés puis graciés au Tchad après intervention personnelle de Nicolas Sarkozy, devraient être prochainement rejugés.

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5 commentaires:

  1. Encore une chronique super bien fouillée avec moult détails d'une précision extrême.Vraiment Juan fait très fort!Continuez, je vous lis depuis le premier matin.
    Même si ce que vous révèlez est chaque jour plus effarant...

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  2. meme commentaire !!!! bravo Juan , je ne cesse de le répéter : CONTINUEZ....nanougk

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  3. Le narcissisme du président...En France, on s'en étonne encore?

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  4. Affaire Bettencourt : l'ex-comptable confirme les dons d'argent à Woerth.

    L’ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, accuse à nouveau Patrice de Maistre d’avoir versé 150.000 euros à Eric Woerth pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, dans un entretien exclusif à «Complément d’enquête» diffusé lundi sur France 2.

    Le gestionnaire de la fortune de l’héritière de l’Oréal, Patrice de Maistre, «vient me trouver dans mon bureau et il me dit : "Claire, j’ai besoin de 150.000 euros". Alors je lui demande pour quoi faire, et il me dit : "Je dois donner ces 150.000 euros à M. Woerth pour la campagne électorale de M. Sarkozy"», explique Claire Thibout dans l’émission.

    http://www.liberation.fr/politiques/01012291337-affaire-woerth-l-ex-comptable-de-bettencourt-maintient-ses-dires

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  5. @Marie : mais non, on ne s'étonne pas, on s'indigne encore et encore.
    Le jour où plus personne ne s'indignera, là, ce sera vraiment la fin.
    Alors, merci à Juan de s'indigner sans relâche.

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