21 septembre 2010

Terrorisme : Sarkozy veut effacer ses soucis.

Nous avons offert un weekend à New York à Nicolas et Carla Bruni-Sarkozy. Le couple présidentiel est en effet parti avec deux jours d'avance à Manhattan, avant une participation du président français lundi à un Sommet sur les objectifs du millénaire organisé sur place. Mais il rentrera bien vite à Paris, car le terrorisme menace. En France, Hortefeux et Besson s'essayent tout autant à tourner la page des polémiques sur les roms et les outrances sécuritaires de l'été.

Nicolas et Carla en shopping à New York
Chemise sombre ouverte largement ouverte sur une chaînette dorée, veste noire, Nicolas Sarkozy s'est montré décontracté à la sortie de son hôtel de luxe à Manhattan. Un look à la Tony Montana qui ne surprend plus qui fait quand même désordre en ces temps de disette budgétaire : malgré les cris d'orfraie, la semaine dernière, qui ont accompagné la publication du coût du bouclier fiscal en 2009, le ministre du budget a prévenu qu'il n'y toucherait pas: « Je propose la stabilité. » 
François Baroin place de grands espoirs sur le débat qu'il tente de susciter sur la convergence fiscale avec l'Allemagne. Cette comparaison permettrait, selon lui, de justifier certains allègements fiscaux comme ce bouclier. Autre nouvelle de la semaine, les jeunes mariés (et les jeunes divorcés) perdront prochainement la faculté d'établir 3 déclarations fiscales l'année de leur union (ou de leur séparation), comme s'était le cas jusqu'à présent. Le gouvernement espère économiser 500 millions d'euros par an.

A l'ONU, Sarkozy voulait rappeler que l’aide publique au développement (APD) serait, en 2011, la seule dépense publique à ne pas baisser. Quel effort ! En fait, l'argument est partiellement faux : le budget de l'APD sera stable en valeur, mais donc en baisse en valeur relative comparé à la croissance du PIB. La France n'atteint toujours pas l'objectif fixé par l'ONU de consacrer 0,7% de son PNB à l'APD. Le taux 2009 était à peine de la moitié (0,39%). Comme un rapport sénatorial le rappelait l'an dernier, la France est loin des objectifs fixés par l'ONU. Nicolas Sarkozy se présente à New York avec de piètres résultats : « Ceci se traduit, pour la France, par un objectif intermédiaire de 0,51% en 2010 qu'elle n'atteindra pas. » écrivait les sénateurs en novembre 2009, à propos du budget 2010.

On explique que Nicolas Sarkozy est très préoccupé par la situation nationale, qu'il s'agisse des otages français au Niger ou de la journée d'action contre les retraites jeudi. Il a donc raccourci son déplacement, et, sans attendre l'intervention de Barack Obama mercredi ni l’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations Unies, il rentre dès lundi soir pour Paris. Comprenne qui pourra... Il fait du shopping samedi et dimanche avec Carla mais snobe l'essentiel de l'agenda officiel ensuite. Et son propre agenda est désespérément vide. Dans les coulisses, ses conseillers alimentent la presse avec de multiples détails sur cette nouvelle menace terroriste.

Hortefeux le vigilant
Après ses provocations sur la réforme de la justice de samedi dernier, le ministre de l'Intérieur réinsiste sur son nouveau crédo, la menace terroriste. Il paraît qu'elle s'est accru « ces derniers jours. » Selon RTL, une femme kamikaze s'apprêtait à commettre  un attentat à Paris jeudi dernier. Et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, serait la cible d'un autre attentat. Deux réseaux jihadistes distincts se seraient réveillés en France. A quelques jours d'une grande journée d'action sociale contre la réforme des retraites, cette menace tombe à pic ! Vendredi dernier, Hortefeux s'était p^récipité aux pieds de la Tour Eiffel après qu'un attentat ait été paraît-il déjoué la veille. Dimanche encore, Brice Hortefeux participait à une cérémonie d'hommage à trois Français victimes du terrorisme depuis janvier. A coup de belles formules, le ministre veut visiblement passer à autre chose : « Le terrorisme s'est servi de la vie de ces trois hommes au service de revendications politiques radicales qui remettent en cause le coeur même de notre démocratie. »

On voudrait quand même bien croire Brice Hortefeux, tant l'actualité lui donne raison. On est toujours sans nouvelle des 7 otages, dont 5 Français, kidnappés voici 5 jours au Niger. Et la DCRI a davantage fait parler d'elle, ces derniers temps, pour ses écoutes d'un conseiller pénal de la Garde des Sceaux dans l'affaire Woerth... On s'imagine surtout qu'invoquer la menace terroriste permet de rester sur un agenda sécuritaire, cette fois-ci plus consensuel.

Cette nouvelle prise d'otages au Niger permet de rappeler plusieurs points de faille dans l'argumentaire sarkozyen. Primo, le nucléaire français en prend un coup. Présenté comme un énergie sans souci, on découvre, via ce malheureux fait divers, que la matière première de nos chères centrales n'est pas chez nous : il faut l'extraire et l'importer de zones souvent dangereuse. Hier otage du pétrole, la France est-elle désormais otage de l'uranium ? Secundo, les provocations électoralistes de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de l'Islam n'ont rien arrangé : vote de la loi d'interdiction du port de la Burqa la semaine dernière (coïncidence ?), outrances contre l'Iran, réaction molle contre Israël après la guerre à Gaza en janvier 2009, débat islamophobe sur l'identité nationale, la Sarkofrance clive, rejette, fustige et stigmatise à souhaits.

Eric Besson l'humaniste
Eric Besson était l'invité de RTL, LCI et du Figaro, dimanche soir vers 18h30. Le ministre de l'identité nationale veut aussi tourner la page. Il a certes réitéré son indignation contre les comparaisons établies, de Bruxelles au Parti Socialiste, entre l'action du gouvernement auquel il appartient et le régime de Vichy. Au passage, il se répète : « cette circulaire, je ne la connaissais pas » a-t-il déclaré à propos de la circulaire du 5 août dernier ciblant les roms pour les destructions de campements. Un peu plus tard, il a lancé un défi aux responsables socialistes de débattre avec lui sur l'immigration. « Je suis persuadé que l'action que nous menons est bonne pour notre pays. » Mais pour l'essentiel, il voulait réaffirmer la légitimité de la politique qu'il conduit, « cap républicain exigeant, aussi bien pour les Français que pour les étrangers. » Eric Besson n'aime pas qu'on le compare à l'extrême droite. Même s'il s'est complètement fondu dans le camp et les codes de l'UMP, il lui reste à expliquer constamment que ses choix sont les seuls possibles et les plus légitimes : « Je ne suis pas las d'être ministre. J'ai un projet de loi à porter et suis convaincu que le cap que nous visons est juste.»

Samedi 18 septembre, l'ancien Haut Commissaire aux Solidarités Actives, Martin Hirsch, a formulé formulé « l'espoir que la parenthèse de ces dernières semaines se referme vite, que les querelles cessent, sans vainqueur ni vaincu, l'espoir que dans tous les pays d'Europe l'intégration des Roms (...) devienne rapidement exemplaire, par une mobilisation européenne solidaire ».

Sarkozy a trouvé comment répondre aux inquiétudes de son ancien ministre : en changeant une fois de plus de sujet de préoccupation.


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